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RUl'TÜRE DE LA PAIX D’AMIENS.

4° cnQn, ceux des émigrés qui s'obstinaient à porter en Angleterre les anciennes décorations de la monarchie française. Ces dcn)andes s’appuyaient sur l’article premier du traité d’Amiens, par lequel il était convenu : « qu’on ne permettrait, de part » ni d'autre, aucune hostilité, pour quelque cause Il et sous quelque prétexte que ce pdt être. »

Sur le premier point, c’est-à-dire, relativement aux eonspirations de Jersey, le gouvernement anglais ne fit point de difficulté d’éloigner de eette Ile une partie des personnes désignées.

La demande qui concernait les évéques d’Arras et de Saint-Pol ne fut point repoussée par un refus complet. On désirait seulement une spécification de faits propre à justifier cette mesure.

On ne disconvenait pas que Georges et ses adhérents appartenaient à une classe particulière. Sans avouer qu’on eiU promis de les déporter au Canada, on semontraildisposéà prendre desarrangements*, w dans le but de les éloigner des domaines euro- >• péens do S. M. britannique. »

A l’égard des princes de la maison de Bourbon, le ministère britannique répondait qu’il ne désirait, en aucune manière, la prolongation de leur séjour en Angleterre, s’ils étaient disposés ou s’ils pouvaient être déterminés à en sortir, mais que , s’ils n’y consentaient pas, on ne pouvait violer envers eux les lois de i’bospitalité.

li en était de même des éniigrés en général, et même de ceux qui portaient encore des décorations de l’ancienne monarchie française , quoique , de l’aveu do ministère britannique, il eût été plus convenable de leur part de s’en abstenir.

Ces explications ^ du gouvernement anglais furent communiquées verbalement, par M. Mcrry , au ministère des affaires étrangères de la république.

Il ne fut point répondu, par écrit, à la note de M. Otto 3, qui les avait provoquées. I.à se bornaient, du côté de la France, les objets de débat avec l'Angleterre; mais, quoique le premier consul attachât assex d’importance à quelques-uns des points énoncés, il s’en fallait beaucoup que , pour lui, la guerre pUt dépendre de causes semblables. Ses réclamations n’ayant pas été accueillies, il cessa, pendant plusieurs mois, de les faire reproduire, et ce fut mémç dans cet intervalle qu’il envoya un ambassadeur à Londres. Cet ambassadeur, le général Andréossy, élait rendu à son poste le 2 novembre 1802.

' In ihe purpose of removing iheni oui of hU european «lominiont.

’ Nous les puisons dans nne dépêche du 28 août, .idresséc à M. Merry.

1 Dir.iiis.

Tandis que l’envoi réciproque d’ambassadeurs annonçait au dehors l’afTermisscment de la paix' le ministère britannique se préparait de loin à. une rupture, cédant plutôt à l’intérêt de sa propre conservation, qu'à la conviction de l’intérêt public. Dans les moments de sa bonne foi, il*avait expédié des ordres pour l’évacuation du cap de Bdnne- Espérance, On |>cut douter qu’il eût recommandé beaucoup de promptitude dans l’exécution de celte mesure, puisqu’un contre-ordre, parti dans les premiers jours d’octobre, parviendra au Cap assci tôt pour l’empêcher.

C’était dans ce même mois d’octobre que le premier consul avait fait connaître à la Suisse qu’il acceptait la médiation qui lui avait été offerte. Le ministère britannique ayant intérêt à saisir tout ce qui pouvait lui donner matière à contestation avec la France, ces affaires de la Suisse lui en fournirent un prétexte qu’il n’eut garde de négliger.

.Au moment où le gouvernement helvétique avait invoqué la médiation de la France, le parti oligarchique de Berne, qui déjà entretenait des émissaires auprès de diverses grandes puissances, avait aussi envoyé à Paris un agent secret, pour réclamer, contre cette médiation, l’appui des ambassadeurs d’Autriche, de Russie, d’Angleterre et de Prusse. La résolution des puissances continentales était déjà prise. L’agent bernois ne fut pas même reçu par MH. de Markof, Philippe de CobentzI et Lucchesini. Il élait naturel qu’auprès de la légation anglaise il trouvât un meilleur accueil. Sa réclamation fut transmise * à Londres ; et lord Ha wkesbury s’en forma un titre pour faire adresser dés remontrances au gouvernement français.En même temps, il fit partir pour la Suisse un agent, M. Hoorc, chargé d’offrir aux insurgés les secours qu'ils pourraient désirer, en argent, armes, munitions et objets de guerre de toute espèce. M. Moore devait en outre observer quelles étaient les forces autrichiennes à portée de donner quelque résistance à l’insurrection ; mais l'Aiiglctcrre était trompée ou se trompait elle - même sur les dispositions de l’Autriche. Nous avons vu que cette puissance, livrée alors à d’autres intérêts, ne voulut même pas recevoir H. Moore à Vienne. Les représentations, d’ailleurs un peu tardives, du gouvernement anglais, relativement à la Suisse, furent facilement repoussées par la France. Il élait en effet assez étrange que ce fût l’Angleterre qui vint demander au premier

* En date du 17 août.

* Lettre de M. Merry â lord Hawkesbury, en date du 10 octobre.

CHAPITRK XXVI.

[ISOâ]

eonsDl raison des alteinles portées, disaîl*e1le, au traité de LunéTÎIle, elle qui, étrangère A ce traité, faisait aujourd'hui même tout ce qui dépendait d'elle pour le rompre, tandis que la puissance par> tie contractante i Lunéville, l'Autriche, donnait son approbation aux mesures adoptées enrers la Suisse par le premier consul.

Comme, parmi les objets de discussion existants avec la France , il n'y en avait aucun qui fût asMX sérieux pour autoriser un éclat, le ministère britannique, placé dans une position qui lui faisait une loi de paraître se préparer à la guerre, fut réduit, faute de faits précis et d'une date récente, à se jeter dans les généralisations. Ce fut l'époque de l'ouverture * du parlement qu'il choisit pour apprendre à l'Angleterre, comme à la France, que la paix dont on jouissait depuis si peu de temps était déjà proche de son terme. En demandant une augmentation de moyens pour la marine et pour l'armée, le roi disait, dans son message, que, malgré ses vceux pour le maintien de la paix , « il lui ■ était impossible de perdre de vue le sage et ann tique système qui lie les intérêts de l'Angleterre H aux intérêts des autres nations; qu'il ne pouvait » être îndifTcrcnt aux changements opérés dans » leurs forces et leurs positions respectives; que n sa conduite serait invariablement réglée par une » juste appréciation de la situation actuelle de » l’Europe et par une sollicitude vigilante pour le » bien général de ses peuples. » Ce langage tout à fait inattendu du roi de la Grande-Bretagne, et les armements qu'il annonçait, ne surprirent pas moins les cabinets que les peuples. En Angleterre, c'était un commencement de triomphe pour le parti nouveau dont nous avons déjà parié, pour ce tiers-parti dont lord Grenville était le chef, et qui, sous le nom d'opposition ^ nouvelle, n'élail pas moins ennemi de la vieille opposition que du ministère.

Quoique le ressentiment d'une ambition déçue ne fût pas étranger à la véhémence de quelquesuns des membres de cette nouvelle opposition, il y avait néanmoins dans son esprit un principe plus noble que l'intérêt personnel , parce qu'il tenait à un système, à une doctrine politique d'ordre général. Son chef, lord Grenville, était en réalité le re-

' Le 9S noreiobre

* Daiit la chanibre ür* pain, lord Grraville, le marquiadf Buckingham, Inrumletde Pemhroke. Spencer, CarlUle, Warwirk. FiizwiMiam, Radnor, Coernarroo et révfqne de Rochesrer. Dana la chambre dea comrauDca, MM. Winüham. Tboinaa ürcaville, lord Temple, Elliol , le doclenr Lawrence, etc.

’ On appelnîl la ikhivcIIp admioialration le miniaia're

présentant fidèle, persévérant, invariable, de l'aristocratie britannique , de celte aristocratie qui, par un calcul profondément hostile contre la France, avait constamment voulu y opérer une controrévoluliun absolue; qui avait juré une guerre à mort, non-seulement aux maximes anarchiques de la France de 1793, mais aux maximes fondamentales de la révolution, surtoutao dogme de l'égalité, qu’elle regardait comme destructif de toutes ces hiérarchies sociales qui lui sont si chères, dogme échappé, sous le consulat, à la destruction de tant d'autresdroilsdonl la France avait trop facilement abandonné la conquête. Cette aristocratie s'ennoblissait à ses propres yeux, parce qu’elle ne se considérait pas comme une aristocratie de caste, à l'égard de sa population domestique, mais comme une aristocratie de nation, à l'égard de la masse plébéienne des nations étrangères, indignes, suivant elle, d'aspirer aux avantages d'un gouvernement libre. Lorsque forcée de reconnaître la nécessité de la paix, elle avait délégué à un ministère, pour ainsi dire roturier le soin d'en diriger l'ouvrage, elle avait commencé par condamner celte paix que scs fautes seules avaient rendue si désavantageuse, se réservant de la rompre ou de la faire rompre par le ministère, aussildl qu'un court répit, accordé à l'impaUence de la nation fatiguée, permettrait de la faire rentrer de nouveau dans U carrière des combats, pour n'en plus sortir que par l'cxlerminalion de l'une des parties belligérantes. Aussi le ministère n'avait-il pas cessé un seul jour d'avoir à se défendre contre elle; et les journaux du gouvernement, engagés dans une double guerre, n'avaient pas moins A lutter contre les attaques de la nouvelle opposition que contre celles du gouvernement français. I.e caractère de celte opposition était devenu d'une nature tellement belliqueuse que les papiers ministériels , malgré les ménagements qu'ils avaient gardés d'abord, et après l'avoir désignée longtemps par le litre innocent de faction de la guerre, avaient fini par lui appliquer une dénomination beaucoup plus énergique comme pouvant seule bien exprimer leur avidité de carnage et de sang. Le combat était trop inégal. I.a faction prenait chaque jour plus de consistance et d'étendue. Pour détruire cette puissance

du dochar, parce que H. Addington, ion chef, étaii RU du médecin du roi. M. Shéridan fit uoe alluiion plaisanie k et lobriquet, en appuyant fbrtemeot lur le mot docltur, dam la citation d'une èpigramroe dont il avait enjolivé un de ica diacoun.

t part of •amgutnary blood-houndMj meule de chiens enragea.

Digitii^cu uy viuoÿlc

RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS

rirale, le ministère avait imaginé de se jeter dans les mêmes routes qu’elle. Itc \à le message du 93 novembre. Silencieux jusqu'alors , le ministère avait paru voir avec indifTércnce les mutations qui s'étaient opérées sur le continent. Du moment qu'il annonce que sa politique va se régler désormais sur les changements survenus dans la position des puissances étrangères, il éclate dans le parlement une incroyable rivalité de déclamations contre les envahissements du gouvernement français.

La nouvelle opposition, tout en continuant d'accuser l’incapacité des ministres, applaudit au nouveau système qu'ils viennent d’adopter, et vote avec empressement les mesures demandées. Elle ne leur reproche que de ne pas présenter des demandes plus considérables. L'orgueil anglais, offensé par les prospérités de la France, se déguise sous le masque de l’honneur national. *> L'honneur, H dit le héros du Nil, lord Nelson, est le premier de « nos intérêts. Si une injuste ambition nous donne » de nouvelles alarmes, le peuple anglais, prêt à n tous les sacriûces , sera le premier à presser le > gouvernement de faire les plus grands efforts n pour sauver l'honneur anglais de toute atteinte. *> Au lieu de trente mille matelots qui avaient été déclarés suIDsants pour l’état de paix, le ministère proposait do porter ce nombre à cinquante mille. Selon lord Grenvillc, c’élait trop pour la paix, et trop peu pour la guerre, k L'encre de la signature » de la paix, poursuit le noble orateur, était sé- » chéc à peine; la cire qui avait scellé le traité était » à peine refroidie, que le premier consul a réuni » é la France territoire sur territoire. » Remarquons ici que , dans la chambre des pairs et dans celle des communes , on se récrie sur les acquisitions faites par la France avant et après la paix d’Amiens, comme si elles n’avaient pas été ou réalisées avant la paix, ou prévues comme devant se réaliser immédiatement; sur l’acquisition du Piémont, comme si, avant la paix, ce pays n’eût pas déjà fait partie de la France, sous le titre de 17* division militaire; sur celle de l’ile d'Elbe, remise à la France par l'Angleterre elle-même; sur celle de 1a Louisiane, couuue ainsi avant la paix par la publication du traité de cession relatif à celte colonie ; sur l’influence exercée par le premier consul dans le partage des indemnités de l’Allemagne, comme ai l'Angleterre avait été fondée à exercer uii droit de surveillance sur le traité de Lunéville, en vertu duquel ce partage avait eu lieu ; enfin sur

rintervention du premier consul dans les affaires de la Suisse , comme si la répression de la guerre civile en Helvélie , avec l’assentiment des grandes puissances continentales, eût été une usurpation des droits de la Grande-Bretagne. J'ai rassemblé ici tous ces faits, dont chacun servira de texte à de nombreuses diatribes.

Apresavoir rappelé une partie de ces événements, M. Windham, dans la chambre des communes , voulait bien donner quelque encouragement aux ministres, en leur témoignant l'espérance » qu'ils H ne seraient pas des Augnstules sous lesquels suc- » combèt l'empire britannique...... Si précédein-

•• ment c’étaient les principes français qui l'avaient •» effrayé, aujourd'hui c’élait la prépondéranco H française. » — « On a dit, il y a quelques années, » s'écriait un déserteur de l’opposition foxislc , H M. Shéridan, que, sur la carte de l'Europe, on » ne voyait qu’un vide, là où la France avait existé. » Je regarde maintenant cette carte, et partout je I» vois la Franco, rien que la France. Je vois l'ita- » lie dans son vasselage, la Prusse prête à obéir à » un signe de sa tête, et l’Espagne à un mouvement )• de son doigt; le Portugal, prosterné à ses pieds, >• la Hollande sous sa main ; la Turquie dans ses

» filets Que resle-l-il maintenant au premier

M consul à subjuguer, si ce n'est l’Angleterre? Aussi, » je n'en doute pas, telle est sa pensée, telle est la

prière que chaque jour U adresse à la divinité » qu'il adore, quelle qu'elle puisse être, soit Maho- » met, soit la déesse des batailles, soit la déesse a de la raison... Pour une nation parvenue, comme a l’Angleterre, à un si haut point de grandeur, il a n'y a point de retraite * possible dans un état de a faiblesse qui n'offrirait que de la honte sans séa curilé. a Parmi ces plaintes d'ordre politique , quelques voix laissaient échapper un grief non moins sensible, l'état de souffrance des manufactures. D’autres, en soutenant que les manufactures n'avaient rien perdu de leur prospérité, redoutaient cependant les progrès de l'industrie en France. N Les mêmes causes ^ qui avaient rendu le gouver- » aemenl français si formidable dans la guerre, » n’auraient-elles pas le même effet, appliquées n aux etilrcpriscs commerciales? Le brigand en ar- » mes est à nos portes ; et , si nous ne faisons pas » une bonne résistance, plus nous sommes riches, » mieux ce sera pour le brigand, v Le même fond d'idées était exprimé , dans un style plus décent , par N. CanniDg : « Lorsqu’il considérait les prodi- • gieux résultats produits par le génie d'un seul

' Tkat a tVMniry wiVA had acMitted tmth gnatneu, k«d mo r«&$at in littlemëtê.

Oo dirait que celte maxime a servi de rè^ie de coo-

duiie k l’empereur Napoléon dana lea dernières années de son règne.

• M. Elliol.

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