CHAPITRE XXVI
» homme, Bonaparle, il sentait d’autant plus vivc- » ment la nécessité de voir l’administration du U pays remise aux mains évidemment les plus ca- » pables de la diriger, dans des jours de péril, avec n le plus d'honneur et d’avantage. » Ainsi on rendait grAccs au ministère de se disposer à la guerre, mais c'était avec l’intention de lui déclarer bientôt que, pour conduire la guerre, il faudrait des tètes plus fortes et des bras plus vigoureux. L’un des meilleurs appuis du ministère était alors la vieille opposition, devenue bien peu nombreuse, il est vrai, par l’abandon d’une partie de scs membres. M. Fox trouvait très-naturel « que les hommes » qui avaient désapprouvé la paix proposassent de H la rompre; mais ceux qui l'avaient approuvée » devaient justifier le changement de leur opinion... » l«i France veut rivaliser d’industrie avec l’An- )• gicterre; mais cette rivalité est-elle à craindre? Il C'est à rAnglcterrc de doubler le pas, et d’ail- » leurs, est cc là une juste cause de guerre? Four » faire succéder l'état de guerre à l’état de paix , >1 il faut avoir ou à garantir son existence menacée H ou à défendre son honneur outragé. La France at- » taquc-t-elle notre honneur ou notre existence?... H La France, a-t-nn dit, n’a point montré de senti- » mcnls conformes à nos intérêts et à nos désirs;
mais pouvait-on s'attendre, en traitant avec le i> premier consul , qu’il dût devenir pour nous un » ami , et prendre dans une haute considération » nos désirs et nos intérêts? Les ministres, en faiu sant la paix, ont reconnu que l’Europe était dans » une situation très-peu satisfaisante C Faut-il rc- » prendre les armes, parce que l’Europe continue » d’être dans la même situation... Quelles insultes » la F'rancc s’cst-ellc permise envers notre pays? 1» Quelle violation de la paix avons-nous à lui repro- :• cher? Assurément, la puissance française est par- » venue à un degré dont nul Anglais ne peut se ré- » jouir; mais il faut d’autres motifs pour une dé- » claration de guerre. » Le ministère ne savait pas encore s’il ne pourrait pas obtenir de la France quelque concession qui le mit en état de se soutenir contre la nouvelle opposition, tout en conservant la paix. Il s’attacha en conséquence à établir que, K de la demande - d’une augroenlalion de forces , X on ne devait pas conclure que la guerre fût in- » évitable. C’était une mesure de prudence plus » que de nécessité , et qui était dictée par l’appa- » rence inquiétante des affaires sur le continent " de l’Europe. » — « Le principe ® qui avait guidé » le ministère dans la signature du traité, était qu’il
• J n a ven/ uniatisfartory State.
‘ Lord Pclhani.
» l.ord il.iukfsbnry.
» valait mieux courir la chance de la paix que celle » de la guerre pour des questions purement con- » tinentales, à moins que des puissances continen- » talcs ne nous eussent prêté leur appui. C'est » d'après ce principe qu'ont agi les ministres et
X qu’ils continueront d’agir Ils ne se sont ja-
» mais séparés de la politique du reste de l’Europe, K et ils ne peuvent être indifférents au sort des au- » très nations. Si la paix peut être maintenue avec » honneur, ils en préféreront le maintien à la re- » prise des hostilités... Quant à l’esprit dont on se n plaint que la France est animée, si noos devions » attendre que cet esprit devint amical pour l’An- » gleterre, il faudrait nous dévouer à une guerre n éternelle. » On avait accusé le ministère d’avoir poussé trop loin la réduction des forces navales. M. Addington répondit à ce tort prétendu par l’exposé suivant : « A la conclusion do la guerre, la » France, l’Espagne et la Hollande n’avaient cnn semble que cent vingt-trois vaisseaux de ligne.
H L’Angleterre en avait cent quatre-vingt-douxe ,
» c’est-à-dire, soixante-neuf de plus que la Hol- » lande, l’Espagne et la France réunies. L’Anglen terre l’emportait proportionnellement sur ces » trois puissances, quant au nombre de frégates et
» autres bâtiments de guerre Relativement au
» reproche fait au ministère de laisser avilir la di- » gnité nationale , il ne connaissait personne qui » voulut mettre l’Angletcrreauxpiedsde la France; n mais dans certaines personnes il apercevait un » vif désir d’enflammer les deux nations l’une con- » tre l’autre et de les pousser à la guerre sons * au~ n cun objet défini. ■» Rien de plus remarquable que CCS aveux de H. Addington, l’un sur l’état relatif des forces navales de l’Angleterre seule et de la France avec ses alliés, ce qui dément d’avance les inquiétudes qu’on affectera bientôt sur les armements maritimes de la France et de la Hollande ; l’antre sur l’absence d’un objet défini propre à jnstiGcr la guerre. C’est dans le but de trouver cet objet défini qui lui manque que vont être dirigées les négociations du ministère britannique avec le gouvernement français. Cet objet défini , ce sera Malte.
Cependant, en répondant aux instances du premier consul pour l’exécution du traité d’Amiens , on évitera pendant quelque temps d'exprimer la résolution de garder cette Ile. On continuera d’affirmer « que S. M. britannique a le plus sincère » désir ^ que le traité d’Amiens soit exécuté d’une » manière pleine et complète ; » mais comme ,
t It'ilhoul any définit» abject.
* Letirc lie lord llawkpxbiiry à lonl Wiihworth, <iii 1 11 fé»rier.
RUPTURE ÜE LA PAIX D’AMIENS
pour prolonger ce jeu ü'hypocrisic, il faudra des atlégalions bonnes ou mauvaises, chacune des démarches plus ou moins indiscrètes du gouvernement français fournira sans cesse un texte nouveau de récrimination. Ainsi, la publication > d’un rapport fait au premier consul par le colonel Sébastian!, à son retour d'une mission dans le Ixivant, sera comme une bonne fortune dont le ministère anglais se hâtera de proGter. Cet ofiicier avait parcouru l’Égypte, la Syrie et les Iles Ioniennes dans un intérêt tout à la fuis commercial et militaire. Son principal objet avait été de reconnaître si les stipulations du traité d’Amiens avaient reçu leur exécution en ce qui concernait l’Angleterre. Le tort de sa publication fut de révéler à l’Europe , outre la non-évacuation de Alaltc, le refus d’évacuation d'Alexandrie, ainsi que les mauvais procédés de quelques militaires anglais, sur la conduite desquels le colonel Sébastian! s’exprimait avec assez peu de ménagement. Dans la publicité donnée à ce rapport , le ministère britannique se plut à voir U des vues et des insinuations » par suite desquelles il lui était impossible « d’entrer » dans aucune discussion relativement à Malte, à » moins qu’il n’eût reçu à ce sujet une explication » satisfaisante » Le prétexte était assez frivole. Lord Withworth le fit valoir autant qu’il dépendait de lui ; mais lorsque M. de Talleyrand, réduisant ce grief à sa juste nullité, demanda « à être » informé du genre et du degré de satisfaction que <> désirait S. M. britannique, » cet ambassadeur, étonné d'une marche si ferme et si précise qui coupait court aux temporisations de son gouvernement, ne put faire qu'une réponse embarrassée et ridiculement évasive. « Il ne prétendait pas ^ a déclarer par quels moyens on pourrait faire ces- » ser les craintes que la conduite du gouvernement » français avait excitées en Angleterre, mais il <• pouvait assurer qu’en les discutant il ne serait » animé que du désir sincère d’étre assuré de la » vérité de scs assertions. » La mauvaise foi du ministère britannique était évidente. Il importait à la France de savoir quels étaient sa pensée secrète, son but déGnitif. Ce fut alors que le premier consul eut avec lord Withworth cette conférence fameuse dont le récit, fait par cet ambassadeur à sa cour, a été l’une des bases sur lesquelles s’est appuyé ce cabinet pour supposer au premier consul la volonté de reconquérir l'Égypte ; danger que l'Angleterre ne pouvait, dans son opinion, prévenir qu'en conservant Malte.
• Moniteur du 30 janvier.
* Lettre de lord Hawkesbury à lord Withworth. du 0 Février.
Quoique le compte rendu d’une conversation de plusieurs heures, par un ambassadeur anglais à son gouvernement , ne dût pas peut-être former une autorité incontestable quant à l’exactitude littérale des expressions employées par le chef du gouvernement français, et ici tout dépend d’une nuance plus ou moins forte donnée à quelques expressions, nous ne faisons pas difGculté d’admettre, sans la moindre restriction, le langage que lord Withworth met dans la bouche du premier consul. En voici les principaux passages : « C’était *, dit le premier U consul, une chose inGniment chagrinante pour • lui que le traité d’Amiens, au lieu d'étre suivi de » conciliation et d’amitié, n'eût uniquement pron duit qu’une jalousie et une méGance toujours n croissantes... Il fit l’énumération des diverses » provocations qu’il prétendait avoir reçues de n l'Angleterre; il plaça en première ligne la non- » évacuation de Halte et d’Alexandrie... il parla » ensuite des injures répandues avec profusion » contre lui par les papiers anglais, mais il dit » qu’il n’y faisait pas à beaucoup près autant d’at- » tention qu’à celles qui paraissaient dans les pa- » piers français publiés à Londres... Il se plaignit » de la protection donnée à Georges et à d’autres » individus de cette espèce... Il avoua que le ressen- » timent qu’il éprouvait contre l’Angleterre crois- » sait d’un jour à l’autre, parce que chaque vent » qui souQlait d’Angleterre n’apportait qu'inimitié » et haine contre lui.
» Ne devait-il pas désirer d’entretenir la paix? n la chose était évidente. En effet, qu’on lui mon- » trât ce qu’il aurait à gagner en entrant en guerre » avec l'Angleterre. Une descente était le seul » moyen offensif qu’il eût, et il était déterminé à » le tenter, en se mettant à la tête de l'expédition; » mais comment pouvait-on supposer qu’après s’é- » tre élevé à la hauteur à laquelle il se trouvait, » il voulût risquer sa vie et sa réputation dans une » entreprise aussi hasardeuse, à moins qu’il n’y n fût contraint par la nécessité, lorsqu’il était prn- » babic que lui et la plus grande partie de l’expé- » dition iraient se perdreau fond de la mer? Il » parla longtemps sur ces risques, sans jamais afn fecter de diminuer le danger. Il convint même » qu'il y avait mille à parier contre un qu’il ne n réussirait point; mais il n’en était pas moins dé- » cidé à le tenter, si la guerre devait être la con- » séquence de la <liscussion actuelle...
» Il en revint à l'Égypte, et me dit que s’il avait » eu la plus légère intention de s’en emparer par
’ Lettre de lord Withworth à lord ilawkesbiiry, <lo 17 février.
* Lettre à lord Hawkesbury, du 21 février.