‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 114 sur 298 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

RCPTLRE DE LA PAIX D'AMIEXS.

Eut intérieur de l'Angleterre. — Aveu singulier du ministère anglais. — Message du roi au parlement , le 8 mars.

— Traits offensants pour l'orgueil anglais. — Chambre des pairs. — Chambre des communes. — Suite de la négociation. — Allocution du premier consul A lord AVithwurih. — Réflexions sur l'action personnelle du premier consul dans la négociation. — Notes échangées entre les deux cabinets. — Nouveaux ioridenls. — UlUinalum verbal de l’Angleterre. — Réponse du ministère français à l’ultimatum de l'Angleterre. — Lord Withworth demande ses passe-ports. — Offre de la France de laisser Malte à l’Angleterre, en retour d'une compensation. — Déclaration de l’empereur Alexandre qui douiie- un démenti h lord AAlihworth. — Départ de lord Withworth.

— Message du roi d'Angleterre le 10 mai. — Soupçon sur la bonne foi de M. <le MnrkoF. — Accession de l’Autriche , de la Russie et de la Prusse à l'article 10 de la paix d’Amiens. — Chambre des pairs , discours pour la guerre. — Chambre des communes , discours pour la guerre. — Chambre des pairs, discours pour la paix. — Chambre des communes, discours pour la paix. — Résolutions proposées pour la censure des ministres. — Echec de M. Pitt. — Négociations du ministère avec M. Pitt. — Observations générales — Dangers personnels d'une rupture pour le premier consul.

Dans tout autre pays que l’Angleterre, l’élat intérieur de la nation eût fait redouter de nouveaux débats au dehors. Pour l’Angleterre, au contraire, il semble que des guerres au dehors soient un remède contre les maux domestiques.

A la fin de 1802, ou avait découvert une conspiration bizarre ayant pour chef un oflicicr très-distingué jusqu'alors, le colonel Marc Despard, mais qui, abjurant tout à coup les sentiments d'honneur dont il avait toujours paru animé, avait formé un , complot aussi criminel qu’absurde. Cinquante individus obscurs composaient toute la force d'un homme qui , sous prétexte d’accroître les libertés du peuple, voulait renverser la maison régnante et changer le gouvernement. Marc Despard fut exécuté, en février 1803, avec quelques-uns de scs complices. Il n’est personne qui ne suit frappé, à cette occasion, de la diiïércncc qui existe entre la conduite respective des gouvernemenis de France et d’Angleterre. Peut-être depuis trente ans n’a-t-il pas été ourdi en France une seule conspiralion dans laquelle la main de l’Angleterre ne se laissât apercevoir. Trouve-t-on au contraire la France dans les troubles intérieurs de la Grande-Bretagne? La

trouve-t-on jamais surtout dans les attentais dirigés contre le chef du gouvernement? Poursuivi par des complots sans nombre, dont presque toujours l’origine était insulaire, jamais le premier consul n’a voulu autoriser d'indignes représailles.

Dans l'Irlande, où il eût élé si facile de rendre à l'Angleterre une partie des maux qu’elle causait à nus départements de l'Ouest, la France, une fuis seulement, et sous le directoire, donna quelques encouragements à la rébellion. Au commencement de 1803, les feux de l'insurrection, souvent assoupis, mais jamais éteints, s’étaient rallumés dans cette Ile.

Le peu de temps qui s’était écoulé depuis la paix n’avait pas'permis encore de porter une grande amélioration dans l'état des finances. Malgré l'ordre et réconumie qu’y avait introduits BI. Addington, il était impossible à la banque de reprendre les payements en espèces. Il fallut qu’un bill en prolongeât la suspension.

Outre que le commerce régulier de l’Angleterre trouvait fermée sur le continent une grande partie des routes qu’il avait été accoutumé à parcourir avant la révolution française, le moment qui suit

Büi»TlIRE DE EA PAIX D’AMIENS.

QM'Iungue guerre occasionne d’ordinaire en tous ics pays, et en Angleterre surtout, une grande diminution de bénéfices pour une foule d’industries dont la guerre est la source ou l’aliment. .Aux entreprises de fournitures pour les armées , il faut joindre le jeu de la bourse, le trade des emprunts et tous les genres d’agiotage qui procurent, en peu d’années, d’immenses fortunes. Cette classe de spéculateurs était la partie do la nation anglaise dont la délicatesse paraissait le plus vivement blessée des prétendus affronts faits par la France à l'honneur britannique; ce qui avait fait dire^à M. Fox qu’il était douteux lequel était préférable pour un pays, de servir l’ambition d’un autre Alexandre, ou de faire la guerre pour satisfaire des intérêts aussi honteux et aussi sordides.

Cependant les clameurs chaque jour renouvelées des mécontents, formant un écho utile pour la haute aristocratie qui, dans des vues différentes, tendait au même but, le ministère, dans l’impuissance d’arrêter le torrent , jugea , pour sa propre consenation, indispensable de le suivre. De là, ainsi que l'attcsle un aveu même antérieur de lord liawkcsbury, le message du 8 mars. « Il est certain >, di- II sait huit jours auparavant ce ministre à l'ambas- II sadeur de France, que jusqu’à présent le gouver- B nement anglais n’a rien fait, n’a rien prévu, et a » cédé, cédé sans presque y prendre garde. Notre n position est telle, que nous n’avons que des com- II mnnications oflicielles à faire ; et cependant la Il forme du gouvernement et l'esprit public, qu'il •I est uécessaire de diriger, nous imposent cette Il dernière obligation. Si un arrangement quelcon- II que, que nous puissions avouer et qui soit dans Il le sens de l'opinion publique, ne vient à notre Il secours, il n’est pas difficile de prévoir que trois Il mois plus tôt, trois mois plus tard, nous serons Il remplacés par ces mêmes hommes qui sont assez n connus comme ennemis de l’ordre et de la paix. » De ce langage de lord Hawkesbury, il sort deux faits peu honorables pour le ministère, qui se reconnaît coupable d'une faiblesse sans excuse, tout à la fois envers la France et envers le parti qui, en Angleterre, veut le renverser; envers la France, en lui faisant des concessions sans indemnité, faute qu’il ne peut réparer, que par une exigence tardive, et maintenant mal fondée; envers la nouvello Opposition, en aimant mieux se prêter aux vues de ce parti que de lui céder la place.

La sincérité ne saurait aller plus loin. C'est de ce point que part lord llawkcsbury pour arriver avec l’ambassadeur de France à des insinuations

' Dépèrhe du génêr.il Andréots) à M. de Talleyrniid, en date du W mars.

dont le but est de conserver à l’Angleterre les Iles de Malte, Gozo et Comino, à titre de compensation pour le changement survenu dans l’état de possession respectif des deux puissances. « Les circon- » stances ayant changé on ne peut, disait lord r> Hawkesbury, se régler que sur l’esprit et-non sur n la lettre du traité. » La résolution du ministère est prise. Il entretiendra le parlement de grandes mesures à prendre pour soutenir l’honneur de la couronne, espérant tout à la fois, par cette démonstration, condamner à l’impuissance ses adversaires, en paraissant penser comme eux, et disposer la France à la cession de Malte , en lui montrant cette cession comme le seul moyen de maintenir la paix par le maintien même du ministère pacifique. Ce raisonnement, assorti à la fausse position des ministères, était excusable. Le mode d’exécution était difficile. Le ministère mit, dans le choix des motifs à produire, une maladresse qui fournit des armes contre lui, et à la France, et dans le parlement. Le message du roi est court. Le voici dans son entier: « S. M. croit nécessaire d’informer la » chambre des communes que des préparatifs conn sidérables se faisant dans les ports de France et ■> de Hollande, elle a jugé convenable d’adopter de M nouvelles mesures de précaution pour la sûreté n de scs États. Quoique les préparatifs dont il s’agit n soient présentés comme ayant pour but des expé- » dilions coloniales, comme il existe actuellement » entre S. M. et le gouvernement français des dis- » eussions d’une grande importance , dont le ré- » sultat demeure incertain, S. M. s’csl déterminée » à faire cette communication à scs fidèles commun nés, bien persuadée que, quoiqu’elles partagent i> sa pressante et infatigable sollicitude pour la s> continuation de la paix , elle peut néanmoins se :> reposer avec une parfaite conflancc sur leur cs- » prit public et leur libéralité, et compte qu’elles n la mettront en état d’employer toutes les mesu- » rcs que les circonstances paraîtront exiger pour i> l’honneur de sa couronne et les intérêts essentiels » de son peuple. » Ainsi , pour motiver une demande de moyens nouveaux, le ministère britannique articule deux faits, l’existence de préparatifs considérables dans les ports de France et de Hollande. l’existence de discussions d’une grande importance entre la France et l'.Aiiglcterre. Ces faits sont-ils vrais? sont-ils faux? A l’égard du premier, lcs*prétcndus préparatifs de la France, où sont-ils? En quoi consistent-ils? Quelle explication l’Angleterre en a-t-elle dcmandée?Quc signifient, si même ils existent, quelques armements en France et en

I ’ Dcpèclip du gêiuVul Andrêo»*y .'i M. de T.illeyr.ind. ■ du 1" mars.

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