CHAPITRE XXVII
HollaDdc, lorsque naguère encore le chancelier de l'Échiquicr déclarait que l’Angleterre avait soixante vaisseaux de ligne de plus que ces puissances , môme en y ajoutant la marine espagnole?
Quant au second fait, les discussions graves existantes entre les deux pays, peut-on regarder comme des discussions la demande faite, d'une part, de l'exécution d'un traité , et , de l'autre, le refus de cette exécution? « A quel objet, à quel lieu s’ap- <> pliquent ces discussions? Est-ce en Europe, en » Asie, en Afrique ou en Amérique?» M. Fox désire le savoir. Le ministère ne le lui apprend pas. Tout ce qui augmente la certitude de la guerre répond au vœu de la nouvelle opposition. Au lieu d’un vote de dix mille hommes, que propose le ministère, un orateur propose un voto de vingt-cinq mille.
L’amour-propre, déjà irrité d'avoir lu dans le Moniteur que « l’Angleterre aurait le traité d'A- » miens , rien que le traité d'Amiens, » avait été depuis blessé plus profondément encore par un passage de l'exposé de situation de la république, récemment présenté au corps législatif français.
U Quel que soit à Londres , portail cc passage, le » succès de l’intrigue, elle n'entraînera point d’au- » très peuples dans des ligues nouvelles; et, le Il gouvernement le dit avec un juste orgueil ‘ , seule,
» l'Angleterre ne saurait aujourd'hui lutter contre » la France. » Ce dernier trait paraissait insultant, mais il était vrai. Le gouvernement britannique en avait proclamé la justesse, en avouant qu'il avait dû cesser le combat dès qu'il n'avait plus eu l'appui des puissances étrangères. H. Windham, dans un de ses derniers discours, avait aussi reconnu la même vérité, en excitant le ministère » à réclamer » la fidélité de l’Autriche à remplir ses engage- ■I ments avec l'Angleterre » Les paroles orgueilleuses échappées au gouvernement français étaient sans doute de blâmables indiscrétions, mais elles étaient l’expression d'un sentiment d'orgueil de puissance à puissance, et dans lequel il n’entrait rien de personnel. C'était une question de force, non d'honneur et de dignité morale. Combien au contraire de traits oITensants, lancés et contre la France, et contre son premier magistrat, tant dans les gaxeltes réputées oilicielles, que dans les débats des deux chambres du parlement! n'avait-on pas entendu H. Sidney- Smith représenter la nation française comme un peuple sans consistance , auquel il ne fallait que des effets de théâtre? « Que » ce soit, disait ce juge aussi éclairé que poli , la
* Madame de Staël a exprimé quelque part la même ^ idée, d'une nianiére fort piquante , en disant : que l'An- ' (îlctcrrc aurait dû honorer la France d’un téte-à-téie. !
» mort de César, la chute de Byzance, ou la mar- » clic d’Alexandre, tout sera au même degré indif- » férent pour les Français. »
La même énergie se déploya dans la discussion , du nouveau message, quoique avec plus de décence dans les formes. Lord âloira espérait « que le ini- » nistère prendrait enfin un ton plus élevé et ces- » serait de craindre d’offenser le premier consul de I) France. Pour lui, il n'avait aucune raison de se » tenir sur le pied de la courtoisie avec cc nouvel » Annibal, qui avait juré, sur les autels de son am- » bilion, une haine éternelle, une haine à mort à
» l'Angleterre Quand il a dit que l'Angle-
» terre n'était pas en étal de lutter seule contre la » France, de qui a-t-il reçu ce précieux renseigne- » ment? Est-ce des nobles lords que lui, lord Moira, » était fier de nommer ses amis? (Lord Nelson et Il lord Hutchinson.)Oubien dans quelle périodede » notre histoire a-t-il fait cette découverte?» Ce discours, semé de citations d'Ossian, se terminait par de vives exhortations adressées aux ministres de s'unir à la nation, pour la défense de la commune patrie.
Parmi les motifs allégués par M. Fox pour défendre la paix et justifier sa conclusion, lors même que le bienfait n’en serait que peu durable, nous aimons à relever les considérations qui suivent. U A ses yeux, le principal mérite du traité d'Amiens » était surtout d’avoir affranchi l'Angleterre des » détestables et aimminables principes d'après les- » quels la dernière guerre avait été conduite. Il es- » pérail n’avoir plus à entendre parler de guerres » entreprises sous un simulacre de protection pour » la religion et pour l’ordre social, il se persuadait » qu'une telle hypocrisie était détruite à jamais , » et qu’on ne verrait plus les ministres s'efforcer de » tromper un peuple généreux, sur leur véritable » but, par le mensonge de prétextes si faux. » Depuis le temps où M. Fox s'exprimait ainsi, que de guerres odieuses on a encore prétendu légitimer par les noms profanés d'ordre social et de religion! Nous n'avons pas besoin de dire que les propositions du ministère furent votées sans contradiction. C'était dans l'espoir de la guerre que ce vote avait lieu pour un grand nombre de membres; et cependant H. Addington continuait d'assurer « qa'ü M conservait l’espoir du maintien de la paix..., que » l’objet des préparatifs du gouvernement était de » précaution, de sûreté intérieure, et non dirige » dans un sens d’opérations offensives. »
Le message du 8 mars, fait pour étonner toute
' By vindicaliog lhe fidelity of Autlria in ber engagenienls wiih this coiintry.
WUI^TURE DE LA PAIX D'AMIENS
l’Earopc, avait dù surtout produire une singulière impression sur l'ambassadeur de France accrédité à I^ndres. Cet ambassadeur, qui déjà était chargé de demander des éclaircissements précis surla prolongation de roccupalion de Halle, mais qui s'etait jusque-là borné a des communications verbales, comme plus propres à faciliter le rapprochement des esprits, crut devoir prendre une autre marche, d’après l'étrange caractère du message royal. Deux jours apres, le 10 mars, il présenta sa demande au ministère, par écrit, et dans un style plus pressant : «I Aux termes du traité d'Amiens, disait-il, H les troupes anglaises devaient évacuer l'ilc de
■ Malte et ses dépendances, trois mois après l'é- » change des ratifications.
» Il y a dix mois que les ralillcalions sont échan-
• gées, et les troupes anglaises sont encore à Halle.
H Les troupes françaises, au contraire, qui de-
m valent évacuer les États de Naples et Rome, n'ont » pas attendu, pour se retirer, l'expiration des f> trois mois qui leur étaient accordés.
M Que peut-on alléguer, pour justider le retard » de l'évacuation de Halte? L'article 10 du traité H d’Amiens n'a-l-il pas tout prévu? Et les troupes M napolitaines étant arrivées, sous quel prétexte » celles d'Angleterre y sont-elles demeurées? Est- » ce que toutes les puissances désignées dans le
■ paragraphe 6 n'ont pas encore accepté la garan- » lie qui leur est dévolue? Hais cette condition « n'en est pas une pour l'cvacuation, et d'ailleurs, » l'Autriche a déjà envoyé son acte de garantie; la » Russie elle-même n'a fait qu'une seule diffîcuUc
• qui tombe par l'adhésion du premier consul aux H modifications proposées, à moins que l'Anglc- » terre n'y mette personnellement obstacle, en re- M fusant d'adhérer aux propositions de la Russie; » ce qui, après tout, n'empèchcrail pas, qu’aux » termes formels du traité, S. U. britannique ne n ae aoit engagée d'évacuer l'ile de Halte dans le >• délai de trois mois, en la remettant sous la garde » des Napolitains, qui doivent en former la gar- » nison jusqu'à la conclusion des arrangements
• délinitifs de l’ordre. « Cependant, on avait reçu à Paris le message du roi d'Angleterre. Dès le 19 mars, H. de Talleyrand avait remis à lord Withworth I une note verbale fondée sur les deux faits inenliotincs dans le message. Cette note portait que, si S. H. britannique avait voulu faire allusion à l’cxpcdiliun de Hclvoel-Sluys, celle expédition qui, comme tout le monde le savait, était destinée pour l'Amérique, allait être conlremandée ; que si les armements de l'Angleterre avaient lieu, le premier
' Pièce joiaie à ta dépêche de lord Wiihwortb, du fnénr Jour, 1t mars.
consul serait obligé de faire entrer vingt mille hommes en Hollande; de former on camp sur la frontière du pays de Hanovre, un camp à Calais et sur d'autres points de la côte; de maintenir une force armée en Suisse, de reprendre la position de Tarente, enfin d'opposer un état de guerre i un état de guerre. Quant aux prétendus différends dont on parlait, la France ne s'en connaissait aucun avec l'Angleterre; « car il ne paraissait pas imagina- M ble qu’on prétendit sérieusement en Angleterre H se soustraire à rcxécatioo du traité d’Amiens , w sous la protection d'un armement militaire. »
Le premier consul qui, en conférant avec un ambassadeur étranger, était sorti de la vieille routine des cabinets, s'en écarta de nouveau, le 15 mars, en adressant la parole à ce même ambassadeur, en audience publique, sur la question politique du moment. « Vous êtes donc, dit-il à lord Witli-
* wortb décidés à la guerre. Nous l’avons déjà
■ faite pendant quinxe ans, vous voulex la faire
■ encore quinxe années, et vous m'y foreex. » « I<ei « Anglais veulent la guerre, dit-il en se tournant
■ vers les ambassadeurs d'Espagne et de Russie , N MH. d’Azara et de Markof; mais s'ils sont les » premiers à tirer l’épée , je serai le dernier à la n remettre. Ils ne respectent pas les traités; il faut >» dorénavant les couvrir d'un crêpe noir, n 11 lit ensuite sa tournée, dit lord Wilhworlh, dont je copie littéralement les expressions; et revenant à moi peu d'instants après, il reprit la conversation, si cela peut se nommer ainsi, par quelque chose qui m'était particulier, adressé avec |)olilesse. Ensuite il ajouta: « Pourquoi des armements? Contre n qui des mesures de précaution? Je n’ai pas un » seul vaisseau de ligne dans les ports de France ; » mais si vous voulex armer, j’armerai aussi. Si n vous voulex vous battre, je me battrai aussi. » Vous pourrez peut-être tuer la France, mais ja-
• mais l’intimider, h ~ « On ne voudrait, dis-je, ni
a l'uo ni l’autre; on voudrait vivre en bonne in- » telligeoce avec elle. «llfauldonc respecter les
s traités, répliqua-t-il. Malheur à ceux qui ne rca- » pectent pas les traités! Ils en seront responsables i> i toute l'Europe. <• On s'est plu à répéter que le premier consul, d'ailleurs si habile à manier le glaive de 1a guerre et même à diriger le limon de l'Etat, eût du laisser à la main plus exercée de son ministre des affaires étrangères, l'arme plus délicate de la diplomatie. A en croire même quelques suppositions, la conférence du premier consul avec lord Wilhworlh, et son allocution adressée en audience publique à cet ambassadeur, seraient, tant
* Letirc à lord Hawkesbury. du 1 4 man>.