CHAPITRE XXVII
en principe que par le fait même, des inconvenances, des ccurls graves qui n'auraient pas clé sans inlluencc sur la decision de la guerre. Ces jugements, quant au principe, me paraissent tenir à la superstition de l'habitude.
Outre que le premier consul, suprême magistral d'un État républicain, ne doit pas être jugé par les mêmes règles que les princes héréditaires qu'une prudence bien entendue évite de mettre en contact avec les ministres étrangers, il scn»ble que, si l'on veut avoir égard à l'époque, aux circonstances de riiommc et du temps, ces excursions, hors les voies tracées par l'usage dans les monarchies, appartiennent à un ordre de choses, non-seulement excusable, mais tout à fait naturel cl légitime. ()uanl au fait particulier, le message du roi d'Angleterre venait d'élever contre le premier consul des accusations publiques. Pourquoi ne leur aurait- il pas donné un public démenti? N'était-il pas tout simple qu'il saisit, pour se disculper, le premier moment où il SC trouverait en présence des envoyés des dilTércntcs puissances de l'Europe? S'il eut voulu la guerre, sans doute, il eut mieux valu pour lui laisser à scs ministres l'hypocrisie de protestations mensongères; mais puisqu'il veut In paix, et l'ambassadeur britannique lui -même en convient, le premier consul a pu, sans aucun risque, donner un libre essor h ses scntiincnis, à ses pensées et même à ses passions. Ne serait-il pas deviné quand il ne parlerait pas? C'est donc une crédulité trop complaisante que celle qui va jusqu'à admettre que ses paroles aient eu aucune part aux déterminations du gouvernemcnl britannique. Dans ces paroles on cherchera des prétextes, mais les prétextes ne Sont pas les causes.
C'était le 8 mars que le cabinet de Londres avait signalé, dans les ports de France et de Hollande, l'existence de consi<lérablcs armements, invisibles pour tout autre ceil qu'un (cil anglais. C.c fut le 13 mars que, pour la première fois, il invoqua, d'une manière formelle et par écrit, sous prétexte «l'accroissements territoriaux obtenus |>ar la France, soit après, soit même avant la paix, un principe de compensation, auquel il n'avait pas songé jusqu'alors, principe introduit, il est vrai, dans la discussion des préliminaires de Lomircs, en 1801, et qui était très-opportun alors, mais qui maintenant devenait absurde, par sa réclamation subite, et comme imaginée après coup, pour servir d'excuse à la violation du traité d'Amiens, à laquelle on était résolu. Dans une nutc ' remise à l'ambassadeur français à Londres, en réponse à la sienne du 18 mars, lord Hawkesbury posait comme doc-
' l.e 10 mars.
trine, et même comme un fait reçu, » que les trai- II lés sont négociés, ew égard à l’étal actuel de posn session des parties contractantes, cl aux traités n ou engagements publics par lesquels elles sont Il liées à l'é|>oquc de leur conclusion ; de sorte que,
» si cet état de possession et ces engagements sont Il altérés assez matériellement par l'une ou l'autre Il des deux parties, pourafTccter la nature du pacte Il lui-même, l'autre partie est fondée, suivant le Il <lroit des gens, à intervenir, afin de réclamer une n satisfaction ou une compensation pourtoulciian- » gement essentiel que de telles démarches peu- » vent avoir subséquemment causé dans Icursitiin- » tiuii respective. • La conclusion de ce raisonnement était pour l'Angleterre le droit de garder Malle. On conçoit sans peine tout ce qu'il y a de dangereux pour le repos des nations dans des maximes semblables; malgré le soin que prend le cabinet britannique d'en déguiser cl d'en corriger les conséquences, en les Imrnant à des altérations graves, à des changements essentiels qui auraient alTecté la nature du pacte lui-même, correctif d'ailleurs très-insignilianl, puisque chaque Étal serait toujours juge dans sa propre cause. Si une telle doctrine était admise, les traités perdraient toute leur force obligatoire, toute la sainteté de leur caractère. Ils ne seraient plus que des arrangements provisoires, conditionnels, dépendant d'une évaluation de puissance plus ou moins juste, faite par chacune des parties, susceptibles enlin d'être inodiGés, dès le lendemain de leur conclusion, par leurs premières éventualités. Le reproche d'agrandissement, fait à la France, aurait pu être rétorqué avec avantage envers rAngIclerrc qui, posterieurement nu traité d'Amiens, avait fait une importante acquisition dans l'iiidc, celle du Cantate, dont la population montait à plusieurs millions d'habitants. Un juge bien que ce fait ne sera pas oublié dans les réponses françaises au manifeste de la Grande-Rretagnc; mais, dans la négociation, 1c gouvernement français évita de so placer sur ce terrain. Sans s'arrêter au nouveau mode d'argumentation employé par r.Aiigleterre, il se contenta lie repousser l'assertion sur laquelle s’appuyait le ministère britannique, celle d'un accroissement ciTcclif de puissance au profit de la république, qui fut postérieur à l'état de paix. « C'est, disait l'ain- » bassadeur * Andréossy, une erreur de fait. I.a » France a, depuis ce.ttc époque, évacué beaucoup n de pays ; la puissance française n’a reçu aucnn » degré d'augmentation ; • réponse , comme nous l'avons dit, vraie on ce sens, que les réunions, opérées après la paix, étaient, avant sa conclusion,
’ Réponse à lorti U.'iivkesiMiry, du 39 innrt.
RLPTüIlli DE LA PAIX D’AMIENS.
connues comme devant incessamment avoir lieu. Comme dans cette môme note du IB mars, lord Hawkesimry avait de nouveau insisté sur le$ insinuations et accu«a/ion« que contenait le rapiHirt du colonel Sébastiani contre le gouvernement de Sa Majesté, contre rolTicier commandant scs forces en Egypte, et contre l’armée britannique dans ce pays, la réi>onsc française renvoyait ces plaintes à un autre siècle : •> des motifs de cette nature pou- H raient autoriser, il y a quatre cents ans, un corn- » bat des Trente; mais ils ne sauraient aujourd'hui » être une raison de guerre entre les deux pays... H 11 n'existe donc, ajoutait le général Andréossy, » qu’uneqnestion, l’exécution du traitéd’Amiens... n Sa Majesté britannique rejettait tout sophisme,
■I toute distinction, toute restriction mentale
i> Quel moyen auraient désormais les deux nations » pour s’entendre, s’il en était autrement? tout ne H serait-il pas chaos? ce serait véritablement ajou- » ter une calamité aux calamités qui ont menacé » l’ordre social. En résumé, le soussigné est chargé >• de déclarer que le premier consul ne veut fioint :• relever le défi de guerre que l’Angleterre a jeté Il à la France; que, quant à Malte, il ne voit aucune :i matière de discussion, le traité ayant tout prévu.» Ce n’était pas ainsi que l’entendait le gouvernement anglais. Pour autoriser son refus d’évacuer cette Ile, il revenait sans cesse à demander des explications, des satisfactions sur le rapport du colonel Sébastiani; il insistait sur la discussion du principe d’équivalent à établir pour les acquisitions respectives. Ensuite, selon l’expression de lord Withworth, il arrirait « à l’objet principal de » l’alTairc. » Mais alors M. de Talleyrand répétait encore u que le premier consul ‘ n'avait rien de » plus à cœur que d’évUer la nécessité de recourir » i. la guerre; et que, pour y parvenir, il sacri- • flerait 'tout, hormis son honneur.... En même », técDps X|ue le premier consul insiste et insistera » toujours pour la stricte exécution du traité, il » se prêtera à tous les moyens nécessaires à votre » sûreté. L'indépendance de la garnison napoli- » laine ne vous satisfait pas? par quels autres » moyens y parvenir? et il suggéra l’idée d’unegar- » nison mixte d’Anglais, Français, Italiens, Alle- » mands.... » En général , ajoutait l'arabassadenr anglais dans son rapport i son gouvernement, U tout ce qui a pour but de violer l'indépehdance » de l'ordre de Malte ne serait jamais consenti par * I» le gouvernement français. Tout ce qui peutcon- » venir ou être agréable au gouvernement anglais >• pour terminer les présentes diilicultés, et qui ne
• Lc«lre de lord Wilhworth, du 9 avril.
’ Ce contre- ortire était du AI octobre; le. lAhiisiére
ItBI
» serait pas contraire au traité d’Amiens, serait » agréé par le gouvernement français, qui n’a aun cune objection à faire à cet égard. l.es motifs de Il la convention |>arliculièrc seraient renfermés Il dans le préambule, et porteraient sur les griefs » re.spectifs sur lesquels les deux gouvernements » croiraient avoir besoin tic s’entendre. » Cette disposition , exprimée par le gouvernement français, ouvrit la porte à des explications qui auraient semblé |K>uvoir rapprocher les esprits, et tout espoir ne paraissait pas perdu.
La question en était là lorsque, de part et d’autre, il survint de nouveaux motifs de plainte. Une croisière anglaise s’était montrée sur les côtes de Hollande, annonçant l’intention d’empéchcr la sortie de toute expédition française : elle avait jeté quatre-vingts brigands sur la côte entre Ostende et Dunkerque. Un brick, mouillé dans la rade d’Ostende, avait forcé une chaloupe française de porter, à terre un certain nombre d’individus de tout pays, ayant servi sous les drapeaux anglais. De pareils actes n’étaient rien moins que conformes à l'état de paix encore subsistant ; mais un fait bien plus grave, dont alors on reçut la nouvelle, était le contre-ordre 2 britannique qui avait empêché l’évacuation du cap de Donne - Espérance. La même défense avait été faite pour toutes les colonies qui n'avaient pas été restituées encore. Elle empêcha aussi la restitution de Corée. Tout était nouveau et bizarre dans les procédés de l'Angleterre. Four elle, la paix d’Amiens n’avait pas eu le caractère d’une paix véritable. C’était par une capitulation que les troupes anglaises, déjà en partie sorties du cap de Bonne- Espérance, y étaient rentrées. En pleine paix des capitulations! disait le gouvernement français ; et en effet , d’après une telle conduite, il avait droit de se plaindre. Il le fit, raaÿ sans violence , sans menace , et sc contenta de» ex> plications qu'on voulut bien lui donner. Il contre* manda même le départ d’une expédition préparée poq^ la Louisiane; l’Angleterre n’était pas aussi facile i baioier.
La gazette de Hambourg ayant, dans les premiers jours d'avril , publié un article renfermant un commentaire sur le message du roi d'Angleterre au parlement, publication que l’on présume avoir été faite sur la réquisition du ministre de France auprès des villes anséaliques, lord Withworth lit grand bruit de cet incident. On le déconcerta un peu, en lui répondant que, si la conduite du ministre de France inculpé avait été telle qu’un l’annonçait, « il serait désavoué, et que l’Angleterre pou-
anglais préienilii qu’il avait, le Ift novembre, envoyé uo nouvel ordre de restitution.
CUAHTRE XXVII.
[IMS]
» Tait allendre loule sorte de satisfaction, n Hais ces susceptibilités de l’Angleterre, celle importance afTectcc mise A des accessoires , n’avaient d’autre but que d’assurer le succès de son objet principal. Dans le même moment, lord Wilhworlh était chargé de déclarer au gouvernement français « que Sa » Majesté serait disposée ^ d'entendre à un arran* >• gcmenl par lequel l’Ile de Malle resterait en sa » possession un nombre d’années déterminé, et à I» se départir en conséquence de sa demande d'une » occupation perpétuelle, pourvu que le nombre » d’années ne fût pas moindre de dii, et que Sa 't Majesté sicilienne pût être déterminée à céder n nie de I^ampedosa pour on équivalent conven nabic. Cette proposition admise, l'ile de Halle, » après ce terme , serait remise aux habitants, et » reconnue Étal indépendant.» Il y avait dans celle déclaration du gouvernement britannique trois questions graves : demande de l’ile de Lampedosa appartenant au roi de Naples; abrogation de l'article 10 du traité d’Amiens, et déplacement de souveraineté relativement à Malle, puisqu’on demandait qu’à l'expiration des dix années, elle fût remise aux habitants, et non à l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem; mais, toute autre considération mise à part, qui peut douter qu'une possession de dix ans ne dût sc changer en possession perpétuelle? et si , les dix ans écoulés, on devait en réclamer la restitution, n’est-il pas évident qu'alora l'Angleterre répondrait en style lacédémonieri : Venez la prendre. Sur la communication donnée au gouvernement français de la proposition britannique, H. de Talleyrand déclara « que leprtmier » consul ne pouvait sous aucun terme, adhérer U à la possession de Malle, soit perpétuelle, Mil » temporaire; que son objet étaii rexéculîon du N traité d’Amiens, et que, platûL que de se soumet- N Ire à l’arrangement proposé, il aimerait mieux
• que nous gardassions pour jamais l'objet en dis- » pute, par la raison que, d’une pari, il y aurait
• générosité et magnanimité, et que, de l’antre, il » n’y aurait que de la faiblesse cl de ta codreition; >• qu’en conséquence sa résolution était prise, et
• que ce qu'il avait à proposer était la possession » que nous demandions de l'Ilc de Lampedosa, ou » de toute autre de celles des trois ou quatre petites » lies qui sont situées ealre Malte et la c6le d’Afri- » que. » Ni Lampedosa, ni aucune autre Ile no pouvait remplacer Malle aux yeux de l’Angleterre. Lord Withworth eut donc ordre de remettre son ultimatum, et de partir, si les conditions n’en étaient pas immédiatement acceptées.
Cet ullimalum, qui, contre l'usage, ne fut point -*
* Lettre de lord Hawkesbury, du 13 «vriî.
délivré par écrit, consistait dans les demandes suivantes :
1« «t Que Sa Majesté britannique puisse consern ver ses troupes à Malle pendant dix ans.
2» » Que nie de Lampedosa lui soit cédée en » tonte souveraineté.
» Que les troupes françaises évacuent la Hol-
• lande.
» Si, dans sept jours, il n'avait pas été signe une
• convention sur ces bases, lord Withworth devait
• cesser sa mission et retourner à I.ondres. »
La conférence dans laquelle l’ambassadeur britannique avait noliüé au ministère français cet impérieux et extraordinaire ultimatum, était du avril. M. de Talleyrand y répondit, le 8 mai, dans les formes usitées, par la déclaration suivante :
H L'ile de Lampedosa n'étant point à la France, K il rt’apparlient au premier consul ni d’accéder ni » do se refuser au désir que témoigne S. M. bri- I» tannique d'avoir cette lie en sa possession.
N Quant à File de Malte, comme la demande que H fait à ccl égard S, H. brilanniqucchangeraît une » disposition formelle du traité d'Amiens, le pre- *» micr consul ne peut d'abord que la communiquer » à S. M. le roi d’Espagne et à la république bail tave, parties contractantes audit traité, pour con* » naître leur opinion ; et de plus , comme les sti- » pulalions relatives à Malte ont été garanties par
• Leurs Majestés l’empereur d’Allemagne, Fempe- » reur de Russie et le roi de l'nisse, les puissances » contractantes au traité d’Amiens, avant d'arrêler s aucun changement à l'article de Malle, sont tc- » nues de se concerter avec les puissances garan-
• te». •
Relativement à l’évacuation de la Hollande, le gouvernement français répétait de nouveau que cette évacuation ne souffrirait aucune difficulté dès l’instant que les stipulations du traité d'Amiens, pour chacune des parties du monde, auraient reçu leur exécution.
Une telle réponse étant loin de satisfaire aux vues de l’Angleterre, lord Withworth, le 5 mai, demanda ses passe-ports. Au lieu de les lui envoyer, M. de Talleyrand lui annonça le chôme jour qu'il aurait le lendemain une communication importante à lui faire. Kn effet, le 4, il lui remit une note qui tendait, par un terme moyen, à concilier les intérêts et la dignité des deux pays. « S. H. brin tannique, disait le ministre français, a paru » croire que la garnison napolitaine, qui devait » être établie à Malle, ne présenterait pas une » force suffisante pour assurer véritablement Fin- 11 dépendance de cette Ile. Ce iiiutif étant le seul
* Letlrc de lord Wiihwortli. du 93 avril.
Diyii-'ec'- 'jy
CtOo^U’
RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS
» qui puisse au moins expliquer le refus qu’elle fait ! » d'évacuer l'Ile. le premier consul est prêt à con- >• sentir que Plie de Halte soit remise aux mains » d’une des trois puissances qui ont garanti son » indépendance, soit l’Autriche , la Russie ou la » Prusse... » Cet expédient ne convenait pas plus j qu’aucun autre au gouvernement britannique. L’Angleterre voulait Halte pour l’Angleterre. Elle se souciait peu de voir celte lie dans les mains de telle ou telle autre puissance , quelle qu’elle fût ; mais la proposition était embarrassante. Elle répondit que, dans l’état actuel de l’Europe, l’empereur de Russie ' serait le seul souverain que S. H. britannique consentirait à voir temporairement en possession de nie; mais « la proposition du gouverne- » ment français ayant, disait lord W ithwortb dans » sa note du 10 mai, été transmise par lui à sa cour, n avait été jugée impraticable par le refUe ^ de Il S. M, l’empereur de Bueeie de e'y prêter, et en n même temps au-dessous des Justes prétentions •> de S. M. britannique. » La seule concession que l’Angleterre daignait faire, par ménagement pour l’honneur du premier consul, était que la stipulation qui assurerait au gouvernement anglais la possession de Malte pendant dix ans, serait renfermée dans un article secret. Il était prescrit à lord \Vitliworlb de ne pas rester à Paris plus de trentesix hcurc% après la réception de la dépêche ^ qui l’informait de ce singulier trait de condescendance du gouvernement anglais.
Le 11 mai, cet ambassadeur eut avec M. de Talleyrand une conférence dans laquelle il lui remit une note datée de la veille et le projet de convention dans sa rédaction nouvelle. Après en avoir pris connaissance, M. de Talleyrand demanda à lord W ithwortb u s’il se croyait autorisé par >• ses instructions, è conclure avec lui une convenn tion formée sur les bases du projet anglais, et M même qui étendrait ces bases , puisque le pre- » mier article de cette convention assurerait à » l’Angleterre la possession perpétuelle de Malle,
» en retour d’une compensation. » C'était une voie nouvelle ouverte pour un rapprochement. En procédant d'après ce principe, il y aurait du moins une sorte d’égalité entre les deux parties. Quoique lord Wilhwortli commençât par déclarer que •• très-certainement il n’était pas autorisé à pren-
' Lettre delonl llawkesbury, en date du 7 mai.
* Ce passage renfermait une assertion mensongère que nous verrons bientôt démentie. Anssi le ministère anglais eut -il soin de le supprimer dans le doeiiraent communiqué aux chambres, et <romcttre tout entière la réponse de M. de Talleyrand, en date du 13 mai, qui portait sur l'assertion contenue dans le passage siip- i
ans
n dre aucun engagement de cette nature, puisque » ce serait faire une négociation d’échange, d’une n négociation de satisfaction et de garantie, » il Onit par demander « que M. de Talleyrand s’exs> pliquàt sur la n%ture de la demande qu’il avait â » faire; mais, continue cet ambassadeur, il ne put » ou ne voulut s'expliquer. » On convint cependant qu’il serait remis une proposition à l'ambassadeur britannique ; mais, sur ces entrefaites, arriva un courrier de l’étersbourg, qui replaça la discussion sur le terrain où elle était avattt celte conférence.
L’Angleterre avait commis au moins une imprudence, en répondant à l’offre de remettre Malle dans les mains de la Russie , par l’allégation d’un prétendu refus de l’empereur Alexandre de s’y prêter, Cette assertion hasardée se trouva tout d’un coup formellement démentie. Une communication ofiicielle ^ de H. de Markof Ot connaître au gouvernement français que l'empereur Alexandre confirmait la garantie qu'il avait déjà donnée, et que S. M. impériale accepterait la demande de médiation qui lui arait été faite par le premier consul, si les deux puissances y araient recours. Par cette nouvelle, qui eût pu être décisive pour la paix, si l'Angleterre n'cùt pas été résolue à la guerre, l’état de la question se trouvait complètement changé. Le ministère français se hâta de convaincre l’ambassadeur britannique de l'erreur où était son gouvernement à l'égard des sentiments du cabinet de Pétersbourg, erreur constatée par une déclaration authentique de l’ambassadeur russe, « d'où il ré- » suite, ajoutait M. de Talleyrand, qu’il est im- » possible de concilier la dernière transmission » faite par son excellence lord Witbworth, avec la » nouvelle conGrmation qui vient d’élre acquise >■ des dispositions de S. M. l’empereur de Russie, » et qu’on ne peut se refuser à croire que S. H. bri- » tannique, mieux informée, sera elle-même em- » pressée à faire donner à son excellence M. l’am- » bassadeur, des instructions différentes de celles » qu’il a reçues et communiquées au nom de son B gouvernement.» L’Angleterre ne voulait pas plus de la médiation que de la garantie de l'empereur Alexandre; et lord Withworlh, malgré l’importance du fait nouveau qui lui était notifié, sans entrer dans aucune explication, persista dans la demande de ses passe-ports. Us lui furent accordés.
primé. Ainsi , an tort d’un mensonge envers la France, le ministère anglais joignait celui d’une altération grave, d'un véritable faux, dans les communications données au parlement.
‘ Dépêche du 7 mai, ci-dessus mentionnée.
t Lettre de lord Withwortb, du 1 1 mai.
* iNute du 13 mai.
CIIAl'lTRK XXVII.
Le 13 mai^ avant son départ, il lui fut remis, comme dernier gage du désir qu'avait la France de conserver la paix, une note renfermant la récapitulation de tout ce qui s'était passé entre les deux pays depuis le message du roi,^n date du 8 mars. Cet exposé de faits mettait en contraste la France disposée à tous les moyens d’accommodement, hors la violation du traité d’.Amiens, et l’Angleterre ne voulant d’autre transaction que celle qui se fonderait sur la violation de ce traité. Si , en rapportant les actes hautains du gouvernement anglais, j’ai, pour éviter d’inutiles répétitions, omis les reproches de même nature faits à la France, sur quelques paroles du premier consul , j’aurai soin , en rendant compte des débats du parlement britannique, de produire ces imputations, qui s’y montreront alors dans toute leur énergie et toute leur âpreté. QuofqH’i^ en puisse être, de l'aveu de l’Kurope entière, IftiTformes, dans cette circonstance, n’étaient pas du cété de l’Angleterre. Négocier par désarmements, ne dévoiler sesdcmaiidcs qu’après avoir mis en avant la force qui les exige, imposer un ultimatum de sept jours, un autre de trente-six heures, et, contre toutes les règles, un ultimatum verbal ; alléguer des assertions fausses, et, quand la fausseté en est démontrée, se taire, cesser toute négociation , brusquer la déclaration de la guerre : tous ces traits sont sans justification, surtout à l’égard d'un État de premier rang comme la France. Après une vigoureuse réfutation des prétentions anglaises, la note française du 12 mai, tout én opposant une juste fierté aux procédés dont elle signalait l'insolence, voulant laisser encore une voie ouverte au rapprochement, sc terminait ainsi : « Le <oussigné est donc chargé de déclarer X à son excellence lord Withworth qu’aucune com- » niunication, dont le sens et les formes ne s'accor- X deraient pas avec les usages observés entre les » grandes puissances, et avec le principe de la plus H parfaite égalité entre l’un et l’autre États, ne » sera plus admise en France ;
« Que rien ne pourra obliger le gouvernement X français à disposer de pays qui ne lui apparticn- X nent point, et qu’il ne reconnaîtra jamais à l’An- X gleterre le droit de violer, en quelque point que X ce soit, les traités qu’elle aura faits avec lui.
'>1 Enfin, le soussigné réitère la proposition de X remettre Malte entre les mains de l'une des trois X puissances garantes, et, pour les autres objets X étrangers au traité d’Amiens, il renouvelle la » déclaration que le gouvernement français est
' Telle est la défiance qu'inspire ici M. de Markof, qii'on ne doute millement qu’il ne soit homme à faire part à lord Withtvorih des ordres qu’il a reçus, et â en siispen-
X prêt à ouvrir une négociation .à leur égard, x
Cette dernière proposition de la France et l’oITrc de médiation de la Russie n’étaient plus que des chimères auxquelles les amis de la paix attachaient en vain un reste d’espérance. L’Angleterre, pressée de rendre toute médiation impossible, avait précipité le commencement de la guerre. .S. M. britannique, en informant les chambres, par un message du 16 mai, du rappel de lord Withworth et du départ du général Andréossy, avait, suivant les termes usités, réclamé le zèle et l’esprit public de scs Odèles sujets pour défendre, contre l’ambition de la France, les droits de sa couronne et les intérêts de ses peuples. I)éj.i même, avant cette démarche oflieielle, des lettres de marque avaient été expédiées aux bâtiments anglais; et, selon la sauvage méthode du gouvernement britannique, les hostilités avaient précédé la rupture oflieielle.
On soupçonna dans le temps que l’envoyé de Russie, le comte de Markof, plus disposé à servir l’Angleterre que la France, avait différé de vingtquatre heures la communication de l'offre de médiation faite par l’empereur Alexandre , en sorte que, cette communication n’ayantété donnée qu’aprés la cessation de tous rapports personnels entre M. de Talleyrand et l’ambassadeur britaunique, ce dernier, qui avait, pour la troisième fois, demandé ses passe-ports, put se dispenser de répondre à l’information qui lui fut donnée par le gouvernement français. Le soupçon, même en le supposant injuste, et il fut conçu ailleurs qu’.i Paris >, fait connaflrc quelle était l’opinion établie sur les dispositions cl le caractère de M. de Markof, ainsi que sur l’insubordination de la diplomatie russe. Il était notoire qu’ainrs, malgré l’intérét sincère mis au maintien de la paix par l’emperenr Alexandre, scs trois ambassadeurs, Markof à Paris, Simon Woronzof A Londres, et Rasumowski à Vienne, étaient des artisans avoués de discorde et de guerre. Averti à temps, le ministère britannique s’était, en accélérant l'explosion, épargné l’embarras de sc refuser à une médiation qui venait elle-même le chercher.
liOrsquc le gouvernement français, en réponse aux demandes de l’.Angletcrre, voulait en référer aux puissances garantes, ce n’était point de sa part un subterfuge, c’était raccomplisscment d’un juste devoir. Dès le 6 octobre , l’Aulrichc avait accepté la garantie de l’article 10 du traité d’Amiens. L’accession de la Russie au même article, accompagnée seulement d’une légère modification qu’avait aussitôt acceptée le premier consul, remontait au 12
dre l'exécnlion, si ce retard convcnail mieux à l’Angleterre. t^llre de M. Bignon , datée de Berlin ,
le 28 floréal an XI (18 mai 1803).
RUPTURK DE LA PAIX D’AMIENS
novembre. Au commencement d'avril, la cour de Prusse avait fait connaître à Londres qu'elle adhérait à la modilication proposée par la Russie; mais, dominée par les nécessites ministérielles,, l'Angleterre ne tenait nul compte des engagements pris par les puissances garantes, et se faisait un jeu de rompre un traité dans lequel ces puissances étaient interrcnues.sanss'assujetlirà desexplications préalables avec elles.
Ainsi , malgré la préférence qu’il eût donnée à la prolongation de la paix, le ministère, ne se croyant pas assez fort contre la nouvelle opposition, à moins qu’il ne pût s’armer contre elle de l’acquisition de Malte, ne songea plus qu’à précipiter le mouvement de la guerre, sans vouloir entrer dans aucune des voies que la France laissait ouvertes à un rapprochement. Après avoir suivi sa marche dans scs discussions avec la Franco, nous verrons, par les débats du parlement, quelle était sa position à l’égard des divers partis qui divisaient les chambres.
I.es papiers soumis au parlement ne paraissant pas renfermer des informations suOisantes, lord Grey demanda des documents confirmatifs des assertions ministérielles sur les violences qu’on disait avoir été exercées en France à l’égard des Anglais et des propriétés anglaises, sur les discussions rclativesà l’envoi d’agents commerciaux de France dans plusieurs ports de la Grande-Bretagne, et sur divers autres objets présentés comme ayant influé sur la détermination de la guerre. Pour écarter cette proposition, lord Hawkesbury allégua le singulier prétexte u qu’aucun de ces points n’était de >• lui-méme la cause de la guerre, mais que réunis, » ils formaient ensemble une masse d’agression » qui justifiait la conduite des ministres de S. M.... n II n’était pas nécessaire que la France refusât <• positivement satisfaction. Si elle l’éludait con- K stamment, il y avait bien de sa part évidence
d'une disposition hostile.» D’après ces premières paroles du ministère, il est aisé de reconnaître que, meme rintérél des ministres mis à part, la guerre ne se décide point par un principe de justice, mais par un principe d’utilité. C’est en effet le point seul d’utilité qui sera invoqué par presque tous les orateurs; et le ministère lui meme n’aCTectera pas à cet égard de déguisement.
Lord Pclhain avoue que le trait saillant dans les derniers débats avec la France a été l’tle de Malte ; que c’est au moment où l’évacuation de Malte a été demandée d’une manière péremptoire par le gouvernement français, que le ministère de S. M. a cru devoir relever tous les actes de ce gouvernement depuis la signature de la paix, et insister sur la conservation de celte Ile « absolument né- 1 BIKX0)l.
» cessaire à ce pays comme gage de sécurité contre » les desseins de la France à l’égard de l’Égypte,
» depuis que, par la destruction de l’ordre deSaint- » Jean de Jérusalem, il avait été impossible d’exé- » enter exactement sous ce rapport les stipulations » du traité. » Les ducs de Cumberland et de Ciarence, plus occupés de l’honneur national que des détails de la négociation, se livraient à toute l'énergie de leur ressentiment contre l’homme qui avait osé dire que l’Angleterre ne pouvait pas lutter seule contre la F'rance, qui avait traité de bagatelles la possession du Piémont et de la Suisse, comme des faits qu’on avait dû prévoir avant la signature du traité ; et ils concluaient que l’Angleterre devait garder Malte, pour prouver que la génération actuelle n’élail pas indigne de scs ancêtres. <i Garder Malle, dit lord Mulgrave, est un » droit que nous donne l’oppmssion exercée par la » France sur les puissances du continent. Suivant » la lettre du traité, nous devions rendre Malte à » l’ordre, mais l’ordre a été détruit par la France, n il a perdu ses propriétés et ses privilèges. Il a n été nommé un grand maître, par qui? Par le i> pape, qui lui-méme est un vassal de la France.
» Livrer Malle à ce grand maître, serait livrer à » la France la possession de l’Égypte. Si les mi- » nistres eussent plus longtemps supporté l’inso- ■> Icnce du gouvernement français, on leur eût n envoyé Napper -Tandy comme agent commer- » cial, et Arthur O’Connor comme proconsul de la n Grande-Bretagne. » l<a même franchise éclatait dans les expressions de lord Melville. Il se réjouissait *■ que la négociation relative à Malte fût à son • terme, que le traité fût sur ce. point une lettre n morte, les actes de la France ayant rendu son n exécution impossible. C’est pour l’Angleterre n qu’il faut garder Malte, et non pour les autres.
Il II était heureux de pouvoir dire que c’était pour n Malte seule que la guerre était résolue. » Après des déclarations semblables, il ne restait plus rien à ajouter pour les chefs de parti, et, cette fois, le discours de lord Grenvillc parut faible et pâle à côté de ceux des hommes qui marchaient sous sa bannière.
Il en fut de même de celui de M. Pitt, dans la chambre des communes, u II y avait, selon lui, des^ n preuves d’hostilité tellement évidentes de la part Il de la France , que l’Angleterre était justifiée Il d’ètre restée saisie de Malle pour sa sûreté. » Le rapport du colonel Sébastiani, les circonstances de sa mission, l’aveu délibéré cl formel de Bonaparte qui avait dit, dans sa conversation avec lord Withworlh, que tût ou tard l'Égypte appartiendrait à la France, étaient autant d’actes qui rendaient lu guerre légitime. Il rappela aussi la réunion du