CHAPITRE XXVII
(ISOSJ
Piémont l'inllucncc exercée par Ja France dans la dislribulion des indemnités en Allemagne, et la médiation de la Suisse, u Si nos cfforU, ajouUit-il,
Il ont été dans la dernière guerre prodigieux et n sans exemple, ceux que nous aurons à faire dans » la guerre nouvelle devront les surpasser encore.»
En présageant ainsi la nécessité d’une grande vigueur (le moyens et du déploiement de mesures inouïes, M. Pilt offrait à scs partisans une nouvelle occasion de répéter que lui seul était capable de pourvoira ces mesures et à ces ressources extraordinaires. Séparé de la cause du ministère, dont il avait été quelque temps le soutien, M.Pitt était resté muet dans les discussions qui avaient suivi les deux messages du 25 novembre et du 8 mars. Son silence n’avait pas été une calamité publique, mais une calamité ministérielle. Il deviendra bientét offensif pour les ministres autrement que par .son silence. Plusieurs orateurs, .MM. Thomas Grenvillc, Elliot, Dallas, Sergeant Best et Pcelc se distinguèrent par la force de leurs sorties contre la France et contre le ministère. « Non-seulement :• Malte, disait l’un -, mais la plus petite lie du i> monde serait un sujet suffisant de guerre, si elle Il était deinandcc aussi péremptoirement que .Malte Il l’a été par la France. » — u Ce n’est pas tant le » rocher de Malte qui est en question, disait un Il autre que le rocher de la constitution an- » glaise, n Au milieu de ce déchaînement de passions qui prenaient peu la peine de se déguiser, la modération et la sagesse trouvaient encore, quoique en petit nombre, de courageux organes.
Lord Stanhope faisait observer que l’on parlait beaucoup de ce qu'avait gagné la France, et que l’on se taisait sur ce qu’elle avait perdu. « Au mo- » ment de la conclusion de la paix, elle éUit déjà Il en possession de la Hollande et de l’Italie, mais n elle était de plus en possession de Saint-Domin- II gue, qu’elle a perdu depuis. Si elle eût conservé » Saint-Domingue, nos colonies dans les Indes Il occidentales eussent été dans le plus grand péril.
» Au reste, continuait-il, Bonaparte a offert de nous » céder Malte à perpétuité, moyennant une com- » pensation. N’eùt-il pas été juste de donner suite n à cette proposition qui eût pu être un moyen » d’accord entre les deux pays? » Le marquis de Landsdowu trouvait que les affaires de l’Italie, de
• M. Pilt qui, en 1803, voil dans la réunion du Piémont à la France l’un de» griefs capables dcjiistilicr I.h guerre, oublie qu’il avait lui-meme regardé celte réunion comme consommée dès 1801.
* N. Sergeant Best.
’ M. Peclc.
1 On ne doit pas perdre de vue que l’Autriche et la i
la Suisse et les autres griefs reprochés à la France regardaient beaucoup plus l’Autriche et les diverses puissances du continent * que la Grande- Bretagne. Un sentiment plus vif d’équité et de droiture se faisait encore remarquer dans le discours de lord King. Il pensait que le désir de garder Malte ne pouvait pas créer pour l’Angleterre « le droit de corriger les erreurs d’un traité par la Il rupture de ce traité; » et comme il était manifeste que ce n'était pas la France qui voulait la guerre, il demandait par amendement k que les Il expressions qui imputaient trop vivement à la ■I France le crime de la rupture des traités fussent » supprimées du projet d’adresse qu’il s’agissait n de présenter au roi. » Le nombre des pairs qui votèrent contre l’adresse ne fut que de dix, mats CCS dix personnages ^ ont des droits à l’estime de l’humanité et surtout de la nation française.
Dans la chambre des communes, le bon sens et le bon droit n’avaient pas de moins dignes interprètes. Suivant M. Withbrcad, il était assez oiseux de s’étendre sur une foule des prétendus griefs, lorsqu’on avouait que « si la France eût permis » à l’Angleterre de garder Malte, tout eût été à » merveille, » et tous les griefs se seraient évanouis. Tous les motifs qu’on alléguait aujourd’hui pour autoriser la guerre, un aurait pu les alléguer l’année précédente, pour se refuser à la signature de la paix. Il était digne de M. Fox de porter plus loin encore l’esprit de justice et de vérité. Après être convenu de la justesse de quelques-uns des reproches qui pouvaient être faits à la France, il s’étonnait que l’on se récriét si vivement sur l’orgueil et la hauteur du premier consul, « après que, dans » sa conversation avec lord Withworth, parlant de » l’idée d’une invasion, il avait lui-niéme avoué » qu’il y avait cent chances contre une, et qu’il n désespérait presque de la possibilité du succès, n Le désir de posséder l’Égypte ne pouvait pas, de la n part du premier consul, être pour nous une cause Il de guerre, ou bien nous n’aurions jamais dû » être en paix avec la maison de Bourbon. Quant au n système général d’agrandissement de la France, » nous n’avons pas plusiedroitde nousen plaindre. Il que la France n’a droit de se plaindre de notre » agrandissement dans l’Inde, à moins que pour ‘n notre excuse nous ne disions comme cette dame
Prusse ont garanti A la France l’état de scs possession» j en Italie; la Prusse, par son traité du 23 moi 1802;
] r.tutriche, par une convention du 20 décembre de la même année.
* C'étaient le» «lue» de Bedford cl de Lcinster, les comtes de Derby, Cowper, Besborough, Thanet, All>emarlc, Stanhope, Guidford et lord King,
RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS
« â laquelle on rcprochail quelques écarts : Aon H pQ», sur «non Aonnonr, de ce rd/é-ci </w oop de
* Bonne-Etpérance.., Qoe signiliait la mission du » général Sébastian! ! Après la paix d'Utrechl, le
■ gouvernement français avait de même mis en N œuvre de semblables missionnaires. M. Fox blà- » mait les ministres d'avoir laissé s’accumuler des n affronts de détail, sans en demander satisfaction, » pour finir par une guerre fondée sur le principe « d'une avidité honteuse qui ne nous permettrait M pas de trouver d’alliés sur le continent. Il était i> effrayé d’eolendre les développements de force «• inusités que réclamait un membre de l'ancienne N administration (M. Pitt), qui, non content d'avoir » amassé sur la tétc de la nation un si énorme far*
• deau, la menaçait encore d'ajouter deux ou trois » cents millions à sa dette, etccla uniquement pour » Malte, sans aucun intérêt généreux et générai » pour l'Europe. " Ces nobles accents retentissaient sans fruit dans le parlement britannique. Dans la séance du S7 mai, le même orateur tenta un dernier effort, qui fut également inutile. Il fit la proposition d'une adresse au roi, pour demander que le gouvernement profitât de l'offre de médiation faite par l'empereur de Rassie. « Si cette média- « tion, acceptée par l’Angleterre, devait échouer t* par l'injustice des prétentions de la France, du » moins, dans la poursuite d'unegutrre nécessaire, » le gouvernement anglais aurait en sa faveur
■ l'appui de celle grande puissance médiatrice et » l'opinion publique de l'Europe et du monde. » Celte proposition fut facilement écartée. D'après lord Havrkesbury, l'offre de médiation russe n'avait été faite qu'en des termes généraux, après que la négociation était rompue et que lord Wilbworth était près de quitter Paris. 11 ne croyait pas que ridée de ee servir de la Russie comme intermédiaire dans nos différends avec la France pùl produire aucun avantage, « puisque la France avait pusili- » vement refusé d'accéder aux seuls termes que H S. M. pAt enleudrc » Â cette déclaration expresse il joignit quelques assurances de la disposition où était le ministère de ne rien négliger pour conserver ou rétablir la paix, mais il était trop évident que ces dernières démonstrations étaient maintenant sans valeur et sans sincérité. Peut-être alors ne se Irompail-on pas en disant que non-seulement le ministère voulait Halle, mais qu'avec Malte il voulait encore la guerre. Le moment n'étail plus où il eût pu impunément maintenir la paix. Il ne maîtrisait la nouvelle opposition qu’en faisant par loi-méme ce qu'elle voulait faire. En-
' WbUe France poaiiirely refuted lo accédé to the only termt wieb hU majeaty eould lialen lo.
core s'il prolongea quelque temps son existence, il ne fit que la traîner péniblement, harcelé sans cesse et sans pitié jusqu'au jour de sa chute.
A peine la guerre était-elle déclarée contre la France, qu'un violent assaut fut dirigé dans les deux chambres contre les ministres. Si l'attaque et la défense ne furent pas très-fidèles aux lois du bon goût et de la politesse, du moins ne tnanquèrcnlelles pas de franchise. » Quelles que soient, disait- » on ^ d'une part, les vertus privées des ministres, » le manque de capacités est un crime de haute M trahison dans les hommes qui dirigent les affaires N supérieures de l'État. » Il est, répondait-on de l’autre * cùté, impossible de contenir son indignation Il quand on voit des hommes dénués de tout » talent faire ainsi le procès aux ministres, et, l'i-
• gnorance personnifiée, décider du degré de mé- » rite et de connaissances des autres. »
Dans la chambre des communes, il fut proposé des résolutions tendant à déclarer qu'une administration faible ne suffisait pas aux difficultés du temps, et â prononcer la censure de la conduite du ministère. Ce fut le moment pour les amis de H. Pitt de déclarer que, dans les circonstances graves où l'on se trouvait, l'iolérét public appelait à la direction des affaires les plus hautes capacités, seules en état de sauver le pays. Un sentiment de pudeur eût dû, en celle occasion, imposer silence à M. Pitt; mais l'élévation et la délicatesse de l'âme n'élaient pas ses qualités distinctes. Après avoir, dans de longues circonlocutions, fait entendre qu'il ne se sentait pas asseï éclairé pour prendre parti sur les résolutions débattues, il en proposa l'ajournement. « Il sentait combien il serait N pénible pour l'honorable chancelier de l'Échi- » quier, et ses amis assis sur le même banc, de res- » 1er, sans solation, sous le poids d'une question » si importante dans laquelle ils étaient person- » nellcmenl enveloppés; mais quand l’intérêt pu- » blic demandait tant d'autres sacrifices, il fallait « aussi savoir lui immoler ses sentiments person- N ncis. M Autant ce procédé de M. Pitt éUil odieux cl lâche, autant fut généreuse et noble la conduite do lord Hawkesbury. Ce ministre repoussa l'insultante pitié qui offrait au ministère un compromis entre une censure directe et un acquittement total m U rendait justice à la pureté des motifs
« qui avaient dicté la proposition de son honorable
• ami, mais les ministres ne pouvaient pas rester n dans la déconsidération d'une censure suspendue. H S’ils ne voulaient que conserver le poste qu'ils H occupent, ils pourraient accepter le triste expé-
* Le comie de Coenurvoo.
’ Lord Ellenborough.
CUAriTRK XXVII.
y> (lient qui leur était offert ; mais ni lui ni scs col- » lègues ne désirent y rester, qu'autant qu'ils croi- » ront y être utiles. S'ils pensaient avoir cessé de H l'étre, ils déposeraient les sceaux aux pieds de » leur gracieux souverain, et le supplieraient de » leur donner des successeurs. C'est pour ne pas t> rester discrédites et avilis qu'ils repoussent la i n question préalable, car ils ne voudraient pas j w demeurer une heure de plus en fonction, s'ils j » croyaient avoir perdu la confiance des chambres I » et la bonne opinion du pays. i> Tout élan de l'Âme I fait impression sur une grande assemblée. La mo- j tion de M. Pitt eut pour elle cinquante-six voix; contre elle, trois cent trente-trois. Ainsi une majorité de deux cent soixante-dix-sept voix contre M. Pin! Ce fait démontre qu'en Angleterre on peut | honorer le talent d'un homme, sans honorer son caractère.
La conduite de M. Pitt en cette circonstance fit connaître, ce que l'on supposait déjà, que les né- ; gocialions ouvertes avec lui pour fortifier te ministère de son nom et de ses talents n'avaient pas < eu de suite. Déserteur du parti des ministres dont < il avait d’abord été le soutien, il penchait vers la , nouvelle opposition sans vouloir dépendre d’elle. ! Il formait seul, avec son ambition, un parti séparé. Lorsqu'on l'avait sondé sur ses dispositions, il avait répondu qu'il sentait la nécessité d'un ministère fort et vigoureux ; que s'il y était appelé | d'en haut, il y entrerait ; que, si on lui demandait avec qui, ce serait de préférence avec tord Greii- ' ville et lord Spencer, mota sans en faits uns con- \ dition. 11 ne fut point appelé d'en haut et i’alfaire ! manqua. M. Addinglon, ne jugeant pas pouvoir détacher aucun membre de l’opposilion nouvelle, alla demander des auxiliaires à la vieille opposition ; mais la position des ministres était difficile. Dans les renforts qu'ib auraient pu trouver, ils craignaient de se donner des maîtres; en sorte qu'ils étaient réduits à choisir dans les seconds rangs. MM. Ticrney * et Hobbouse, dont s'enrichit l'administration, n'accrurent que médiocrcmciU la somme de ses forces.
Ën terminant l’exposé des discussions du parlement britannique au moment de la rupture de la paix, nous devons faire une remarque générale sur l’hommage forcé que la haine la plus animée rendait alors, malgré elle, au premier consul. Scs ennemis les plus ardents ne trouvaient à opposer au nom de Bonaparte que les noms de César, d’Annibai et d'Alexandre.
Après avoir, comme nous l'avons fait, suivi le
' M. Tirrn«y fui tiotiicnè à la place irè*-hicralive dr tréftorier de t.*i niarîoe.
cours de la négociation et les débats du parlement, il serait plus qu’inutile de nous appesantir sur le manifeste publié au nom de S. M. britannique, attendu que cette pièce ne faisait que reproduire longuement les objets débattus et dans la négociation et dans la diKUSsion des deux chambres. Si, à défaut de griefs décisifs, le ministère ri'avail pas eu besoin d'entasser des prétextes, on s'étonnerait de voir figurer, dans ce manifeste, les circonstances les plus minutieuses, comme, par exemple, les instructions données par la France i ses agents commerciaux, instructions traditionnelles qui datent du ministère de Colbert ; mais il faut sc rappeler que la guerre, comme en convenait lord Ilawkesbury, était une guerre par accumulation. Le système du ministère avait été de former une montagne do plaintes, afin de pouvoir mettre en présence cette masse d'un côté et Malle de l'autre. Cédex Malle, et la montagne s'écroule.
Il on était do même des fastueuses démonstrations d'humanilé sur lesquelles on fondait le refus de renvoyer d'Angleterre les émigrés et surtout les chefs des chouans, dont le premier consul avait demandé i’éloigneincnt. Tout cet échafaudage de sentiments généreux, d’un inviolable respect pour les droits de rhospitalilé, n'avait d’autre but que d'en faire acheter plus cher le renversement. Un seul mol l’eût fait disparaître. Que le premier consul eût cédé Malte, et rbumaiiité, rhospitalilé, eussent aussitôt perdu tons leurs droits. L'offre formelle en avait été faite par le gouvernement anglais.
Les écrivains confiants, qui font aux cabinets l'honneur de croire qu'ils agissent toujours d'après un intérêt bien entendu, ont pensé que l'Angleterre n'avail. dans son manifeste, allégué tant de fausses raisons que pour dissimuler la véritable, et, qu'en réalité, la cause fundamerilale de la guerre était purement commerciale. Ils sont partis d'un fait vrai, savoir, que le commerce anglais ayant rencontré en France, et sur tout le continent, des entraves imprévues, la production, élevée en Angleterre à un haut degré, n'avait pas trouvé dans l'état de paix une consommation plus étendue et plus facile que dans l’état de guerre. 11$ en ont conclu que le gouvernement avait été par là conduit à l'idée de sortir d’un état de paix si préjudiciable, pour arriver, par une nouvelle guerre, à une paix I meilleure. C'était dans ce sens qu’un membre du I parlement ^ avait dit que le ministère suivait, à ' l'égard des traités, les préceptes d'IIippocralc sur I les fractures, préceptes qui conseillent, lorsqu'un
* M. Courtemy.
«Ul’TÜUK DE LA PAIX D’AMIE.NS.
iiicmbru fracturé a clé mal remis, de le rompre une seconde fois pour le remettre mieux. Sans contredit, la souffrance du commerce était une des considérations qui, aux yeux des ministres^ atténuaient le tort de la guerre à laquelle ils étaient forcés; mais il n'en est pas moins constant que la guerre en elle-même n’était pas volontaire de leur part, et qu'elle leur était imposée par le parti aristocratique. Il leur eût fallu l'acquisition de Malte pour dominer à leur tour ce parti, et lui faire supporter la continuation de la paix > . « Si un gouver- !• nement étranger veut qu'on le seconde, disait-on » au général Andréossy, il faut qu'il fasse quelque !• chose pour ceux qui gouvernent.» Ainsi, suivant l’observation de cet amliassadcur, dans le compte rendu par lui au ministère français, » l'Europe » serait de nouveau livrée aux malheurs de la » guerre et peut-être replongée dans l’anarchie,
» parce qu’on n'aurait pas mis lord Ilawkeshury à » même de conserver la place de secrétaire d’État.»
Il est trop vrai. Les plus graves événements n’ont pas souvent une plus haute origine. C'est pour se maintenir dans le ministère que lord llawkcsbury embrasse la résolution d’une guerre qui va, {KMidant douze ans, livrer l'Europe à Napoléon, jusqu'à ce que l'Europe livre Napoléon à l'Angleterre.
Si, en traitant avec des monarques absolus, on SC croit obligé à des ménagements pour les passions de leurs favoris et de leurs maîtresses, la prudence ne conseilic-t-cllc pas de même, en traitant avec des gouvernements libres, de faire acception des partis, de tenir compte aux ministres de ce qu’ils peuvent et de ce qu'ils veulent, et de ne pas imputer au gouvernement les fautes on les hostilités des factions qui s’agitent autour de lui? Peut-être eùt-il été sage, de la part du premier consul, de ne pas confondre avec les dispositions guerrières d’un parti, l'esprit de modération et depaixdontétaicnt animés lord Ilawkcsbury et M. Addington, et de faire, à cette considération, des sacriflees dont la conservation de ces ministres dans leur poste, et la conservation de la paix par eux, auraient pu être la récompense. Ce fut un tort du premier consul de ne pas faire cette distinction, si toutefois, ce qui est douteux, le mécanisme intérieur des gouvernements représentatifs, dont le jeu se dévoile aujourd'hui à nos yeux, frappait alors ses regards comme il frappe aujourd'hui les nôtres. Soit manque d'une connaissance exacte de la vraie position où se trouvait le ministère britannique, soit exagération d'un rigorisme qui ne veut voir que les faits sans remonter aux causes, le premier consul, dans tout
• Dépêche du général Andréosty, en date du 14 avril, j
ce qui se passait, se disait, s’imprimait en Angleterre, ne voyait que le gouvernement anglais et semblait supposer que la toute-puissance résidait dans ce gouvernement, comme en France elle résidait dans sa seule personne. Cependant, d’un autre côté, il n’était pas impossible que, malgré tous les sacrifices qu’eût pu faire le premier consul, le ministère n’eût succombé, et la paix avec lui. Dans ce cas, la France aurait eu de même la guerre, et de plus la honte de l'abandon gratuit de ses droits.
Du reste, on ne pouvait pas s’abuser à Paris sur la gravité dos conséquences qu'une rupture devait infailliblement produire , et sous le rapport de la lutte entre les deux États comme puissances, et sous celui des attaques individuelles auxquelles allait être de nouveau exposée la personne du premier consul. Par suite de révélations particulières, par suite de l’arrestation des nommés Picot, le Bourgeois, et autres, récemment arrivés d'Angleterre en France, la preuve était acquise que les projets d'assassinat, formés antérieurement contre le premier consul, étaient l'ouvrage plus ou moins direct de l'administration précédente. On en avait retrouvé la filiation complète depuis les agents les plus subalternes jusqu’à Georges, et de Georges à H. Windham. Quoiqu’on n’eût pas une semblable certitude à l’égard de l’administration actuelle, il était cependant trop manifeste qu’en couvrant de sa protection, même pendant la paix, des hommes non-seulement capables, mais déjà prévenus d’attentats contre lechcfdu gouvernement delà France, elle se réservait la possibilité de laisser plus tard agir ces mêmes hommes en toute liberté ou même de les pousser à de criminelles entreprises. La correspondance du général Andréossy avait plus d'une fois signalé les dangers de la guerre, relativement à l'intérêt général de la nation française, et à l’intérêt privé de son premier magistrat. « La guerre, n écrivait-il sera de la part des ministres une ré- » solution désespérée qui ne les sauvera pas; mais » cette guerre sera soutenue avec vigueur par la » nation qu’il est facile d'électriser, et les ressour- » ces de la nation sont grandes, sans compter les » ressources de l'intrigue et du crime, dont les élé- » ments sont prêts à se réorganiser au premier » signal. »
Le premier consul est bien averti; il sait ce qu'il doit craindre pour la France, pour lui-même ; mais s'il ne croit pas que l'intérêt de la France lui commande de céder aux prétentions anglaises, ce n'est pas le soin de sa vie qui l’y déterminera. C'est donc pour .Malte, dira t on, c’est pour un misérable roc de la Méditerranée que la France va être précipi-
’ Dépêche du 38 mars.
CHAPITIIE XXVII.
tée dans de noUTeaux hasards, dont il est impossible de prévoir l’issue ! Ce n’est point pour Malte, c'est pour l'intérét national, pour l'honneur national, qui ne peuvent souffrir qu’un gouvernement etranger s'arroge le droit de conclure et de dissoudre les traités selon son caprice et sa convenance. «Jamais, avait écrit, le 4 mai, M. de Talteyrand M au général Andréossy, jamais nous ne consenti- » roiis à stipuler une dérogeance formelle au traité » d’Amiens; c'est pour nous la limite de l'hoii- » ncur...t» « Aujourd'hui, disait ce ministre dans » sa note du 1:2 du même mois, la convenance de K rAnglcterrc voulait une garantie contre la France, »• et elle garde Malle. Autrefois, la convenance de n rAnglcterrc voulut une garantie contre la France, • et l’on détruisit Dunkerqucl et un commissaire » anglais donna des lois dans un pays où flottaient » les couleurs françaises! Demain la convenance » de l'Angleterre demandera une garantie contre
» les progrès de l’industrie française, et on pro- N posera un tarif de commerce pour arrêter les » progrès de notre industrie!...» Ces raisonnements étaient justes. Toute faiblesse d'un gouvernement encourage la partie adverse i plus d’exigence, et puisqu’il était dans les destinées de la France d'avoir à lutter contre des ennemis implacables, que sa condescendance n'aurait fait qu’enhardir, le premier consul put penser qu’il était dans la vraie ligne de scs devoirs, comme chef d'un grand État, en acceptant la guerre plutôt que le déshonneur.
Si j’ai exposé avec une si grande étendue les détails relatifs à la rupture de la paix d'Amiens, c'est que cet événement est, (Kiur le premier con- I sul, le point décisif de sa destinée. A dater de ce I jour, il voit l'Angleterre s’élever devant lui comme I un cap des Tciu{»é(c5, qu'il ne lui sera pas dutiné I de franchir.
l'OLITIQLE KXTÉUIEIJIIE.