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qu’un ne voulait pas lui laisser le loisir de la faire connaître. Ce fut là évidcminenl une des principales raisons qui décidèrent l'Angleterre à brusquer la rupture. Le rescrit impérial, qui chargeait les ambassadeurs russes à Paris et à Londres de faire des déclarations uniformes dans cet esprit aux deux gouvernements, portait la date du 24 mai ; tandis que, dès le 16 du même mois, le message du roi au parlement avait constaté la cessation de l’état de paix.
Cependant le cabinet de Londres, pour ne point paraître dédaigner la bonne volonté de l’empereur Alexandre, se montrait disposé u profiter ’ de Il l’intervention de ce prince en toute manière qui n pourrait être agréable à S. M. impériale; « mais il avait soin d’y joindre la réserve, ■< pourvu que n cette intervention ne suspende pas les mesures Il vigoureuses auxquelles S. M. britannique a été » obligée de recourir, aGn d’amener le gouvernen ment français à une conduite plus modérée... » Lord ilawkesbury ajoutait : « Le gouvernement an- » glais écoutera vulontiers toute proposition que n l’Angleterre pourra croire la plus propre à avan- H cer un objet aussi important que l'est le réta- » blissement de la {U'anquillité générale sur. une » base permanente et sûre. » Cette lettre de lord Ilawkesbury ayant été communiquée au gouvernement français par rcntremisc des ambassadeurs russes à I.ondrcs et à Paris, le premier consffl ne voulut pas laisser croire un moment qu’aucun obstacle à un rapproclic'ment put venir de la France. K Si le ministère anglais, écrivit ^ aussitôt .M. de n Tallcyrand au général Hédouvillc, est sincère n dans sa nouvelle proposition , la paix peut être n considérée comme rétablie, le premier consul <1 n’ayant aucune difliculté «le déclarer ici qu’il » s’en remet entièrement à l’empereur de Russie, H qu’il ratifiera et tiendra pour bien fait tout ce que !• S. jV. impériale décidera dan» »on eepril deju*- » tice et d'impartialité lur la quetlion actuelle. » Dans ce cas, il faudrait qu'iminédiatement le sang cessât de couler, et que le continent fût mis u à
l’abri de cctie avidité qui précipite tout d’abord » le peuple anglais vers la guerre par l’espoir de » quatre mois de pillage. • Ün ajoutait que le premier consul était si fermement résolu à se soumettre sans réserve à la décision de l’empereur, qu’il était prêt à en déposer l'engagement entre scs mains.
Au milieu de ces témoignages de déférence pour la Russie, il était une question sur laquelle le premier consul n'était nullement enclin â se laisser
' Lettre de lord Ilawkesbury k l'ambassadeur Simon de WoronzoF, en date du 38 mai.
lier les mains par cctic puissance. I.e monarque russe, dans son rcscrit du 21 mai, pour prix de sa complaisance à recevoir Malte en dépût, avait prescrit à M. de Markof de demander que, dans l’hypothèse où on iic pourrait pas éviter la guerre, les États du nord de l’Allemagne et le royaume de Naples conservassent leur neutralité. Il invoquait, relativcmctit à la neutralité du nord, la médiation exercée en commun par la Russie et la France à Ratisbotine; relativement au royaume de Naples, les articles secrets de la convcniion dit II octobre 1801. C’était là un point sur lequel il n’y avait nulle possibilité de s’entendre.
L’obstacle est éloigné, s’il ne tient qu’à la Russie. Il est plus rapproclié cl peut devenir plus sérieux du côté de la Prassc.-1.e premier consul a franchement abordé la diRicullé avec la cour de Berlin. Il a chargé le colonel Duroc d'annoncer sans détour l’occupation inévitable du Hanovre par des troupes françaises, si la paix ne pouvait être maintenue. Ce colonel devait même laisser entendre que, le but de cette mesure étant de fermer au commerce anglais le nord de l’Allcmagtie, il était bien dillicile qu’elle ne s’étendit pas aux ports de Brême et de Hambourg.
On conçoit d’avance les plaintes que l’occupation seule du Hanovre devait exciter. Il était naturel que les partisans de l’Angleterre jetassent les hauLs cris sur une entreprise qui serait à leurs yeux une violation de la neutralité du territoire de l’empire, une atteinte à l’indépendance du corps germanique. Vainement l'Angleterre ferait à la France la guerre la plus odieuse cl la plus atroce. Le Hanovre, possession du roi d’Angleterre, devait, comme État d’empire, être sacré et inaccessible pour elle. Ce raisonnement, toujours reproduit et toujours négligé, tolérable de la part de la diète de Ratisbonne, qui s’abstiendra de le faire valoir, ne pouvait pas avoir une grande force de la part de la Prusse et de la Russie, lorsqu’on se souvenait que, deux années auparavant, la Prusse, sur les instances de la Russie même, avait envahi cet électorat, au sujet de questions auxquelles le corps germanique était absolument étranger, de questions qui ne se rapportaient qu’à des torts de l’Angleterre seule, dont l’origine était dans les violences, dans les usurpations de l’Angleterre, comme puissance maritime. Aussi la Prusse, tout en désirant prévenir l'entrée des Français dans l’Allemagne septentrionale, se garda-t elle de faire valoir une argumentation qu’il eût été si facile de réfuter. S'emparer du Hanovre, disait-elle, c’est frapper
’ Le 10 juin.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
PAnglelerre ; mais de Hambourg! de Brème! ce sérail frapper l’Allemagne.
Quoique la cour de Berlin ne se fût pas areuglce sur les suites probables d'une nouvelle guerre entre l’Angleterre et la France, elle fut effrayée de reconnaître que le danger était si prochain. Elle invita le premier consul à différer l’exécution de son projet, dans l'espoir de trouver, relativement au Hanovre, une voie de conciliation convenable aux intérêts des deux parties.
De toutes les puissances entrées, en 1800, dans la confédération maritime du Nord, la Prusse était la seule qui , en renouant ses anciennes relations avec la cour de Londiês, W’eùt point abandonné les principes de cette neutralité. Le cabinet de Berlin SC persuada qu’il pouvait tirer un parti précieux de cet avantage particulier de sa position. Il offrit à l’Angleterre de faire devancer par des troupes prussiennes, dans le Hanovre, l’invasion préméditée des Français, et de conserver ce pays jusqu’à la paix à S. M. britannique, mais sous la condition que l’indépendance du pavillon prussien fùlrespeclée. La France qui, dans le cas de l’acceptation de cette offre, aurait eu, pour sa navigation, la ressource du pavillon prussien, ne parut point éloignée de donner les mains à cet arrangement. Pour l’Angleterre aussi, la question était intéressante, puisqu’elle eût pu maintenir ainsi en faveur de son commerce le libre accès des Qeuves d’Allemagne ; mais la perte temporaire du Hanovre et l'interruption de son commerce de ce c6té ne lui semblèrent pas dignes d’étre mises en balance avec la reconnaissance des droits des neutres, même à l’égard d’un seul pavillon : et d'ailleurs, la frayeur même qu’avait la Prusse de voir les Français établis au cœur de ses possessions, offrait, dans cet événement, an cabinet britannique une source de chances heureuses par la mésintelligence que ce voisinage et ce contact pourraient amener entre Paris et Berlin. Un refus formel du gouvernement anglais fil donc évanouir l'espérance dont la cour de Prusse avait voulu sc flatter. La situation de cette cour devenait très-pénible: on ménageait, on redoutait la France, mais on allait payer cher son amitié. Le roi et son cabinet qui , depuis six ans , fiers d’être les protecteurs du nord de l’Allemagne, l’avaient considéré comme étant , même dans les parties qui n’appartenaient pas à la Prusse, inaccessible à tonte antre force qu’à une force prussienne, étaient en même temps humiliés de l’établissement d’un corps d’armée français au centre des possessions de celte monarchie, blessés dans l’inlérét du pays par les entraves que la clêlure des fleuves allait mettre à son commerce, effrayés des sujets infaillibles de contestation que l’occu- I
palion ferait naître entre les deux gouvernements. Par toutes ces raisons, le renouvellement de la guerre maritime devait être pour la Prusse une grave calamité.
Si le roi de Prusse et son cabinet s’alarmaient des suites de cette nouvelle guerre ; si le cabinet de Pétersbourg, ou du moins l’empereur Alexandre, s’afTIigcait de la reprise des hostilités, il ne pouvait pas en être tout à fait de même à Vienne. Jamais l’Autriche ne fait de concessions irrévocables. A Lunéville, à Ratisbonne, elle s’etait soumise, mais en confiant au temps le soin de lui faire regagner ce qu’elle avait perdu. Hors de combat pour le moment , il ne pouvait que lui convenir do voir les forces du gouvernement français s’épuiser ailleurs que contre elle. Alliée naturelle de l'Angleterre, dont elle était devenue presque tributaire par les dettes contractées dans les dernières campagnes, elle devait faire des vœux pour les succès do cette puissance, avec la pensée secrète de les favoriser et d’en profiter pour eNe<4néme, si le cours des événements en rendait la chance moins dangereuse. Ces sentiments étaient ceux desa.posilion ; on n’avait pas droit dc-lüi en demander d’autres. Aussi le gouvernement français se bornait-il avec elle A des pourparlers sans conséquence. « S. M. l’empe- »reur, disait la France, ne voudra pas sans doute » que la garantie donnée par elle à l’article 10 du » traité d’Amiens soit regardée comme une vaine » formule? Cette garantie a été violée, mécon- » nue.... » — « Mais, répondait 1e ministère autri- » chien , quelle démarche vouléz-vous que nous n fassions?» — « Quelle démarche êtes-vous prêts » à faire? » répliquait la France, cl tout se réduisait, de la part de la cour de Vienne, à la proposition de demander des explications à lA>tidres, de sc concerter avec la Russie et la Prusse, proposition faite pour la forme, et acceptée de même. Du reste, cette cour témoignait n’être point jalouse que le premier consul eût, de préférence, réclamé la médiation de l’empereur Alexandre, reconnaissant elle-même qu’elle n'était guère en situation d’être utile. La position du cabinet autrichien était effectivement équivoque et dépendante de l’avenir. C'est ce que savait fort bien le gouvernement anglais ; et quoique l'offre des plus amples subsides, quoique les instances les plus actives n’eussent pu pour le moment arracher à l’Autriche la promesse d’un appui prochain, il se flattait, non sans raison, de voir naître de la guerre même une nature d’événements qui pourrait vaincre l’indécision de celle puissance. Peut-être aussi, et cette conjecture n’est pas sans fondement, le ministre autrichien à Londres, M. de Stahremberg, qui, dans un court passage à Paris, n'avait pu se défendre d’une couduite
CirAPITllE XXVIII.
[IftOÔ]
ofTcnsaiilc pour le gouvcnicinenl français, duiiiiailj| au ministère britannique des espérances d'une étendue non autorisée par sa cour.
Une conversation de l’empereur d’Autriche avec l’ambassadeur de France peint à merveille la situation de ce cabinet, et cette conversation est d'autant plus curieuse, qu'à Vienne le monarque n’entame presque jamais de questions politiques avec les ambassadeurs étrangers. Ce jour- là, par une exception particulière , l’empereur François II , apres avoir parié de son amour pour la paix, et du souvenir qu'il gardait des maux de la dernière guerre, exprima tout à coup l'étrange eraintc que « si le gouvernement français échouait dans sus )> tentatives contre l’Angleterre, ce que ce prince » jugeait prol)al)lc, il ne tournât scs armes contre » une puissance du continent, pour forcer l'Angle- '• terre à la paix. Ce n’est, ajouta-t-il, que de cette <1 manière que je puis être obligé de faire la guerre.» I.’ainbassadcur de la république ayant dù assurer S. M. impériale qqe les puissances qui n'avaient point de liaisons avouées ou secret^ avec l’Angleterre n'avaient r^nà eraiadre nî'd^ succès, ni des revers de la Frartfed; çtayant suélout témoigné une vive surprise de, ridé«’«attfaqrdh»aire admise par S. 31. : « Vous êtes, r#ril l’empereur, fâché du » ma supposition ; mais ce que je dis là, ce n'est U pas moi qui t'imagine, je l'entends dire partout. » Cette indiscrétion im|>érialc décèle suflisamment l'étal du cabinet. On n'y veut pas la guerre pour l’instant; mais avoir jeté déjà, dans l'esprit du souverain, la peur d’élrc attaqué par la France, c’est l’avoir disposé à prévenir lui -même l'attaque, lorsque le ministère en jugera le moment op|iorlun.
Ainsi à Ucrlin l'entrée imminente des Français dans le Hanovre est, pour le gouvernement prussien, une contrariété qui l'allligc cl l'huinilie; à Pélersbourg, la réoccupation de Tarcntc aiTcctcra désagréablement l'empereur Alexandre, blessé du peu d'influence de son protectorat en faveur des paissances d'Italie ; à V icniic, l'esprit du monarque est préparé à des hypothèses d'hostilité, dont le cabinet^ sc réserve de déterininer l'époque. Ces dispositions sont évidemment aussi favorables aux intérêts de l'Angleterre que contraires à ceux de la France. Vainement le premier consul lâchera d’en neutraliser l'eflcl. L'Angleterre va mettre tous scs soins à les nourrir, à les envenimer chaque jour davantage ; cl, trop heureuse dans scs eflorts, elle en fera sortir des tempêtes qui bouleverseront ces divers pays et agiteront le conliiicnl tout entier.
Je ne fais point mention ici des puissances de second ordre , parce que ces puissances appartiennent, maigre clics, au système qui les sert ou qui les domine. Les Etats secondaires d'Allemagne
ne peuvent qu'être dévoués à la France, qui a contribué à les agrandir, qui seule peut vouloir les agrandir encore.
Au midi, la cour de Naples, soumise à la France par nécessité, aflectionnée en effet à l'Angleterre, est prêle à se jeter, selon l’occasion, dans des témérités qui finiront par causer sa perte.
L'F.spagne cllc-méme, comme nous l'cx|K>scrons bientôt, n'est pas exemple de tentations inopportunes, dont tout le résultat est de rendre sa chaîne plus pesante.
Dans le Nord, le gouvernement danois s'occupe à réparer les maux que ce pays a soufferts, fidèle au senlimcnl de ses droits, quoiqu'il n'ait pu les faire triompher, et prouvant que la dignité d'un I Étal ne dépend pas de la force de ses armées ou de ! scs (lottes.
I Près de là, un prince exalté, le roi de Suède,
; rêvant le rôle de Gustave-Adolphe, sans aucune I aptitude à le remplir, s'attaque successivement à toutes les puissances, pour sortir de la nullité à laquelle sa monarchie est condamnée dans l’état présent de l'Europe. Plus lard, nous parlerons des actes insensés auxquels s'est déjà livré cl se livrera encore Gustave IV. Nous le nommons ici seulement pour faire remarquer aujourd’hui que c’est ce prince si indiscret, si téméraire surtout envers la Russie, qui, dans moins de deux ans, deviendra I l'anneau par lequel l'empereur Alexandre s'atla- I ebera au gouvernement anglais, ou plutôt par lequel le gouvernement anglais fera revenir vers lui I la Russie.
L'étal de l’Europe, tel que nous venons de l’csquisscr, n’est pas inconnu au premier consul. Toutes les mesures qu'il prend sont fondées sur cette connaissance même. Il ne doute pas qu’il ne doive,
J dans un temps plus ou moins éloigné, avoir encore de nouveaux combats à soutenir sur le conlincnl.
' Il sait qu’à Vienne il existe une tendance incontestable à s’affranchir des liens du traité de Lunéville, comme on l'a fait à Londres à l’égard du traité d'Amiens, tendance dont l’effet ne se différera que jusqu’au jour où l’on croira les circon- 1 stances favorables pour reprendre les armes avec avantage. Il sait que la Russie, aujourd’hui sans volonté déterminée , pourra prendre un parti du jour au lendemain, suivant le degré d’ascendant qu’obtiendra sur l'esprit de l'empereur Alexandre la diplomatie russe, presque tout entière ennemie de la France. En conséquence de ces données, la politique du premier consul consiste uniquement à retarder l’époque de ces ruptures, cl le meilleur moyen de les retarder est de se mettre en étal d’avoir moins à les craindre. Son désir serait de prolonger assez la durée de cette paix équivoque pour