CHAPITRE XXIX
GITRRr.
VioUtion du droit des gens psr réciproctiê. — Moiifs du premier consul. — Invasion du Hanovre. — Convenlion de Suhiingcn. — Communications h IVgard du Hanovre. — Capiiiilaiion de l’armée banovriennc. — Abandon politique de l’éleclurat d'Hanovre l’Angleterre. — Considérations principales ponr l'occupation du Hanovre par la France. — Mouvements impoiiliques du Danemark. — Sévérité <lu 50ii>ariiemeat fraueais à rêgard du Danemark. — Ëlablitsrmeni de nouvelles FortiHcaiions en Hollande. — Orcupalién de plusieurs postes dans le royaume de Naples. — Défens'* des cAies de Fraoec assurée. — Hrohibitiona dirigées coaire le commerce anglais. — Projet de descente en Angleterre. ■ — Conaiructiuni maritimes pour une descente en Angleterre. — Voyage du premier consul dans la Belgique. — Frayeur en Angleterre. — Dispositions définitives en Angleterre. — Complot en Irlande. — Intlemniiê accordée par rAnglcterre k la maison d'Orange. — Double espèce »Ie guerre offensive contre la Franre. — Inexécution du traité d'Amteos dans Ica colonies. — Prise de Tabago et de Sainle-Litrie. — Prise de plusieurs colonies hollandaises.
La guerre est déclarée; le choc des deux colosses sera violenl; pendant dix années, il brisera les puissances imprudentes qui viendront se jeter cn> tre eux. Ce sera le cotnltal de l'audace contre l'audace, de la force contre la force, de la barbarie, si l'on veut, cunirc la barbarie; mais la France n'etn* prunicra aux lemps barbares leurs coutumes et Icursarmcsquc par représailles. Pour rArigIclerrc, c'esi, comme nous l’avons vu dans les questions de neutralité, un usage passé en droit, cl en un droit qu’elle entend conserver exclusif, que de violer, dans les guerres maritimes, loutcs les lois des nations. En 1805 comme en 1709, comme en 1775, do sa part le fait de la guerre en précède la déclaralion. Des bdlimcnls français avaient été ou saisis dans des ports ou pris sur l'Océan avant même que les ambassadeurs fussent revenus auprès de leurs guuvernciiienls respectifs, c'cst-i-dirc, en vertu d'ordres antérieurs à la cessation de l'étal de paix. Ainsi, les droits de la paix ont été anéantis. La paix n'a protégé pour la France ni les propriétés ni les personnes. Les équipages de nos bâtiments, les voyageurs, les passagers qui sc trouvaient à bord de ces bâliinenls, pris en pleine paix, ont été traités commedes prisonniers de guerre. Gel atroce privilège que s'arroge rAnglcIcrrc, qui est devenu pour elle comme une de ses légitimités, comment l’Europe, comment surtout la France, qui cri a été si souvent victime, a-t-elle pu en supporter impu-
nément i'cxcrcice? t’ne telle tolérance était un acte de faiblesse, un aveu d’infériorité auxquels ne se résignera pas le premier consul. Pour le gouvernement français sous le premier consul, il n'esl pas de puissance avec laquelle II ne doive traiter d'égal i égal, pas de puissance qui puisse sc soustraire i riiiQcxibIc règle de la réciprocité. Il ne tiendra pas au premier consul que celle réciprocité ne soit noble et généreuse; mais si i'AnglcIcrrc la veut cruelle cl inhumaine, le premier consul la lui rendra in- AMmatne et cruetle. Presque au moment où paraissait le message du roi d'Angleterre, des bâtiments français avaient été capturés dans la baie d'Audierne par des frégates anglaises. Pour répondre des bâtiments, des marins et des passagers français qui seraient ainsi illégalement arrêtés, un décret du premier consul * ordonna d'arrêter de même cl de constituer prisonniers de guerre comme otages tous les Anglais voyageant ou commerçant en France. On a dit que, peu de jours auparavant, le ministère des relations extérieures de France avait donné à ces voyageurs des assurances propres i les tranquilliser contre la surprise d'une telle mesure. Je n’ai trouvé nulle part la preuve de cette assertion, mais je l'admets pour vraie. Qu'en resutte-t* il? Le gouvernement français avait annoncé l'intention de respecter te droit des gens. Celle inten-
' Eu date du 99 mai.
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Gl’EnRE.
liun ric sa part clait sincère. Lorsque ce même droit des gens, qu'il veut observer, est audacieusement eiitreint par l'Angieterrc , la France doit'ClIe être encore tenue i des devoirs dont sa rivale s'aiïran* chit? Huivre le mauvais exemple de l’Angleterre, c'est faire rétrograder la civilisation 1 sans doute; mais que toutes les nations s'unissent pour la faire entrer dans les habitudes de la civilisation , ccUe Aiiglcterre, qui seule s'en écarte, et alors le droit des gens deviendra sacré dans les guerres tna> rilimes, comme il l'est dans les guerres continentaies. Il serait trop commode pour un gouvernement orgueilleux, de braver la loi commune et de se faire des lois privées dont l'application ne fût permise qu'à lui, de manière à recueillir les avantages de sa propre injustice et ceux de la justice des autres.
Outre que la mesure adoptée par le gouvernement français avait sa juslilicalion dans le principe de la réciprocité, te premier consul s'y était encore décidé par d'autres considérations. Il avait jugé qu'il étah important de convaincre tes Anglais, dès le premier jour, que celte guerre ne ressemblerait en rien aux autres guerres, et qu'à leurs attentats on ne craindrait pas de répondre par de sembla blcsatlcntals. En meme temps il s'était persuade que la détention en France d'un grand nombre de personnes, appartenant à des ramilles itiQucnIescn Angleterre, pourrailouvrir la voieàun plus prompt rapprochement. Cette espérance fut trompée. Le gouvernement britannique se montra sans pitié pour scs propres sujets, comme il l'était pour les sujets étrangers. 11 oublia les détenus, il les laissa subir une longue captivité, sans songer à leur échange. Il aurait craint, en les échangeant, de rccuntiaitrc à la France le droit d’exercer sur les Anglais, même pendant la guerre, cette faculté de préhension qu'il s'attribue à lui -même sur les Français avant la rupture. Ce genre d'iniquité est pour lui un moivopole dans lequel il n'admet point de partage.
Le gouvernement anglais n'avait point attendu la déclaration de la guerre pour commencer les hostilités sur mer. Le premier consul , plus hdclc à la loi des nations, ii’ctait pas, au muiuent de cette déclaration, en retard dans scs préparatifs. Tout était disposé pour l'invasion du Hanovre, et l'Angleterre ne l’ignorait pas. Dès le 12 mars, die avait élé prévenue, qu'en conséquence de ses armements, des troupes françaises allaient entrer en Hollande et se porter sur la frontière de l'électoral. Dix jours après le message du roi, en date du IG mai, l'armée française, réunie à ('.oevorden, reçut l'ordre de se mettre en mouvement. Celle armée n'élail forte que de treize à quatorze mille hommes
d'infanterie et de deux mille chevaux. L'armée hanovrienne comptait quatre mille chevaux et dixhuit mille hommes d'iiifanlcric. Les instructions doniK'cs par le premier consul au lieutenant général Mortier, sc réduisaiettl à ce peu de mots : • Marchez, serrez l’armcc hanovrieniie et faites-lui » mettre bas les armes. » Tel était alors le laconique langage du chef du gouvernement français, et ce langage était entendu.
Le ministère britannique, non moins impératif peut-être dans ses ordres maritimes, n'avait pas le même genre d'éloquence sur le continent. Le 16 mai, le jour même où le roi annonr.ail au parlement la rupture des négociations, le duc de Cambridge publiait dans le pays d'Hanovre une proclaroalioti qui, en ordonnant une levée en masse, joignait aux exhortations la menace du châtiment. Tout Hanovricn , en étal de porter les armes, qui refuserait de s'enrôler, devait être déclaré ««avoir » renonce à tous les biens qu'il pourrait posséder » dans les |Miys allemands de S. .M. britannique et X i toute perspective d’héritage. » Misérable ressource que de chercher du patriotisme dans la peur des confiscations! La voix de S. .M. brilanni- I que ne fut point écoutée. L'ordre de la levée on niasse ne rencontra qu'incrlie et désobéissance; ri une émigration nombreuse dans les États danois fil connaître que la population hanovricnne ne regardait pas comme un devoir de sc sacrifier pour conserver Malle à l’Angleterre. Toute la défense du pays reposait donc sur son armée régulière. Cette armée était belle, bien montée, pourvjic d’une excellente artillerie et commandée par un homme , respectable, le général comte de Walmudeii; mais eùl-elle livré les plus brillants comivats, il était trop certain qu'elle finirait par succomber sous des forces, dont le corps du général Mortier pouvait n'étre que l'avant ganlc. Les Français n'avaient pas perdu un instant, l'récédés de la terreur de leur nom, en huit jours de marche, ils avaient parcouru un long espace, franchi l’Ems, et étaient arrivés presque sans obstacle sur les bords du Wescr. La résistance la plus vive qu'ils eussent rencontrée avait été sur le terrain de Borstell, où les couragenx efforts des Hanovriciis n'avaient servi qu'à faire éclater la supériorité iiicvilabic que donne toujours, à des troupes aguerries sur des troupes uiuina exercées, l'habitude des combats et de la victoire. Pour arrêter les Français au passage du Wescr, le comte de Walmoden avait concentré toutes scs forces sur le poste impurlanl de Ntenburg; mais au moment où le général français allait commencer l'attaque, une députation de la régence d'Hanovre vint lui porter des paroles d'accommodement. La guerre à peine commencée sembla terminée par
CIlAmUE XXIX.
une convoiilion conclue, le 4 juin, à Suhiingen.
L’armée hanovricniic (levait se retirer derrière l’Elbe , avec l’engagement de ne point porter les armes contre la France, tant que durerait la guerre actuelle, à moins d’élrc relevée de ce serment par un échange préalable. Elle se retirerait avec les honneurs de la guerre, emmenant ses pièces de campagne; mais l’artillerie, les armes, les munitions, enlin tout ce qui était propriété du roi d’.\ngletcrre était mis à la disposition de la France. On trouva dans les places, arsenaux et magasins, près de cinq cents bouches à feu, quarante mille fusils, plus de deux cents fourgons ou caissons attelés d’excellenis chevaux, trois millions de cartouches et quatre cents milliers de poudres. Un grand nombre de bâtiments anglais furent saisis dans les eaux du XVeser et de l’KIbe. Parmi les troplx^s de cette rapide conquête, il faut compter aussi dixneuf drapeaux et seize étendards , pris autrefois par les Hanovriens sur les Français. Ainsi, partout la victoire faisait disparaître les traces de nos anciennes défaites. Les troupes hanovriennes avaient occupé la position convenue, et la convention avait été loyalement exécutée; mais pour la rendre délinilivc, pour la sûreté de son observation ultérieure, elle avait besoin d’ètre ratifiée par les deux gouverncmcnls.
I.C ministère français annonça ' au cabinet de Londres que la raliflcation du premier consul suivrait immédiatement celle de S. M. britannique, et proposa en même temps l’échange de l’armée hanovrienne. Il avait soin de faire observer que,
« le premier consul n’ayant eu en vue que d’obte- » nir des gages pour l’évacuation de Halte , et de » travailler à accomplir l'exécution du traité d’A- » miens, il n’avait point voulu faire éprouver toutes » les rigueurs de la guerre aux sujets de S. M. bri- » tannique, et qu’il ne se verrait qu’avec peine U obligé de traiter te Hanovre comme un pays dé- » laissé par son souverain et conquis sans capitu- )• lation. i> A la proposition du gouvernement fran- I çais, le (»binet de Londres ^ opposa le double caractère de 9. M. qui, quoique en guerre comme roi, prétendait être en paix comme électeur. Il exprimait l’intention de ce prince » d'appeler aux puis- » sa'nccs garantes de la constitution germanique; » invoquait le traité de Lunéville, l’exemple du passé, la conduite même de la France qui , dans la dernière guerre, avait reconnu la neutralité du Hanovre, oubliant toutefois que, dans cette dernière guerre, au mépris de la neutralité germanique, le Hanovre avait été envahi par la Prusse, d’après
' Lettre de M. de Talleyrand h lord Hawkosbiiry, en date du 10 juin.
les excitations mêmes de la Ilussic. ('.elte distinetion de capacités complexes dans le prince, capacités dont l’une est guerrière et l’autre pacifique, mais toutes deux respectivement irresponsables, ne peut avoir de valeur qu’autaiit qu’elle est soutenue par une force actuelle. Le refus de ratification du gouvernement anglais amena bientôt ses conséquences nécessaires. Frédéric 11 n’était plus là, comme en 17ü7, pour battre les Français à ’ Rosbach, et affranchir l’Angleterre de la foi donnée à Closterscven.
Le 50 juin, le général Mortier, de son quartier général de Lunchourg, en informant le comte de Walmoden des résolutions du gouvernement anglais, lui fit connaMrc les nouvelles propositions de la France, et lui demanda, sous vingt-quatre heures, une réponse catégorique. Ces propositions portaient que les troupes hanovriennes devaient mettre bas les armes et être envoyées en France comme prisonnières de guerre. Une telle humiliation parut insupportable aux Hanovriens. Elle fut repoussée par la dcelaration qu’iR aimccaient mieux mourir les armes à la main. Un se prépara donc des deux côtés à un vigoureux effort. Cependant, au moment où l’ordre de l’attaque venait d’être donné, on renoua la négociation. Des commissaires furent nommés de part et d'autre pour traiter sur une barque au milieu de l’Elbe. Par une méprise malheureuse, une batterie hanovrienne fit feu sur le commissaire français : accoutumé aux boulets et ayant foi à l'honneur, celui-ci, trop généreux pour affecter un indigne soupçon, ne parut pas même avoir remarqué le danger qu’il venait de courir. Une seconde convention fut conclue le !S juillet. U Le comte de Walmoden, dit le général » .Mortier dans son rapport, la signa le cœur na- » vré.n Les conditions en étaient rigoureuses, mais du moins l’armée hanovrienne n’était point prisonnière de guerre. Cette armée était dissoute. Elle déposait les armes, et scs armes étaient, avec son artillerie et ses chevaux, remises à l’armée française. Les généraux, officiers et soldats rentraient dans leurs foyers. Le pays passait sans réserve à la discrétion de la puissante occupante. Le général comte de Walmoden avait consommé un douloureux mais noble sacrifice, en prévenant une effu-t ston de sang inutile. L’Angleterre avait sans pitié abandonné le Hanovre. L’armée hanovrienne eût péri sans fruit en se dévouant pour l’Angleterre.
On s’est demandé pourquoi le cabinet de Londres, maître de déterminer à son choix le moment de la rupture, n’avait pas préparé d’avance ou des
• Lellrc dr lord Hankesbary, du 15 juin.
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GUERRE
nicycnsdc défense plu| rurniidablcs ou les facilités d’mic retraite prudente qui eût conservé , pour d’autres tçmps, l'année lianovriennc et sauvé une partie du moins des riches approvisonnements des places, magasins et arsenaux de l'électorat. Cette inexplicable imprévoyance est un fait dont le ministère briUuinique ne peut être disculpé; mais, cette faute mise à part, il y a au fond de la conduite de ce ministère, une pensée d'une infernale profondeur,.qui aura l’avantage de voir sa justesse confirmée par les événements à venir. De la part d’un souverain à l’égard de ses sujets, un lâche abandon , comme celui auquel le lianovre a été livré, est un calcul infâme; mais pour un cabinet qui ne tient au Hanovre par politique et non par afTection, qu’importent ^honneur hanovrien, l’invasion de l’électorat, sa Spoliation même par un vainqueur étrange^? Ce qui importe au ministère anglais, c’est que le Hanovre soit un objet de contestation, à l'aide duquel il puisse éveiller des passions jalouses et haineuses à Berlin et à Pétersbourg ; c’esT que le Hanovre , dùt-il être dévasté , incendié, devienne an brandon utile ponr étendre l’incendie à tout le continent.
Mais si l’occupation du Hanovre par la France devenait une arme contre la France dans les mains de la diplomatie anglaise, cette mesure était donc un tort de la part du premier consul? L’occupation, avec ces inconvénients, renfermait de précieux avantages, et, si l’on part du principe vrai que la France nouvelle ne pouvait être en sûreté en Europe que par la force, le premier consul raisonnait juste en poussant l’application de la force jusqu’à son plus grand développement. Ce raisonnement sera sans réplique pendant dix ans. Il ne cessera pas de l’être, parce que plus tard des chances imprévues et impossibles à prévoir donneront au monde nne face nonvelle.
Mais an autre motif, motif beaucoup plus grave, avait influé sur l’occupation de l’électorat. Legcrmc de ce que nous appellerons plus tard /e^stèmecontinental existait dans la pensée du premier consul, et ce système devait porter sur une base que la faiblesse et l’irrésolution de la Prusse ont seules entpêchéde lui donner, l’alliance des cabinets de Paris r-ct de Berlin. L’un des objets de l’occupation du Hanovre était de faire sentir de près au cabinet prussien tous les inconvénients de son état indécis envers la France, et les avantages que pourrait produire une liaison intime avec elle. Rendre la Prusse puissante, pour la faire contribuer, par sa réunion avec le gonvernement français, â tenir en respect le continent : tel était le désir du premier consul. On se demandera un jour pourquoi , dans les six dernières années de son règne. Napoléon s’est mon-
1 BIOVOX.
tré sans pitié pour la Prusse *: c’est que la Prusse aura été la puissance qui lui aura fait le plus de mal, en le forçant de la combattre, de la détruire,' elle qu’il eût voulu étendre , fortifier, agrandir, pour assurer, par son concours, l'immobilité de la Russie et de l’Autriche, pour donner au système continental un développement incontesté, et, par là, forcer rAiigletcrrc à la paix. La vérité de cette intention du premier consul se manifestera par degrés; maisj’aicru devoir l’indiquer dès ce moment, pour que l’on puisse suivre avec plus de facilité les mouvements ultérieurs.
Tandis que les grandes puissances du Nord , la Russie et la Prusse, si elles n’avaient pas vu avec indifférence l’établissement des Français dans le Hanovre, s’abstenaient du moins de tout mouvement militaire, on eut peine à comprendre comment un gouvernement essentiellement sage, le Danemark , se laissait entraîner à des démonstrations imprudentes que ne soutiendraient pas les paissances qui en avaient donné le funeste conseil. Au eominencement du mois d’août, presque toutes les troupes danoises, celles même de la garnison de Copenhague, se trouvaient réunies dans le Holstein. Ce rassemblement aurait reçu une explication raisonnable s’il y avait eu, entre les Français et le Hanovre, une lutte qui eût pu donner des inquiétudes pour la neutralité des pays voisins; mais l’expédition n’avait duré qu’un jour, et dès lors l’arrivée des Danois sur ce point n’avait plus pour objet que l’armée française. Dans le même moment l’électeur de Hesse, sous prétexte d’une revue, avait ordonné la réunion complète de son armée , et ce mouvement coïncidait avec celui du Danemark ; mais de promptes représentations du ministre de France à Cassel firent sentir au cabinet électoral l’inconvenance gratuite de cette démarche, et l’ordre fut révoqué. D’où partaient les excitations qui poussaient ainsi à de fausses mesures les cours secondaires de Cassel et de Copenhague? De la diplomatie anglaise, russe et même prussienne, moins, il est vrai, à l’égard de celle-ci, du cabinet même de Berlin encore dirigé par le comte d’Haugwix, que d’un parti qui déjà exerçait dans celte cour une grande infiuencc , qui bientôt fcra*'écart«r ce ministre, et qui causera les fautes comme le* malheurs de la Prosse. Les noms propres ici deviennent nécessaires, parce que bientôt à Berlin le parti français sera représenté par le comte d’Uaugwiz, et le parti anglo-russe par le baron d’Rardenberg.
A l’égIVd du Danemark, un article daté de Hambourg, inséré dans le Moniteur du 28 août, fut la seule vengeance que se permit le gouvernement français; mais cette vengeance même était trop
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sévère. « La manie militaire, portait cet article, I T> est une étrange manie chex les petits princes. » I L'avertissement aurait été juste et convenable en se bornant à demander au gouvernement danois s'il croyait « que son armée imposerait plus que a son seul pavillon placé sur sa frontière, a Ce gouvernement ne tarda pas à reconnaître la valeur des conseils qui lui avaient été donnés, et scs troupes rentrèrent successivement dans leurs cantonnements ordinaires.
Hollande, d'où était parti le corps qui avait envahi le Hanovre, n'avait pas dû elle-même rester ouverte aux attaques des Anglais. Sur divers points, de nouvelles forliflcalions avaient été ajoutées aux anciennes. Le général Victor, qui commandait les troupes françaises dans cette république, fil particulièrement armer le fort de Goréc, celui de Brick et l'Ilc do Worn. A la vérité, il n'y avait pas encore de déclaration formelle de guerre, entre la république hatave cl le gouvernement anglais. Celte déclaration no fut exprimée que par le message du roi au parlement, en date du 17 juin ; mais dès le jour où les hostilités avaient été commencées contre la France, clics l'avaient été de même contre la Hollande. Les ports de l’Angleterre, quand ce message parut, renfermaient déjà soixante-dix à quatre-vingts bâtiments hollandais, capturés, non par des corsaires, mais par des bâtiments de la marine royale.
Concurremment avec l’invasion du Hanovre et les mesures défensives prises en Hollande, le premier consul avait fait marcher une autre opération également annoncée à l'Angleterre par la note de M. de Talleyrand, en date du 1i mars. C'était la réoccupation des postes de Brindisî, d'Otrante et de Tarenle dans le royaume de Naples, postes qui n’avaient été abandonnés par les Français que depuis la paix d'Amiens.
Au moment de la rupture, le corps destiné à celte occupation, et composé de treixe k quatorxe mille hommes, se trouvait rassemblé à Faenxa. Pour ‘ b mission' délicate qu'il avait â remplir, sans blesser la population napolitaine, cl sans aigrir la cour, il fallait un homme d'un caractère à la fois conciMaot, froid et ferme. Murat, qui commandait en Italicf était loin d'avoir ce genre de qualités. Les troupes destinées pour le royaume de Naples furent | soustraites à son commandement, et le premier j consul mit â la tète de ce corps, avec le litre de lieutenant général, l’homme le plus propre â on toi ! rôle, le général Gouvion-Saint-Cyr. Une courte , proclamation fil connaître à l'Europe que^ France garderait les positions qu'elle allait reprendre dans les Étals napolitains, aussi longtemps que l’Angleterre garderait Malte.
Toujours soigneux d’épaçgncr aux finances fraii. çaises ce qu'il n'ébil pas impossible de faire supporter aux gouvernements étrangers, le premier consul avait demandé d'abord que renlrctieu tout entier, la nourriture, l'habillement et la solde de ce corps fussent payés par te trésor de S. H. sicilienne. Le gouvernement napolitain, qui se taisait sur l'occupation de son territoire, réclama contre l'excès des charges qu’on voulait lui imposer. La France consentit que le pays fût tenu de fournir seulement le logement, les vivres et les fourrages. Cette condescendance fut regardée comme un bienfait. Du reste, les instructions données au général Saint-Cyr avaient pour principal objet d'alléger autant qu'il se |v>urrailJ« {xtiJs de rocctipaliun, de méni-i^er les csjirils en respectant leurs opinions, leurs préjugés, et même de montrer les soldais français enimite |iarbgcanl leurs principes et leurs sentiim-nls religieux, i.'occupalion de la belle rade de Tarentc élaîL.surlout d'une extrême importance aux yeux du premier consul. Dans une hypolhôso donnée, Torente était eu ciTet le |Knnt de départ le plus favorable pour cette Égypte, qui désormais ne peut plus être indilTérenle k la France. Si même alors le premier consul connaissait trop bien la nature des circonstances et la mesure des possibilités pour nourrir l'intention réelle d'une nouvelle entreprise en Orient, la politique ne lui conseillait que plus vivement de faire croire à celle inleiilioii, qu'il n'avait pas, afin d'appeler dans ces parages, loin du théâtre de ses véritables projets, une partie de la surveilbnee et des forces navales de l'Angleterre.
I.a même prévoyance, qui avait si rapidement ressaisi les fortes positions du midi de la Péninsule, avait de même pourvu à la défense de scs côtes occidentales et des lies voisines. Livourne avait été mise en ébt de siège. De nouveaux ouvrages garantissaient la sûreté de l'ile d'Elbe et de la Corse. Celle du continent italien sc complétait de jour ru jour. Alexandrie, qui deviendra la première cita- . dclle de l'Europe, fixait toute l'attention du pre- I riiier consul. Scion lui, la possession de celte place ' était a b possession de toute l’ilalic. >• Un mois ^ après la cessation de la paix, b France, depuis l'embouchure de l’KIbc jusqu'au golfe de Tarciiie, pouvait se regarder comme à peu près invulnérable.
Hais c'était peu pour la France d'étre à l'abri de l'attaque étrangère, c'était par la guerre offensive seule qu'elle pouvait reconquérir la paix.
Un arrêté, en date du S3 juin, portait « qu'il ne » serait reçu dans les porls de la république aucune » denrée coloniale provenant des colonies anglaiscs, ni aucune marchandise venant directement
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GUERRE
» ou indircclement de l'Anglelem. » Un second Arrêté du iR) juillcl suivant alla plus loin. Il fut défendu de recevoir dans les ports de France aucun bâtiment expédié des ports d'Angleterre « ou qui a ; eût touché. »
Lors môme que le premier consul n’aurait pas été franchement résolu i tenter une descente en Angleterre, il eût été de sa politique d’en accrédi* ter l’opinion; mais l'intention était sincère, et bientôt l'Angleterre elle^méme no s’y méprit pas. Il proclama hautement celte résolution ; il appela tous les départements à le seconder, et la France entière répondit à son appel. De toutes parts et môme dans les ports qui souffraient le plus de la guerre, furent votés des vaisseaux de ligne, des frégates ou des chaloupes canonnières. La France ne croyait rien impossible i l’homme qui l’avait étonnée par tant de prodiges, et {'exaltation nationale n'était point au-dessous du premier
eonsol. L'esprit do l'intérieur ét^Wliff, même dans les départements de l'Ouest, qifRI# premier consul ordonna la formation d’une légion vendéenne, B toute composée, officiers et soldats, d'hommes 1* (ce sont scs expressions) ayant fait la guerre » contre nous, a Les cadres de l’armée étaient incomplets. I>a discipline avait sonflm quelque relâchement. Les cadres se remplirent, ci des camps furent formés pour le rétablissement de la discipline. Os camps furent placés de manière à menacer presque tous l’Angleterre; un en Hollande, les autres à Gand, Saint-Omer, Compiègne, Saint- Malo et Bayonne.
Le point sur lequel vont se fixer, pendant deux années, les yeux de l’Europe et surtout de l’Angleterre, est le port de Boulogne. Ce port doit être pour l'arinée d'invasion le point de réunion et de départ. Comme cette entreprise, sans avoir été exécutée, est, TU la nature des forces dont disposent les nations modernes, la plus audacieuse qui, de nos jours, ait pu être conçue, l'histoire doit conserver quelques détails de ses préparatifs. Le port môme de Boulogne eut besoin d'élre approprié i sa nouvelle destination. Il fallut agrandir son bassin et en assurer la défense. De hardis travaux, ingénieusement exécutes, firent disparaître les inconvénients de sa position et en augmentèrent les avantages. Pour protéger la droite de la rade, une énorme tour s’éleva sur un fond mobile, malgré les assauts quotidiens de la marée, qui venait en ébranler et quelquefois en emporter les nouvelles assises. Des rades voisines, celles d'Élaples, de \ imercDX et d’Amhietcuse, disposées pour être les succnrsalea de celle de Boulogne, virent de même s'effectuer d’importants et difficiles ouvrages. Dans le meme temps, des bâtiments de formes noiivelies
se construisaient dans tous les chantiers des côtes et même dans l’intérieur, depuis le Texel jusqu'à Cherbourgelplus loin encore. Ces bâtiments étaient de quatre espèces différentes :
Des prames, sorte de batteries flottantes, construites sur deux quilles et à fond plat, armées de six pièces de vingt-quatre, et particulièrement destinées à couvrir la navigation des flottilles;
Des chaloupes canonnières, d’une coupe plus favorable à la manœuvre que toutes celles qui avaient été en usage jusqu’alors. Ces chaloupes avaient des pièces de SI, même de 36, et de plus un obusicr. Sur les plus grandes, on pouvait embarquer jusqu’à deux cents hommes ;
Des bateaux plats, courts et pontés, portant quatre-vingts hommes chacun, armés de deux pièces de gros calibre, faciles à mouvoir, à virer de bord et à maintenir à la mer;
Des péniches ou grands canots, véritables galères à dix-huit rangs de rameurs, portant un ohusier avec deux pièces de 4, l’une en avant et l'autre en arrière.
Indépendamment de ces constructions nouvelles, on recueillait, dans les ports de Hollande et de France, les bâtiments de toute dénomination, de toute forme, jugés propres à transporter les munitions et les vivres, les chevaux et les bagages de l’armée.
Construire ou rassembler ces bâtiments dans des ports ou â l'embouchure des rivières, n'était qu'un acte d'une facile exécution. Une première difficulté était de les conduire par convois au rendez-vous général de Boulogne. A l’ouest et au sud de ce port, la difficulté était moindre, le canal de la Manche s’élargissant, et les mêmes vents qui repoussaient les croisières anglaises favorisant les Français pour remonter ce canal, sous la protection des batteries des côtes; mats, duTexcl à Boulogne, l'obstacle était beaucoup plus difficile à surmonter. A cette hauteur, le canal est plus étroit, les mêmes vents sont favorables pour sortir des ports d'Angleterre et des ports de Hollande. Le danger est grand. Les divisions hollandaises de la flottille sauront glorieusement en triompher.
Il est naturel de penser qu’il entrait dans les vues du premier consul, au moment où tous les préparatifs seraient terminés, d’employer la plus grande partie de ses forces navales pour appuyer la flotlille, couvrir sa marche et protéger son débarquement. Celte idée se présentait sans peine à tous les esprits en France comme en Angleterre; mais ce qui nulle part n'était soupçonné , c'était l'étendue des combinaisons et la grandeur des moyens sur lesquels le premier consul entendait fonder son entreprise. Son plan, tel qu'il le formait,