CHAPITRE XXXI
POLITIQUE EXTÉRIEURE
Déclaration de neutralité par l'Autriche. — Neutralité du Danemark. — Convention entre l'Angleterre et la Suède. — Neutralité du Portugal. — Neutralité des États-Unis. — Neutralité de la répu^ique des Sept-lles. — Situation de l'Espagne. — Principaux membres du ministère espagnol. — Tergiversations de l'Espagne. — Indiscrétions de 1'ambass.ideur d'Angleterre. — Raisons de l'Aiiglctcrrc pour croire i l’instabilité d’un gouvernement nouveau. — Demande officielle du contingent esp.agnul. — Procédés malveillants de l’Espagne envers la France. — Nouveau genre de diplomatie employé avec l’Espagne. — Consentement du prince de la Paix aux conditions voulues par la France. — Audace et adresse du prince de la Paix. — Rappel du chevalier tTAzzara. — Conditions principales de la convention de neutralité. — Subside du Portugal stipulé par l'Espagne. — Malheur pour la France provenant de l'existence d'un favori en Espagne. — Embarras de l’Espagne pour le payement du subside.
Aussitàt qu'il fui reconnu que la guerre qui venait de se rallnmcr n’était pas de nature à promettre un prochain dénoùment, la plupart des cabinets, non compris dans cette lutte, s’occupèrent à établir leur situation par une déclaration de neutralité.
La cour de Vienne n’était pas en état d'entrer dans une guerre actuelle. Celte cour comprenait très-bien qu’un soulèvement anticipé pourrait avoir de graves conséquences ; mais l'inllucnce de la Russie serait, dansiçus les cas, très-puissante sur scs déterminations. lit. de Cobenlzl personnellement était lié par une longue habitude à la politique du cabinet de Pétersbourg. On pouvait prévoir que ce ministre demeurerait pacifique aussi longtemps que le système de la paix prévaudrait dans le cabinet russe. Sans vouloir sortir de cette altitude indécise, le gouvernement autrichien Gt quelques dispositions qui auraient pu faire naître des inquiétudes sur ses intentions réelles. Ungrand camp d’exercice fut formé en Slyrie : on envoya un renfort de huit mille hommes à Venise, et en général on augmenta toutes les garnisons des provinces italiennes, « pour rendre, disait M. de Con benlzl, la neutralité respectable. » Apparemment, ce n’était point par l'Angleterre que l’on croyait avoir besoin de la faire respecter sur le continent de l’Italie.
La patente de neutralité, qui fut publiée le 7 août par le cabinet impérial , parmi les règles
qu’elle prescrivait, renfermait un principe qui la viciait tout entière. A l’égard des objets de contrebande, on adoptait pour base les stipulations de la convention , conclue à Pétersbourg le 17 juin 1801, entre la Russie et l’Angleterre : celte accession gratuite de l’Autriche à une convention si honteuse mériterait d’étre regardée comme un lâche abandon de ses propres droits, si elle n’eût pas été un témoignage volontaire et réfléchi de partialité pour le gouvernement, britannique. Quoique le cabinet autrichien n’eût pas de marine, pour exiger de l’Angleterre un traitement plus favorable que celui dont la Russie se contentait, il avait toiqours un droit qui ne pouvait pas lui être contesté, celui de ne pas reconnaître officiellement les lois arbitraires imposées aux neutres. Nul cabinet ne sait mieux que celui de Vienne tout ce qu’il y a de différence entre soufl'rir le fait d’une prétention et en admettre le principe. Il donnait donc une preuve marquée de dévouement à l’Angleterre, en exprimant la reconnaissance formelle d’une prétention sur laquelle, à l’égard de toute autre puissance, il n'eût pas manqué de trouver une riche et belle matière à protestation.
Dès le 4 mai ^ une ordonnance prévoyante du Danemark avait rappelé aux sujets danois quelles seraient leurs obligations , en temps de guerre , entre des puissances maritimes. Celte ordonnance était des plus sages de celles qui parurent alors; mais ce gouvernement, par malheur pour lui-