‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 126 sur 298 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

même cl pour la civilisation, ctailsous le joug de la convention du 17 Juin 1801, à laquelle il avait été forcé d’accéder.

Une convention conclue le 28 juillet entre l'Angleterre et la Suède, sous prétexte d’expliquer un article du traité de commerce, existant entre les deux pays depuis 1761, n'avait eu pour objet que d'introduire des spécincalions plus conformes aux doctrines anglaises. La déclaration de Gustave IV sur les règles à suivre par scs sujets, n’est que du SI janvier 1804; elle fut datée de Munich , à l'époque où, dans scs courses en Allemagne, ce parasite couronné mettait à une coûteuse épreuve 'l'hospitalité des cours auxquelles il tenait par des liens de famille.

Un trait particulier de la déclaration de neutralité, faite le 3 juin par la cour de Lisbonne, fut d'interdire aux corsaires des parties belligérantes de conduire dans scs ports les bâtiments qu'ils auraient capturés; l'accès des ports ne pouvait leur être ouvert que dans le cas où le droit des gens et l'humanité le commanderaient, mais sans que les prises pussent être vendues et les cargaisons déchargées sur le territoire portugais. Celle disposition , dont l’cITct devait être plus avantageux à la France qu’à l'Angleterre, montre assez quelle considération inspirait le premier consul, lorsqu'elle déterminait à un tel acte de condescendance un gouvernement d'ailleurs forcément soumis à l'in- Quencc anglaise.

Aux États-Unis, où la loi est l'ouvrage, non d’un homme, mais de la nation, ce ne fut que le 4 novembre 1804 qu’un acte du congrès régla , pour celte guerre, le maintien de la neutralité, qui provisoirement avait été préservée, en vertu des lois antérieures. Cet acte conférait au président « l’aui> torisation de permettre ou défendre , selon son " bon plaisir, l'entrée des ports et rades, soumis » à la juridiction des États-Unis, à tous vaisseaux » armés appartenant à une nation étrangère quel- » conque, comme aussi de les éloigner et repousser » desdits ports et rades, excepté dans le cas où la 0 détresse, les dangers de la mer, la poursuite d’un » ennemi, les obligeraientd'y chercher un refuge. » La teneur de cet acte prouve que les peuples ne refusentpas une grande latitudcde pouvoirauchef du gouvernement, là où ils savent que ce pouvoir sera employé conformément à l'intérêt national. Il annonce aussi d'avance, d’une manière bien éclatante, qu’il ne souffrira pas qu’on vienne violer la neutralité dans ses ports, le peuple qui établit, comme titre à une admission privilégiée, le cas où un bâtiment étranger est poursuivi par rennemi. Ainsi, tout s’ennoblit dans la législation d'un peuple libre. Une neutralité commune se croit rigou-

reusement juste, en fermant ou en ouvrant ses ports aux parties belligérantes, sans aucune considération de circonstance. Pour les Américains, il est une exception généreuse à laquelle l'humanité applaudit. Lorsque deux bâtiments se présentent, dont l'un est menacé d'être la proie de L’autre, le port neutre s’ouvre pour le faible, et le soustrait à la force qui est sur le point de l’atteindre. Jamais le droit d’asile n’cul un but plus sacré; la neutralité ainsi entendue est toujours Ja justice, puisqu’elle est égale , uniforme pour les parties belligérantes.

La république des Sept-Ilcs, placée sous la protection de la Russie, déclara sa neutralité par une proclamation de son président, sous la date du 9 juillet.

Entre toutes les puissances qui viennent d'être nommées, il semble que la première qui eût dû se déclarer ou alliée de la France, ou neutre, était la cour d’Espagne. En effet, dans la position de celle cour, embrasser frauchement une association à laquelle il n'était pas possible d'échapper, cl adoucir le fardeau, en l’acceptant de bonne grâce, était le seul parti raisonnable cl sage; c'était celui que conseillait l’ambassadeur de Sa Majesté catholique à Paris, le chevalier d'Azzara, qui, sachant faire la part de la nécessité, eût désiré au moins assurera son pays les avantages d'un système fixe, suivi avec loyauté et persévérance. Telle ne fut point à Madrid la marche du cabinet. On juge mal l’Espagne, si l'on suppose que le prince de la Paix y régnant en souverain absolu , la France y a paisiblement régné par lui. I.e prince de la Paix, avec une ambition effrénée, n’avait pas assez de suite dans l’esprit pour SC former un plan et s’y allécher d’une manière invariable. Il passait sans cesse d'une idée à une autre, tantôt levait la tête avec orgueil, et paraissait prêt à se jeter' dans les bras des ennemis de la France, tantôt rampait bassement devant elle. Maître du royaume, il n’était pas toujours fidèlement obéi. Par la connaissance que les ministres avaient de ses fluctuations, ils le secondaient mal, lors même que de sa part les résolutions étaient sincères. Les trois ministres principaux étaient Cevallos, ministre des affaires étrangères; Soler, ministre des finances; ctCavalIcro, ministre de la guerre. Le premier est le même qui obtiendra un jour une certaine célébrité, par la publication d’un mémoire mélé de vérités et de mensonges. Parent et créature du favori, il avait tout juste assez d'ascendant sur lui pour l'engager dans de mauvaises voies, sans être assez habile pour l’en faire sortir avec avantage. Le ministre des finances, Soler, se distinguait par son acharnement contre le commerce français, auquel il sc plaisait à

POLITIQUE EXTÉRIEI RE.

créer partout des diOîcullés et des entraves. Cavallcro, ministro de )a guerre , avait un fond de fierté généreuse et d'honneur espagnol , qui relevait beaucoup au-dessus de ses deux collègues. Par la réunion du litre de génératissimct de grand maître de taillerie et du génie dans la personne du pnnc^lJu h*^aix, le chef du département de la guerro Âftit ridait à des fonctions tout à fait subalternes. Gr( 4»aisseinenl révoltait Cavalière , et il ne craigiia^ÉKde s'en plaindre au roi Charles IV, en lui faiSaa|«entir que c’était presque abdiquer la dignité royale que d’en déposer tous les pouvoirs dans les mains d’une seule personne. Il eut le courage de dire au roi que •< l'ambition de » régner par le fait sc rapproche beaucoup de l'am- N bition de régner par le titre. » La hardiesse des insinuations faites au roi par ce ministre ne resta pas inconnue au favori; il sollicita le renvoi de Cavallero, et ne put l’obtenir. Le crédit mémo de la reine y éeboua. Cette fois du moins, Charles IV eut une volonté i lui, et sut la faire prévaloir. C’était un effort qui ne se renouvellera plus.

En présence de l’ambassade française sc trot^ valent à Madrid trois légations ennemies : l'une, ennemie ouverte, celle d'Angleterre; les deux autres, ennemies déguisées et non moins dangereuses, celles de Russie et d'Autriche. Quoique les cabinets de Pétersbourg et de Vienne soient en paix avec la France, les agents de ces cabinets dans les cours étrangères s’y conduisent en auxiliaires plot ou moins actifs du gouvernement anglais. Le prince de la Paix, entouré de ministres espagnols opposés à ralliancc française, a donc en outre à lutter contre les manœuvres d'onc diplomatie qui le caresse, qui lui représente les cours d’Autriche et de Russie conAne ne pouvant larder i faire cause commune avec rAu|Mj|efTe, et qui l’excite i dégager l'Espagne de éUTu^ avec la France, en attendant qu’elle puisse entrer dans la ligue générale. Déjà plusieurs fois avaot 1a rupture de la paix d’Aniicns, le ministère espagnol s’était moulré hostile contre le commerce français; U avait réclamé contre les mesures prises à Parme par le commissaire français, Moreau de Saint-Méry, et jeté les hauts cris sur la cession de la Louisiane aux Américains; il avait même protesté contre cette dernière mesure, et fait notifier sa protestation au gouvernement américain par son ministre Qua irn/o, accrédité auprès de ce gouvernement. Enfin il semblait prendre plaisir à multiplier ses plaintes et à

• Le M février.

* Employé dans les bureaux de M. Piii, il avAÎt gagné la faveur de ce ministre par rénergiede sa haine contre les Français et par la violence des articles qu'il rédigeait

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