HÔ
manifester des dispositions peu amicales pour U France. Le gouverneur de Barcelone, le général Isquicrdo, avait laissé prendre ' deux frégates balaves sous les forts de cette place. On avait rappelé ce générai pour donner, sur ce griuf, une apparence de satisfaction, cl, le lendemain, on l'avail nommé ^uverneur général à Valence. Quelques Iroublcs^l^al eu lieu à Vittoria. on avait jugé à propos de supposer que c’étaient des opinions françaises qui les avaient occasionnés, et de là une ordonnance royale dont le préambule était injurieux pour le gouvernement et le peuple français. Ainsi se conduisait, même avant le renouvcllemenl de la guerre, un cabinet qui, aux yeux de l'Europe, semblait être pour la France un esclave soumis et docile. Au moment où la rupture entre la France et l'Angleterre parut inévitable^ le ministère es pagnol , prévenu par l’ambassadeur Bcurnonville, que la France réclamerait le coaua /téderfa , no (Il à cette communication qu'une réponse équivoque, mêlant à cette question celle de l'échange du duché deFarme et d'antres objets étrangers, de manière Il ARider une explication nette cl précise. On sait que, suivant l'alliance défensive et offensive de 1796, la partie requise devait, pour le cas de guerre, founiir, en forces marilimes, quinte vaisseaux, six frégates et quatre corvettes; en forer de terre, dix -huit mille hommes d'infanterie cl six mille de cavalerie. D'un autre côté, l'ambassadeur d’Angleterre sommait la cour do .Madrid de déclarer le parti qu’elle prendrait, si la guerre venait à éclater. Aussitôt apres la rupture, ces instances devinrent naturellement plus vives de pari et d’autre.
En 1864, l’ambassadeur anglais à Madrid, M.F'rérc, sera signalé comme ayant tenu un odieux langage à l'époque de la conspiration de Georg«s. Cet ambassadeur s, homme d’un caractère fou gueux, rarement maître de ses paroles, avait commencé ses indiscrétions dès 180S. De tous ses discours il résultait que l'Angleterre faisait à la fois une double guerre, l'une nationale, l'autre particulière, c'est-à-dire, l’une à la France, l'autre à l'homme qui la gouvernail; et il élait évident que ce n'élail pas sur celte dernière qu'elle comptait le moins. La guerre nationale avait pour objet l'entier anéantissement de la marine et de la navigation françaises. Le but de la guerre particulière no sc dissimulait pas davantage. D'après les propos de H. Frère, disait le prince de la Paix,
pour le journal C’étaient là les litres qui
détrrainaicni alors les choix du gouvememenl anglais pour les missions sur te continent.
— Dk.i::. r.i CoogU
r.HAPITRK XXM.
«I il n*j a pas üe doute que le cabinet de Londres en veut à la vie du premier consul. * Au reste, ce système d'une double guerre contre la France, adopté en principe et en fait par le gouvernement britannique, était hautement avoué par les envoyés de ce gouvernement dans les autres cours comme à celle d'Espagne. Partout les agenti^ngUis cherchaient à établir, à faire goûter ccl||tf|tHinclion. chacun d'eux s'exprimant, avec plulaAi Inoins de témérité, selon leur caractère personnel. ■ Ce n'est pas tout, disaient-ils, de vaincre la France. Vaincue, elle serait encore à craindre pour l'ordre social (c'est-à-dire pour l'Angleterre), tant que Bonaparte pourra rester à la tête de son gouvernement. » Là s'arrêtaient les agents discrets; ainsi l’amiral Warren, ambassadeur à Pétersbourg, disait que la guerre occasionnerait certainement en France « de nouvelles secousses qui renver- » seraient le premier consul. » Mais d’autres allaient plus loin; et, de ce nombre, était H. Frère. Pour détourner la cour de Madrid d'engagements trop étroits avec la France, il avertissait cctic cour qu'il y aurait de l'imprudence de sa part à compter sur l'avantage et la duree d'une semblable liaison. • Il est impossible après tout, disait-il » au prince do la Paix, que le premier consul H puisse résister longtemps; et, que ce soit un peu » plus tôt, ou un peu plus lard, il n'écbappcra N pas ait fer ou au poieon que lui destinent ses in- K nombrables ennemis. » A la rigueur, on pourrait vouloir juslifler ce langage comme n'expriinaotqu'une opinion innocente, forrdée sur le nombre et l'irritation des ennemis qui menaçaient de toutes parts le premier consul. Des circonstances ullérienres nous obligeront de reconnaître qu'il y avait, dans ces paroles, l'expression d'un vœu atroce et l'espoir de son prociMio accomplissement. Cette profonde intimité (fAJiVVMnement anglais, acharné à la perte d'm MOWWW, 8*esl pas le moins honorable hommage rendu aQ puissant génie du premier consul. Dès aujourd’hui on peut entrevoir combien il est diflicile que celui auquel une pareille guerre est déclarée, ne finisse point par succomber un jour, car il ne lui sera pas permis, comme aux autres chefs des Etats, de faire des fautes impunément. Dans ses moments de partialité pour les ennemis de la France, le prince de la Paix écoulait, encourageait peut-être les audacieuses contideoces de l'ambassadeur britannique. le jour où c'était la crainte de U France qui devenait en lui la plus forte, il les racontait au général Beuroonville.
' S avril 1803.
* I.e SO jain.
Ces projets de renversement du premier consul étaient plus naturels de la part de l'Angleterre que de la part de toute autre puissance. Par l’expérience de leurs anciennes agitations, les Anglais savent que plus d'une fois la chute de la maison d’Hanovre n'a tenu qu'aux plus légères circonstances. C'en était fait de cette maison on 174K et 1746, si la France eût seulement douiœ on secours de six ou huit mille hommes au prince Charles- Edouard. Le sort des trois royaumes fut décidé, à Culloeicn. par deux armées, dont l’une était de onxe mille hommes, et l’autre de sept à huit mille. Encore l.i maison d’Hanovre, pour se maintenir sur le trône d'Angleterre, était-elle obligée de demander des secours aux Hollandais.
Les intrigues tendantà entraîner l'Espagne dans les rangs des ennemis de la France, n'avaient pas moins d'activité auprès de la cour de Portugal. i.c général Lannes, accrédité à Lisbonne, ne voyait que la peur d'une invasion française qui pùl empêcher celte cour de se déclarer. Le premier consul y avait pourvu. Une armée d’observation était rassemblée à Bayonne, sous les ordres du général ÂQgereao. L’Espagne s'en alarmait; on cherchait à la tranquilliser, en lui disant que la menace n'était pas pour elle. Malgré ces assurances, le prince de la Paix n'élail pas sans inquiétude; il augmentait le nombre des troupes dans les provinces voisines des Pyrénées; il mettait tous ses soins, et cette intcnlion assurément était louable, à remplir les cadres de l'armée espagnole. La force nominale de l’armée était de cent soixante mille hommes. La force réelle n’élait pas de plus de soixantedix mille. On y comptait cinq cent trente-six officiers généraux. L’armée française n'en avait pas autant.
Cependant l'ambassadeur Beurnonvtlle avait fait la demande ^officielle du contingent espagnol, conformément au traité d’alliance. Cevallos exprime le désir de remplacer le contingent par un subside. La proposition ne déplaît pas à Paris. Partie belligérante, l’Espagne risque de beaucoup perdre, sans pouvoir prêter un grand appui à son allie. Le premier consul ne demande pas mieux que de la laisser neutre. Il ne s'agit que de s'entendre sur le prix dont elle payera sa neutralité. Le général Beumonville est autorisé i suivre cette aflfairc à Madrid Le prince de la Paix montre peu de disposition à s'en occuper. Cevallos temporise. On préfère négocier en France. Comme tous les mauvais gouvernements, qui ont des prétentions a la finesse, le ministère espagnol entretient toujours
' Le 1 5 juillet.
[tM3]
POLITIQUE EXTÉRIEURE
dans Igs pays étrangers pinsicurs agents à la fois, et presque toujours c’est aux agents subalternes qu’il accorde le plus de confiance. A Paris, la négociation du subside ne sera point remise à l'ambassadeur du roi, au chevalier d'Âzzara. C’est un Espagnol, établi en France, M. Ilcrvas, depuis marquis d'Alménara, qui en sera chargé. Pour rassurer en môme temps l’ambassade française à Madrid, le prince de la Paix lui communique un billet du roi Charles IV, portant qu’il ne veut point se brouiller avec le premier consul. Sur tout le reste, il s'en rapporte au prince. Celui-ci fait une première offre , et , voulant tirer parti de la circonstance, il cherche à y mêler des conditions éventuelles pour le cas d’une attaque contre le Portugal. Il est à remarquer que l’une des prétentions incurables du cabinet de filadrid est de considérer toujours le Portugal comme une de ses dépendances, et de vouloir, à tout propos, ou répondre pour ce royaume ou mettre son sort en problème, et en décider. Quelques querelles de frontière s'etant élevées entre les deux cours de Madrid et de Lisbonne, le prince de la Paix en fait grand bruit et cherche à donner de l’importance à cette légère querelle.
Au milieu des pourparlers relatifs au subside, qui semblaient annoncer un accord prochain, le prince de la Paix a , tout à coup, renoué des rapports intimes avec l’ambassadeur d’Angleterre, H. Frère. Une division navale française de quatre vaisseaux était, depuis quelques semaines, entrée è la Corogne, d'où elle s'était rendue au Fcrrol. Elle avait besoin de quelques secours. Le prince de la Paix les promet d'abord ; Cevallos les refuse, et le prince confirme ensuite le refus du ministre. U Si nous voulons être sûrs de ces gens-là, écrivait » Beurnonvillc, il faut que nous nous mettions en » bataille, h A la fin du mois d'août, le ministère français adresse une note extrêmement au chevalier d’Azzara. Des démarches co^wS dantes sont prescrites à l'ambassadeur français Madrid. Le délai assigné au cabinet espagnol pour une réponse catégorique est le 20 fructidor (7 septembre). Les procédés du prince de la Paix sont tels que tous les soupçons sont permis à la France. Ne faudrait- il voir dans la conduite de ce favori que le jeu d’une politique vulgaire , qu’une fausse affectation de penchant pour l’Angleterre, afin d'obtenir, du cûté de la France, des conditions moins onéreuses? Le jeu serait imprudent dans une position comme la sienne et avec un homme comme le premier consul. Dans tous les cas, il aurait été poussé trop loin. Le prince de la Paix a peu de confiance dans le chevalier d'Azzara ; il le regarde comme trop dévoué au système français; il le rap-
pelle. L’intention est sérieuse; l’exécution sera suspendue; elle s'exécutera plus tard. Le 7 septembre approche; Beurnonvillc se rend à Saint-lldefonse le 55, obtient une audience du roi, et lui demande sa résolution définitive. Le roi trouve que la question est trop grave pour s’expliquer de vive voix. On répondnrpar écrit. Le jour où expirait le délai fixé, l’ambassadeur reçoit effectivement une réponse du roi , mais elle est conçue en termes vagues et peu satisfaisants. Il quitte Saint-lldefonse, retourne à Madrid et cesse toute relation avec le gouvernement espagnol. Des faits de détail décèlent l’esprit dominant du cabinet. Le capitaine général de la Galice prétend , en vertu d^une ancienne ordonnance, obliger la frégate française la Revanche à reprendre la mer en présence d’une croisière anglaise. Les escadres anglaises qui bloquent les ports se ravitaillent, sans aucune difliculté , sur les côtes espagnoles dans l'Océan cl l.i Méditerranée. Le triumvirat diplomatique. Frère >, Ëlz et Aluravief, entoure le prince de la Paix. On parle d’une confédération qui va se former dans le Nord contre la France; il faut former do même une confédération du Sud, dans laquelle le premier rôle appartient de droit à l’Espagne. L’idée de celle confédération a été pareillement entretenue dans quelques cours d’Italie, et le vice-president de la république italienne, Mcizi, n’y est pas lui-même étranger. L’interruption de tout rapport entre l’ambassade de France et le cabinet espagnol durait depuis vingt-neuf jours. La crise est à son plus haut point ; l’anxiclé est dans tous les esprits ; une défection e^tfi^ible, et tout annonce que, si elle a lieu, cltei^9l^||^|plnéme temps à Lisbonne et à MadrhL^ar ..fi^IftiïlKfailcs, des nouvelles menaç^n^s de Paris an prince de la
à l’ambassadeur
^uri^l^. Cd&j^s’wDpresse d’y répondre. Le ic^tBi^annooe^a’il eharge le chevalier d’Aziposer wli.llijMidc de cinquante millions, ou, i^^dÉricnt pas, d'offrir de pren-
pilla ta proposition connue en FrancetMî^étModDén tout eût fini là. Dans l’intervalle prolongés de l'Espagne, la
patience s'est lassée à Paris. On s’est décide à l’emploi d’un genre de diplomatie tout nouveau, procédé hardi, peu généreux, excusable seulement en ce sens qu’il ne peut avoir lieu que là où un premier ministre a des intérêts, distincts de ceux de son maître et de l'État. La marche étrange adoptée par le gouvernement français, aurait l’avantage ou de lui faire obtenir satisfaction sur toutes scs
■ Envoyés d’Angleterre, d'Autriche et de Rumîc.
CIIAIUTRK XXXI.
tIWSÎ
demandes , ou de rendre un grand service à l*Es pagne, en la délivrant du joug d*nn favori qui opprime le royaume aussi bien que la famille royale. Voici ce terrible expédient.
I.e premier secrétaire de rambasaade de France, qui depuis quelque temps était a Parts, M. Hermann, arrive à Harlrid le i octobre. Il est porteur d'un projet de traité te! que l'exige le premier consul. et de pleins ponvoirs qui autorisent l'ambassadeur Beuruonville A signer le traité sans y admettre aucune modification; il est chargé en même temps d'une lettre du premier consul pour le roi, et d'une note i présenter par l'ambassadeur au ministre des affaires étrangères; mais la remise de la lettre et de la note est subordonnée au résultat d’une démarche préalable. Des copies de la note et de la lettre sont entre les mains de H. Hermann; elles doivent, avant tout, être mises sous les yeux du prince de la Paix, et les pièces originales ne seront portées à leur destination que sur le refus du prince de souscrire le traité voulu par la France.
I.e prince de la Paix était A l'Rscunal; M. Hermann s'y rend de suite; il expose sa mission au prince, lui exprime rallernalive que lui propose le gouvernement français, et lui donne le choix. La lettre du premier consul, conçue dans un style j très-énergique, représentait au roi les dangers que faisait courir, à sa famille et A son royaume, la fausse politique d’un ministre trop puissant. Toutefois, l'énergie de ses remontrances était tempérée par les formes que la bienséance commande. On s'était dispensé de gardée auUiiC de mesure dans la nftcdi'Stinéc au minislMdesatleiMs étrangères.
A la vérité , cette <]cr«tSre pièce ne devait être qu'un instminenl comminatoire; on était bien assuré d'avance que le nunUtre Gevallos n'en ferait que l'usage qui cunvichdrait au prince de b Paix ; elle portait que le sang des Bervrick et des Vendème coulait toujours dans les veines françaises, et que les mêmes Français qui avaient placé les Bourbons sur le trône d'Kspagne sauraient retrouver le chemin de Madrid k pour en expulser un » boiume qui avait vendu l'Espagne, A fiadajox, ce • favori parvenu, par la plus criminelle de toutes » les voies , A un degré de faveur inouï dans les » fastes de l’Europe moderne. • L'épée était suspendue sur b télé du prince de la Paix. Entre un intérêt de sa personne et un intérêt du pays, si le pays eût été pour quelque chose dans cette aiïaire,
■I n'y aurait eu de sa part ni doute ni incertitude.
' L’âbbé Dubouy dit Voltaire, fil enregistrer ia bulle L'Hêçfnüut purement et aimplement par le grand-conseil, ou plutôt malgré le grand-conseil.
Les demandes de la France furent consenties. Ainsi, pour tous les hommes qui, dans les monarchies absolues, gouvernent sous le nom dos rois, rintérèt de l'Etal est tl.ins la considération de leurs intérêts personnels. Ainsi, en France, le duc d'Orléans, régent, attentif d'ailleurs A la conservation de Louis XV, son pupille, mais agissant comme s'il rât dû lui succéder, détruisait en un jour l'ouvrage des longs efforts de Louis XlV, l'union de (a France et de l’Espagne, et s'unissait A l’Angleterre contre Philippe V. Ainsi, son ministre, l'abbé Dubois sacrifiait, au chapeau de cardinal, l'itidépendance et les droits du gouvernement.
On doit au reste observer que le prince de la Paix
pour lui que de quelque argent de plus. Le traité voulu par la France portait A soixante-douxe millions le subside annuel, et |>ett de jours auparavani le prince en avait lul-mème offert cinquante. F.n marge du traité que lui avait communiqué le secrétaire d'ambassade Hermann, le prince de la Paix écrivit qu'il envoyait des pleins pouvoirs A rambassadeur espagnol pour le conclure. Un courrier partit A l'instant de l'Kscurial pour |H)rter A Paris, et le traité avec cette apostille, et dos pleins }>ouvoirt A l'ambassadeur.
Celle marche , qu'adoptait le prince de la Paix, n'était pas celle qui était prescrite à lleurnonville. Celui-ci désapprouve la conduite du secrétaire d’ambassade Hermann, il se rend A l'Escurial. s'explique avec le prince, acquiert dans cet entretien la conviction que le cabinet espagnol n'a entendu se lier que sur le fait du subside et non souscrire aux autres conditions stipulées A l’avantage de la France; il somme le prince de la Paix de signer le traité sans aucun changement, et lui déclare que s'il s'y refuse, la lettre du premier consul sera, dans vingt-quatre heures, remise au roi, et la note, au ministre des affaires étrangères. Le prince promet de signer le traité sous vingt-quatre heures. Il nianque A sa parole. Beuruonville va tenir l.i sienne. Quelle position pour le prince de la Paix ? le moyen de saint est trouvé. Le prince sort de ce mauvais pas par un coup de maître. Il faut avouer toutefois que peut-être un tel expédient n'eût pas réussi avec tout autre souverain que Charles IV. 1/6 roi recevra la lettre, mais on lui a fait comprendre que, l’objet en ayant déjà été rempli, l’intention du premier consul lui-rnéme était que, dans ce cas, elle ne parvint point A Sa Majesté; que la démarche de l’ambasudeur de France est une pure formalité A laquelle il se croit tenu pour obéir au texte de ses instructions; qu'ainsi il convient que le roi prenne la lettre sans U lire, et en- 1 suite elle sera rendue intacte A l'ambassadeur. Tout
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s'cxécnU comme l’avait arrangé le prince de la Paix. Le roi suivit sa leçon de point en point. Il dit à Reurnonville que tout serait bientôt d'accord i Paris; qu'il en avait reçu rinforination certaine par des voies directes et indirectes, et ces correspondances ne le trompaient pas. Tandis que l'ambassadeur à Madrid prétendait que son secrétaire Hermann avait été pris pour dupe, on se contentait à Paris de la condition du subside consentie par l’Espagne , et on se relichait sur quelques autres stipulations du premier projet. Le traité fut signé le 19 octobre 1803, entre H. de Talleyrand et le chevalier d'Azzara. ^
'Le but de la France ayant été atteint, ou devait désirer de part et d'autre de faire disparaître toute trace du moyen par lequel on y était parvenu. Le 10 novembre, la lettre du premier consul au roi fat rendue sans avoir été décachetée. L'ambassadeur reprit également des mains du ministre Cevallos la note originale qu’il lui avait remise. On conçoit sans peine que celui-ci s'était bien gardé d’en donner connaissance au roi. Ce personnage , dont on fera un jour le héros du patriotisme espagnol, n'était qu'un serviteur complaisant du prince de la Paix, à qui trop souvent il donna de funestes conseils.
Le prince, qui avait déjà annoncé le rappel du chevalier d’Azzara, et qui n'avait ensuite prolongé les fonctions de cet ambassadeur que par une condescendance forcée, jugea qu'apres avoir accédé aux vues de la France, il pourrait du moins, en échange , satisfaire sa vengeance particulière. Dès longtemps il était persuadé que le chevalier d'Azzara n'était pas au nombre de scs partisans, et il le regardait comme l’instigateur des mesures adoptées à Paris , qui eussent pu en effet amener sa chute, s'il ne s’etait pas livré sans réserve au gouvernement français, il fit connaître en conséquence au général Reurnonville que le roi avait accepté la démission de son ambassadeur en France.
Quoique la convention du 19 octobre, par laquelle la France reconnaissait (art. C) la neutralité de l’Espagne, eût pour objet principal le payement d'un subside par cette puissance, elle renfermait cependant encore deux autres points essentiels, la réparation d'actes injurieux de plusieurs autorités espagnoles envers la France, et certaines exemptions de droits, en faveur de notre commerce.
L’article 1*' stipule la destitution du gouverneur de Cadix, du gouverneur de Malaga et du commandant d’Algésiras comme coupables d'offenses graves envers le gouvernement français. On se demande pourquoi le cabinet espagnol ne s’est pas épargné la honte d’une pareille stipulation. I.a destitution de ces officiers, prononcée par lui-
1 aiGTov.
môme, avant que la France lui' en fit une obligation écrite, aurait, jusqu'à un certain point, sauvé son honneur; mais depuis quelque temps la fierté castillane a beaucoup perdu de sa susceptibilité. Probablement les trois gouverneurs n'avaient fait qu'obéir aux ordres donnés par le prince de la Paix dans ses jours d’irritation contre la France. C'est pour légitimer leur destitution de la part du favori qu'elle est imposée au roi par un article de traité.
Si l’article 3 de la convention soumet l’Espagne à un payement de six millions par mois, il faut remarquer cependant que , sur cette somme de six millions, le gouvernement espagnol ne doit en verser que quatre entre les mains de la France, et qu’il doit en retenir deux chaque mois, pour satis- ' faire aux réparations et aux besoins des vaisseaux françaisqui peuvent cire conduits dans les ports de Cadix, de la Corogne et du Fcrrol.
En s’occupant des intérêts de l’industrie française, le premier consul ne se bornait pas à y pourvoir en Espagne; il songeait aussi à lui ouvrir une voie pour aller en Portugal rivaliser avec l’industrie anglaise.
Par l'article 8 de la convention, S. M. Catholique accorde le transit en exemption de droits et sans acquit à caution pour les draps > et les autres produits des manufactures françaises expédiés en Por-^ lugal. Quant aux autres réclamationsqui formaient un objet de débat, il fut arrêté qu’il serait fait, . dans le courant de l'an XII, une convention qui aurait pour objet de faciliter et d'encourager le commerce des deux nations sur le territoire l'une de l’autre, .
Non conleatrde Mipoler des subsides ^hi cliargc de l’Espagne, Ie.pri|tpedc la Paix, tant pour constater une sorte de soteraincté de la co'ur de Madrid sur celle de Lisbonne que pour se rendre agréable à la France, s’était engagé (art. 7) à obtenir de cette dernière le payement d'un million par mois au gouvernement français pour tout le temps que durerait la guerre maritime. On apprit plus tard, par la cour de Lisbonne , que le prince de la Paix lui avait demandé un subside beaucoup plus considérable, soit pour dégager l’Espagne d’une somme proportionnelle, soit pour prouver plus de dévouement au gouvernement français. ;
L'existence d’un favori, véritable roi d'Espagne, qui met ce royaume à la disposition du premier consul , semble, au premier coup d'.œil, un grand avantage pour la France. C’est en réalité un malheur pour elle comme pour l'Espagne. Supposons
' L'iatrodueiiou des draps ei autres produits des manufactures françaises eu Portugal avait été stipulée par l'article 5 du traité du 39 septembre 1801.
CIIAIMTI\E XXXI.
que ce favori n’ciiste pas. Ou bien le gouvernement espagnol serait dans les mains d'hutnmesqui, romme le chevelier d*\zzara, tâcheraient d'allcgcr les charges de leur pays par la franchise de leur concours aux vues de la France, ou bien une fermeté courageuse repousserait le joug même adouci d’un inallre étranger. Dans ce dernier cas* une gtierre loyale et franche, qui eut résolu, dès IM03 et 1801. toutes les questions espagnoles, eût épargné au gouvernement français les évcneinents de Hayonne et l'horrible guerre qui en sera la suite.
A peine le traité de subside étaîl il conclu que la cour d'Espagne éprouva des embarras même pour les premiers payements. Le banquier de cette cour k Paris, M. Hervas, essava do faire un emprunt en Hollande, et, à tout événement, il proposa au gouvernement français de prendre en payement des piastres * en Amérique. Ce ne fut qu'en janvier
*On lespmpouii sur le pied de 3 liv. 15 tous la piastre.
I 1801 que le commerce espagnol fut informé, par j une déclaration royale , de la neutralité de ce I royaume.
Parmi les détails auxquels nous venons de nous livrer, quelques-uns auront paru minutieux peutêtre; mais des faits même peu importants sont toujours la plus fidèle expression de l'état des choses et du caractère des hommes. Par les faits que nous avons cités, tout homme raisonnable a pu comprendre la situation tout entière de l'Espagne, apprécier le roi et le favori, reconnaître la nalurc des rapports qui doivent exister au moins quelque temps cnirc la cour de Madrid et la France. Un esprit prévoyant peut de même y apercevoir le principe des imprudences que commettra plus tard le cabinet espagnol , comme aussi le germe des sentiments de dédain ou même de mépris qui jet> teront un jour, dans de fausses mesures, l'empereur Napoléon.
Pir|iti.-ga l'y C.OOgle
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