CHAPITRE XXXII
POMTIOTE EXTÉRIEURE.
Difficulté principale de Phittoire moderne. — Halveillancc de M. de M-irkoF. — Ressemblance de position entre le premier consul et l’empereur Alexandre. — Franchise d'ambition mutuelle entre Paris et Péiersbourg. — Proposition d'indemnités pour le roi de Sardaigne. — Suite de la médiation nisse entre Paris et Londres. — Bases d'arbitrage indiquées par le premier consul. — Condescenilancc du premier consul. — Refus de l'.Angleterre de . négocier sur son ultimatum. — Instances de la Russie pour Péracuation du Hanovre et du royanme de Naples.
— Réponse du gouvernement français. — Demande du premier consul pour le rappel de M. de Markof. — Reproches faits A M. de Markof. — Interpellation adressée à M. de Markof par le premier consul. — Départ de M. de Markof. — M. d'Alopéus à Berlin. — Cessation des complaisances réciproques entre Paris et Péiersbourg. — Prédilection du premier consul pour l'alliance de la Prusse. — Avantages réciproques d'une alliance pour la France et pour la Prusse. — Distinction A Berlin entre la cour et le cabinet. — Emprunta hanovriens. — Mission de M. Lombard auprès du premier consul. — Offre du Hanovre A la Prusse pour prix d'une alliance avec la France.
— Propositions de la Prusse. — Rejet des conditions proposées par la Prusse. — Article secret proposé par la Prusse. — Rejet par le premier consul de tout accord qui n'est pas une alliance. — Situation stationnaire entre la France et l’Aulrichc. — Trait de loyauté du gouvernemeut français. Traité d'alliance défensive avec la Suisse.
— Capitulations des troupes suisses au service de France.
Il est, dans la composition de l'histoire moderne, une dilDculté presque invincible, que n’ont pas connue les écrivains de ranliquité et moins encore les écrivains du moyen âge : c'est la variété, la simultanéité, la complication des iittéréts divers qui aujourd'hui, de puissance à puissance, se croisettt, s’appJicttl ou se nuisent les uns aux autres. Par exemple, j'ai présenté, dans le chapitre des indemnités de l'empire gcrmaitique, le concours de la France et de la Russie vers un môme but; dans l'exposé des négociations de la France et de l'Aitglcterre, l'intcrventioti et les bons offices de la Russie; mais la même année, les mêmes mois où s'étaient traitées ces affaires capitales, avaient offert encore divers autres points de concert ou de discussion entre les deux cabinets de Pétersbourg et de Paris. Alors s'était opérée la réunion du Piémont au territoire de la république; alors le premier consul avait exercé sa médiation en Suisse. De son côté, la Russie étendait son influence sur la république des Sept' Iles; elle demandait au premier consul de favoriser le duc d'Oldenbourg à Ratisbonne , et réclamait une indemnité pour le roi de Sardaigne. Toutes ces questions se trouvaient en présence; elles marchaient ensemble, et nécessairement la coinpiaisanec de l'un des deux gouvernements sur
telle ou telle question entraînait plus ou moins de réciprocité. Exposer dans un même tableau celte action mutuelle des intérêts respectifs serait â peu près impossible; mais, après avoir traité séparément les objets les plus graves, il peut i\'élre pas sans attrait pour la curiosité de voir coitimcnl les questions secondaires agissent sur les questions principales, de voir surtout comment le personnel influe sur les choses; comment la diplomatie destinée à concilier les cabinets, devient par la maladresse, et plus souvent encore par la mauvaise volonté des agents , un instrument de mésintelligence et de discorde.
'Un envoyé qui, comme M. de Markof, avait été surpris, presque au début de sa mission, dans des communications peu honorables avec un fabricateur de bulletins secrets contre le gouvernement, n'avait pas droit à une bienveillance marquée du premier consul, et, par un effet tout naturel, les dispositions peu amicales de cet agent s'aigrissaient de la défiance qu’il avait fait naître. Les démonstrations extérieures, prodiguées de part et d'autre, couvraient donc au fond peu de sincérité, et le premier consul , trop fier ou trop impétueux pour feindre toujours, le laissera plus d'une fois aper- ! cevoir. Ce fut certainement une des contrariétés