‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 129 sur 298 · CHAPITRE XXXIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIF

du premier consul de rencontrer, pour intermediaires des sentiments ofDcieux de l'empereur Alexandre, M. de llarkof à Paris et le comte Simon de 'W'oronzof à Londres, tous deux aussi portés à rompre la paix que l'Angleterre elle- même. Déjà nous avons vu lU. de Markof, dans les discussions relatives aux indemnités de l'empire, mettre son opinion à la place de celle de l'empereur, et tâcher de servir les intérêts de l'Autriche, au détriment de ceux de la Bavière, du Wurtemberg et de Bade, qu'avait le plusâcmurson souverain. Ce n'est donc |)oint par l'entremise de l'ambassadeur de Russie en France, c'est malgré les intrigues contraires de rcl ambassadeur, que les rapports personnels et politiques du premier consul et de l'empereur Alexandre s*e maintiendront sur un pied satisfaisant jusqu’à la fin de 1803.

Il existait alors quelque ressemblance entre la | position de l'un et de l'autre. Cette position n'était ; pas beaucoup plus assurée à Pétersbourg qu’à Paris. Les mécontents ne manquaient ni dans l'une ni dans l'autre capitale. Si le premier consul avait à craindre ou des jacobins ou des chouans, il y avait en Russie, et tout près du trêne, une classe d'hommes qui n'était pas accoutumée à ménager davantage ses maîtres. On s'accommodait mal des réformes économiques du nouveau règne. On regrettait les donsexcessifs prodigués parCatherine II, aux dépens de la Pologne, par Paul I", aux dépens de la Russie elle-même. Exista-t-il alors des complots contre la vie de l'empereur? On peut le croire; un moment du moins, ce prince le crut > lui-même.

Au milieu des dangers de leur situation, l'empereur et le premier consul se livrent tout entiers aux grands înlêréls de leurs Étals, et peut-être la cor- j rcspoudance du premier consul a-t-elle été pour Alexandre un utile encouragement à examiner, à

J juger par lui-méme des affaires que, sans cette circonstance, il eût probablement abandonnées tout à I fait à ses ministres. Longtemps il yeutentreeux un échange sincère de procédés bienveillants. Lors du traité définitif de la France avec la Porte Ottomane, l'empereur Alexandre avait témoigné se réjouir de la liberté du passage des Dardanelles > accordé au commerce français, comme pouvant devenir d'un grand avantage pour la Russie. Le premier con- I sul, dans les arrangements de Ratisbonne, proté- I gcail les princes appuyés par la Russie, et en dernier lieu il avait eu égard à la recommandation de l’empereur Alexandre en faveur du duc d’Oldenbourg. L’empereur avait dit fort ingénieusement « qu’il aimerait ^ à partager avec le premier con- » sul la reconnaissance que le duc en aurait. « Quelquefois il régnait une certaine franchise nonseulement entre les chefs des deux États, mais même entre leurs ministres. Si le ministère français faisait des représentations sur l'autorité que l'empereur Alexandre s'attribuait dans la république des Sepl-lles, le ministère russe ré|>ondail que U l'empereur ne se mêlait pas des proclamations ^ U du premier consul en Suisse. » La France insistait-elle, en disant que l’empereur avait, par une lettre au premier consul, promis de se concerter << sur les mesures à prendre pour établir un goiin vernement convenable et fixe dans les Iles lo- I) niennes; » le chancelier, comte de Woronzof. avouait que cette lettre avait été écrite contre son avis; que, pour lui, il pensait que la république des Sept-Iles regardait particulièrement la Russie; et il ajoutait que, relativement à la Suisse, rempereur avait tnte entière confiance « dans les vues I) libérales du premier consul. << Cette naïveté d'ambition mutuelle sc conçoit entre ces deux grandes puissances, mais ne sera-t-il pas ridicule que bien-

• t'n otBcicr aux gardes, joueur, débauché et (cl qu'on pouvait a'adreaaer i lui pour une mauvaise action, Seboubin, révèle è l'empereur Alexandre qu'on lui a oITeri trcnie mille roubles pour l'assassiner. Celui qui a fait la proposition est un nommé Grégorévanitz. L'empereur ordonne à Schoubin de coiilinuer les démonstrations de s.! bonne volonté, et de recueillir les confidences qui pourront lui être faites. Quelques rendez-vous ont lieu, ou sont supposés avoir lieu. Nous supprimons ici les noms prononcés h cette occasion. Huit jours après, Schoubin est frappé d'itn coup de pistolet, au Jardin d’ité, h dix heures du soir. C’est, selon lui (car il n'a été que blessé à la poitrine), un châtiment de son indiscrétion. line enquête s'opère; toutes les personnes nommées sont déclarées innocentes. Schoubin , quoique sa blesstire fût grave, n'en meurt pas; il est envoyé en Sibérie. Cependant toute celte affaire n'a-t-ellc aucun fondement réel? Le doute a existé, cl il n’y a de doute que sur les choses possibles.

j A propos de cet érénément. le grand-<luc Constantin dit devant plusieurs personnes que, > s'il avait le mal- « heur de perdre son frère , il ne voulait pas monter •• sur le trène, pour être aussi assassiné, et que, dans I n ce cas. il y renoncerait pour l'un de ses jeunes Frères.»

' Lorsque depuis, le grand-<Iuc a renoncé à l'empire, cct acte de sa part a été réputé l'effet de sa soumission aux volontés de l'impératrice sa mère; mais s'il avait conservé quelque chose de scs sentiments antérieurs, sa renonciation lui aura coûté un moins grand effort qu'on n'a pu le croire.

' M. le duc de Richelieu, nommé plus tard gouverneur i Odessa, dans une lettre de remerciraents adressée au I gouvernement français , ajoutait : « Le poste qui m'est I • destiné sur la mer .Noire me mettra peut-être k même I » de rendre quelques services A mon.pays. •

I ’ Février 1805.

I < Novembre et décembre 1802.

POLITIQUE EXTÉRIEUllE.

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(ôt l'one ose faire le procès à l'autre, surtout eu appliquant ses reproches à des faits qu’elle aura soufferts et même approuvés, sous la condition d’une semblable tolérance? Le premier consul consentit à fermer les yeux sur ce que la Russie jugeait à propos de faire dans la république des Sept-lles, où elle entretenait des troupes et des vaisseaux.

C’était aussi de très bonne foi que le premier consul désirait complaire à l’empereur Alexandre, en accordant au roi de Sardaigne un dédommagement pour la perle du Piémont. Il avait été question, mais légèrement, des États de Parme et de Plaisance. Ensuite, le gouvernement français avait offert le Siennois, au moment même où la réunion du Piémont à la France était reconnue > par la cour de Vienne. En mars 1803, il proposa un arrangement plus facile, car la cession du Siennois eût exigé une négociation préalable avec l’Espagne : c’était la république de Lucques, la principauté de Massa-Carrara et deux bailliages on enclaves > toscans qui se lient à Massa-Carrara, le tout formant une population de cinquante mille âmes de plus que le Siennois et les Présides. I/Élat était plus complet, les établissements préparés et le pays meilleur. Il eût convenu au gouvernement français que cette proposition fût acceptée. C’eût été une difficulté de moins entre les deux puissances. Si cette affaire ne se termina pas alors, ce ne fut pas la faute du premier consul , et cependant ce sera là un des principaux griefs que plus tard mettra en avant la Russie.

Quoique les négociations qui, depuis la rupture de la paix maritime, ont continué d’avoir lieu par la voie de Pétersboun?, n’aient produit aucun résultat, il importe qu'elles soient connues, pour que l’Europe puisse juger quelle était celle des parties belligérantes qui voulait la paix, et celle qui ne la voulait pas. * m » vrfa

En rendant compte des communications précédentes des cabinets de France et de Russie, nous avons montré le premier consul prêt à se soumettre à la décision de l’empereur Alexandre. On fut médiocrement sensible à cette démonstration do sa conffance. « Au lieu du rûle de médiateur, écrivit ^ le chancelier de l’empire à M. de Markof, l’empereur ne peut pas prendre celui d'arbitre. D’ailleurs, la condition préalable que désire le premier consul, la cessation immédiate des hostilités, ne serait pas admise par le gouvernement anglais, qui veut au eoolraire que les opérations ne soient ni arré-

- • QiMTaiMion lecrètc du 90 décembre 1809. i * Wappartenaieot à la république italienne.

* Le 17 juin.

tées ni entravées. L’empereur doit donc attendre que les deux gouvernements énoncent respectivement leurs propositions. »

Dans le moment même où M. de Woronzof donnait cette instruction au ministre russe à Paris, le premier consul faisait connaître * h Pétersbourg comment il croyait que l’on pourrait rapprocher { les gouvernements de France et d’Angleterre. Des troupes russes resteraient à Malte le nombre d’années qui serait jugé nécessaire. Quant à l’ile de Lampedosa, la France ne s’opposerait point à ce que l’Angleterre en fit l’acquisition. La Suisse et la Hollande seraient évacuées par les troupes françaises; les intérêts du roi do Sardaigne, étant ré- '■ glés conformément à l’un des deux projets soumis j an cabinet de Pétersbourg, l’Angleterre reconnaîtrait les arrangements faits en Italie. Le premier I consul pensait que ces indications pourraient faire ; K la base d’un bon arbitrage. »

I La même communication avait été donnée au comte de Markof à Paris; et celui-ci l’avait, dès le 11 juin, transmise à l’ambassadeur Simon deWo- I ronzof à Londres. La proposition parut trop res- ‘ treinteaugouvernementanglais.SclonlordlIawkes- ' bury la négociation, qui pourrait avoir lieu sous les auspices de Sa Majesté impériale, ne devait pas se borner à un seul objet; elle devait « comprendre n tous les différends qui avaient donné lieu à la n guerre entre l’Angleterre et la France. » Quoique le gouvernement français prétendit qu'il n’existait entre les deux pays qu’un seul point de discussion, M. de Markof avait déjà écrit par l’autorisation du premier consul, et il le rappela au comte Simon de Woronzof, que si l’on s’occupait, dans la négociation, du soin de pourvoir à la sûreté età l’indépendance de l’Europe en général, u le premier consul » se prêterait à tout ce qui serait proposé à cet » égard, bien entendu que le slalu quo territorial » de la Franceavant la guefre serait maintenu <lan$ « fMpoi’nfaeaaenàfaff...» M.deMarkofajoutaitqu'il avait même atténué les expressions ; car le premier consul , « dans son amour pour la paix, avait dit n que non-seulement il apporterait dans l'arrange- » ment en question toutes sortes de facilités, mais » même des sacrifices raisonnables, surtout s’ils i> étaient désirés par les grandes puissances. » Jusqu’à présent, le premier consul a entendu que la médiation russe doit porter sur les divers points contenus dans Vullimalum remis par lord Wilhworth. On ne l’entend plus ainsi à Londres; le ministère britannique ne pense pas que « les bases

t Letire du 18 juin.

* Lettre du 27 juin.

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