‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 13 sur 298 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

contre PAnglolcrrc. On va s'cii convaincre par les circonstances relatives à la convention conclue }>our l'évacuation de l'Égypte, convention violée par le gouvcrncinenl anglais, quoiqu'elle eût été signée sous les yeux cl par la nicdialion du com> inodore Sidney-Smith.

On a vu précédemment qu'après le départ de Ilonaparte, le général Kléber, suit disposition envieuse contre son préderesseur, soit ennui de l'É> gypte et désir d’en sortir, suit calcul d'amour-propre personnel, ou tous ces molirs ensemble, avait adressé au directoire une dépêche dans laquelle il faisait le tableau le plus déplorable de la situation de l'armée, dont il venait de recevoir le coinmandeinenl. Celle dépéclic, inlcrceptée |iar tes Anglais, fut pour eux l'occasion d'une forte méprise, et celte méprise, i son tour. iJeviendra l'occasion d’une nouvelle gloire pour Klétirr et son armée. Je ne in'urrélo pas sur les accusations que présente cette dépêche contre le général ikmaparlc. t^tuoiqu'elle ail été victorieusement réfulce par le prisonnier de Saintc-llélèue, nous en verrons une rcfulatioii meilleure encore, ce sera celle de Kléber lui-niéme. Les Anglais prirent A la lettre les plaintes exagérées de ce général. Ils ne virent dans l'armée française qu'un coq» en dissolution, incapable d'opposer aucune résistance aux forces des alliés. En conséquence, ils expédièrent aux commandants de leurs croisières dans la Uéditerranéc l'ordre « de B ne consentir A aucune capitulation avec l'armée » française, excepté dans le cas où elle mettrait bas » les armes et se rendrait prisonnière de guerre. » Pour rbypotbèsc où quelque convciilion , fondée sur d'autres bases, aurait été conclue, il était défendu à scs commandants de les recumiatlre. Cette prévoyance même du gouvernement anglais fait ici sa condainnation. l'nc convention peut avoir été conclue, de bonne foi, entre les commandants militaires des parties belligcranlcs. L'exécution peut en avoir été coinmetirée; et c'est ce qui arrivera en cette occasion. Venir ainsi, après coup, rompre un contrat sacré, lorsque déJA les clauses, onéreuses pour l'une des parties, ont reçu presque tout leur accomplissement, n'est-cc pas se jouer de tous les priucipes du droit de la guerre et des gens?

Depuis que le général Bonaparte a quitte l'Égypte, ce pays a encore été le théâtre de plusieurs faits militaires qui ne sont pas sans importance. Dans la haute Égypte, de nouveaux cfTurls de Mourad-Bcy ont, pour le général Desaix, amené des succès nouveaux. Syoul t cl Sedyman ^ ont vu

' Aoéi I7Ù0.

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l'itifaligable chef des marnelucLs repoussé et obligé encore une fois de fuir dans le désert. Une tentative de deux frégates anglaises pour s'emparer de Cossir * a été également infructueuse. La possession de toute la province est tellement assurée, que la présence du général Desaix a cessé d'y être nécessaire.

Dans la basse Egypte, un débarquement de huit mille Turcs A Dainicllc ii'avait pas eu plus de succès que le debarquement opéré à AbouUr. L'honneur d’avoir fait erhouer cctlc entreprise appartient au général Verdier qui, n'ayant avec lui que mille à douze cents hommes, en tua ou jeta deux mille à la mer, enleva plusieurs pièces de canon, et força le reste du corps turc à chercher un asile sur les vaisseaux de Sidney-Smith, conducteur habituel des expéditions ottomanes. Le général Desaix, de retour au Caire, et que Kléber s'claîl bâté d'envoyer A Damiette avec quelques babillions, trouva que le général Verdier ne lui avait laissé rien à faire, et prit plaisir A donner les éloges les plus mérités à la brillante conduite de ce général.

Au moment de faire voile pour la France. Bonaparte avait écrit * .lu grand vizir pour lui proposer d’entamer des ncgiKialiüns qui pussent mettre lin A la guerre entre la république et la Porte Ottoinanc. Il avait engagé la Sublime Porte à donner des pouvoirs A son ministre a Paris, ou à envoyer un plénipntenliaire en Égypte. Le SI septembre, Kléber avait fait, auprès du grand vizir, une démarche pareille, en lui adressant copie de la lettre du général Bonaparte, pour le cas où celte lettre ne loi serait point parvenue. Ces avances inspirèrent aux Turcs cl aux Anglais une conliancc présomptueuse, qui se manifesta dans une réponse adressée au général Bonaparte, quoique l’on témoignât avoir connaissance de son départ pour Paris. Considérée comme l'explosion de l'orgueil du grand vizir, cette lettre n’cùt été que ridicule; elle était iinpolitique par l'empreinte anglaise que portail l'expression de l'insolence ottomane. Le grand vizir racontait qu’indépondamment de cent mille Français tués dans les départements dcrilalic, dans les villes d'Ancône, de Naples et dans les environs, l'cscadrc française, qui était sortie pour venir au secours de l’armée d'Égypte, avait été brûlée et coulée à fond par les escadres des Anglais, des Busses et de la Sublime Porte. Aux accusations du général Bonaparte contre les alliés des Turc-s, le grand vizir répondait : « Sonl-cc les Anglais, les » Busses ou les Allemands qui ont engagé les F'ran-

* Août 170U.

4 Le ttt août i(t.

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ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE

X çaisà surprendre l'Égyple et à s'en rendre mal- « 1res? Lequel deces trois gouvernements a fait, en » pleine paix, la moindre chose qui soit contraire » au droit des nations? » Quant au désir exprimé par le général français de rétablir les anciennes relalions de bonne amitié de la France avec Sa Uautesse, il disait : » Puisqu'il parait que vous dcinan- » dez sûreté et sauf-conduit, expliqucz-moi si vous | H voulez âauter seulement votre vie, parce que, n dans ce cas-là , en vertu de la loi de Maliouicl, a qui ne permet pas d’étendre le sabre sur ceuxqui » demandent grâce et pardon, je vous ferai embar- I » quer arec tous les Français qui se trouvent en n Egypte, et je vous ferai parvenir sains et saufs » dans les ports de France. » Quelle que fût Pimpalicnce de Kléber de quitter un pays qu’il croyait ne pouvoir pas conserver, son âme fière n’était pas | faite pour supporter le langage de l'insulte et de la pitié. L'indignation lui rendit son énergie; il ne j songea plus qu’à combattre. Sidney-Smith, s’aper- ■ cevant du mauvais effet qu’avait produit la lettre j du grand vizir, s’occupa de réparer celte faute et [ de renouer les communications. Quoiqu'il n'igno- | ràt pas que le général Marmont availquillé Alexandrie, il Ûl envoyer à l’adresse de ce général des ! gazelteset diverses autres infurmalions sur les évé- j nonients de l’Europe. I«i nouvelle des désastres i prolonges de la France jeta de nouveau Kléber dans | l’incertitude. |

üans le même temps, ce général reçut une ré* ^ ponse directe du grand vizir, Joussef-Pacha, à sa | Icllrc du il septembre; réponse peu différente, ] pour le fond, de celle qui avait été faite au gé* | néral Bonaparte, mais du moins conçue dans un | style convenable cl modéré. Il sc montra disposé I à traiter avec le grand vizir. Aussitél sir Sidney- Smith, jaloux tout à la fuis de servir son pays et , d’accroître son importance personnelle, sc hâta de lui faire connaître * que 1rs négociations ne pou* valent avoir lieu que de concert avec l’Angleterre, en conséquence du traité du 5 janvier, qui unissait les deux puissances. Il établissait que la Grande- Bretagne ne flgurant pas dans la guerre u comme i> puissanceauxiliaire, mais comme puissance prinn cipale, X son intervention était indispensable, notamment d’après les articles U, 8 et 9 du traité du ; 9 janvier, portant que l’Angleterre, la Rassie cl i l'empire ottoman étaient convenus » de faire cause | )» commune, et de ne conclure ni paix ni trêve » que d’un commun accord. » Les titres sous les* quels il se présentait, devaient d'ailleurs don- | nerdu poids à ses paroles, car il scqualiOait mi-

' Sa lettre ponc pour date : A Imrd du Tigre, devant I namielie, le 20 octobre 1709. '

nislrc plénipotentiaire de Sa Majesté britannique près la Porte Ottomane, commandant de son es> cadre dans les mers du Levant. Sa lettre, mesurée et caressante, énonçait en principe que la paix générale, qui *> ne pouvait jamais avoir lieu avant » l'évacuation de l’Égypte, pourrait être accélérée n par la prompte exécution de ce préliminaire à H toute négociation. » Kléber, revenu plus fortement que jamais aux sentiments qui avaient dicté sa lettre au directoire, s’empressa de répondre ^ aux propositions de sir Sidney-Smith.

Etranger aux habitudes du commandement en chef, ou domine par une idée qui obscurcissait sa raison, Kléber, au lieu de sc borner d'abord à un armistice, cnlainait tout de suite la question de l’évacuation de l’Égypte, infurmait sir Sidney-Smith qu’il iioimiiail deux plcnipulcnliaires, le général Desaix et t'administrateur général Poussielguc, pour traiter avec lui, et conseillait que les conférences eussent lieu à bord du vaisseau du commodore. Le chef de bataillon Morand, porteur de ccUc réponse, alla d'abord chercher sir Sidney- Smith devant Damiette, où il ii’clait plus; et apprenant qu'il était parti pour Jaffa, continua sa roule pour l'y rejoindre. Non content de celle démarche directe, Kléber, dans la préoccupation dont il était frappé, écrivait en meme temps à Desaix, qui était à Damiette, de voir ce commodore cl de tâcher de le disposer à un arrangement.

Ici va se présenlcr le contraste de deux caractères distingués, dont l’un devient inoincntancmcnt faible et peu digne de lui-méme, tandis que l’autre conserve toute sa dignité et toute sa force. « Je H présume, répond ^ Desaix à Kléhcr, que je n'ai n pas besoin de porter Smith à la paix, comme » vous le désirez : il n’a qu’un but, qu'un désir, * qu’une volonté; c’est de négocier avec nous, » pour nous prouver qu’il faut que nous nous en n allions bien vite. La gloire qui lui en reviendrait x dans son pays, chez les Russes cl chez les Turcs, X lui fait tourner la tétc... Je crois qu’cncorcquel- X ques revers, les bonnes gens (les Osmanlis) s'ac- X commoderont. Battez le grand vizir, et ils feront X alors tonl ce que vous voudrez, n Desaix citait des circonstances qui prouvaient combien Sidney- Smith avait à cœur d'entrer on négociation, et il ajoutait : «‘Tout ce qu’il veut, c'est de vous faire n partir d'ici le plus tùt possible. Quand un cn- X nemi demande instamment quelque chose, c’est » que cela lui fait bien du mal, et il ne faut pas, » je pense, le lui accorder légèrement. J'espère X qu’avant qu'il soit deux mois , nous aurons des

* Le 3 octobre.

’ Lettre datée de Uaniiette le 9 noieiiibro.

SG

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