‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 14 sur 298 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

M nouvelles bien iiilcressaiiles n Ces raisonne- i tuents et CCS conseils du général Desaix méritaient [ d'étre entendus. La certitude qu'il montrait de rc- | cevoir, sous deux mois, des nouvelles intéressantes, attestait sa confiance dans les changements heureux que devait opérer le retour du général Ronaparteen France : mais peut être celte chance même élait'cllc une des considérations qui portaient le général Rlébcr à vouloir régler auparavant le sort de l'Égypte.

L'officier chargé de la lettre de Kléber avait rejoint sir Sidney-Sniilh à JalTa, le 7 novembre. Dtrs le lendemain, cclui-ei répondit au général français que, sa proposition ayant été discutée avec le grand vizir et l’agent de Russie, il avait clé convenu de racceplor; qu'en conséquence il se rendrait devant Alexandrie où les conférences auraient lieu à t>«»rd de son vais.seau, puisque le général Kléber ! tui-mémc voulait bien y consentir.

Daus la résolution arrêtée par Kléber d'évacuer l'Égypte, il y avait, de sa part, au moins de la finesse à vouloir étendre au général Desaix la responsabilité d'une mesure que celui-ci n'approuvait pas. Admirateur ciititausiaslc , ami dévoué du générai Bonaparte, attachant comme lui à la conservation de l'Égyptc une extrême importance, Desaix était aussi convaincu de la possibilité de s'y maintenir. Quoiqu’il ne fût pas dupe des motifs de Kléber, il pensa que, même dans une mauvaise mission , on peut encore servir son pays; cl son âme généreuse, en songeant à sauver l'Iionneur de la France, ne demandait pas mieux que de contribuer de même à conserver intacte au général Kléber une considération à laquelle ce général avait droit par tant de belles qualités.

L'abandon que Klél>cr avait mis dans sa correspondance avec les Anglais et les Turcs trahissait son empressement pour une prompte conclusion. Dès lors il leur convenait de sc hâter moins, cl de SC ménager sur lui.dansrintcrvallc, quelque avantage qui t’obligeât à évacuer l'Égyple sans condition. Leur projet particulier était de s'emparer du fort d'El-Arisch, au mépris de la proposition d’armistice qui avait été faite, mais qui n'avait pas eu d’autre suite.

Depuis quatorze jours, le général Desaix et V. Poussielguc attcnd.’iient à Damiette Tarrivéc de sir Sidney-Smilh. I^c décembre seulement, le Tigre parut devant Lesbeb. Les plénipotentiaires

' lu- tous les généraux restés eu Ëgypie, Desaix élail seul dans In rouHdence des motifs qui avaient décidé ic général Bonaparte & s'emUarquer pour la France, et nui atiire n'était aussi digne d'noe Icite exception. Dans les instriicliona laissées à Kléber, Bonaparte lui recommait-

se rciiüirctil à bord de ce vaisseau lo Si. f.à coiumencenl les conférences. Persuade, d'après les lettres de Kléber, que les alliés étaient autorisés à tout prétendre, le négociateur anglais propose des j conditions qui, pour les Français, eussent été tout au plus acceptables après une défaite. On remettrait les places qui bornent la frontière du désert, et c'était la condition indispensable de l'annislice. L'armée française serait reçue à composition, elle rentrerait en France , mais ne pourrait servir que dans un temps donné. Ce n'clail pas auprès du général Desaix que de telles propositions pouvaient réussir; et M. Poussielguc lui-niémc, imbu d'ailleurs des idées de Kléber, mais ranimé par son contact avec le général Desaix, montra dans toutes les discussions beaucoup de fermeté et de vigueur.

Les plénipotentiaires oITraicnt l'évacuation de l'Egypte, parce que des intérêts généraux la rendaient plus convenable en ce moment que plus tard ; mais de icurcùté ils demandaient :

\a restitution par In .Sublime Porte des possessionsqu'elle pouvait a voir acquises sur la France pendant la guerre actuelle;

S*» Le rclablissemenl des anciennes relations entre la France et l’empire uUoman sur le même pied qu'avant la guerre;

3” Une nouvelle garantie par l' Angleterre du l'intégralité de l’empire ottoman;

4“ La libre retraite de l’armée avec armes et bagages par les ports dont on conviendrait, aussitôt que les moyens d'évacuation loi auraient été procurés.

De telles demandes cUicnl un mécompte pour le commodore, qui sc vit, avec quelque surprise, plus éloigné du but qu'il ne l'avait juge d'abord. Comme philanthrope, comme chrétien, et, à ce double titre, voulant éviter l'elTusion du sang, il n'cii montre pas moins le désir le plus vif de parvenir à un arrangement amical. Sealemenl il n'c^l pas en son pouvoir d'agir seul; les difficultés qui sc présentent n'ont pas été prevues; le grand vizir est un homme obstiné ; il faut sc mettre d'accord ; avec lui. Maître des plénipotentiaires que Kléber a imprudemment mis k sa discrétion, il fait voile , comme pour sc diriger tout de suite surJafTa. Ainsi il l'annonce, ainsi le croient les plénipotentiaires. Sous divers prétextes, tirés de l'étal de la mer et des vents, il se promène de Tyr à Chypre,

dait de faire parlir Deuix pour l'Europe dans le moi* d«- Dovembre, appuyant sa volonté parla supposiiiou d'un ortirc du gouvernement, ordre qui n'existait pas.

* Une lettre postérieure annonça qu'il ne se rcudrati pas à Alexandrie, mais h Damiette.

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ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE

(le Chypre à Sainl-Jean-d’Acre, et met seize jours à faire un trajet qui ciU pu se faire en deux ou trois. Le but de ces longs d(>tours est d’<5liider la signature d’une suspension d’armes , et de laisser pleine liberté d’action au grand vizir, qui en pro> lile en effet. Arrivé enfin à Jaffa, il y débarque, laisse les plénipotentiaires français chez le consul d’Angleterre, et se rend au camp du grand vizir.

Dans les pourparlers qui ont eu lieu , si, d’une part, le commodore anglais s’est efforcé d’établir que les trois premières demandes des plénipotcntiaires sont de nature à ne pouvoir être admises sans l’autorisation préalable des gouvernements alliés, les négociateurs français, d’autre part, ont tâché de le faire convenir k qu’il est de même ini- <• possible au général Kléber de consentir à une » évacuation pure et simple, sans y être autorisé » par .son gouvernement. » Le question a été ramenée à son point véritable; c’est ainsi qu'elle eût dû être posée dés son principe, comme le pr(^6crivaient les instructions du général Bonaparte, dont Kléber n’avait pas eu la sagesse de tenir compte. En lui faisantconnaftrc> cette situation des choses, les plénipotentiaires lui mandaient en même temps l’arrivée du général Bonaparte à Paris, l’enthousiasme qui avait accueilli son retour, et la probabilité d’une crise prochaine, qui ne pourrait manquer d’amener des mesures* d’un genre facile à prévoir en ce qui concernait l’Égypte. Ces nouvelles pouvaient effectivement devenir pour Kléber un sujet de sérieuses réflexions ; mais déjà pour lui il était trop tard.

Tandis que les plénipotentiaires insistaient pour que la Porte Ottomane, si elle ne pouvait pas traiter de la paix sans le concours de ses alliés, consentit du moins à une trêve particulière et restât neutre jusqu’à la fin de la guerre, Kléber était occupé à détruire leur ouvrage. Il avait ouvert une négociation directe avec le grand vizir, et s’était désisté des trois premières demandes formées par les plénipotentiaires. Ceux-ci apprirent tout à la fois et ce désistement du général en chef et l’occupation du fort d’El-Arisch. Leur douleur, à ces nouvelles, fut aussi vive que l’était la joie du commodore .Sidney-Smith , dont la promenade politique avait favorisé ce double événement. Les détails de la prise d’El-Arisch seraient ici déplacés. Il nous suffît de dire que les moyens n’honorèrent pas le succès. Ce fut une espèce d’embauchage dans lequel le colonel anglais Douglas et le grand vizir mirent en œuvre la bassesse d’un émigré français et l’égarement d’un caporal prisonnier, pour exci-

' Lettre datée de Jaffa le 8 janvier 1800.

’ Lettre des plénipotentiaires, du 14 janvier.

ter l'insubordination daits la place et s'en rendp! maîtres à la faveur du désordre. Vainement lu. colonel Douglas signa une capitulation avec le brave et malheureux commandant de la place. Les Turcs SC précipitèrent dans la fortcrcs.se, et s’y livrèrent à tous les excès de la plus affreuse barbarie.

Les plénipotentiaires s’etaient rendus au camp du grand vizir; la négociation avait commencé, mais, de la part de Joussef-Pacha, avec des formes tellement hautaines cl impérieuses, que Desaix en fut indigné. Il supposa , et non sans raison peutêtre, que cette conduite était un effet des conseils de sir Sidney-Smith. Il ne lui dissimula pas ce soupçon. Celui-ci protcsüi de sa loyauté, et mit en effet tous ses soins à ce que , le jour suivant , les convenances du moins fussent mieux observées. Le fond resta le même. Les efforts des négociateurs français, pour obtenir au moins la neutralité de la Porte , furent sans aucun résulLit. On leur demandait de signer l’évacuation de l’Égypte à l’instant et sans compensation. On leur objectait que U c’étaient eux qui ne voulaient ^ pas ce que » voulait le général en chef. Ce sont vos délégués. i> écrivait le grand vizir à Kléber, qui rendent dif- » ficile celte si bonne affaire de l'évacuation, ’i Desaix qui, même dans l’étal actuel des choses, regardait comme facile la conservation de l’Égypte, qui en outre voyait prêts à éclore en France des événements faits pour améliorer la situation présente , ne pouvait se résoudre à la conclusion do cette $i bonne affaire pour les Turcs cl les Anglais, à moins d’y être condamné par un commandement absolu. Il demanda donc à Kléber ou l’ordre de se retirer sur-le-champ, ou celui de traiter définitivement de tous les articles de la convention.

Kléber s’était rendu à Salahicb pour être plus près du siège des conférences. Son parti était pris. Cependant, pour mettre jusqu’à un certain point à couvert sa responsabilité, il assembla un conseil de guerre. Son opinion personnelle , connue d’avance et qu’il laissa de nouveau éclater sans feinte, devait rencontrer peu d’obstacles. L’adhésion toutefois ne fut pas unanime. Un homme auquel une grande gloire militaire est réservée dans l’avenir, le général Davoust, eut surtout l’honneur d’une courageuse et énergique opposition. Kléber donna ordre aux plénipotentiaires, si la Porte se refusait à la neutralité proposée, <■ de passer outre et de n traiter de l’évacuation pure et simple, » de la manière la plus honorable pour l'armée française.

’ Lettre du IS janvier.

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