‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 131 sur 298 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Si ic cabinet prussien craint de s’engager trop étroitement avec le gouvernement français, il ne se dissimule pas cependant les avantages qu'il peut attendre de cette union, et il voudrait pousser l'association des deux pays aussi loin qu’il serait possible d'aller, sans contracter une alliance formelle. Dans le mois de novembre > 180IS, In Prusse demandait si le premier consul serait disposé à retirer ses troupes du Hanovre, en échange de la certitude qui lui serait donnée de ne pouvoir, durant celte guerre, cire attaqué du côté de l'Allemagne. La base de l'accord projeté serait :

De la part du gouvernement français, l'évacuation du pays d'Hanovre cl la reconnaissance de la neutralité du territoire germanique ;

De la part du cabinet prussien, la garantie de la nculralilé absolue de l'empire, en sorte que la France ne pourrait être attaquée ni par l'empire, ni au travers du territoire germanique, pendant toute la durée de la présente guerre.

Ces conditions ne suffisaient pas à la France. D’abord elle prétendait ne se dessaisir du Hanovre que par voie de compensation; mais, cette prétention mise à part, le but principal du premier consul, la paix forcée du contincnt, n'était pas atteint. La garantie que proposait la Prusse ne couvrirait pas la France, puisque la Russie et l'Autriche pourraient toujours l'attaquer par la Suisse et l'Italie. Dans ce cas même, la neutralité de l'empire, loin d'étre pour lui un avantage, serait un inconvénient. C'est sur l'Inn que l'Autriche est vraiment vulnérable. La neutralité, que veut garantir la Prusse, ne serait donc favorable en effet qu'au gouvernement autrichien.

La Prusse, qui n’osait pas accepter une cession franche et actuelle du Hanovre , aurait souhaité s'en ménager l'acquisition ultérieure. Dans de nouvelles instructions envoyées ^ au marquis de Lucchcsiiii, clic lâchait d'y pourvoir par un article secret qui aurait été ainsi conçu : •• Sans rien sti- >• pulcr sur le sort de l'électoral d'Hanovre que les » chances de la guerre maritime et les négociations U de la paix générale détermineront surtout, le » premier consul, considérant que la position géo- :> graphique de la Prusse rendra ces stipulations :< plus importantes pour elle que pour toute autre » puissance, s'engage à consulter éminemment les » intérêts de S. M. prussienne, dans toutes les dis- » eussions que le sort de ce pays amènera. » Cette citation donne la mesure de la politique prussienne. Comme elle n'ose rendre que des demiservices, elle est réduite à se contenter d'une promesse, dans l'espérapcc de pouvoir accepter un

' Xolv du marqiiU de Lucclirtiui, du 33.

Jour ce qui lui est offert aujourd’hui meme. Dans toute cette négociation , au reste , car il faut toujours s’en rappeler la remarque , c’est l'esprit de cour qui entrave les résolutions du cabinet. L'alliance est désirée par le comte d'Haugwiz, par le colonel Kocckriz , aide de camp du roi , par le conseiller privé Lombard, secrétaire particulier du roi, par le feld-maréchal Mollendorf, tous hommes qui songent à l'intérêt véritable de l'Étal, et dans lesquels le roi a d'ailleurs une grande confiance ; mais l'esprit de cour est contraire à leur opinion, l'esprit de cour, dirigé par des influences ennemies, est devenu l'auxiliaire de l'Angleterre, de l’Autriche et de la Russie, et l’emporte pour le moment sur la prévoyance et les calculs des hommes d'État, Le roi s'obstine à éluder l'alliance. De son cAté , le gouvernement français rejette avec raison tout accord où le mol d’alliance ne sera pas prononcé, l.cs termes circonlocutoires qu’on y substitue ne répondent pas aux vues du premier consul. Il n'y a que le mot il’alliance, que la réalité d'une alliance qui puisse imposer aux puissances étrangères et les tenir en respect, f^lue reviendrait-il au premier consul de sacrifices qui n'auraient enchaîné ni l’Autriche ni la Russie? La négociation , sans être abandonnée , va languir pendant les premiers mois de 1801.

On a vu précédemment quelle était, à la rupture de la paix d'Amiens, la situation respective de la France cl de l’Autriche. Dans le reste de l’année, celle situation n'éprouva point de changement setisible. Entre les cabinets de Paris et de Vienne, il n'y avait ni une tendance à une union plus étroite, comme de la France à la Prusse, ni une manifestation de refroidissement, comme de la Russie .i la France. La grande question des indemnités de l'cmpireavail, en 1802, et même au commencement de 1803, mis aux prises les deux cabinets. Celle contestation terminée, tous deux avaient paru vouloir SC complaire dans un repos nécessaire. A la vérité, le gouvernement autrichien n'élail pas resté longtemps inactif; il avait élevé à Ralisbonne certaines prétentions dont il se serait probablement abstenu, si la paix eût continué; mais la France avait mis linéique soin à éviter tout sujet de querelle. Les alfaires relatif es à l'empire germanique, qui retleviendroul un texte de discussion entre les deux puissani es, .lyanLeu teue principal dévcloppcmeiil en I80î,"î»ms différerons jusque-là de nous en occuper. Présente ment, nul motif d’inquiétude fiVxiste pour le gouvernement français du cAlé de. r.Vulriche, mais c'est uniquement parce qu'cllu n'est pasôiicore rearmée. Le seûl gage de ( ’

* 17 décembre 1805.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

Iranquillité que puisse donner la cour de Vienne, c’est sa faiblesse. Chaque mois, chaque jour agit sur clic. A mesure qu'elle recouvrera ses forces, la conflancc française devra diminuer dans la môme proportion.

La plus grande plaie de l'Autriche, ce sont ses | flnanccs. Dans l’intpossibilité de suffire à la réparation de scs pertes par le seul produit des iinpOls, ' elle a recours à la multiplication de son papier* monnaie. On évalue à trois cent cinquante millions de florins la masse des billets qui sont en circula* tion. Dans l’état des rapports des deux pays, tout ce qui pourrait attaquer les finances autrichiennes serait donc un grand avantage pour la France. Ce moyen de nuire est offert au premier consul. Le crime de l’invention ne lui appartiendrait pas. Il n’a besoin que de fermer les yeux et de laisser faire. En cette circonstance il donne une preuve de loyauté qui devrait n’avoir rien d’extraordinaire, mais qui est devenue digne de remarque, en raison de la conduite contraire de quelques gouvernements. Combien de fois, par exemple, l’Angleterre, pour affaiblir les ressources d'une nation rivale, n’a-t-elle pas toléré ou même encouragé la fabrication de billets faux ou d’une monnaie de mauvais aloi? L’empereur Napoléon sera peut-être tenté un Jour d’imiter sur ce point l'Angleterre. Le premier consul est exempt d’un semblable reproche. Un atelier, où se contrefaisaient les billets de la banque de Vienne, ayant été découvert à Strasbourg, il fit donner au cabinet autrichien tous les renseignements propres à le mettre en état de prévenir la perturbation dont les finances du gouvernement et les fortunes particulières étaient également menacées. Le cabinet autrichien se montra plein d'admiration et de reconnaissance pour la générosité du premier consul ; mais est-il bien certain qu’en une conjoncture pareille il eût été capable du même procédé envers la France? Ce fait, honorable pour le premier consul, autorise à penser qu’il n’eût pas demandé mieux que de rester, avec les États étrangers, dans les limites du droit des gens, si on ne l’eût forcé d’en sortir par la nécessité d’une légitime défense aux termes d’une exacte réciprocité.

Tandis que le premier consul, tout en ménageant

la Russie et l’Autriche, voit, dans les dispositions

de CCS deux puissances, la menace de dangers plus

ou moins prochains, tandis qu'il cherche à se créer :

dans la Prusse un allié nouveau, il ramène à la I

France un ancien allié, qu'un bienfait récent n’a ;

pu que lui attacher encore davantage. La médiation salutaire qui a donné à la nation helvétique une existence nouvelle; qui, suivie bientôt du rappel des troupes françaises, lui a restitué la plénitude de son indépendance, a dû aussi rendre une forme meilleure aux rapports des deux pays entre eux. Jaloux de concilier les voeux et les intérêts de la Suisse avec ceux de la France, le premier consul a rétabli les relations des deux peuples à peu près sur le même pied qu’avant la révolution. Un traité d’alliance défensive a été conclu ' sur les bases de celui de 1'577. La France garantit à la Suisse son indépendance et sa sûreté. Elle s’engage à employer constamment ses bons ofliccs « pour lui procurer » sa neutralité et lui assurer la jouissance de ses » droits envers les autres puissances. » I.a Suisse de son côté promet à la France, en cas de circonstances extraordinaires, un secours supplémentaire qui ne pourrait pas excéder huit mille hommes, supplément distinct des troupes qui passaient au service de France par les capitulations du même jour.

Ces capitulations, qui formaient un acte séparé, portaient que la république française entretiendrait à son service seize mille hommes de troupes suisses, divisées en quatre régiments de quatre mille hommes chacun. Les autres stipulations étaient à peu près les mêmes que sous l’ancienne monarchie. Ces troupes ne devaient point être envoyées aux Indes orientales ni occidentales; et, en cas de danger imminent, elles pouvaient être rappelées par la Diète helvétique.

C’étaient les cantons suisses eux -mêmes qui avaient désiré reprendre avec la France ces anciennes habitudes. Quoique, sous le régime nouveau, leurs régiments ne pussent pas obtenir toute l’étendue d’avantages et les distinctions dont ils avaient joui autrefois, l'armée française brillait de tant de gloire qu’on était fier d’entrer dans scs rangs sur le pied d’égalité avec elle. En France, on vit non -seulement sans peine, mais même avec plaisir, l'armée nationale renforcée par de braves auxiliaires. Pourquoi, depuis 181 <5, un sentiment différent s’est-il manifesté? C’est qu’en 1803 les Suisses n'étaient pas des troupes de préférence, qu’elles n'obtenaient pas une supériorité de considération et de solde sur les troupes indigènes; c’est qu'alors personne n’eût osé dire que les Suisses étaient plus Français que les Français.

' Le 27 septembre. ,

CUAPITRE XXXIII.

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