CHAPITRE XXXIII
barbaresques. La conservalion d'une paix,^telle que la voulait la France, avec la liberté pour chaque nation de régler comme elle l’entendait les relations de son commerce, avait paru à l'Angleterre une conspiration européenne contre le commerce anglais. La guerre , en rendant à cette dernière puissance une navigation presque exclusive, la délivrait d'une concurrence importune et ruineuse. Son revenu, qui jamais encore ne s'était élevé à trente millions de livres sterling, fut de trente -huit millions en 1805. Elle put ainsi, dans cette année , en raison de l’augmentation de son revenu, ne faire qu'un emprunt, de moitié inférieur à ceux des années précédentes.
Impôts, 38,401,738 liv. St.; 960,043,450 fr. Emprunt, 14,000,000 350,000.000
Total, 52,401 ,738 liv. St.; 1,310,043,450 fr.
Ainsi la guerre, qui appauvrit toutes les côtes et ports de France est une source de richesses pour l'Angleterre.
Nous ne voulons pas anticiper ici sur des faits qui SC développeront successivement, mais il nous suflit de dire que le produit des impôts en Angleterre qui, au commencement de la guerre, était de dix-huit millions de livres sterling, montera, en 1813, au delà de soixante millions, plus d'un milliard et demi de francs. Outre que le peuple anglais aura pu payer cette somme, il aura dans les mains assez de valeurs pour verser, chaque année, des sommes considérables dans les emprunts ouverts par le gouvernement.
Si la gloire militaire, dont s'enivrera la France, ne constitue pas le bonheur pour les peuples, ce lionhcur est-il davantage dans la fausse et dangereuse richesse de la nation anglaise? Quoique cette dernière nation jouisse d'un gouvernement représentatif mieux organisé, mais où la prépondérance
' On a di-battii, il y a quelques années, en France, une question assurément Fort intéressante par son objet, et nous en Faisons mention ici parce qu'elle pourrait se reproduire encore, celle de Faire de Paris un port demer. A rcxécution d'un tel projet, il ne manque qu'une eon- ■lition préalable, c’est que le même jour qui transformerait Paris en port de mer donnlt, tout k coup, par enchantement et pour toujours, l'égalité de puissance navale à la France par rapport à l’Angleterre. Sans cette égalité de puissance navale, le lendemain d'une rupture, les croisières anglaises venant bloquer l’emboiicliurc de la Seine, que deviendrait dans Paris une population de quatre à cinq cent mille Ames ut peut-être plus, dont l’existence reposerait sur le commerce maritime? Si les pertes causées par la guerre avec les Anglais, réparties, comme elles le sont, entre tous nos |K>rts de Marseille à Dunkerque, produisent cependant
d’une aristocratie, devenue illibéralc et rétrograde, étouffera pendant douze ans toute opposition constitutionnelle, est-il bien sùrque cette nation, ainsi gouvernée (et je n’y comprends pas l'Irlande, soumise à sa loi martiale), suit plus libre en effet sous l'administration des Pitt, des Perceval cl dcsCasl- Icrcagh, que la France sous le consulat et même sous l’empire? D’abord, cette richesse tant vantée de l’Angleterre n'est pas également répartie entre toute sa population. Londres et quelques autres ports reçoivent les dépouilles des nations commerçantes; mais toute l’Angleterre n'csl pas dans Lon-, dres et dans quelques ports heureusement situés. Les campagnes souffrent; les villes manufacturières auront, en plus d'une occasion, à subir de pénibles épreuves. D'un autre côté, la durée d'une longue guerre, qui sert en France à fonder le pou-, voir absolu d'un homme, met pareillement une autorité illimitée entre les mains du ministère britannique. Des actes du parlement confirment de nouveau la suspension de l'/iabeas corpus, et le maintien de la loi martiale en Irlande. La liberté n'a plus qu'un petit nombre de défenseurs; le parlement n'csl qu’un instrument utile au ministère pour voter et les impôts cl les emprunts. Cette constilulion même, dont l'Angleterre est si fièrc, se corrompt et se dénature tellement, qu'à la fin de la guerre il y aura presque uniformité d’opinions et de vues politiques entre un ministre anglais et les ministres de la sainte-alliance. Ainsi la guerre, lorsqu’elle se prolonge, est peut-être moins funeste aux nations par le sang qu'elle leur coûte, que par la désastreuse influence qu'elle exerce sur le principe de leur gouvernement intérieur.
Les hommes qui prétendent qu’il n'y a de Gnances que là où le gouvernement, fondant son existence sur des moyens de crédit, est toujours prêt à payer plus qu’il ne doit, furent autorisés,
line crise si pénible pour tonte la France, que sersit-cc dans la supposition que le noyau de ce commerce Fût concentré dans la capitale? Quel gouvernement résisterait A la présence d’un demi-million d'àmcs réduit k la mendicité sous ses yeux, dans sa résidence même, par une simple déclaration de guerre? Plus de choix pour ce gouvernement. Il n'aurait d’existence que sous le bon plaisir du cabinet de Londres, qui le tiendrait dans la dépendance la plus absolue, non-seulement en ce qui touche les affaires maritimes, mais mciiie A l'égard de toutes les affaires du continent. Sans le miracle, impossible A espérer, qui mettrait soudainement la France en position de disputer l'empire de l'Océan A l’Angleterre, Paris, port de mer, compromettrait l’existence de l'État tout entier; Londres, port de mer, s'enrichit par la guerre et procure ou gouvernement des ressources incalculables.
INTÉIUEUR.
en 1803, à élever de justc3 clameurs contre le premier consul, qui entendit ne pas payer, san^vériflcaliun préalable, quarante-deux millions de traites émises irrégulièrement à Saint-Domingue. Sur cc-total, la première mesure du gouvernement fut d'annuler onze millions de traites qui n'étaient pas entrées encore dans la circulation. Les traites dont la valeur intégrale avait été cITcctivcnictit reçue furent acquittées sur-le-champ avec les intérêts; le reste fut soumis à un sévère examen. Quelques spéculateurs, qui avaient compté faire d'immenses bénéliccs, moyennant de faibles avances, jetèrent les hauts cris sur la prétendue injustice du premier consul. La France applaudit à la fermeté du gardien de son trésor, qui défendait le produit de scs sueurs contre les invasions de la cupidité et de la fraude. Sans doute il vaut toujours mieux, pour un gouvernement, courir le risque de payer une dette douteuse, que celui de repousser une dette vraie : mais après tout, la vérification est permise, et l'examen , un devoir.
Ce serait peu de mettre de l'ordre dans les finances : il faut soigner les canaux qui font arriver l’abondance dans les réservoirs de l'État. Partout, avant la guerre , durant la guerre , des encouragements sont donnés à l’agriculture, au commerce et à l’industrie. A Marseille, à Cologne, à Mayence, un calcul bien entendu établit des entrepôts récLs. Dans toutes les grandes villes se forment des bourses de commerce; on y organise des chambres consultatives pour les m{t(ll||racturcs et les fabriques , pour les arts et les idtltiers. Le conseil général du commerce siège à Paris.
S’il est peu de gouvernements qui ne sentent le prix de l’industrie, tous ne savent pas employer, avec la même intelligence, les moyens propres à en accroître les progrès. Une grande idée d’utilité publique avait été conçue dans des années orageuses, l'exposition périodique des produits de l'industrie française. Le premier consul se garde bien de laisser périr cette belle conception. Dès 1801 > , il a cherché à lui donner encore plus de développement et d'importance, il veut que cette exposition soit une grande fbire nationale qui offre la carte industrielle de la France , en meme temps qu'elle assurera , par une heureuse rivalité d’efforts , du travail au pauvre, des moyens de fortune au talent, et du bon marché aux consommateurs. Des éloges, quelques récompenses pécuniaires, mais surtout des récompenses honorifiques, des médailles d'or, d'argent et de bronze, quelquefois la décoration
' Arrêté (lu 4 mor».
* 8 jiiillcl 1803.
’ 13 juin 1803. •
de la Légion d'honneur, font connaitre au manufacturier, au fabricant, à l'artiste, combien leurs travaux sont précieux aux yeux du chef de l'État. Ce chef de l’État, dont la personne rassemble déjà tant de grandeurs et de souvenirs, parcourt les portiques du Louvre , où sont réunis tous les départements de la France; il s’arrête devant l'instrument le plus simple, de l'usage le plus vulgaire, comme devant les compositions les plus ingénieuses. Il honore le travail appliqué à l’étoffe la plus grossière, comme à la matière la plus riche et la plus brillante; il s’entretient avec les artistes et les fabricants; il s’instruit avec eux, et les instruit à son tour par l’échange de scs idées. La communication des chefs des États avec les peuples n'abaisse que ceux qui ne sont rien parcux m(>mcsw Le premier consul a imposé d’autres obligations aux rois à venir.
Si les discussions de la tribune ne furent point, en 1803, animées par des passions vives et bruyantes, les travaux du tribunal et du corps législatif n’en eurent pas moins d’importance. Une partie des lois essentielles, dont se composera le Code civil, fut adoptée, après des modifications concertées entre le tribunat et le gouvernement. Il fut aussi porté quelques lois spéciales, comme une loi sur les douanes, et une autre sur la navigation intérieure.
Les actes de l’administratioiv avaient de même tous pour objet l'utilité publique, inséparable de l'intérêt bien entendu du pouvoir. Sous un gouvernement dont le chef doit sa grandeur à la gloire des armes, à une époque où la gloire des armes est indispensable pour le maintien môme de l'État, il est naturel qu'un soin particulier soit donné à ce qui concerne In guerre. Tout, sous ce rapport, dans les institutions du premier consul, était à la fois encouragement pour l'avenir et récompense pour le passé. D’après l’élcnduc inouïe des guerres de la révolution, il était devenu nécessaire de préparer de nouveaux asiles aux guerriers mis hors de combat. L'hùlcl des Invalides reçut une organisation adaptée à ces besoins nouveaux, et plusieurs succursales^ de cet hôtel furent établies sur divers |H)int$ de la république.
Une autre idée, non moins biepveillante, fut de former dans les vingt-sixième et vingt-septième divisions militaires, des camps pour la vétérance, véritable imitation des colonies romaines, avec cette différence honorable que la colonisation française n’entralnait avec elle aucune spoliation, et ne chassait aucun propriétaire * du domaine pater-
^ Nos soldais, rn prenant possession du domaine qui leur était destine, n’etnient point condamnés à dire .
.... f'elercM migtait caloni.