CHAPITRE XXXIII
iiel. Des terres disponibles, appartenant à l’État, furent consacrées à ce pieux usage. Chaque vétéran avait une habitation rurale et une portion de terre d’un revenu net , égal à la solde de retraite. Cette portion de terre devait passer à ses enfants légitimes.
S’il n’éta'tau pouvoir d’aucun gouvernement de réaliser les promesses que, dans scs jours de crise, la république avait faites à ses défenseurs, on doit rendre au premier consul la justice d’avoir, autant que le comportaient les limites du possible, acquitté la dette de la patrie.
Les mesures qu’il prenait ne se bornaient pas à des ordres généraux. Il faisait surveiller, il surveillait lui-méme leur rigoureuse exécution. Dans sa course sur les côtes du nord et à travers la Belgique, il passe à Louvain où se trouvent des Invalides. «Je suis très-mécontent, » écrit-il aussitôt au ministre de la guerre; uces Invalides sont couverts n de lambeaux. Un grand nombre d’amputés atn tendent depuis un an le grade de lieutenant qui n leur est dù. Le ministère ne répond pas. Faites- » vous rendre compte, expédiez. »
En pourvoyant à la retraite du guerrier mutilé par les combats, le premier consul ne pouvait pas oublier celui qui avait succombé sur le champ de bataille. Plus d’un refuge gratuit était déjà ouvert dans les lycées, pour les fils des braves. Ce n’etait pas asÿcz aux yeux du premier consul ; il voulut donner un caractère particulier à l’établissement destiné à recueillir les enfants que la guerre aurait rcndus^rphelins. La dénomination > de Prytanéc français, sous laquelle jusqu'alors avaient été compris plusieurs collèges, fut affectee au seul collège de Saint-Cyr, et les places d’élèves y furent exclusivement réservées pour les fils de militaires morts sur le champ de bataille.
Tandis que la patrie entretient à scs frais dans .Saint-Cyr de jeunes nourrissons qui lui rendront un jour ce qu’ils auront reçu d’elle, une école spéciale 2 militaire, établie à Fontainebleau, permet aux pères de famille, favorisés par la fortune , de faire donner à leurs enfants une éducation qui les prépare à la carrière des armes. Les deux extrémités de la vie guerrière sont ainsi l'objet de soins égaux. Â côté des sanctuaires de la gloire acquise, s’élèvent des pépinières pour la gloire à acquérir.
Ce n’est pas seulement pour la science de la guerre que le premier consul offre à la jeunesse la facilité d'un utile apprentissage : il comprend de même qu'il faut des études, des essais préparatoires
• 8 octobre 1805.
’ 28 janvier 1805.
pour formerd’habilcsadministrateurs. C’est danscc but qu’il établit ^ des auditeurs au conseil d’État. Cet établissement devint abusif par la faveur même qui lui fut accordée; mais l’abus naquit particulièrement de circonstances extraordinaires, les cemquétes de Napoléon. Transformés en intendants de provinces dans les pays conquis, les auditeurs, à leur retour en France, obtinrent un avancement trop prompt; en sorte que l’administration se rem-^ plit de jeunes fonctionnaires , dont quelques-uns unissaient la présomption à l’inexpérience. L’abus pouvait être réformé ; le principe de l’institution était digne d’éloges.
Mais la nation ne se compose pas seulement de guerriers et d’administrateurs. Il faut avant tout qu’elle existe, qu’elle se nourrisse, qu’elle pourvoie à tous scs besoins; il faut qu’un travail actif y entretienne la richesse et satisfasse à toutes les jouissances de la vie. Pour que le travail lui-méme soit productif et avantageux, il importe qu’il soit éclairé par l’intelligence, et dégagé des vices comme des lenteurs de la routine; il ibiporte d’abréger les procédés, de simplifier les méthodes, de rendre aisé, par le secours de l'esprit, ce qui était pénible dans une exécution purement matérielle. Cetic pensée était digne du premier consul. Ailleurs on soignera, comme lui, l'instruclion du guerrier et de l'administrateur. Il lui appartenait de soigner l'instruction de l'ouvrier. Comme Fontainebleau, comme le conseil d'État, Compiègne * devint une pépinière patriotique. L’instruction y est divisée en cinq parties différentes. L’étude du forgeron , du limeur, de l’ajusteur, du tourneur de métaux, compose la première; l'élude du fondeur, la seconde; celle de la charpente et de la menuiserie,
: la troisième ; celle du tourneur en bois et du char- ' ron , les deux dernières. Cinq cents jeunes gens apprennent en peu de mois ce qui, dans les usages antérieurs, eût exigé plusieurs années. I..eur entendement acquiert de la finesse et de l'étendue,
. comme leurs mains de la justesse et de la préci- ! sion. Un grand nombre d'entre eux reculeront un jour tes limites de l'art auquel ils ont été initiés, et cette institution deviendra l’une des causes qui contribueront le plus à l’immense développement qu’obtiendra notre industrie.
Capable de tout comprendre et de tout apprécier, comme le premier consul descend sans effort des plus hautes combinaisons de la politique à l’encouragement des travaux les plus vulgaires, il remonte avec la même facilité des ateliers de Compiègne à l'Institut national. Ici je n'approuve pas;
> 0 avril 1803.
< Avril 1803.
(tW)ô)
INTÉIUEUll.
je racoiiic et j'explique. L'Institut composé de trois classes seulement, fut divise en quatre classes, qui représentaient à peu près les anciennes académies; mais dans cette recomposition, une des classes existantes disparut entièrement, celle des sciences morales et politiques. A tort ou à raison, il passait pour certain que, dans cette classe, se conservait le foyer de la philosophie anti-religieuse du dernier siècle. C'était là également que devait se trouver celui d'un système plus démocratique que ne le comportaient le caractère et les idées du premier consul. L'un et l'autre se confondaient pour lui datis l'expression impropre d'idéologie, sous laquelle il erul devoir les combattre. La classe supprimée manque à rinstitut. Sous un gouvernement représentatif, pour qui les sciences morales et politiques sont les premières de toutes, il est à espérer qu’elle sera rétablie.
D'après le même principe qui, en supprimant la classe des scici^te politiques et murales, semblait avoir pour Mfet de diminuer l'imporlancc des abstractions et des théories en morale et en politique, le premier consul devait naturellement être disposé à chercher un point d'appui dans les sentiments religieux. Aussi ne négligeait- il rien, non pour rendre au clergé son autorité cl sa richesse d'autrefois, mais pour le replacer dans une situation décente cl utile à sa considération. Pour ménager les finances de l’État, les traitements ecclésiastiques avaient été^irhi^és à des sommes qui bicnlèl furent rcconnups insuOisantes. Les conseils généraux de déparlein^gi.&r^t autorisés -à voter une augmentation dcfÂdiiteitteiit aux archevêques et évêques de leurs dioCn^/Sous le gouvernement consulaire, et ensuite sous le gouvernement impérial, celle autorisation fut sans un grand inconvénient. L'épiscopat était respecté, mais son influence ne s'étendait pas aux affaires temporelles, et peutêtre devait-il principalement ce respect public à la prudence ou à la nécessité qui le retenait dans les limites du sanctuaire. Cependant, si le premier consul s'appuyait sur le clergé, c'était sur le clergé tel que l’avait rétabli le concordat. Il le faisait ouvertement et avec une pleine franchise : « Dans <■ tous les départements disait-il, en parlant de » l'indignation soulevée par la mauvaise fui de n l'Angleterre, les ministres du culte ont usé de Il l'influence de la religion pour consacrer ce inoun vement spontané des esprits. » Scs égards pour la religion et pour ses ministres lui méritaient cette
’ Janvier 1803. I
’ 8 avril 1803.
’ Exposé de l« situalion de la république le I6jan- i vier lfH)4. !
juste reconnaissance; il eut pu obtenir davantage, il ne le voulut pas. Comme j'écris dans un temps où l'on a eu récemment à comhallrc la résurrection d'un ordre religieux chassé depuis trois quarts de siècle, je dois placer ici un fait que. dans une autre conjoncture, j'aurais passé sous silence. Lu 1803, le chef de l’ordre des jésuites, dont le dernier asile était alors en Itussie, s'adressa au premier consul pour lui demander sa protection. La lettre fut envoyée à Paris, par l'entremise de l'ambassade de France à Vienne, dans le mois de septembre. I.e premier consul était trop grand pour vouloir de tels auxiliaires. L'alliance ne fut pas acceptée.
Si le premier consul ne négligeait rien pour augmenter la force du gouvernement, il n'usait alors de cette force que fiour accroître la grandeur et la prospérité de la France. Parmi les travaux publics, les plus utiles, assurément, sont ceux qui coiilribuciit le plus à l’active circulation de tous les produits de l'industrie et de l'agriculture. Deux directions proposées pour le canal de Saint -Quentin avaient longtemps partagé l'opinion des ingénieurs. Cette indécision fut résolue par un arrêté qui ordonna de commencer immédiatement les travaux pour la jonction de l'Escaut cl de la Somme. Il fut décidé en même temps qu'a l'avenir on comprendrait, sous le nom unique de canal de Sainf Qpenlin , tous les canaux destinés à former la’ réunjon de l’Oise à l'Escaut. *
Plusieurs autres canaux étaient également déjà commencés, ceux d’Arles, d'Aigucs-Mortes, de la Saène et de rYonne ; celui qui était destiné à unir la Saône au Rhin , celui qui devait joindre le Rhin, la Meuse et l'Escaut; celui qui, par la jonction de la Rance à la Villainc, devait unir la Manche a l’Océan.
EiiUu un canal avait etc aussi ouvert ^ pour amener à Paris les eaux de la rivière d'Ourcq. Depuis longtemps la raison s'indignait que Paris n'eùl, pour sa consommation, qu'une eau fangeuse, péniblement arrachée à la Seine, et le üiet d'eau provenant de l'aqueduc d'Arcucil , vieil ouvrage des Romains, dont la restauration avait semblé être un grand cfTort pour l'ancienne monarchie. A la vérité, Marly offrait à la curiosité vulgaire ses immenses et dispendieuses machines; mais la royauté alors, toute d'intérêt privé, n'avait songé ^'aux jardins de Versailles. De nos jours, revenue à sa destination primitive, la royauté aurait l'inlérél public pour but, et les machines hydrauliques de Louis XIV seraient dirigées vers l'usage de sa capi-
t 11 thermidor an X (30 juillet 1803).
’ l.e vendémiaire an X (35 fepterobre 1801).
1 BIGXOX,
CHAIMTUK X.WIII.
laie. Ainsi s’exerce le pouvoir, manie par le premier consul. I.'eau manque à Taris pour laver les rues, pour nelloyer les aqueducs. Un pelil nonihrc (le rontaines rournil avec avarice une eau malfaisanle que nul procédé n’épure. Dans quelques années, nous verrons sur un grand nombre de places jaillir des eaux vivifianles par elles -mêmes, et qu’un arl heureux saura encore clarifier. Le pauvre, comme le riche, aura en abondance une eau limpide el saine que l’opulence, avec tout sou or, n’aurait pu aulrefois se procurer.
Dans diverses provinces, le gouvcrnemcnl s’efforce <lc rendre à l’agriculture des terrains perdus pour elle. Des sommes considérables sont affectées pour le dessèchement des marais de Rochefort, pour celui du Cotentin.
Presque tous les ports de la France, lioulognc, le Havre el Cherbourg, la Rochelle, Marseille, Celte et .Nice, Anvers et Ustende, voient entreprendre ou continuer des ouvrages du plus haut intérêt.
Partout des ponts se réparent ou se construisent; mais à Paris, plus qu’ailleurs, aux travaux d’utilité se joignent ceux d’embellissement. Un arrêté du 1*' octobre 1805 porte qu’il sera élevé, au centre de la place Vendùme, une colonne à l’instar de la colonne de Trajan, pour y placer la statue de Charlemagne. Plus tard, ce projet prendra une autre direction] mais la pensée première, celle d’orner Paris d’un grand monument, sera toujours rem- [die.
Un goût éclairé s’occupe de la conservation des anciens édifices élevés par nos rois. Il dégage le Louvre des conslructions grossières qui, envahissant ses arcades et ses portiques, déshonorent sa belle architecture. La place du Carrousel s’est régularisée cl agrandie. La première pierre du quai d’Orsay a été posée. Déjà s’est formé le projet <l'unir, par trois ponts nouveaux, les deux rives de la Seine; déjà le Châtelet a disparu, édifice dont la masse informe n’avait de recommandation que celle d'une antiquité marquée par d'odieux souvenirs, cl qui, obstruant la circulation dans un quartier populeux, en augmentait l’insalubrité. Sur cc point, devenu libre, vont aussi sc prolonger ces quais nouveaux , qui donnent à Paris un aspect que n’offre aucune autre capitale.
Si, des choses, nous passons aux hommes, partout. on retrouve le premier consul attentif à récom|)enser le mérite même après sa mort, comme à le distinguer cl à l’honorcr vivant. A tous les degrés de l'échelle sociale et dans toutes les profes-
■ tu vonilêniiairr .m XI (1t orlohrc 1802).
’ I.oitre du 5 veniûse an X (22 février 1802).
' l.ellrr du t t lluTinidor nii X (l"^ soplciiibrr 18t>2).
sions, des prix sont attachés à cc qui est beau cl utile. Des pensions sont accordées en même temps au peintre de Phèdre, M. Guérin, cl à un ouvrier qui a inventé un procédé nouveau dans une fabrique de l.yon. Si le premier consul décide qu’il sera élevé une statue colossale ■ à Desaix sur la place des Victoires, il fait placer dans la trésorerie le buste de M. Dufresne, en exprimant au iniiiislrc des finances scs regrets sur la mort de cet habile cl intègre administralcur. Il prie le ministre de l'intérieur de faire de même placer à l’IlOtcl-Dieu un marbre dédié à la mémoire de Desauit cl de Richat, qui atteste la recunnaissancc de leurs contemporains pour les services rendus par eux à la médecine et à la chirurgie.
Des administrateurs estimables, M. fiénezecli, ancien ministre de l’intérieur, mort préfet coloeial à Saint-Domingue, M. de Norinandie, liquidateur de la dette publique, après avoir l’un el l’autre servi l’Étal avec désintéressement, ont laissé leur famille sans fortune. Le premier consul accorde des pensions aux filles de M. de Normandie et à celles de M. Rénczech
La vertu contemporaine n’a pas seule droit à ses hommages. Les services rendus à l’ancienne France retrouvent en lui une reconnaissance dont la tradition avait été longtemps interrompue ; et la nation fran^'aise, justement fière de scs exploits nouveaux, est ramenée au culte des belles actions qui rillustrèrcnl dans les siècles antérieurs. Ainsi fut rétablie *, cl même avec plus de solennités encore, la fête qui sc célébrait autrefois dans Orléans, en l’honneur de Jeanne d’Arc, Dunkerque, patrie de Jean Harlh reçut, pour le placer dans son bétel de ville, le buste de cet intrépide marin. C’était en combattant les Anglais que l’un cl l’autre avaient bien mérité de la France. Le premier consul pouvait-il plus noblement encourager l’expédition qui se préparait contre l’Angleterre?
-L’une des qualités que l’on a le moins contestées au premier consul a été, pendant longtemps au moins, un tact habile dans scs choix. Sans parler de scs choix pour la guerre, que la guerre avait soin de justifier, on cUt dit, pour les places à l’iiiléricur, lantùl qu’il ne prenait avis que de l’opinion publique, tanlél qu’il avait le secret de talents inconnus qui n’avaient besoin que d’être mis en oeuvre. Faut-il un ministre de l’intérieur? Le moment a ses exigences. L’industrie demande qu’on lui ouvre des roules nouvelles. liC premier consul nomme le savant chimiste Chaplal. Faut-il un ini-
* 22 avril I8U.5.
' H oclohre 180.5.
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nuire directeur de radminislration de la guerre? Il nomme le général Dejeaii. Un direcleur général pour le Musée des arts? M. Iknon. Des maîtres, des surveillants pour les éludes? Il nomme, pour les mathématiques, la Place, Monge et Lacroix; pour la langue latine, Fontanes, et d'autres hom> mes également remarquables.
Malgré l'amour des Français pour l'égalité et, peut-être meme par >uite de ce sentiment, ou aime à voir reparaître dans les fonctions publiques quelques noms cbers à l’ancienne France, comme uo Séguier dans la magistrature, un d'Aguesseau dans la diplomatie.
Si presque toutes les institutions dont j'ai précédemment rendu compte oot trouvé grâce devant les esprits les plus prévenus, il est deux autres mesures qui n'ont pas obtenu la même faveur , la créalion des senatoreries * et l'établissement de formes nouvelles pour l'ouverture des sessions du corps législatif. La créalion des senatoreries n'a pas été considérée comme offrant en avantages réels la compensation des dépenses qu'elle devait coûter. Il fut formé une sénalorcric par arrondissement de cour impériale. La dotation de chaque sénalorerie devait être de vingt à vingt-cinq mille francs en biens nationaux, avec une dotation. La possession était à vie. Plusieurs motifs contribuèrent à cette création. On en a énoncé un qui tient à un calcul de politique personnelle. Je suis loin de le repousser. Je ne crois point invraisemblable que, dans ie sénat comme ailleurs, le premier consul ait voulu tenir les ambitions constamment éveillées. Peutêtre eraigiiait-il que des hotiimcs en position de n'avoir rien à espérer pour eux-mêmes, n'acquissent un degré d'indépendance gênant pourlepouvfdr; niais, en admcUaiit que cette considération ait pu agir sur son esprit, elle ne fut pas la seule ni même h principale. Magistral suprême, mais arrivé à cctic magistrature par la guerre, entouré de guerriers ci ayant besoin d'eux, le premier consul sentait la nécessité d’élever, à côté du pouvoir militaire, des hiérarchies d'ordre civil, qui affaiblissent, en les partageant, les distinctions accordées â l’armée. Comme on ne pouvait pas, en tSOô, songer à une noblesse héréditaire, il imagina les séiiatoreries, dont il rehaussait l'éclat par le revenu qui s'y trouvait affecté. On ne doit pas perdre do vue un fait qui appuie la probabilité de ce motif: c'est que, dans tout son règne, il mit le plus grand soin à empêcher quo le pouvoir niiliulrc ne prit, dans rinlérieur, un ascendant nuisible à la considération de l'autorité administrative et des corps judiciaires. Au reste, les séiialorerics étaient une
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imitation perfectionnée des starostics de Pologne. La seule différence était que les unes se donnaient A vie et à un individu unique, tandis que les autres se donnaient pour un temps déterminé et A des familles.
Le sentiment qui portail le premier consul à vouloir entourer d’un grand éclat les autorités civiles, avait de même, à l'égard du corps législatif, amené le sénalus-consulte * qui établissait des for-^ mes solennelles pour l’ouverture de scs sessions , qui donnait A ce corps un président annuel, assignait A ce président une existence distinguée, et mettait à ses ordres une garde d’honneur.
Si le premier consul, fatigué de flatteries grossières, désirait un latent délicat, habite A placer la louange sous les couleurs meme de l’indépendance cl de la dignité, il ne put être inspire mieux, au moment où la liste des candidats lui fut présentée, qo’cn portant son choix sur M. Fontanes.
L'importance que mettait le premier consul A ouvrir en personne les sessions du corps legislatif a été représentée, par quelques écrivains, comme un acte d'une vanité ridicule qui cherche l'occasion de se montrer avec le cortège de la grandeur et de la puissance. Us ii’onl pas remarqué que l’ouverture du corps législatif ne se bornait pas, pour le premier consul, à une frivole cérémonie; que, consul ou empereur, il a reconnu l'obligation de rendre compte de sa conduite à la nation dont il se regardait comme le premier représentant, lAche à laquelle n'est assujetti aucun autre chef de gouvernement, pas même le roi constitutionnel d'Angleterre. Ces exposés de situation de la république ou de l'empire n'étaicnl sans doute de sa part que l’apologie de ses actes ; mais pour avoir le droit de livrer A la nation cette apologie , il fallait être assuré de n'être pas démenti par elle. Fout -être l'obligation de présenter tous les ans un seinMable exposé, cl avec tous les détails dans lesqaete entrait le gouvernement consulaire et ensaile le gouvernement impérial, n'eùt-clle pas été, depuis la restauration, un frein inutile contre les abus, quoique le même objet sc trouve rempli d'une autre manière par la liberté de la tribune.
Cependant l'établisscnienl de ces formes solennelles pour l’ouverture du corps legislatif, U création de sénatorerics qui détruit l'égalité même dans le sénat, et introduit de nouvelles distinctions sociales, l'ordre d'élever une statue à Charlemagne dans ce même Paris qui a renversé toutes les statues des rois, ces diverses idées, très-peu républicaines, ne décélent-clles pas dans le premier consul le projet, qui bientôt sera exécuté, de transformer
* 51^ décembre I S05.
aiAl'ITUE XXMII.
In rt'puliliquo en monarchie? Tout porte à croire en cfTel que le premier consul a juge ces gradations utiles pour préparer les esprits à des cliangemeiits de mots, car déjà les changements dans les choses sont consommés. Depuis trois ans la monarchie existe. Réparateur des maux domestiques, vainqueur de l'étranger, pacificateur à Lunéville et à Amiens, le premier consul, surtout dans les dangers d’une nouvelle guerre qu'il ne voulait pas, est tellement devenu l'homme de la France, que ce n'est pas lui qui a besoin de chercher le pouvoir; c'est le pouvoir qui va au-devant de lui. Lorsque la nation française voit le chef de son gouvernement ne penser que ce qu'elle pense, ne vouloir que ce qu’elle veut, n'employer la puissance dont elle l’a investi que pour la grandeur et la prospérité de l’Etat, quel autre désir peut-elle former que celui de la durée de ce gouvernement , de la fixation du pouvoir dans les mains de l'homme qui en sait faire un si habile usage? Le désir est surtout celui de la grande masse de la population, pour laquelle le premier des bienfaits est le repos et l'ordre.
Sans doute, il est encore quelques esprits persévérants qui ne veulent pas transiger avec l’ordre nouveau , ou qui du moins tendent à lui imposer des limites, et, de ce nombre, sont surtout les hommes qui se réunissent chez madame de Staél. Ce point de réunion porte ombrage au premier consul; il le leur enlève. L’ordre est notifié à cette dame célèbre de se tenir <i une distance de quarante lieues de Paris. Certes, ce n'est pas moi, admirateur du plus beau talent dans une femme distinguée d'ailleurs par l’élévation de son Ame et la générosité de ses sentiments, qui pourrait voir sans peine l'action de la puissance s'appesantir sur le génie désarmé; mais l'ordre qui éloigne madame de Staël de Paris, ect ordre arbitraire, rigoureux, est-il, comme on l’a ])rétcndu, Pacte non provoqué d’une inexcusable tyrannie? Est -ce une violation de la. liberté individuelle, une infraction des lois qui doivent garantir cette liberté? Il y a là une distinction à faire. La réponse dépend de la natioiialité de madame de Staël. Est-elle Française, Suédoise nu Suisse? Si elle est iillc d'un ancien ministre de Louis XVI, elle est veuve d’un ambassadeur de Suède. Essentiellement Française par son esprit, elle a un invincible penchant à donner, dans ses ouvrages, la supériorité ' aux étrangers sur les Français. En réalité elle voudrait. Française et
' $Fs prévpiilionfi en faveur des Anglais, par exemple, l'avenglenl A un piiinl qui passe (mite mesure. « Les « .Anglais, dil-clle, irritent surtout Bonaparte parre » qu'ils ont trouvé moyen d'avoir du succès avec de • l'Iionnèletc. • La prêoeoupalion est forte, on en ron-
étrangère tout ensemble, avoir l'avantage des deux positions. La chose est impossible. Elle s’est abstenue de revendiquer le litre de Française qui d’aillctirs eût pu lui cire contesté. Elle n’est dune à Paris qu'une étrangère illustre, digue de coiisidéralioti et d'égards; mais, quoiqu’il n’y ait pas eu France uti alien-bill aussi régulièrement déllni qu'en Angleterre, il est naturel qu’un gouveruemcnl, quel qu’il soit, et, à plus forte raison, un gouvernement nouveau, ne laisse pas imputiément des étrangers se mêler à des projets dirigés contre sou existence.
Ici on élude la question. « Le seul crime * de la » femme que Bonaparte a rendu si malheureuse » était, nous dit-on, une conversation animée et :> brillante. « Je veux le croire, et, dans ce cas, il faut l’uvouer, la proposition dont elle a été l’objet est un glorieux hommage rendu à l'empire de la conversation en France et <à l'esprit fait pour régner dans cet empire; mais est- ce bien là que se bornent les griefs du général Bonaparte , et puis je mieux faire que de m'en rapporter à madame de Staël elle-même? Or, de son propre aveu *, elle a fait la guerre au premier consul autrument que par des paroles. C’est chez elle qu’a été encouragée la résistance à son gouvernement, chez elle que se rassemblaient les chefs il'unc conspiration déjouée, l’année précédente. Ses opinions la portaient à se faire le centre d'une opposition déclarée; elle semblait SC plaire à recevoir, dans ses salons, touslcs mécontenlsd'un rang distingué, soit étrangers, suit nationaux, et à élever en quelque sorte une puissance rivale à cûté de la puissance qui domine déjà une partie de l’Europe. Le rôle n’est pas indigne d’une âme forte, et personne plus que madame de Staël n’était c.apable de le remplir; mais le premier consul a lu dans sa pensée; et, cumme elle en fait plus d'une fois la remarque, il a une habileté cruelle <à saisir, dans les personnes qu'il veut frapper, le point le plus vulnérable, le plus sensible. Elle raconte elle- même que les instructions du premier consul à ses ministres de la police étaient de l'annu/er. Sa passion était de résider à l’aris, d’y vivre entourée de toutes les noLabilités sociales et intellectuelles, et, à l'aide d’une grande fortune, que relevaient scs talents littéraires, d’y prendre une sorte de consistance politique. Le but est deviné; il était visible. Paris lui est nécessaire; Paris lui sera fermé. Toutefois ce n’est pas sans provocation que le pre-
virndr."». De l’honnèielé dans lo politique .-inglaiie, et «iietout pondant In dernière guorre!
’ M. Benjainin-Cuiuinnt. Mèlangr» Ht littérature et rie politique.
* Dix .années d’exil.
INTÉaiEUR.
mier consul s'esl décide a celte mesure. Il avait, pour ainsi dire, proposé alliance à madame de Staël; il lui avait demandé du moins la cessation de toute hostilité. Joseph Bonaparte, son frère, en avait été l'inutile négociateur. A l'alliance, à la neutralité même, madame de Staël a préféré une guerre ouverte. Kn l'éloignant de Paris, pour éviter le combat, le premier consul montre combien elle lui parait à craindre. Nous* mêmes, nous no mettrions pas aujourd'hui tant d'importance à ce fait, si madame de Staël n'eùt été qu'une femme ordinaire. Du moment qu'elle n'a pas demandé à être considérée comme Française, le premier consul a été sévère, mais il n'a pas été injuste envers elle.
Les personnes qui partageaient les idées de madame de Staël, et il en est plusieurs que j'honore au plus haut degré, pour la droiture de leurs intentions et de leurs senliinonls, formaient alors une minorité imperceptible. Déjà l’esprit général de la France est presque entièrement changé. I.a plupart des républicains eux -mêmes, tout en regrettant, non la révolution, mais les agitations de la liberté, reconnaissent comme indispensable la concentration d'une grande force dans celui qui les a sauvés de leurs propres écarts, et qui a dompté leurs ennemis tant intérieurs qu’extérieurs. S'il existe des dissentiments, ce n'est que sur les dénominations, sur les titres. On ne veut pas de roi, parce qu’on a longtemps juré haine aux rois. Cette contrariété sera facile à faire évanouir. Ce n'est pas un roi qui gouvernera les Français, ce sera un empereur. Tout conspire pour en accélérer le moment ; les amis de la France, par des vœùx que leur dicte leur propre intérêt; ses ennemis, et surtout l’Angleterre, par des crimes qui , en menaçant de replonger la France dans le chaos , lui font sentir le besoin d'assurer son avenir. De tontes parts, on répétait aux Français, ici avec une crainte sincère, ailleurs avec une odieuse joie : « Vous êtes tout-puissants » aujourd’hui; maisquoscrez-vousdemain?» «Deux i> yeux peuvent se fermer, » me disait le comte d'Haugwiz dès 1803. Amis et ennemis tenaient le même langage. Ces souhaits et ces menaces arrivèrent aux oreilles du premier consul. Aussi bon juge et meilleur juge peut-être de sa situation cl de celle de la France que les Français et les étrangers, le premier consul savait ce qu'il fallait à la France pour prospérer, ce qu'il lui fallait à luimême pour servir la France. Ce qu'il fallait à la France pour ne plus retomber ni dans l'anarchie directoriale, ni dans les sanglantes horreurs du comité de salut public, c’était une forme de gouvernement qui ne périt point avec un homme, c'était l'hérédité. Ce qu'il fallait nu premier consul, vu la position de In France cl du monde, ce n'était ni le
litre d’ein|>creur ni le litre de roi, c’était la dictature. Quel que soit le nom qu'il prendra, il ne sera et ne pourra être que dictateur, tant que l'cxistcncc de la France nouvelle, de la France avec les conquêtes de la république, avec ce qui restera de la révolution même sous l'empire, sera une existence contestée; et celte existence ne cessera jamais d'clre contestée, tant que l’Angleterre n’aura pas été vaincue. C’est dans cette donnée que reposent les destinées futures de la France et du chef de son gouvernement.
S'il est matiifestc qu’en 1803 cl même dès 180ii le premier consul tendait à fonder, pour sa famille, en France, un système d'hérédité, est-il de même constant qu'il ail essayé, soit d'une manière directe, soit par l'interinédiairc d'une tierce puissance, d'obtenir de S. M. Louis XVIII sa renonciation aux droits des Bourbons sur la couronne de France? Fin preuve de l'existence de celte négociation, un cite la lettre justement fameuse de ce prince, que nous rapporterons bientôt. D'un autre cOté, ou sait que le gouvernement français Ht donner un démenti formel aux assertions contenues dans la pièce intitulée : Publication du comte de Lille. Loin de nous la pensée de mettre en doute la réalité de causes qui aient motivé la lettre du roi ; mais c’est un point historique non éclairci que la nature de ces causes.
J'avais espéré trouver sur ce point quelque lumière dans les mémoires de M. de Bourrienne. Je n’y rencontre que des embarras de plus cl une dilTiculté toute nouvelle. M. de Bourrienne suppose, ce qu’auparavanl je n'avais vu nulle part, que le premier consul a écrit • directement à S. M. Louis XVIII, pour lui demander sa renonciation. A la vérité, il déclare n’avoir eu aucune connaissance de sa lettre. Il présume qu’elle a pu être concertée par le premier consul avec son frère Lu cien, et, à cette occasion, il rapporte ce qu'on lui a dit s’élre passé chez le roi au momeut de la ré- |K>nse. En admettant l’existence de cette lettre, M. de Bourrienne la regarde comme la démarche la plus inconsidérée qu’il eût été possible de Ihire, et, à cet égard, il aurait raison ; mais tout constate qu’elle n’a pas été faite. Une seule remarque suffît pour le prouver ; c’est que, s’il eût existé une telle lettre du premier consul, elle aurait été nécessairement publiée avec la réponse du roi.' Elle aurait dû l'ctre d’autant plus nécessairement, même plus tard, que, sur les assertions contenues dans les pièces rendues publiques, il y eut dénégation du premier consul, et qu'en produisant sa lettre on l'eût convaincu d'imposture.
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tHAl'lTRE XXXni.
3üS
Aa resle, celle partie des nu^moircs de M. de itourrienne présente un peu de confusion , et nous ne pouvons pas lui en faire un crime; car lui'iiiémc H a soin de répéter souvent qu'il ne s’attache pas aux règles de la chronologie. Par exemple, dans scs mémoires, la Icltre du roi est datée de Millau en 1803. Or, c'était Paul I*' qui avait mis Sa Majesté Louis XVIII dans le cas de quitter Mittau, et Paul était mort dans le mois de mars 1801. Il y avait, lorsque la lettre du roi fut écrite, à peu près deux ans qu'il avait quitté Mittau, d'où il était allé d’abord à Kœnigsberg et ensuite à Varsovie. Tous les détails que M. du Uourricime présente comme ayant eu lieu à MitLiu, ce serait à Varsovie qu'il faudrait les transporter. Il est tout naturel qu'un écrivain qui, comme il le dit lui-inémc, ne fait que raconter ce qu’il a vu, ne mette pas une extrême importance à déterminer, d'une manière précise, les mois et même les années; mais |iour l'historien c’est là le premier, le plus essentiel de tous les devoirs. C’est en même temps le travail le plus ingrat et le plus pénible; toutefois il faut s'y résigner; car, dans l'histoire moderne surtout, la vérité n'est qu'à ce prix. Déplacez un acte quelconque d'une puissance, présentez, soit à dessein, soit par inadvertance, telle mesure d'un cabinet cumnic ayant précé<lé celle d'un gouvernement rival, lorsqu'il n'en a pas été ainsi, vous aurez, par ce seul changement de date sur un fait, changé l'état de la question. Vous aurez traduit en agresseur celui qui n'a fait que ré|>ondrc à l'attaque. Ces considérations sont toujours présentes à ma pensée, cl si quelque erreur en ce genre m'échappe, ce ne sera jamais qu'iiivulonlaireiiienl.
Si nous sommes autorisés à croire que la sup- (msilioii d'une lettre directe du premier consul au roi , présentée d'ailleurs par M. de Uourrienne comme une simple conjecture, n'a aucune espèce de fondement, n'a-t-il pas existé, postérieurement à 1801, entre le premier consul et S. M. Louis XV 11 I,
des communications d'une ’ autre nature, et quelle en a été la forme ou la voie? Avant d'entrer dans cet examen, arrêtons-nous sur la lettre qui le rend nécessaire. Quelle que soit la circonstance qui l'ait amenée, cette lettre est un monument honorable que l'histoire doit conserver tout entier, u Je ne I* confonds point, écrivait Louis WIII, M. Bo- » napartc avec ceux qui l’ont précédé; j'estime sa » valeur, scs talents militaires ; je lui sais gré de Il quelquesactesd'adminîstralion, carie bien qu’on n fait à mon peuple me sera toujours cher; mats * il se trompe, s’il croit nt’engager à renoncer à a mes droits. Ix)in de là, il les établirait lui-même, <• s’ils étaient litigieux, par les «iémarches qu'il fait » en ce moment. J'ignore quels sont les desseins » de Dieu sur ma race ; mais je connais les obliga- 1 lions qu'il m'a imposées, par le rang où il lui a » plu de me faire naître. Chrétien, je remplirai » CCS obligations jusqu'au dernier soupir. Fils de M saint Louis, je saurai, à son exemple, me respcc- « 1er jusque dans les fers. Successeur de Fran- » cois !•', je veux du moins pouvoir dire comme » lui : Nous avons tout perdu, hors l'honneur. r> Celte lettre porte un grand caractère, celui du courage, supérieur à l'infortune; mais h quelle occasion a-t-eJlc été écrite? Elle parle de démarches faites par le premier consul; quelle a été la nature de ces démarches?
On a dit, on a imprimé dans beaucoup d'ouvrages que le premier consul, attachant le plus grand prix à la rerinncialioii du prince que l'on nommait alors le Prrtendanff aurait, pour l'obtenir, choisi comme intermédiaire le cabinet prussien, qu'il aurait mis dans sa confidence. Ce serait sur les instances du premier consul que le comte d'Haugwiz, ministre des affaires étrangères à Berlin, aurait chargé le président de la régence de Varsovie, M. Meyer, de proposer à S. M. Louis XVIII, en échange de ta renonciation désirée, des ifiden)nilés en Italie, et une existence brillatde. Telle est l'assertion; mais aucun des nombreux écrits où elle
' Il parait cerlaiii qu'il y ca avait cucorc vu d'nulres intrrloviileur. qui a\ait fait quviquvc remarques sur ta
que cdtrs qui ont été rnnnites en 1KOO et IKOt. Tn m.nr<-he du gouvrrnvment consulaire, te premier eoosul
jour le premier ronsiit dit au général la Fayette que répliquait ; • Vous pouvez désapprouver le gouvernr-
Louis XVIII lui avait écrit à roccasioo de l’évënemenl ■ ment, me trouver despote; on verra, tous verrez un
du .3 nivôse, pour lui expritner son horreur ronire do • jour si je Iravaitle pour moi ou pour la posiérilc i
pareils allemaia : ■ Sa lettre e-vl bien, disait le premier •» mais entin je suis maiire du raouvemrnt, moi. que la
» consul, ma réponse aussi; mais il finit psr drmaiider • révolution, vous, que luui les patriotes uni porté où
» une rhose que je ne puis pas faire, c'esi de le incUrc • je suis; et, si j'appelais les Uuiirbuns. ce serait vous
i> sur le trône. • Les proposiiions des agents de Fan- • livrer tous à leur vengeance. » Il n'y a d'inexact dans
ricane dynastie p.^ssaienl principsleinent par Joséphine. ce langage que d’appliquer Tesprit de vcng»‘aocc à la
• On rae promet , raconta-l-tl encore, une sUlite où je jvrrsonnc des Doiirbons ; niais iri le premier consul en-
> serai représenté rendant la couronne ail roi ; j'ai ré- tendait les hommes qui reviendraient h leur suite;
• pondu que je craindrais d’être enferme dans le pié- et. é IVgard de cetix-ci. la crainte était-elle mal fon-
' dctial. • bans la suite d'une eoiivrrsaiion arec le même dée?
INTtlUEin.
estrcpctcc ii'ajoule le muindre drlail qui conalale la réalité d'action du premier consul. 1^ fait en luimême d'une intervention du président Meyer auprès dcS. M. Louis XVIIl, est bien constant; mais cette intervention a-t-cllc eu lieu i rinstigation du premier consul , et sur une demande partie origiiiaircment de lui? Là est le doute; là manquent les preuves. Ces preuves, que je ne trouve pas dans les mémoires d’une opinion, je les demande , j'en demande au moins quelque indice aux écrits de l'opinion contraire. Je parcours les divers mémoires de Sainte-Hélène, et je trouve dans M. de I.as ('.ases un passage qui se rapporte à celle circonstance. D'abord, Napoléon repousse le fait par une dénégation formelle : «i Et comment cela aurait-il n pnétre? moi, qui ne pouvais régner précisément » que par le principe qui tes faisait exclure , celui H de fa souveraineté du peuple? n Mais ensuite M raconte que la rumeur causée par la lettre de Louis XVill, et l'adhésion éclatante qu'y donnèrent les princes de sa famille. Payant porté à rechercher ce qui avait pu occasionner ce bruit, il avait recueilli les données suivantes : « Au temps t de i> notre intelligence avec la Prusse, et lorsqu'elle * s'occupait de nous être agréable, elle til deman- B der St de souffrir des princes étrangers sur son n (errituire nous causerait de l'ombrage; et on ré- B pondit que non. Enhardie, elle demanda si on B aurait une trop grande répugnance à ta mettre à M mime île leur procurer dee lecoifra annueti' nn B lui répondit encore que non, pourvu qu'elle ga- B rantit qu’ils demeureraient tranquilles et s'abs- B tiendraient de toute intrigue. Celte affaire se Irai* B tant entre eux, et la négociation une fois en » train, Dieu sait ce que le xèle de quelque agent, n ou même les doctrines du cabinet de Berlin, qui B n'étaient pas tes nùlres , peuvent avoir proposé. B Voilà sans doute le motif et le prétexte qui don- B nèrent lieu à cette belle lettre de Louis XVllI. » Telle est, sur ce point, la déclaration du prisonnier de Sainte-Hélène. Peut-être, réduite à elle seule, aurait-on le droit de la regarder comme suspecte, ('ependant on va juger si tout n'autorise |>asày voir l'empreinte de la bonne foi et le caractère de la certitude. Historien, je vais parler ici comme témoin, mais en témoin arme de prenvos dont la base existe encore, don t l’authenticité ne peut être contestée. A l'époque don! il s'agit, aucommcnccmciil de 1803, j'étais chargé d'affaires de France à Berlin. Je recherche ce que j'ai vu, ce que j'ai su alors, et les notions que me fournit ma corrcs[K)ndaiice avec le miii islredcsaffaires étrangères s'accordent parfaitement avec la version rapportée (»ar M . do Las Cases.
' Mémoire* ilr Las Cases, lomr !. p.i0e
La Russie, qui, sous Paul h*, avait |>ourvu soute à la subsistance du comte de Lille, avait, depuis que le prince s'était retiré à Varsovie, désiré que les principales maisons régnantes prissent avec elle une partdcce fardeau. Partout cet appel avait été froidement accueilli. L’Angleterre montrait peu de bonne volonté pour un prince qui no résidait passurson territoire et ne la servait pasdircctcmcnl. L'Autriche n'avait pas même répondu. f.a Prusse, qui regrettait encore la somme d'un million sept cent mille thaiers, environ six millions de francs, avancée par Frédéric-Guillaume 11 aux princes français, aurait voulu pnnvoir aussi se dispenssT de répondre à l'invitation de la Russie. Tel était l'étal des choses, lorsque, le 17 janvier 1803, dans une conversation que j’eus avec le comte d'Haugwiz. et où il fut question d’émigrés qui se trouvaient à Varsovie à la suite du Prétendant, ce ministre nie fil une insinuation dont je rendis compte à Paris dans les termes suivants : «< Ces propos * (sur les B émigrés), écrivais-je au ministre des affaires » étrangères, en amenèrent d’autres sur le sort des » Bourbons. I,c comte d'Haugwiz mit en avant n l'idée, mais en la faisant précéder de heaurnup n de ménagements, que peut-être, lorsque cette » famille est abandonnée universellement, il ne B serait pas indigne de la générosité du premier » cnnsnl de veiller à sa subsistance. Il eut soin de B protester que cette idée venait de lui seul , et B qu'il ne se permettait de l'énoncer que par suite B de la confiance sans réserve qui règne dans nos I» relations, il fallait observer que, si le premier B consul croyait pouvoir se livrer à ce seiilimenl B d'humanité, il était bien entendu que celte fa- B mille, quoique des renonciations de sa part soient B bien snpcrflues, ferait un entier abandon de toun (es prétentions en France, ajoutant que, sans B cette condition, à la place du premier consul, il n ne donnerait pas une oIhiIc. b Entre la date de ce compte rendu par moi, de Berlin à Paris, et la date de la lettre du roi qui résidait à Varsovie, il n'y a qu'on mois de distance. Maiotenanl, la proposition faite à S. M. Loois XVlIt par le président de la régence de Varsovie a-t-elle été spontanée de la part du ministère prussien qui, sans alletidreunc explication de Paris, aurait désiré sc faire, auprès do |iremier consul, un mérite de cet empressement, ou bien a-t die ou lieu par suite d'un assenliincnt spcciaidu gouvernement fnnçais, asscntinionlpro- Lablcniciit verbal, qui aurait été transmis à Berlin par le marquis de Lucchesini? Ce point semble fort douteux, l'our que la dernière hypothèse fût la
' Extrait trxiiiel ma dépèdie ihi nivôse an XI ( ÎHjiiiivicr IfUUlj.
CHAIMTUE \X\lll.
vraie, il faudrait, vu les dates que j'ai citées, le 18 janvier et le ^3 février, qu'à peine ma dépêche reçue à Paris, on eût accueilli l'idée du cabiuet prussien ; qu'on eût arrêté sur-lc-chainp des proposilionsà faire à Louis XV III, et réclamé, pour les faire parvenir à ce prince, les bons ofliccs de ce cabincl;qu’à Berlin, on n'eüt paspcrduuneminute pour envoyer des instructions à Varsovie; que la communication eut été faite à l'instant au roi , et que le roi lui-méme eût répondu sans un seul jour de retard. A la rigueur, l'iinpossibilité physique n'existe pas, mais n'est-il pas aussi naturel de supposer, de la part de ta Prusse, une ollicieuse initiative qui jusiincrail la |)lairilc expriniée par les iiiémoires de Haialc-Ilélène? ü ne circonstance particulière vient. i l'appui de cette dernière supposition. On n'insulte pas des persi>niies dcsquelU'S on désire obtenir quelque acledc condescendance. Or , dans ce inèine temps où le premier cor>sut aurait été en pourparler avec l«ouis XVIll, un mois à peu près avant la réponse de ce prince, il parut <lans le Mont- Usur un article dirigé en general contre l'Angleterre, mais qui renfermait contre les Bourbons un lissage trés-injurieux. Une attaque semblable eülelle été fiasardée, s'il y avait eu alors une négociation déjà ouverte avec Louis XVI 11 au nom du proiiiier consul, ou seulement préméditée par lui ? Au lieu de disposer les Bourbons aux concessions que l'on desirait, n*eùt-ce pas été irriter en eux le plus juste orgueil, et les excitera une honorable résistance propre à les faire sortir de cet oubli dans lequel on les prélemlait enveloppés? Quoi qu'il en soitdc l'une ou de l'autre de ces liy|>uthèses, même en admcUatil qu'il y ait eu un assenliiuenl donné de Paris à la tentative faite par le président de la régence prussienne à Varsovie, il semble que, dans ce cas encore, la déinarclie attribuée au premier consul, du moment qu'elle a été amenée par les provocations du cabinet prussien et par les provocations dont j'ai indiqué le motif, perd singulièrement de sa gravite. Si le premier consul l'a autul'isée, c'est sur une suggestion étrangère; cl cette suggestion elle-tnème est venue à propos d'une question d’argent où la politique n'est entrée qu'en second ordre. C'est (a parcimonie, l'avarice des maisons royales à l'égard de princes dclrt^iiès, qui, pour se débarrasser sur un tiers du soin <le pour-
’ t.>uelq(ifs auteur* de méinuires oui parlé J*uuc preirodutr teolative dVmpoi»i>iiaeinrnl voutre Loui* XVill à Varsovie, el uni dirige Ir soupçon sur un employé du déparli-mriil des affaires éiranj'àres de Fraoce, nommé (ialon-Boicr, qui se irmivait alors dans ertut résidence. I de la stippiwlion «renapiiaoimemcnl , ü ftii
reeonnii d.in» Ir lemps <pn* c'étail rinvciitiou d’uo iu-
voir à leur entretien, veut en ménager a ce tiers le dédomiDagemcnt par la renonciation que feraient ces princes à des droits qu'on ne regarde plusque comme d'insigniCantes prétentions.
Mais soit que dans celle affaire le premier consul ail à se plaindre, ou du conseil inopportun, ou de l'enlreniise spontanée d'un ami maladroit, ce fut, delà part de -5. U. Louis XVMII, un trait d'uuc merveilleuse adresse, un acte d'à-pmpos parfaitement entendu, de saisir, au passage, une démarche obscure, pour en faire une démarche d'éclat, une question d’argent, pour la transformer en question de la plus haute poliliquê. Par cet examen des faits qui ont pu donner jour à la lettre de Louis XVtll , je suis loin de vouloir diminuer te mérite de celte généreuse déclaration. Je trouve nu contraire à ce prince encore un inéritede plus, celui d'une ingénieuse promptitude à s'emparer du premier incident qui |K)uvait paraître une occasion favorable pour la inanifeslation de scs nobles sentiments; mais que signiiiait, pour le munienl du moins, le courage moral d’un roi dans l'cxii, quand tous les monarques du continent, extrêmes dans leur résignation. quoique impatients de s'en affranchir, courbaient à l'envi, devant un liomme nouveau, la fierté de leur race , et l'orgueil de leurs couronnes t ?
Outre que l'acte d'amnistie avait eu l'avantage privé de mettre, pour tant de milliers d'hommes, un lernic à l'exil cl à une humiliante mciidicilc sur des terres étrangères, il avait eu politiquement l'important effet de dissoudre ce qu'on avait si lungloinps appelé la France extérieure. Ce qui restait d'émigrés en dehors des frontières françaises n'en formait pas la ciiiquanliéme partie. Parmi ceux dont le retour en France était un hommage rendu au gouvernement du premier consul, on voyait quelques-uns des hommes les plus distingués par leurs talents el leur honorable caractère, comme MM. Malouct, Cazalès et l.ally-Tolendal. Soit que l'imprudente jactance avec laquelle, dans les premières années, réniigralion avait annoncé de faciles triomphes, eût irrité contre elle des États auxquels ils ii 'avaient porté que les calamités des plus désastreuses guerres; soit que la compassion même se lasse pour un malheur qui, en sc prolongeant. finit par paraître mérité, celle compassion,
dividu qui voulait sc Faire valoir par crue soi-disant découverte, roioiuc on en a vu plus d’une en France depuis 1815. Quant au sieur Galon-Boier, c'étail, selon toute appareore, un observateur mmisiériei. .Mais quel est le prince, prétendaol h iioe cooroane, qui ait jatnai» échapjké à une pareille snrTriil.vnce de la part de sou roncnrretii iqptime ou iilêgitiiiU'?
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INTÉRIFXn.
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devenue plus rare, était eu iiiéine temps moins généreuse. Dans plusieurs pays d'Allemagne et surtout en Autriche, la police traitait i’émigration aristocratique de la France comme depuis elle a traite les émigrations libérales de l'Italie et de l'Espagne. Des évùques français *, prévenus d’avoir répandu en France des mandements séditieux, demandaient-ils un asile à Vienne, cet asile ne leur était accordé que dans des provinces éloignées, comme la Galicie et la Transylvanie. Il en était de même des Frécy, des Saint-Félix et autres. On les envoyait au fond de la .Moravie ou de la Bohême. Les infortunés, auxquels on n'interdisait pas le séjour de la capitale, n'y jouissaient d'aucune considération, si l'on en excepte toutefois ceux qui avaient pris du service datisles armées. A l'égard des autres, la bienfaisance avait trop souvent les formes de l'insulte, u Même parmi les gens w de notre opinion, disait l'un d'eux, nous soin- » mes traités avec un dédain qui nous déchire » l'Âme. On croit être magniÜquc envers nous, •• lorsque l’un ne fait que tirer parti de nus talents, » de nos services ou de notre complaisance. La U misère, qui nous force k recevoir les secours de » la pitié, nous dégrade jusqu'aux yeux de nus îiin solerits protecteurs. » On juge si l’homme qui sentait si vivement la honte de sa situation fut prompt à s'élancer sur le territoire de la patrie, dès que l'accès lui en fut ouvert. Cooibieu d’autres avaient subi le même sort! Pourquoi faudra-t-il que, devenus un jour les maîtres de la Fniice par
' Emrc auire» M. de Sabrau, évêque de Laon, ei l’anri«o évéque de Cbàlona.
des succès qui ne leur appartiendront pas, ils rendent i leurs compatriotes les outrages qu’ils ont reçus de l’étranger? Sauvés de la proscription et proscripleurs à leur tour, ils voudront être plus implacables que la révolution elle -même. Le ;amais des restaurations est-il donc irrévocable?
Les émigrés qui restèrent hors de France, se divisaient en trois classes : ruiie, des hommes qui. ayant profilé de l'amnistie, avaient obtenu du gouvernement français la permission de demeurer au service des puissances étrangères, comme U. te duc de Richelieu, qui commandait à Odessa; SI. de Langeron, qui avait de mcnic un grade supérieur dans l’armée russe, et d’autres encore en des positions moins élevées. La France, en leur ouvrant son sein, ne voulait ni tes dépouiller d'un bienêtre qu'ils .ivaietit obtenu ailleurs, ni les condamner à l'ingratitude. La seconde classe se composait d'hoimncségaleinciit estimables qu'un attachement sacré liait pour U vie à la personne du roi ou à celle des princes; la troisième enfin se formait, ou de forcenésqui ne voulaient rentrer en France que le glaive et la torche à la main, ou d'aventuriers et d'intriganlsqui faisaient, de leur dévouement iu- Icrcssc à la famille roy ale, une spéculation dont la trésorerie anglaise soldait les comptes. C'est parmi CCS exaltations «l'un fanatisme üynaslîqijc, et plus encore dans les rangs obscurs d'un brigandage faussemcnl (’iiiiobli par l’usurpation du nom royal, que la politique anglaise, résolue d'abattre, n'iinporte par quel moyen, le chef du gouvernement de la France, ira bienlAl choisir des bras dociles, et prendre ses agents d'exécution.