KEI'L'BI.IQUE ITALIENNE
1res clrangers, apprirent à se gouverner euxinéines. Des commissions d’hommes éclairés travaillèrent à la liquidation de la dette et à son inscription. On établit un système bien entendu de comptabilité. L’ordre judiciaire devint partout unirorme, quant au classement personnel, en attendant, ce qui ne sera pas éloigné, qu’il devint l’organe d’une loi uniforme et générale. Déjà l’impurtaiice de l’uniformité s’était manifestée par l’introduction de celle des poids et mesures.
L’instruction publique, après avoir été, dans le corps législatif, le sujet des plus savantes discussions, fut réglée par une loi qui la divisa, pour la partie économique, en trois degrés, nationale, départementale et communale; et, pour la partie scientifique, en trois degrés pareillement, transcendante, moyenne et élémentaire. Au-dessus de l’édifice et comme pour le couronner, s’élevait un Institut national.
A ces améliorations politiques et administratives se mêlaient des améliorations matérielles, propres à flatter les yeux de la multitude, des constructions nouvelles ou la continuation des constructions imparfaites. Parmi les premières, il faut compter le Forum Bonaparte, fondé sur l’emplacement de l’ancien château de Milan; monument magnifique et digne de la grandeur ‘ romaine; parmi les secondes, l’achèvement de la célèbre cathédrale de cette ville. Pour ces derniers travaux, une dotation fut établie do manière à en assurer l’exactitude jusqu’à la consommation de l’ouvrage. Deux années, sous le gouvernement de Bonaparte, avaient opéré plus de changements heureux que n’en avait antérieurement produitlecoursde plusieurs siècles.
Si l’on SC rappelle tout ce que cette contrée avait eu à souffrir depuis huit ans, et des maux de la guerre et de la dureté des vainqueurs, quels qu’ils fussent, on jugera ce que la république italienne devait éprouver de reconnaissance pour l’homme, doublement son créateur, qui, après l’avoir arrachée d’abord à l’Autriche et ensuite à la démagogie, lui donnait les institutions les plus humaines et les plus libérale) qui existassent alors sur le continent. La masse de la population sentait tous ces avantages, en faisant des vœux pour leur durée. C’était parmi des hommes qui, par leur
' Expression de .M. Dotu.
» Kn 17Ü'J.
* On poiirr.iit croire qu’il y n ici de l'cxagér.ilion, que je prêle aux iinilairet un langage insensé, pour les réfuter plus aisément. Je rappellerai un setd fait. En 17118, un traité d'alliance fut conclu entre la France et la république cisalpine. Il était stipule que, coininc cette dernière république n'était pas encore en état de se défendre p.'ir clle-niènic, la France y laisserait vingt-cinq mille
position sociale, eussent dù en connalire le prix, que se réfugiait l’ingratitude , et l’ingratitude à leurs yeux sc cachait sous le masque honorable d’un patriotisme italien, qui tendait à sacrifier le bien présent à un mieux alors impossible, une réalité heureuse à des chimères. J’ai déjà présenté ailleurs 3 un tableau des maux qu’avaient causés à la république cisalpine les fausses démarches des seclateurs de l’uni/é italienne. Il semble qu’une si triste et si récente expérience eût dù ramener les esprits à des idées plus saines. L’expérience a été perdue. Les mêmes erreurs, les mêmes fautes vont se renouveler.
L’inobservation de la maxime vulgaire : « de X deux maux choisis le moindre, » est un malheur en politique plus encore que dans la vie privée. Pour un État placé entre deux nécessités fâcheuses, vouloir échapper à l’une, sans se .soumettre de bonne foi à l’autre, est s’exposer à les subir tour à tour, et même toutes deux à la fois. Telle est la position de l’Italie entre la France et l’Autriche. Les seuls hommes sages de cette contrée sont ceux qui, jugeant bien leur pays, scs incompatibilités, l’impossibilité actuelle de réunir dans un même dessein toutes scs volontés et toutes scs forces, ont pensé qu’après avoir choisi entre les deux grandes puissances qui les pressent, il fallait courir tous les hasards de ce choix, en subir les inconvénients, de manière au moins à n’en pas perdre les fruits. Ce n’est là que du bon sens et de la froide raison ; c’est de la servilité aux yeux d’esprits ardents et enthousiastes, qui prennent leurs rêveries pour des faits, et leurs espérances pour des certitudes. Assurément c’est une pensée noble , généreuse dans son principe, faite pour séduire l’imagination, que de tendre à réaliser enfin le vœu de Jules II, à chasser les Barbares de l’Italie; mais avant de s’abandonner à un tel projet, le premier devoir est de rechercher si les éléments d’exécution en existent; s’il est possible d’en rassembler, d’en combiner les moyens; si d’imprudentes tentatives, loin de rapprocher le but, ne peuvent pas l’éloigner encore davantage. Ainsi, les unUaires auraient désiré, par exemple, qu’aussitôt après la conquête, la France leur dit : k Vous êtes libres » je me retire. » Mais d’abord il faut songer que
lioiiimes, et qu'il serait p.ayê par la république cisalpine une sniumc (lu dix-huit luilliuiis de francs pour l'cnlrulicn de eu corps d'armée. Cette stipiilaliuii excita, dit l'historien d'Italie, une indignation générale, t.a ralitiention du traité fut refusée par le corps législatif. Cependant, ou bien les hommes qui déridèrent cc refus sc croyaient en état de maintenir seuls leur existence, nu bien ils voulaient que la France se sacrifiât gratuitement pour eux. L’un et l'autre étaient absurdes.
CIÏAPlTiUv X.WIV.
les Français ii'unl pas envahi, iront pas dû envahir rilalic uiiiqucnicnl pour prodaincr son indêpeii* daiicc; que les iiicincs iiiolifsqui les y ont amenés, te besoin et riiilcrél de refouler, dans la limite de ses États allcniands, la puissance autrichienne, leur commandent de se maintenir sur le sol de l'Italie, aussi longtemps que ce dessein ne sera pas rempli; il faut songer en inèine temps que, le jour où les Français s'en retireront vulontaireinenl ou de force, avant que les Étals italiens soient en mesure de conserver seuls leur indépendance, les Autrichiens y reviendront aussitôt prendre leur place. Si rilalic seule n'est pas en étal de repousser séparément Tune ou l'autre puissance, il nu lui reste iju'un seul parti, celui de juger laquelle des deux lui offre, pour le moment, la dépendance la moins pcnihlc, et, pour l'avenir, les chances les plus favorables. Une fois ce parti pris, le bon sens commande de s'y attacher avec franchise et sans réserve. Ou devrait croire qu'un tel raisonnement ne saurait échapper à personne; il est trop simple, il nceuiivieiil pas à des esprits subtils qui ne voient de politique profonde que dans la biiessc, et de sucrés possible que par la fraude et la duplicité. Quelques maximes traditionnelles des anciens gouvernements d'IUilic sont la règle de leur conduite, ils s'imaginent qu'en opposant tour à tour leurs ennemis les uns aux autres, iis üniruiit par triompher de tous. Kti général les unitaireê sont des démocrates Irès-prononccs. Cependant aujourd'hui ils ne montrent, dans leurs relations secrètes avec des sujets romains, napolitains et toscans, aucune aulipalliie pour les gouvernemctits de ces Étals; ils sont prêts à sc lier avec les cours de Hume, de Naples et de Florence, â concerter nn*me leurs mesures avec elles. Pour ic moment ce sont les Français qui pèsent sur ritalie; ce sont les Français qu'il faut chasser. Ce premier but atteint, le reste ne sera pas diSicilc ; les Irùncs ne |Hiurront pas résister longtemps, cl, de toutes les nations italiennes, 011 formera une seule république dont Home sera la capitale. Ces idées sont celles des chefs principaux de l'association; mais, parmi les initiés à l'œuvre avoué par tous, rcxpulsiun des barbares, les opinions varient rclalivcincntaux objets secondaires, les uns désirant l'unité de gouvernement pour ritalie, sans tenir à la forme républicaine; les autres étant disposés même à maintenir les gouvernements qui existent, pourvu que l’on réussisse à consacrer riiidépcndanre italienne. Quelquesuns des membres de ces sucictes scerèles remplissent à IHilati des fonctions élevées. Qui le croirait? rhomme appelé à y représenter Je premier cou sul, Meixi favorise sous main des manœuvres dont l'cfTel MC peut qu'être nuisible à la France sans
servir l'Ualie. <■ La république italienne pros|>érail, nous dit son historien *; malgré le tribut pa)é à la France, les caisses étaient pleines, les payements faciles; les sciences et les lettres florissaienl. l'armée s'organisait sur un pied respectable; mais la littérature était esclave, la liberté nulle. Malgré tout, ajoulc-l-il, un sentiment d’indé|>eiidance ga gnail les esprits, et aurait pu avoir de grands résultats. Melsi était tout italien; il aimait son pays; il pouvait cntrelenir et entretenait Aafri/eme«i/ ces dispositions, n C'est ainsi que s'explique un écrivain estimable qui. bizarrerie îiicruyabtc ! accuse sans cesse le premier consul par les paroles, et presque toujours le loue parles faits. Nous avons peine à concevoir quels grands résultats il était possible d'attendre de l'esprit d'indcpcndancc, fuuienté par Metzi; nous voulons penser qu'il n'entrait dans la conduite de ce vice président aucun inouvemrnl d'ambition personnelle, qu'il était et se croyait tout italien, qu'il ne faisait que se livrer i des illusions innocentes, mais au dessous de lui ces illusions étaient des intrigues. Des rêveurs, hommes de bien , qui n’avaient que le désir trèsnaturel de voir l'Italie libre de la présence de tout maître étranger, devenaient des iiislrumenls dangereux dans les mains d'agents > adroits . mis en jeu par les cabinets de Naples, de Florence, de Rome, et, au dessus de tous les autres, parla cour de Vienne : qu'arriva-l-il ? Ces menées Iranspirèrent; le premier consul en eut connaissance. Il fallut sévir contre quelques habitants, même contre quelques fonctionnaires de la république italienne, et Melzi eut la triste ressource de sc justilier lui-même, en punissant avec rigueur une faute dont il était le complice. I/C premier consul, dit riiisturien déjà cité, ne Icmoignail plus au viceprésidciil •< la bienveillance accoutumée > : avait-il tort? Qu'ils étaient insensés, et combien depuis ils ont du rougir de leur démence, ces esprits exailés en des sens divers; les uns invoquant des démocraties impraticables; les autres voulant seulement , ou l'unité de gouvernement pour l'IUHe, ou la nationalité de rilalic avec ses divers gouvernements; tous assez aveugles pour ne pas voir qu’au lieu d’une dépendance brillante sous les lois du premier consul, d'une dépendance allégée cl embellie au moins par les lettres et les arts, par tous les encouragements favorables a la prospérité et à la richesse du pays, c’était le joug de plomb, la verge de fer du gouvernement autrichien, qu'ils appelaient sur leurs têtes !
' Tone IV, page 484-480.
* I.C plai actif de ces ageoii éuil un Napolitain, lecbcvaiier Msrulli.
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