‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 139 sur 298 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

ces qui ne peuvent manquer dVlre roccasion ou le prétexte de graves discussions. Hans le même temps, la plus grande activité règne dans tous les cabinets. Au Nord, ils sont agités par des incidents relatiTs à roccupatioii française du Hanovre ; dans rAllemagtic méridionale, par des difficultés con* cernant la noblesse immédiate. Ces afTaircs pron> üront une direction sérieuse, et plusieurs fois des mouvements de troupes feront craindre l'explosion soudaine d'une guerre continentale. L'imminence du danger n'est pas une cliimère.

(gluant à rAngietvrre et à la France, le choc entre elles n'est pas encore très-violent. Plusieurs tentatives du gouvernement anglais s'évanouiront sans résultat. Les préparatifs de la France ne sont pas complets. En attendant, les cabinets des deux nations, jclcs en dehors du droit des gens, continuent à le violer sans scrupule; l'Angleterre, en attaquant, au sein de la paix, et lorsqu'elle .1 un agent diplomatique A Bladrid, quatre frégates espagnoles venant de Monte-Vidéo, dont l'une saute en l'air, ce qui coûte la vie à trois cents personnes; la France, en faisant enlever sur le territoire de Hambourg l'agctil anglais, RuinlH)lüt, accrédité auprès des villes atisëaiiqucs. On dirait que, pour cette double violation du droit des gens, le mois d'octobre a été choisi à dessein. Le cabinet britannique donnait l'exemple te S, et le cabinet français l'avait suivi le 35 de ce mois. Pour couronner dignement celte année déjà si remplie, la guerre agrandira son théâtre, et appellera dans la lice deux puissances de plus, l’Espagne sous la bannière de la France, la Suède sous la bannière de l’Angleterre. Tous ces événements, par leur gravité, semblent surpasser ceux qui les ont précédés, cl ils seront surpassés à leur tour par ceux qui les suivront. La vie politique de Bonaparte est comme un drame où les règles de l'art, fidèlement observées, offrent la progression d'un intérêt qui va toujours croissant jusqu'à la catastrophe.

Lorsque, dans les débats du parlement britannique, qui précédèrent immédiatement la guerre sur le reproche fait au ministère par lord Grenville, U de s’en rapporter au temps seulement, » lord Pelham avait ré|)ondu que u rinlcnlion des t* ministres était de prolUcr de toutes les occasions s* favorables qui pourraient survenir sur le contt- » nent pour contribuer à la sûreté de rAnglcterrc.» le journal officiel français avait signalé ce langage comme la menace d'une guerre d’embùcbes et de

' 10 nivAse an XI, page 400 (9 octobre 1809).

* Le rédacteur du journal ^nncaii foiimcr de /x>ndrr» reproduisait alors dans sa feuille le Nmeitx patnphlei dirigé contre Cromwell ^ • KiUifui mo mHrder.'a

machines infernales. « <>uand on apprendra, disait I» le AfOMileur qu'une nuée d'agents secrets, sous s les ordres de Drake, Wickam et autres, inondent a rAllemagnc et l'Italie, on pourra présager que n la prophétie de lord Pelham se réalise. » Cette inlcrprétalinn souleva l'hypocrite colère dCsS journaux anglais, et même de quelques ennemis du premier consul en France. F^es paroles innocentes de lord Pelham ne se rapportaient qu'à des négociations légitimes avec les puissances continentales; le Moniteur, ou plutôt le premier consul, dont ce journal était l’organo, fut taxé de ralomnie. Cepend.*int la prétendue c.nlomnie n'cxpriinail que la plus exacte vérité , et bientôt celle vérité sera reconnue par l'Angleterre elle-même.

I/e ministère anglais, qui avait offert au premier consul de chasser Georges et ses compagnons, si la France consentait à la possession de Malte par Sa Majesté britannique, avait réservé ces mêmes hommes pour se servir d'eux dans rhypolhèse contraire. I.e lendemain de la déclaration de guerre, ceux-ci, échappés à la proscription qui les menaçait la veille, devinrent pour les mêmes ministres anglais, des confidents, des favoris, surtout d'utiles auxiliaires. L'argent, les bâtimenLs, les armes, tout ce qui peut seconder * leur fureur contre la France fut mis à leur disposition. Georges ne perdit pas de temps. Déjà, dans le mois d'août 1805, il était descendu sur les côtes de la Normandie. Scs agents parcouraient le Morbihan, la Rre- I tagne et la Vendée. L’appel ne fut point entendu ; les campagnes, tranquilles sous une administration protectrice, révélèrent elles mêmes au gouvernement l'existence de dépôts d'armes, qu'à des époques antérieures elles avaient cachées dans un autre dessein. Dans l'impuissance d'agiter de nouveau les departements de l’Ouest, c'est au sein de Paris que l'Angleterre et l'émigration se proposent d’agir, et ce sera sur les bords du Rhin que se prépareront les secours pour appuyer l'opéralioii tentée dans la capitale.

Toutes les conspirations purement royalistes avaient échoué jusqu'alors. On rêva un amalgame nouveau, la fusion des partis extrêmes. D'après la persuasion qu'il existait en France une faction républicaine à laquelle le premier consul n'était pas moins odieux qu’il l'était aux partisans de l’ancieiinc monarchie, on ne sc faisait |>oint scrupule, d'unir ensemble les fanatiques de la démocratic4:l les fanatiques de l'ancienne royauté. Le but parais-

Tuer nVit pas auasslner. Il faisaii précéder crue publication d*une lettre à M. Bonaparte, oû il lui disait qu'il n'avait hiit k c«t écrit que la petite addition suivante : iVeceaM «sf wmmm mon pro

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sait ennoblir l’alliance , et l'alliance n'clail d'ail* leurs que pour un seul acte, le renverscinenl du premier consul. Ce but une fois atteint , chaque parti eût repris son indcpctidance : le royaliste aurait arboré la cocarde blanche en criant : <• Vivent les Bourbons. » Les Brutus du club auraient replacé le bonnet rouge à In pointe d'une pique en criant : <i Vive la liberté. » La fortune eût décidé pour le plus fort et le plus habile. L'émigration comptait bien avoir pour elle l'habileté et la force.

Pour exécuter ce plan, il fallait gagner en France un homme d'une grande considération, et de préférence un militaire de première ligne, auquel pussent se rallier les républicains mécontents et les ambitieux jaloux du premier consul. Ce militaire distingué, qui pouvait-il être, si ce n'était le général JIorcau?On a prétendu que Fouché *, dans l’espoir de faire rétablir pour lui le ministère de la police, avait tendu des pièges à ce général et cherché h le compromettre. Il est si manifeste que l'Angleterre et scs agents avaient dû Jeter d'eux -mêmes les yeux sur le général Moreau ; il est si naturel que celui-ci, avec sa faiblesse, avec son animosité et scs indiscrétions, $c soit laissé engager plus ou moins dans des projets qui, aux yeux du gouvernement, devaient paraître criminels , qu'en vérité il semble tout à fait oiseux et surabondant de faire intervenir dans cette afTaire un acteur de plus. Des négociateurs présomptueux, envoyés d'Angleterre en France auprès de Moreau, avaient pris des espérances pour des faits, et des demi-promesses pour des certitudes.

Il fallait que les bords du Rhin se garnissentd'émigrés qui entretinssent des intelligences sur le territoire français, et qui fussent prêts à y pénétrer au besoin. Des avis du ministère anglais avaient invité les émigrés à se rendre dans le voisinage du Rhin, et leur avaient assigné une forte paye pour cette destination.

EnGn il fallait que l'agent d'exécution, Georges Cadoudal, fût entouré à Paris d'un certain nombre d'hommes sûrs , dévoués et intrépides. On divisa leur envoi en quatre expéditions, et il fut convenu que, pour donner à l'entreprise un plus grand caractère et offrir un point de réunion plus imposant, un prince français, M. le duc de Berry, ou peutêtre même M. le comte d'Artois, ferait partie de la quatrième.

Déjà deux débarquements ont été effectués : le lieu choisi se trouve entre Dieppe et le Tréport,

■ Mémoire* de M. de Bourrienne, tome V, p«gc 385 et siiivautes.

Dans un autre passage, page 304, M. de Bourrienne rapporte que Fouché, sans lui dire précisément qu'it

: lieu d'autant plus sùrqu'il est d'un accès plus diOicilc. f.e mémo jour où le premier consul disait au corps législatif : u f.e gouvcrnctnciit britannique ^ >• tentera de jeter, et peut-être il a déjà jeté sur ' » nos côtes quelques-uns de ces monstres qu'il a » nourris pendant la paix pour déchirer le sol qui Il les a vus naître. » ce même jour s'opérait le troisième débarqitcment. Uti aflidé reçoit ceux qui arj rivent ; il guide leurs pas, les conduit à un logement préparé d’avance, et dont la porte se referme discrètement sur eux.

J’admets toutes les exaltations, je les conçois toutes; je conçois dans toutes un côté qui louche plus ou moins à l’héroïsme; mais combien est pénible parfois raccomplisscmcnt des desseins qu'elles inspirent! N'oser soutenir la clarté du jour, n'invoquer que les ténèbres, ne respirer que pour ce moment de la nuit où le brigand court se mettre en embuscade: telle est la destinée des conjurations. Tel est le rôle déplorable auquel sont condamnés les hommes que l'Angleterre vient de jeter sur les côtes de France, pour y renverser un pouvoir qu'elle a combattu en vain avec toutes ses flottes et avec toutes les armées du continent. La nuit est venue; on se met en mouvement, on s’aj vance dans l’obscurité, fuyant les habitations, chcr- I chant les routes écartées, craignant les regards humains, craignant la lune même et la perfidie de sa lumière. Au milieu de cette troupe qui se suit par intervalles, un homme se distingue par sa tailla élevée, par sa physionomie mélancolique et sombre, taciturne, absorbé dans de laborieuses pensées, honteux de ce qui l’entoure, et réduit à n'avoir plus d'autres compagnons, affligé de marcher dans l'ombre, et jaloux d’épaissir encore l'ombre ; qui le couvre ; une profonde empreinte de souffrance ride son front et altère ses traits. Dans son sein agité se heurtent et se confondent l'orgueil qui commanda des armées, l’amer souvenir d'une gloire dont les lauriers sont flétris, l’ennui d’une existence qui pèse à son ancienne vertu, le remords d’avoir sacrifié des braves et de les avoir sacrifiés ! dans un but qui n’a pas été atteint, le besoin d'un succès qui peut seul transformer un crime anté- ; rieur en une œuvre de fidélité, une haine qui se { fortifie par les triomphes d'un adversaire puissant, j enfin une sorte de désespoir aveugle, et je ne sais I quelle soif vague et indéfinie de vengeance, (ict I homme, aujourd’hui l’égal, peut-être l’inférieur I de Georges, c’était Pichegru.

I fût Vautcur de la conapiratioD de Georges et de Morcao, I le lui avait laissé entendre. Admirable garantie !

’ E.xposé de la silitatiou de la république^ le 16 janvier.

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