CHAPITRE XXXV
c*csl M posUion qu’il importe ici de considérer. i p<r le premier consul, au sortir d’une conférence A toutes cos causes qui ont dû agir sur la déter- ' dans son cabinet, à laquelle étaient présents tes mination du premier consul, il en est une autre deux consuls, M. de Talleyrand, le grand juge et encore qui ne doit pas être passée sous silence, et | Fouché, qui n’était alors que sénateur, mais qui . celle-ci n'csl pas non plus sans gravité. La conspi- ' comme ancien ministre de la police, était présumé ration contre le premier consul a ses racines en pouvoir donner des reiiseigncmeitts utiles. Dans
Angleterre; elle a des branches partout. Seulement la crise où l'on était, ces divers personnages sc reti-
elle change, selon les lieux, de nature et de forme, daicnl tous les soirs aux Tuileries. Les avait-on ,
En Anglelcrro , on stipendie des conjurés; en Au- ce jour - U , rassemblés par convocation spéciale,
triche , on lève des bataillons. D'un autre côté des ou s'y trouvaient- ils fortuitement réunis? l'eu
complots, de l’autre des armements; d'un côté, importe. 11 y avait eu deliberation enlre.|tt^La
guerre infime, de l’autre guerre loyale, mais par- certitude va jusque-là, mais elle ne tout des dangers, et des dangers qui s’augmenleril loin. (^)ue s’élait-il passé dans celte conféraK^^H les uns |»ar les autres. Comment le premier consul commencent les interprétations de riiiimilfd ira -t -il imaginer que le duc d'Engbien, comme la haine. Là se iiianifestc l'inlcnlion d’accuser (elle
prince de la maison de France, comme oIRcicr à la personne, de disculper telle autre, sans preuve à
solde de l’Angleterre, soit étranger à ce qui se pré- l'appui de la justification pas plus que du blimc.
parc? Aux yeux du premier consul, les cabinets Est-il vrai, comme le prétendent certains mémoi-
de Londres et de Vienne sont d'accord. Comment res, que le ministre des aflaires étrangères, après
se persuaderait -il qu'un Bourbon, placé à EUen- un rapport sur l’état général de l'Europe, ait con-
heim, ne soit pas associé au concert * formé coih du par conseiller la violation d’un territoire neutre lui? I<a discussion, élevée entre l’Autriche cl tre? Est-il vrai, comme l'assurent des hommes qui
la France, est arrivée presque jusqu'à la menace. $e disent bien instruits, que Fouché, dans le désir
C’est le 9 mars, comme nous le verrons plus lard, de créer des embarras au premier consul, pour se
que le premier consul adresse! l'empereur d'AlIc- rendre nécessaire et reprendre dans le guuvcrnr-
magne une sommation pressante de s’expliquer, ment la position qu’il a perdue, ail, sous le pré-
C'est le lendemain 10 qu'est donné l’ordre fatal texte de lier au gouvernement les hommes ardents
relatif au duc d’Enghicn. Qui peut dire que C4ts de la révolution, conseille ou appuyé radoplion
deux idées oui été étrangères Tune à l'autre? que d'une mesure qu’il sera le premier à condamner
la grandeur des périls dont le premier consul s'est le lendemain? Est-il vrai cnOn que l’opposition de
vu entouré n’a pas contribué à la violence des Cambacérès à renlèvemcnl du duc d'Enghien sur
moyens qu'il a employés pour les combattre et un territoire étranger, avec la réserve cependant
pour faire trembler ses ennemis?Qui oserait meme de s'emparer de lui s’il mettait le pied sur le terri-
dire qu’en cITet l’Autriche, toujours liée par de si luire français, lui ait attiré de la part du prciuirr
étroits rapports à l'Angleterre, ii'élait pas dans la consul cette apostrophe fameuse: «Vous êtes de-
conOdcncc, non assurément de projets ^ d'assassi- n venu bien avare du sang des Bourbons ! >• Toutes
nat, mais de soulèvements de diverse nature pré- ces allégations ont été plus ou moins accréditées
parés contre le premier consul, cl ne sc tenait pas dans certains cercles, selon que l’esprit dominant
prête pour agir selon la marche des événements? y était plus ou moins favorable , plus ou moins
C'est au milieu de toutes ces circonstances que les contraire à chacune des personnes désignées. A
rapports de l’agetil envoyé à EUenbeim ont été mes yeux, nulle n’est authentique, nulle ne mé-
S4iumis au premier consul. Aussitôt, une résolution rite une foi complète , et d'ailleurs tel n'est point
terrible a été prise, l'ordre a été donné pour l'en- | le caractère du premier consul qu’aucun de lèvemenl du duc d’Enghien. | actes lui puisse être enlevé. Le mal, comme le
Comment a été prise celte résolution? Est-ollc ^ bien qu’il a fait, lui appartient et n’appartient qu’à relTcl d'un mouvement spontané du premier cun- { lui.
sul, ou le résultat des délibérations d’un conseil? Dans les conjonctures üifliciles où il se trouvait, C'c.vl un fait certain que les ordres pour le iniiiis- le premier consul a pu se dire : « Les Bourivons Ire de ta guerre furent dictés, à dix heures du soir, » ont juré ma perle, ils ont dévoué ma tête au fer
* Sir Wâlter Scoit dit que le due d'Eogheiii éuil * Dès 1803, dans iia moment où l’on parlait de coméJaMi au château d'Eiienlieim • afin sana doute d'être plou formés cooire la vie du premier coiuut, l'empereur
• luujuuri prêt k ae mettre k la tête de* rojalitle* de | Krançoia 11, le comte de Collurédo et le comte de Co-
• l'Rat. ou même, ai roreaaion a’eo preaentait, de ceux | IwnUl, avaient lêmuigtié leur horreur pour de aenibb-
• «le paria. • | hlea projeta.
INTÉRIEUR
n de leurs salellitcs, ils ont vuulu m'assassiner.
Eh bien! qu'ils tremblent à lenr tour; et moi N aussi je puis assassiner; je n'ai qu’à étendre le » bras pour saisir l’un d'entre eux, je le saisirai, N Je le frapperai, et ils reconnaîtront qu'on ne peut » plus impunément attenter à ma vie. » Peut-être dans le moment où il était ainsi livré aux transports de sa colère, un génie infernal, pour l'y afferinir, lui soulfla-t-il encore de froides réflexions : ivorec entre la France et la branche ainée purbons semble définitif. li'état d'inaction ^bnt été condamnés * les princes de cette nche, quand il s'agissait pour eux d'une coun ronne, a détruit toute compatibilité entre eux » et la France ^léroTque. nom de Condé an coti- >• traire rappelle plus particuliérement la gloire M des armes. Il rappelle même les dernières guer- >• res. Le grand-père, le pelit-flls se sont battus (• en braves contre les braves. 11 y a là possibilité » de réconciliation et germe de sympathie. C'est M cette branche qu'il m’importe d’anéantir dans » son dernier rejeton. Ce sera un crime, un grand )• crime, mais un crime d'État, un crime politique, n II jettera la consternation en France même parmi » mes amis les plus dévoués; il frappera l’Europe M de stupéfaction; mais demain d’autres circon- » stances appelleront l'attention de l'Europe, dei> main elle apprendra les nouveaux forfaits de » l'Angleterre, et la mort du duc d'Enghien ira se » perdre dans les divers événements que la fortune * semble préparer exprès |>our la couvrir et la » faire oublier. »
En conséquence dos ordres du premier consul, deux officiers supérieurs ont été chargés d’expéditions différentes au delà du Rhin. L'une avait pour objet d'arrêter le duc d'Enghien , le général Dnmouriex et leur suite à EUenheim ; cette mission fût donnée au général Ordener : l'autre, d’arrêter un comité d'émigrés réunis à Offenbourg; celle-ci fut confiée au colonel Caulincoart, l'un des aides de camp du premier consul. Le pays que le duc d'Enghien habite est un sol neutre; mais le souverain de ce pays est un prince ami de la France, un prince dont le territoire a été agrandi par la ])roleclion du premier consul. Le droit des gens ne permet pas toutefois de faire une (elle iiicnrsîon dans les Étals de Bade sans en prévenir ce prince, sans avoir même son essentiment. Une lettre dans ce but a été rédigée par le ministre des affaires étrangères. Cette lettre, en date du 11 mars, après quelques reproches sur te séjour du duc d’Enghien
' Ils y étaient condamnés par le gouvernement anglais, qui voulait hiire d'etix des instruments de trouble, et DOD un moyen de salut ponr la France.
et de Uuinouriex dans les États de S. A. électorale, annonçait l'ordre donné ■ à deux petits détache- » menls de se rendre à Offenbourg et à Eltenheim » pour y saisir les instigateurs d'un crime, qui, n par sa nature , met hors du droit des gens tous m ceux qui manifestement y ont pris part, n D’après les kistriictions données au colonel Caulincourt, celte lettre ne devait être remise à sa destination qu’au moment à pen près où l'objet de l'expédition serait rempli. On comprend qu'il se présente ici une question de violation de territoire; mais ce n'est pas le moment de la traiter, et nous la retrouverons plus tard.
Le 15 mars, le duc d'Enghien fut enlevé d'Eltenheim et conduit à Strasbourg. De Strasbourg il fut, le 18, transféré à Paris, où il arriva le SO, et de Paris envoyé au château de Vincennes. I.e gouverneur de Paris nomma un conseil de guerre qui s'assembla dans la nuit. Le prince fut condamné à mort, et à l'instant la sentence fut exécutée.
Dans un jugement ordonné par la politique, les formalités prescrites par les lois sont rarement observées; elles ne le furent point envers le duc d’Enghien. Le prisonnier de Sainte-Hélène se justifie sans cesse, en alléguant que ce prince fut jugé « par un tribunal compétent, n La compétence du tribunal serait un point (rès-liligieux ; mais pût-il être résolu conformément à son opinion, il resterait toujours dans ce procès l'infraction des lois protectrices des accusés. Le duc d'Enghien n’avait pas eu de défenseur. Napoléon, il est vrai, repousse comme lai étant étrangers les torts qui peuvent peser sur la commission. • Coupable, dit-iP, la •» commission a dû le condamnerà mort. Innocent, » elle eût dû l'acquitter, car aucun ordre ne peut n jusliflcr la conscience d’un juge. » Qnclle leçon pour les magistrats , pour les commissions ou les conseils de guerre, qui seraient tentés de faire mouvoir les balances de la jnstice au gré des intérêts ou des passions des gouvernements!
Au milieu des explications que peuvent recevoir l’arrestation et le jugement du duc d'Enghien , on se demande toujours comment il se fait que, depuis le moment où un conseil de guerre a été nommé pour juger le prince, nulle communication n'ait eu lieu entre le conseil et l'autorité supérieure, entre Vincennes même et la Malmaison : comment lorsque le duc d’Enghien exprima le désir de voir le premier consul, le président do conseil ne se décida pas à en écrire, soit au gonvernenr de Paris, soit au premier consul directement. A la place
* €c p««Mgc w trouve dans des notes de Napoléon, écrites de sa main, non publiées jusqu'à ce jour.