‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 143 sur 298 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

SâU

loul en persévérant dans l'opinion sévère qu'on s'est formée sur l'acte qu'il cherche à excuser. Ce qui est constant, ce qui résulte des écrits même les plus hostiles publiés contre le premier consul, c'est que l'enlèvement du duc d’Enghien ne fut point l'œuvre d'une longue et froide préméditation. U Bonaparte, dit l'un de ces auteurs ’ de mé- » moires, avait, dès les premiers jours de mars, fait » circuler dans les papiers publics une note où il » accusait le prince de Coudé d'avoir, près de deux n mois auparavant, fait un appel aux émigres d'AIn Icmagnc pour se réunir sur les Lords du Rhin; » il assurait que eette rive se remplissait tous les » jours de ces nouveaux légionnaires; qu'un prince n Bourbon, avec son état-major, était üxé sur ce

i> point, d'où il dirigeait le mouvement » Ce

fait, que l'on allègue pour prouver la préparation du crime, n'en prouve-t-il pas au contraire la soudaineté? Si le projet d'arrestation du duc d’Enghien eût été formé dès le commencement du mois de mars, aurait-on publié des articles qui pouvaient donner l'éveil à ce prince, et le porter à s'éloigner d'un lieu devenu un point de mire pour le ressentiment du gouvernement français?

Lorsque le droit des gens était ouvertement violé par les complots dirigés contre le premier consul, on conçoit qu'il ait pu trouver étrange que l'on prétendit l'astreindre à une rigoureuse observation de ce droit des gens. «i La violation dù territoire n de Bade, sur laquelle on s'est tant récrié, disait- » il, demeure étrangère au fond de la question. » L'inviolabilité du territoire n'a pas été imaginée » dans l'intérêt des coupables, mais seulement » dans celui de l'indépendance des peuples et de » la dignité des princes. » Cette observation est juste. Il y a, dans l'arrestation du duc d'Enghien, deux questions, dont l'une a reçu de l'autre toute sa gravité. A la place d'un prince français enlevé à Ettenheim, supposons cette voie de fait exercée à l'égard d'un criminel ordinaire. Russie eùtelle, à cette occasion, cherché à soulever ^ l'Europe contre le premier consul ? Dans le cas même de l’arrestation violente et illégale du duc d'Enghien, ainsi qu'elle a eu lieu, admettons que le premier consul, mieux inspiré pour sa gloire et pour son bonheur, a reconnu dans le prince un noble ennemi, et l'a traité comme tel. Que deviennent, dans cette hypothèse, les plaintes politiques de la Russie? Elles s'évaporeront en vaincs formules, qui ne feront d'impression ni sur l’esprit des gouvernements ni

' M. Saignes.

’ bcrnièrcincnl, selon quelques Journaux, legouvernrmenl espagnol a envoyé sur notre territoire des hnmines armés pour y arrêter des émigrés qu'il regarde

sur l'esprit des peuples. Le crime de la violation de territoire n'est donc devenu véritablement inexcusable que par la catastrophe qui en a été la suite.

Indépendamment des reproches que le premier consul fait au gouvernement anglais, il aurait pu alléguer encore, dans des temps antérieurs et dans des circonstances pareilles à celles où se trouvait la France, plusieurs déclarations publiques, attestant le profond mépris de ce gouvernement pour le droit des gens et pour l'indépendance des souverains étrangers. Ces déclarations, le parlement britannique les a renouvelées plusieurs fois sous les premiers rois de la maison d'Hanovre, en mettant à prix la tête des Stuarts. Quelle dilTércncc y a-t-il en effet entre rcnièvement d’un individu, exécuté à main armée sur un territoire étranger, et une récompense offerte à l’assassin assez audacieux pour braver rindépcndancc de ce territoire, et frapper une tête qui devait y être en sûreté sous la protection des lois du pays? S'il y a, dans l'une et l’autre circonstances, un odieux attentat, l’abus de la force révolte moins encore, dans tout l'excès de son audace, que la prime offerte au meurtre, dans l'excès de sa lâcheté.

Les accusations que nous avons entendues de la bouche du prisonnier de Sainte-Hélène contre les princes de la maison de Bourbon qui résidaient en Angleterre, se reproduiront trop souvent pour qu'il soit possible de les passer sous silence. Georges lui-même, en déclarant que son projet a été concerté avec ces princes, quoique en même temps il prétende qu'il ne s'agissait pas d'assassiner le premier consul, mais de l’attaquer à force ouverte, semble faire rejaillir sur eux le soupçon d’avoir adhéré aux attentats dont on le croit personnellement capable. I>a justice exige à cet égard quelques observations. Les dynasties renversées sont rarement à l’abri du reproche d'avoir attenté à la vie des princes nouveaux qui les remplacent. Vingt fois les Stuarts ont été accusés de semblables tentatives contre les rois de la maison d'Hanovre. Toutes ces imputations sont-elles fondées? Il y a ici une distinction importante à faire. Les nouveaux princes appellent tentatives d’assassinat tous les mouvements excités par leurs adversaires; et ceuxci, dans leur désir de remonter sur le Irène , sont obligés de s'abandonner au zèle de leurs serviteurs, dont ils ne peuvent pas toujours régler la marche ni choisir les armes. Il en est des dynasties en exil

comme de* coDspimleur*. Le fait est grave, notre minUtèreaura san* doute fait son devoir; mais l'Europe s’en est-elle cnuie? et croit-on que la nouvelle en ait fort agite les cabinets de Pétersbourg et devienne?

INTÉRIEUR

comme des républiques sous la tyrannie. Quand les Pisislralides succombent, on ne se montre pas sévère envers Harmodius et Âristogiton. Peut-être les Bourbons étaient- ils dans une situation plus favorable encore. Le prisonnier de Sainte- Hélène aime à reconnaître que Louis XVIII, occupé à Varsovie de rêveries très-légitimes, n’avait jamais employé contre lui des moyens pareils à ceux dont étaient censés faire usage les princes de sa famille qui se trouvaient en Angleterre. N’est-il pasévident que les apparences contraires à ces derniers naissent surtout de leur association aux entreprises du gouvernement anglais, enirepriscs pour l’exécution desquelles ce gouvernement se chargeait de fournir l’argent, les armes cl les instructions? Mais si en réalité le premier consul était injuste dans scs jugements sur la part présumée des Bourbons aux projets de meurtre dirigés contre sa personne, on ne saurait disconvenir que telle était sa position, tels étaient les faits, et tel le choix des agents armés dans ce but, que le soupçon en lui n’était pas sans excuse.

La vie du premier consul, si pleine d’ailleurs de rapprochements ou de contrastes singuliers, offrait en celte occasion une inexplicable coïncidence. Le jour qui le voyait consommer la plus perverse de ses actions, ce même jour consacrait son bienfait le plus grand envers la France et peut-être envers le genre humain. Le âl mars, fut décrétée la réunion des lois civiles, jusqu’alors rendues, en un seul corps de lois, sous le titre de Droit civil des Français. La reconnaissance était permise. Le corps législatif arrêta que le buste de Bonaparte, en marbre blanc, serait placé dans le lieu de ses séances. « Le double droit de conquérant et de législateur, U dit au premier consul le président du corps lé- » gislatif, a toujours fait taire tous les autres. Vous » l’avez vu conQrmé dans votre personne par le » suffrage national. Qui pourrait nourrir encore le » criminel espoir d’opposer la France à la France? » Se divisera-t-elle pour quelques souvenirs passés, a quand elleest unie par tous les intérêts présents? a Elle n’a qu’un chef, et c'est vous; elle n’a qu’un a ennemi, et c’est l’Angleterre. Les tempêtes polia tiques ont pu jeter quelques sages eux -mêmes a dans des routes imprévues. Il était facile de se a méprendre au milieu des orages où combattaient a tous les partis, dans ces temps funestes où les a factions se montraient partout et la patrie nulle a part; mais sitôt que votre main a relevé les si- » gnauxde la patrie, tous les bons Français les ont a reconnus et suivis. Tous ont passé du côté de » votre gloire, a Celte peinture de la France était Adèle. La séduction de la gloire avait en effet exerce un grand empire sur les esprits; cl la nation, éblouie

par ses propres succès, s’était abandonnéeen aveugle à l’homme auquel seul elle devait sa prospérité et sa grandeur.

Si une action aussi condamnable que la mort du duc d’Enghien avait pu être susceptible, non d’excuse, mais d’explication; si le droit de représailles pouvait jamais aller jusqu’à l’assassinat , on est oblige de convenir que rAnglctcrre fournissait au premier consul d’amples motifs pour récriminer et pour distraire les esprits du deuil le plus légitime. Ce n’était pas assez pour le cabinet britannique des complots ourdis, de Londres même, contre le premier consul. Ce cabinet avait sur le continent de nombreux foyers de pareilles machinations sous la protection de l’inviolabilité des ambassadeurs. I.e 22 mars, un nouveau rapport du grand juge vint ajouter encore à l’horreur inspirée par la conspiration de Georges, en mettant au jour ce nouveau genre d’iniquités britanniques. Le premier des agents anglais qui fut signalé à la réprobation, et ce qui peut-être n’ctail pas moins sensible pour lui, à la risée de l’Europe, fut M. Drakc, ministre auprès de l’électeur de Bavière. Ce personnage n’était pas à son début. Une sorte de célébrité honteuse était déjà attachée à son nom, et il était un de ceux dont le premier consul avait , à la reprise des hostilités, prédit la prompte rentrée en campagne. L’Angleterre semblait n’avoir pas voulu démentir cette prédiction. Aussi vaniteux, aussi maladroit qu’il était impudent et immoral, M. Drakc ne larda pas à se voir assailli d’intrigants, prêts à lui vendre des conspirations à faire et des trahisons qu’ils SC chargeaient d’acheter. Au milieu des aventuriers qui SC jouaient de sa conAance, sans autre désir que d’avoir part aux distributions de gainées dont il était prodigue, il s’en était trouvé un d’une fatale dextérité, qui avait conduit les projets de ce ministre jusqu’au développement le plus étendu; qui avait reçu de lui des instructions d’une horrible franchise; qui, en le berçant de l'espoir de succès prochains, lui avait arraché, avec le prix anticipé de ces succès futurs, des aveux écrits cl des preuves irréfragables de la criminalité de scs vues. Cet homme était un agent de la police de France. M. Drake, enivré du sentiment de sa vaste capacii lé, qu’allait conArmer une grande révolution dont personne ne partagerait la gloire avec lui, se croyait déjà placé parmi les hommes d’^lal les plus ex- ; traordinaires, lorsqu’une révélation soudaine de sa I longue méprise le précipita au dernier rang des ! agitateurs subalternes, en offrant dans sa personne I le triomphe de l’ineptie sur la perversité. Les documents publiés se composaient principalement de dix lettres originales, écrites de la main de ce ministre, et d’une copie des instructions qu’il donnait

CIIAPITIIB XXW.

à scs agents. Parmi tes articles de ces instructions, qui, en général, avaient pour objet d’armer en France les partis les uns contre les autres , de soulever et de désorganiser l'armée, il en était un qui recommandait de gagner des employés pour faire sauter des fabriques de poudre. (Quelques traits de ses lettres relativement aux coups à diriger contre le premier consul, atroces comme pensée, sont dans les termes d'une grossièreté si révoltante, que la dignité de i'iiisloire ne permet pas de les admettre. nicci ne pouvait servir mieux le gouverncnicnt français que ces lâches manœuvres de l'Angleterre.

Une note de M. de Talleyrand, adressée a tous les ambassadeurs et ministres étrangers accrédités à Paris, leur fit connaître la conduite de M. Drakc, et appela leur indignation sur cette profanation du caractère de ministre public. L'honneur du corps diplomatique ne lui permetlail pas de garder le silence. Tous ses membres, dans des ré|>oiises indiTiduelles au ministre des aflaires étrangères, manifestèrent, avec plus ou moins de f(»rcc, le sentiment pénible que celle communication leur avait fait éprouver. A la vérité, les réponses, évidemment concertées, de l'ambassadeur autrichien, comte Philippe de Cobcnlil, et du chargé d'affaires russe, M. üubril, évitaient toute expression blessante pour l'Angleterre; mais elles renfermaient une condamnation implicite de l'agent anglais. Celle du ministre de Prusse alnindait en démonstrations de la vive joie qu'éprouverait le roi de voir le premier consul triompher des complots de tous ses ennemis, quels qu'en fussent les directeurs et les instruments. Toutes les autres réponses, celles du nonce du saint-siège, des miuistres de Danemark, d'Espagne, de Portugal , de Naples, de la confédération suisse , de la Hollande, des États-Unis, de rarchicliancclier de l'empire germanique et de tous les électeurs ou autres princes souverains d'Allemagne, ainsi que des républiques do Gènes et de Lucques , offraient réunis les témoignages du plus vif intérêt pour le premier consul, cl ceux d'une indignation fortement prononcée sur la dégradation imprimée par l’Angleterre au caractère de ses agents diplomatiques. Parmi ces réponses, on en distinguait deux surtout où la franchise du langage le disputait à son énergie, et nous aimons à faire cette remarque, parce que les ministres dont elles porlaieiil la signature étaient les mandataires de deux gouvernements établis sur les bases les plus opposées , le gouvernement des États-Unis et le gouvernement danois; circonstance honorable qui, malgré la différence des principes et des formes politiques de ces deux gouvernements , les recommande l'un et

l'autre au m^c degré à l'estime des nations, pour la droiture et la loyauté de leurs cabinets. Ce n'était pas pour le premier consul , sous le double rapport de sa politique intérieure et de sa poliltqne extérieure, un incident d'une médiocre imporlancequc ce concert unanime des représentants de tous les souverains, frappant d'anathème les attentats auxquels le gouvernement anglais se livrait contre lui. Les plaintes qui auraient pu se faire entendre sur la mort du duc d'Knghicn, étaient étouffées sous la masse des crimes de l’Angleterre.

Les pièces originales, dont les copies avaient été publiées en France, ayant été envoyées à Munich , le ministre principal de l'électeur, M. de Hontgelas, notifia sur-le-champ à M. Drake que « de ce * moment il était impossible à l'électeur d'avoir n aucune communication avec lui et de le recevoir M à sa cour. » Aussi lâche dans ce revers qu’il avait été jactancieux et insolent dans ses téméraires entreprises, U. Drakc, frappé de terreurs paniques, s'esquiva furtivement de Munich, et courut à pied pendant plusieurs lieues à travers les can>pagnes voisines, comme on bandit obscur qui fuit les tribunaux et redoute la main sévère de la justice.

Le gouvernement français n'avait d'abord offert que M. Drake à l'exécration publique. Bientôt, ayant été mis en possession do pièces non moins authentiques à l'égard de plusieurs autres agents, il put convaincre des mêmes manœuvres M. Spencer- Smith. ministre auprès de l’élcclcur de NVurtemberg. Une circonstance particulière faisait remonter d'une manière plus avérée l'infamie de cet agent au ministère britannique lui-méme. C'était avant de quitter Londres que M. Spencer-Smith avait été pourvu de tous les moyens, de tous les instruments de la correspondance qu'il devait entretenir. Il avait été d'avance mis en rapport avec des agences de troubles, formées d'émigrés français, tant en Hollande qu'en France, et notamment avec un grand comité d’espionnage, dirigé par un abbé Ratel; et, pour le seconder, on avait placé auprès de lui un émigré, l'abbé Pericault, déjà exercé dans ces sortes d'intrigues. Ainsi le titre de ministre public était déjà déshonoré dans la personne de M. Spencer-Smith. avant même qu'il l'eût déployéà Slultgard. Arrivé à son poste, ce dernier agent n'avart pas été plus clairvoyant que son collègue. Prisdans les mêmes pi^es, il n'avait, comme lui, payé que des soulèvements imaginaires.

Le gouvernement français, dans ce second rapport revenant à M. Drakc, et considérant ce personnage avili comme au-dessous même de l'opprobre, semblait vouloir l'écraser surtout par le

\ * En date du 11 avril.

INTÉRIEUR

ridicule. On relevait, avec une cruelle ironie, les mécomptes de sa vanité déçue et de sa stupide débonnaireté. Ces bulletins, qui faisaient son orgueil, et qu'il avait envoyés par des courriers extraordinaires à Londres, c’était la police française qui les avait fabriqués. « M. ürake sera assez puni, di- >• sait le grand juge, quand il saura que le soulè- » vement de quatre départements, la prise d'Hun ningue, la séduction de l’armée, la libération des » prisonniers, l’existence des comités, les talents, i> le crédit de ce général, ancien jacobin, doué par » la nature d’une éloquence entraînante, d’une fi- H gure martiale et imposante, à la voix duquel den vait s’opérer le bouleversement de la France, » sont autant de chimères dont le préfet de Stras- » bourg s’est plu à nourrir sa naïve crédulité. » Ces sorties sur la prostitution du ministère le plus respectable se terminaient par une distinction que réclamait la justice, afin de ne pas étendre à des hommes dignes de toute estime une aussi Oétrissante accusation, u La diplomatie anglaise, pour- » suivait le meme rapport, se compose de deux es- >• pècesd’agents que tout le continent sait très-bien » distinguer. Des ministres, tels que Cornwallis et » Warren, ne sont jamais accrédités que pour d’ho- » norables missions, pour maintenir la bonne in- » telligcnce entre les nations, et régler les grands » intérêts de la politique ou du commerce, tandis N que les Wickam, les Drake et les Spencer-Smith » sont connus de l’Europe entière pour des artisans » de crimes, dont la lâcheté se met à couvert sous » un caractère sacré. » Cette distinction, outre que l’équité la prescrivait, était habile et bien entendue. Il ne fallait pas élever une barrière invincible entre l’Angleterre et la France.

Les découvertes du gouvernement français ne s’arrêtèrent pas à MM. Spencer-Smith et Drake. Quelques mois après, dans le courant de novembre, on acquit aussi la preuve que le ministre d’Angleterre auprès de l’électeur de llesse Cassel, H. Taylor, était de même en relation avec les chefs d'une prétendue fédération cisrhénane, qui avait le même but que toutes les autres machinations anglaises, le renversement du premier consul. On arrêta un nommé Thuni qui, sous le nom d’ihier, correspondait avec ce ministre , comme l’un des chefs de la fédération. Les pièces de celte correspondance furent portées à la connaissance de l’Europe par la voie du MonHeur. On dirait que, dans ce moment, la diplomatie anglaise , déjà déshonorée par ces seules publications, eût voulu sc dégrader encore davantage elle-même en perdant tout sen-

' Ministre de France auprès de l’clcctcur à cette époque, je demandai l’expulsion de l’envoyé britannique.

liment de dignité. H. Spencer-Smith, sans attendre aucune communication de la cour de Stultgard après avoir brûlé à la hâte, avec son secrétaire, tous les papiers dont la saisie eût trahi quelques turpitudes de plus, s’échappa, comme M. Drake, à la manière d’un vulgaire observateur, bien plus que d’un ministre public.

A Cassel, l’électeur de Hesse, créancier de l’Angleterre pour des sommes considérables, n’osait ' déclarer au ministre britannique qu’il cessait de le reconnaître, mais il le suppliait de se retirer. M. Taylor ne sut ni se résigner avec décence, ni résister avec fermeté. Trois fois il céda et sc rétracta tour à tour. Parti trois fois de Cassel pour aller errer de ville en ville, de village en village, dans le nord de l’Allemagne, il revint à Cassel trois fois forcer l’électeur de subir sa présence, sans crainte de la déconsidération produite par le mélange de sa faiblesse et de son impudeur. Il faudra, pour l’cn chasser définitivement, les triomphes de la France en 1803.

Après le retentissement qu’avaient eu en Europe les coupables pratiques de MM. Drake, Spencer- Smith et Taylor, après l’improbation éclatante exprimée sur ces faits par les envoyés de tous les cabinets européens accrédités en France, la position du ministère anglais était devenue Ircs-diflicilc. Il était trop manifeste que ces trois agents britanniques n’avaient été que les exécuteurs des ordres de leur gouvernement, pour que ce gouvernement pût les désavouer et sauver son honneur, en réduisant les crimes commandés par lui à des crimes individuels non autorisés. Garder le silence était en accepter la responsabilité entière, cl l’accepter avec les qualifications articulées par le gouvernement français et reconnues par le corps diplomatique continental. Un autre parti restait, parti audacieux, effronté, devant lequel eût reculé tout autre gouvernement. Le ministère britannique ne s’en effraya pas. C’était d’avouer les faits, d’en avouer les principes, et de chercher à justifier les actions atroces par de plus atroces doctrines. Cet étrange courage éclata dans une note circulaire, adressée 3 par lord Hawkesbury à tous les ministres étrangers résidant près la cour de Saint- James. Après avoir annoncé qu’on n’opposerait aux accusations de la France que le silence du mépris, K si les réponses vraiment extraordinaires, et non !> autorisées, de plusieurs ministres des puissances » étrangères ne leur eussent donné un plus haut » degré d’importance, que sans cela elles n'eusscnl » pas obtenu; » après avoir repoussé le reproche

’ Le 30 avril.

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