‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 144 sur 298 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

de parlicipalion à tout projet d'assassinat, et formé contre le gouvernement français des récrimina* tions parmi lesquelles l'enlèvement et la mort du duc d'Engliicn n'étaient pas oubliés, le ministère anglais établissait sans scrupule les axiomes suivants : <1 C'est un droit reconnu des puissances » belligérantes de profiter de tout mécontement » qui existe dans les pays avec lesquels elles peun vent SC trouver alors en guerre... Les membres n du gouvernement de S. M. seraient inexcusables » de négliger le druit qu'ils ont de soutenir, autant » que cela s'accorde avec ces principes du droit n des gens que tous les gouvernements civilisés ont i n reconnu jusqu'à présent, les efforts de ceux des ! U habitants de la France qui font profession de sen- » timents hostiles contre son présent gouverne- » ment.... Un ministre dans un pays étranger est » tenu, par la nature de sa place ainsi que par les » devoirs de sa situation, de s’abstenir de toute » communication avec les mécontents dans le pays » où il est accrédité, ainsi que do toute action qui M porterait préjudice aux intérêts de ce pays ; mais ! <• il n'est pas sujet à la même réserve à l'égard des j )• pays avec lesquels son souverain est en guerre.

» Scs actions à leur égard peuvent être dignes d'é- » loges ou de blâme, suivant la nature des actions » elles-mêmes, mais elles n'impliquent point de n violation de son caractère public, à moins qu'elles » ne soient hostiles à la paix ou à la sûreté du pays n prés duquel il est accrédité. » L'Europe était accoutumée aux mauvaises actions; elle ne l'était pas aux mauvaises maximes. L'Angleterre put reconnaître qu'elle avait peut-être inspiré moins de mécontentement en violant les lois de la morale qu’en avançant des dogmes tendant à légitimer cette violation. Pour l'interprète du gouvernement français, la question était belle. M. de Talleyrand n'eut pas de peine à briser, dans la main de l'ennemi, des armes dont la conscience de l’Europe accusait la déloyauté.

La circulaire que ce ministre adressa ■ aux agents français accrédités auprès desdiversespuissancesde l'Europe, fit ressortir dans toute leur horreur les conséquences des doctrines anglaises, en les présentant comme l'exposition d'un projet conçu depuis un demi-siècle par le gouvernement anglais, d'abolir graduellement le système tutélaire du droit public qui unit et engage toutes les nations policées. U Les puissances du continent, disait-il, ont » vu avec quelle audace il se jouait de la foi des » serments.... Les nations maritimes font tous les

' I.e 5 scptemhrn.

* Diini l'inicrvalle, le litre de premier consul avait été changé en celui d'empereur.

» jours l'épreuve de sa tyrannie. Il n'existe aucun >1 principe théorique de navigation, il n'existe au- » cune convention écrite, qui ne soient scandaleu- » sement violés sur tous les rivages et sur toutes les » mers. » Passant ensuite aux incroyables aveux du gouvernement britannique sur le rûle indigne auquel sont condamnés ses agents, le ministre français oppose le caractère sacre des agents diplomatiques, organes de paix et de conciliation, dont la présence est un augure de sagesse, de justice et de bonheur, tels enfin que les réclament et la morale et l’intérêt des peuples, au caractère avili des agents diplomatiques anglais, devenus, d'après la confession même de ce gouvernement, des instigateurs de complots, des régulateurs de machinations sourdes, de vils espions et de lâches embaucheurs, chargés de fomenter des séditions, de provoquer et de payer des assassinats. Il relève avec énergie la sophistique distinction qui, en commandant tous les crimes aux agents diplomatiques, les leur interdit seulement dans le pays où ils résident. «Admirable restriction! poursuit M. de Tallcyn rand. L'Europe sera couverte de conspirations, » mais les défenseurs du droif public n'auront pas » à se plaindre; il y aura toujours quelque distance H locale entre le chef et les complices. Les minis- » très de lord Ilawkesbury payeront les crimes » qu'ils feront commettre, mais ils auront cette » déférence pour la morale publique, de ne pas en » être à la fois les instigateurs et les témoins.

» De pareilles maximes sont le comble de l'au- » dace et de l'hypocrisie : jamais on ne s’est joué, U avec aussi peu de pudeur, de l'opinion des cabi- H nets et de la conscience des peuples. Sa Majesté » l’empereur ^ pense qu’il est temps de mettre un » terme à ce cours désastreux de principes sub- » versifs de toute sociabilité. En conséquence, vous » avex l'ordre de déclarer au gouvernement près » duquel vous résidez, que Sa Majesté ne reconnai- » tra pa$ le corp$ diplomatique anglais en Europe, » tant que le ministère britannique ne s’abstiendra » pas de charger ses ministres d'aucune agence de » guerre, et ne les contiendra pas dans les limites n de leurs fonctions. » Ici le ministre français développe à son tour une doctrine qui a quelque chose de neuf et de hardi, mais qui n'est cependant que l'expression d’une vérité généralement sentie, qu'il appartenait à une grande puissance de proclamer. U Les maux de l'Europe ne viennent que de ce » qu'on se croit partout obligé à observer des maxi- » mes de modération et de libéralité , qui n'élant » justes que par réciprocité, ne sont obligatoires n qu’à l’égard de ceux qui s’y soumettent. Ainsi les » gouvernements ont autant à souffrir de leur pro- » pre justice que de l’iniquité d’un ministère qui

1NTÉIUF,CR.

» ne rccoiinail de lois que son ambition et ses fan- « taisics. Les maux de l’Europe viennent encore » de ce qu'on y considère le droit public sous un » point de vue partiel, tandis qu’il n’a de vie et de n force que par son intégrité; le droit maritime, le n droit continental, le droit des gens, no sont pas » des parties du droit public qu’on puisse consi* » dérer et conserver isolément. La nation qui pré- » tend introduire, dans une de ces parties, des rè- )> gles arbitraires, perd tous scs droits au privilège » de l’ensemble; l’infracteur systématique du droit » des gens se met de lui-méme hors de ce droit, et » renonce â tout intérêt fondé sur le droit maritime » et sur le droit continental. » Ces pensées sont vraies. Il serait à désirer que tous les peuples s’u-

nissent pour les faire prévaloir dans la pratique. Cependant, lorsque le premier consul, assez hardi pour le tenter seul, en fera l’application dans sa conduite avec l’Angleterre, on fera entendre de vives clameurs sur cette violation du droit des gens, comme si elle n’était un crime que de la part de celui qui se la permet par réciprocité.

J’ai cru devoir présenter sans interruption l'ensemble des faits relatifs aux complots tramés par les agents de l’Angleterre contre le premier consul, mais maintenant je dois revenir sur mes pas et me replacer au moment où la correspondance de Drake fut communiquée au sénat, au tribunat et au corps législatif.

53a CHAPITRE XXXVT. [1801)

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