CHAPITRE XXXVI
Or, il est inconlcslable que jamais, dans aucun pays, à aucune époque, un mouvement plus unanime > ne plaça sur le pavois un chef de gouvernement et, suivant le langage qui sera usité pendant onze années consécutives, un fondateur de dynastie. Nous n’ajouterons pas que le fait seul de la possession du pouvoir, pourvu qu’il se maintienne, a toujours suffi pour en constituer la légitimité. Pendant onze ans, cette légitimité paraîtra s’affermir de jour en jour; mais, si elle succombe, elle se changera en usurpation. .Ainsi le veulent encore les habitudes des siècles, et peut-être l'intérêt des peuples. Le caractère distinctif de ce qu’on est convenu d'appeler légitimité, surtout dans les derniers temps, n’appartient en effet qu’à la durée.
C'est en vertu de ce droit fondé sur une longue durée, et qui, aux yeux d'une dynastie déchue, ne pouvait pas être détruit par dix années d'interruption récente, que le comte de Lille, du fond de sa retraite de Varsovie, se hâta d'adresser à toutes les puissances de l'Europe une protestation contre l'usurpation d’un tréne appartenant à sa famille. Protester est la seule ressource qui reste à la faiblesse contre la force. Si ces formalités politiques ne changent rien à l’état présent, elles font un appel à des changements ultérieurs, et servent à entretenir le combat des droits préexistants avec les droits nouveaux qui les remplacent. « En prenant » le titre d’empereur, disait le comte de Lille, Bo- X napartc vient de mettre le sceau à son usurpait tion. Ce nouvel acte d’une révolution, où tout X dès l'origine a élé nul, ne peut sans doute inCr- » mer mes droits; mais comptable de ma conduite » à tous les souverains, dont les droits ne sont pas » moins lésés que les miens, et dont les trènes » sont tous ébranlés par les principes que le sénat » de Paris a osé mettre en avant; comptable à la » France, à ma famille, à mon propre honneur, U je croirais trahir la cause commune en gardant >t le silence en cette occasion. Je déclare donc, » après avoir au besoin renouvelé mes protestait lions contre tous les actes illégaux qui, depuis X l’ouverture des états généraux en France, ont Il amené la crise effrayante dans laquelle se trouti vent la France et l’Europe, je déclare en pré- » sence de tous les souverains, que, loin de rc- » connaître le litre impérial que Bonaparte vient » de se faire déférer parun corps qui n’a pas même » d’existence légitime, je proteste contre ce titre et
• Le résultat de» vote» présenta 5,573,529 vote» affirmatifii et 2,509 négatif.
’ 1" juillet.
’ Cromwell, par trop do précipitation, échoua dans le projet de rendre héréditaire la dignité de protecteur.
» contre tous les actes subséquents auxquels il » pourrait donner lieu.» Rien déplus naturel que le sentiment qui avait dicté cette protestation; mais on n’y remarquait pas la mesure et l’habileté que le comte de Lille avait montrées en d’autres circonstances. Il y avait peu de prudence, de la part d'un prince qui avait donné un assentiment public aux principes de la révolution , à prononcer que tout, dès l’origine de cette révolution, avait été nul, à déclarer illégaux tous les actes qui avaient eu lieu depuis l'ouverture des états généraux en France. Si une réserve ainsi illimitée de droits avait quelque valeur, soit pour l’émigration, soit pour des cabinets imbus des mêmes maximes, il faut convenir qu’elle n’était pas propre à ramener vers la famille détrênée l'affection des Français, puisque c'était leur offrir, dans le rétablissement de cette famille, la menace d'une complète contre-révolution. Cette faute que le Prétendant commettait en 1804, Louis XVIII, mieux éclairé par le temps, saura l'éviter dans la déclaration de Saint-Ouen. La protestation de Louis XVIII ne fut alors qu'un acte presque indifférent tant en France que hors la France. Lorsqu'elle fut connue du nouvel empereur, il jugea sur-le-champ que, conçue comme elle l’était, elle ne pouvait lui nuire. S’il avait voulu en dérober la connaissance au public, l'esprit de parti eût pu donnera cette pièce quelque importance. Il en détruisit lui -même tout l'effet, en la faisant publier par le Moniteur 2. Au dehors elle ne fut qu’une circonstance de plus qui servit à faire éclater de nouveau le peu d’intérêt que les monarques eux-mêmes attachent aux droits anciens avec lesquels les faits ont cessé d'être d'accord. Presque partout elle fut accuillie avec froideur, et de puissants cabinets se dispensèrent même de tout égard envers le prince malheureux qui leur en avait fait l'envoi. Quoi qu’il en soit des protestations du Prétendant et des chances de l’avenir, le premier consul vient d'atteindre le plus haut degré des grandeurs humaines. Auguste s'était borné au titre d'Imperalor, Cromwell , au titre de Protecteur parce qu’ils n'avaient osé, ni l'un ni l’autre, prendre le titre de Roi. Ces ménagements hypocrites sont au-dessous de Bonaparte. S’il prend le titre d'empereur, c’est que ce titre est le plus élevé de tous dans le monde moderne, et que, dans son juste orgueil pour lui -même comme pour la France, qu'il a tant agrandie, il
a Les idée» républicaine», dit M. Villemain, étaient en- » core trop forte» et trop récentes pour que cette pros position piit réussir. Deux cents voix contre soixante • la rejetèrent. »
IMERlEim.
ZM
ne veut pas qu'il existe nulle part un litre supérieur â celui du chef du gouvernement français.
Hais en même temps que le général Bonaparte reut le plus grand des litres, il veut aussi la plus grande des puissances; cl c'est d^s le but de fortifier sa puissance qu'a été conçu le sénalusconsulte du 18 mai. Le principal résultat de la nouvelle organisation est de concentrer presque exclusivement l'exercice de la souveraineté nationale dans le sénat et dans le conseil d'État, ce qui la place en effet dans la main do chef du gouvernement. Le corps législatif continue à être un corps silencieux qui prononce d’après les exposés faits au nom du gouvernement; mais te tribunal, divisé en sections de l'intérieur, de la législation et des finances, restreintes à discuter séparément les pro* jets de loi a perdu rimporlance que lui donnait sa discussion à une tribune publique, et n'csl plus qu'une conlrc*parlie ou plutôt une annexe du conseil d'État, modification meurtrière qui, en le rendant i peu près inutile, prépare sa prochaine suppression.
Cependant tout le système établi n'était pas vicieux en lui-même , ni les libertés de la nation entièrement laissées sans garantie. Si ces garanties deviennent illusoires, si les commissions sénatoriales de la liberté individuelle et de la liberté de la presse doireul rester un jour sans efficacité ou même sans action, c’est que la France parcourt un ordre d'événements dans lequel les questions d'intérêt domestique et de droit privé seront nécessairement subordonnées aux besoins de la force politique et de la puissance extérieure; mais, en supposant que le général Bonaparte ait voulu franchement le despotisme pour le despotisme luimême, les pouvoirs qui ont contribué à l'en investir ont-ils obéi à des inspirations de bassesse et de lâcheté? Ce sénat, où tant d’individualités prises isolément sont dignes d’estime, où se trouvent rassemblées toutes les illustrations littéraires, civiles cl militaires de la France, ne serait- il, comme corps, qu'un atelier criminel occupé à forger les chaînes du peuple français? Rien n'est plus aisé que des arrêts tranchants cl généraux , que des condamnations en masse, qui, sans aucune acception des temps et des motifs, représentent les autorités politiques, administratives et judiciaires de la France comme les courtisans avilis de Néron et de Tibère. J'ai regretté souvent de voir d'honorables amis de la liberté abuser, comme ses ennemis, de ces déclamations triviales et faciles. La
' Article 06. • Chaque lertioD diacute séparément et * en assemblée de aeciion le« projeta de Im qui sont » traosmia parle eorpa législaliF. •
justice, qui doit toujours être la compagne de la liberté, ne prononce point de ces sentences absolues. Lors même que les actes n'obtiennent pas tous son approbation, elle les rapporte au temps qui lésa produits, recherche les considérations qui les ont molivés et les juge par leurs causes. Le tort de ceux qui procèdent aatrcmenlesl de prendre les opinions d'une époque pour la mesure des actions d'une autre. Aujourd’hui nous réclamons avec raison en France la liberté de la presse, la liberté individuelle dans toute leur latitude, nonseulement comme cléments de bonheur pour la nation, mais comme moyens de force pour le gouvernement. Ce raisonnement, vrai dans un ordre de choses donné, l'est-il toujours et en toute circonstance? Ce qui est vrai pour la France, placée dans une situation que les puissances étrangères n'ont aucun intérêt à vouloir troubler, l'étatt-il de même pour un gouvernement nouveau dont l'exis- Icoee politique, dont l'extension territoriale n'avaieot été reconnues que par le commandement de la victoire, que par des traités ou plutôt par des armistices toujours incertains, surtout lorsqu'un ennemi redoutable, comme l'Angleterre, armé d’une vaste puissance, armé d’immenses moyens de corruption, s'arrogeait sans Krupule le droit de conspirer dans l'intérieur de la France avec tous ceux qui nourrissaient des sentiments hostiles contre le gouvernement existant ? Admises dans toute leur étendue, la liberté individuelle, surtout la liberté de la presse, n'auraient-elles pas pu reprendre le lendemain la direction que les intrigues étrangères leur avaient donnée en 1797, et obliger le chef du gouvernement à des coups d'Élat pareils à celui du 18 fructidor? Toutes ces réflexions étaient naturelles ; mais je vais plus loin. J'admets que la plus grande partie du sénat eût jugé l'exercice le plus complet de ces deux libertés si essentielles conciliable, sous un autre chef de gouvernement que Bonaparte, avec les difllcullés politiques du temps; n'a-t-elle pas dû craindre, en élevant un conflit avec un homme si nécessaire d'ailleurs à la défensederÉtal, de nuire i la marche du gouvernement, sans rien gagner en effet pour les droits des citoyens? Je comprends que, dans rallernalîvc d'exposer la France i des retours vers l'anarchie révolutionnaire, ou bien de livrer au chef du gouvernement une dictature viagère, avec l'espoir de reprendre le terrain perdu soit sous Bonaparte vieillissant, soit sous son successeur, on a préféré cette dernière hypothèse. Je conçois enfin, et j'exprime ici, non une supposition, mais un fait; je conçois, dis-je, que des hommes du caractère le plus indépendant, tout en détestant dans Bonaparte les qualités qui le rendaient dangereux pour
CHAPITHE XXXVI.
(IW'IJ
la liberté publique, niai$ cep<;m]aMt heureux encore de Toir conserver sous son règne une partie des principes de la révolution qu'il n'avait pas intérêt â détruire, ont pu s'abandonner à lui sans réserve, et lui abandonner la France par un calcul de coin* paraisoti, en sc disant qu'il valait mieux beaucoup soulTrir de lui. que de voir une conlrc-rcvolution complète et le rclablissemcnt de l'ancien régime. Dans la politique comme dans les situations pri> vces. CO n'est pas le mieux absolu, c'est le mieux relatif que l'un cherche et que l’on doit chercher. Ce que nous avons éprouvé, de la part de la contrerévolution. dcpuis18M, sinon en faits entièrement exécutés, du moins en volonté d'exécution, a-t-Ü dù nous prouver qu’on eût tort de penser ainsi en 1804? I>a fondation d'un système héréditairedans la famille de Bonaparte, et surtout l'immense pouvoir attaché à la dignité impériale , me semblent expliqués, par ces diverses considérations, d'une manière plus équitable que par des décisions brutales. qui se plaisent i montrer toutes les autorités d'un État comme des agrégations d'hommes sans morale et sans honneur, cl même toute une nation comme on vil troupeau d'esclaves. Des observations que je viens de présenter ici devront s'éten- <lre à tout le règne de Napoléon.
Une autre objection s'élève. En admettant le système de l'hérédité et rétablissement de la dignité impériale, un homme comme te général Bonaparte n'aurait -il pas pu donner à cet empire nouveau un caractère particulier, le dégager, par exemple, de tous les ornements frivoles des anciennes cours, comme (es titres de majesté et d'altesse, les formalités de l'étiquette, les chambres, les chambellans, tes dames du palais et tout le reste d’attirail attaché aux palais impériaux et royaux? En examinant cette question, on ne larde pas i reconnaître que ce qui parait d'abord une superfétation et un luxe inutile est une sorte de nécessité, ou du moins une nécessité relative.
A l’égard des litres de majesté et d'altesse, l'objection serait juste dans un monde tout neuf ou dont la face tout entière serait renouvelée, comme, par exemple, l'Amérique du nord ou du sud. Il ne peut guère en être ainsi pour le vieux monde européen. I.a gradation des litres y donnant droit à plus ou moins de respects, Napoléon ne voulait pas, comme je l'aî dit, et ainsi le voulait i'inlérét bien entendu de son gouvernement, que nulle part il existât rien que l'on pùt croire au-dessus de ce qui existait en France. Il en était de même des chambellans, de l'étiqueUc et de ses accessoires. Dans l'ordre de royauté une fois établi, les huissiers préposés â l’ouverture des appartements du prince auront bientôt acquis une grande impor-
tance, cl. pour arriver au chef de l’Étal, au lieu d'avoir affaire à des hommes d'une éducation distinguée , on sera réduit à des rapports fréquents avec les hommes de la domesticité, ou bien encore, ce qui serait un autre inconvénient, sous un chef guerrier comme le général Bonaparte, les fonctions exercées par les chambellans tomberaient dans les attributions de ses odiciers militaires. Peut-être la séparation de fonctions si diverses, désirable dans l'intérêt de riioimeur militaire, ne Pest elle pas moins dans l'intérêt de la société en général. Peut-être n’est-il pas inutile que le chef de rElal, précisément pareequ'il est un grand capitaine, voie autour de lui d'autres habits que des uniformes, d'autres besoins que ceux qui tiennent à l'armée.
t^luoi qu'il en suit dos modincalions plus uu moins avantageuses qui eussent pu être apportées aux formes extérieures qu'on adopta, on ne saurait disconvenir que la royauté en clle-mêrnc ti’ail été améliorée et rajeunie au profit des nations.
Jamais chef de royauté absolue ne sut distinguer mieux le mérite individuel, les aptitudes spéciales et tous les genres de qualités morales ou inlellecluelles que réclamait le service de l’Etal. Aussi jamais nul autre ne fut-il entouré de plus de capacités politiques, administratives et militaires.
Jamais chef de royauté ne fut aussi capable de tout entendre, de tout apprendre, de tout comprendre.
A défaut d’une tribune effective que le gouvernement constitutionnel eût donnée à la France, jamais chef de royauté n'cul un conseil aussi éclairé où toutes les questions d’ordre administratif cl civil fussent discutées avec plus de franchise et d'indépendance.
A défaut de cette tribune qui eût exprimé l'opinion publique , jamais chef de royauté ne devina mieux la véritable opinion ; jamais nul autre n'en déméla mieux les caractères et ne sut si bien profiler souvent de sa rectitude, quelquefois aussi de ses erreurs.
Si Napoléon n'a pas donné une existence entièrement consliluliomiclle à la France, la royauté, telle qu’il l’a refaite, telle qu’il l a exercée, a été ce qui pouvait convenir le mieux à la France, aprè» le gouvernement constitutionnel. question est de savoir si la position de l'Europe et surtout U sienne lui permellaicnl de faire plus.
L'idée de créer un empire sur un modèle nouveau et avec des dénominations nouvelles ayant été écartée, comme n’offraiU qu'une singularité sans compensation d'avantages, on avait composé, pour entourer le trône impérial, un amalgame de grandes dignités appartenant, les unes à l'empire de r.harlemagnc, les autres h la monarchie de ses
— Dig ■- . 3<t by-C iooglc
INTÉRIEUR
successeurs. Quelques-unes «les grandes dignités parurent bien plutôt imaginées pour les personnes que pour les choses , attendu qu’elles ne furent qu'un titre vain sans fonction réelle. Ainsi l'empire eut un grand électeur, Joseph Bonaparte; un connétable, Louis Bonaparte; un archichancelier, le second consul Cambacérès; un architrésorier, le Brun, troisième consul.
Dans un ordre d’activité effective, on établit, au lieu de maréchaux de France, des maréchaux de l’empire. Pour cette nomination, la gloire dès longtemps avait préparé scs listes, et l’erreur dans le choix ne pouvait être que relative. L’opinion publique accueillit avec joie les noms de Berthicr, Murat, Moncey, Jourdan, Masséna, Augercau, Bcriiadottc, Soult, Brune, Latines, Mortier, Ncy, DavoustetBessières. Jamais à aucune époque et même à la belle époque militaire de Louis XIV le tableau des maréchaux de France n'avait offert une si magniOquo réunion de grandes capacités, prouvées déjà par tant de succès et destinées encore à tant de nouveaux triomphes.
Le même titre fut également conféré aux sénateurs Kellermann, Lefèvre, Pérignon et Serrurier.
S'il avait ét( dans la destinée du général Bonaparte d’arriver à l’empire sans secousse par sa seule force, secondé de la tendance générale des esprits, on ne saurait disconvenir que les délais furent abrégés, les difBcultés aplanies par les complots de l'Angleterre , et que l'étendue du pouvoir remise entre les mains du nouveau prince s'accrut en raison du rôle que jouaient dans ces complots les partisans de la maison de Bourbon. Ainsi, au lieu de creuser sa tombe, les attentats dirigés contre lui l'ont placé sur le trône. C'était le premier consul que les conspirations avaient voulu frapper; c'est l'empereur Napoléon qui va faire punir les conspirateurs.
De toutes les époques de sa vie, la plus pénible fut sans contredit celle qui lui offrait le général Moreau traduit par scs ordres sur le banc des accuses. Aucune des campagnes du général Bonaparte ne lui a probablement coûté plus d'inqoiétndc, plus de veilles; parce que dans toutes il avait pour lui les voeux de l'opinion publique, cl que, dans le procès où Moreau était impliqué, l'opinion était plus ou moins partagée. Si elle reconnaissait des torts dans ce général, elle ne voulait pas y reconnaître le crime; elle désirait voir éclater son innocence, tandis que, pour le premier consul. Moreau une fois arrêté, il importait que Moreau fût trouvé coupable. Dans loUs les pays, un vif intérêt s’attache à une grande gloire menacée. Un intérêt plus marqué encore se manifeste, cl surtout en France, lorsque, dans un conflit entre des gloires
rivales, l’une n'a pour elle que son propre éclat, tandis que l'autre y joint l’ascendant du pouvoir. Le choix des âmes généreuses est bientôt fait, et la présomption de l'innocence du plus faible s'accroît de toutes les préventions qui s'élèvent contre le plus fort. Que l’on ajoute à ce sentiment si louable l’appui que devait lui porter l’esprit d’opposition qui, pour la première fois, réunissait dans un meme mécontentement les défenseurs des Bourbons et les défenseurs du gouvernement républicain , et l’on concevra que les circonstances de ce procès durent altérer, dans le nouvel empereur, les jouissances de l’ambition satisfaite. Cependant en celle occurrence il fut encore bien servi par la fortune, bien servi par les accusés, et par nul autre aussi bien que par le générai Moreau.
Le fond de l’accusation à l'égard de ce général consistait dans les faits suivants. Indépendamment des communications qu’il avait eues avec Pichegru en l’an XI, et relatives, disait-il, à la radiation de ce dernier, il devait en avoir eu de plus récentes par l'entremise du général Lajollais. Ce dernier, suivant l'usage des intermédiaires passionnés, ayant cru voir dans le général Bloreau une tendance conforme à ses désirs cl au but de la conspiration, c’était d'après les assurances portées par lui à Pichegru que le plan de l'entreprise avait été arrêté; qu'il avait été convenu qu'un prince français, le duc de Berry ou Monsieur, et peut-être tous deux, se rendraient en France, mais qu'ils y seraient précédés par Pichegru et Georges , pour combiner avec Moreau les moyens préliminaires d’exécution. Arrivés en France, Georges et Pichegru avaient eu en effet avec Moreau trois conférences. Un quatrième rendez-vous avait été donné, mais n’avait pas eu lieu. Dans ces eonférences, contre l'attente inspirée par les rapports de Lajnllais, on avait été loin de s’entendre. Pichegru et Georges voulaient une révolution franchement royaliste. Moreau soutenait qu'en ce sens elle était impossible, du moins immédiatement; que, le premier consul renversé, il faudrait passer par une forme provisoire de république; qu’en ce moment il pourrait s'appuyer de ses amis dans le sénat pour se mettre momentanément en possession du pouvoir, sauf à juger alors à quel résultat les circonstances et l'opinion permettraient d'arriver. Ce langage de Moreau fut, pour Pichegru et Georges, un terrible mécompte. De là un mol énergique du dernier sur ce qu’il crut d'abord être, de la part de Moreau, un mouvement d'ambition personnelle. Au reste, les deux chefs du parti de la royauté ne lardèrent pas à reconnaître qu'ils s'étaient livrés à d'imprudentes illusions; que, pour le premier acte, selon leur système, le renversement du premier