‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 147 sur 298 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

consul par un coup de main, c'était à tort qu’ils avaient compté sur le général Moreau, et que, pour le deuxième, la révolution en faveur des Bourbons, il n'esislait point d'éléments disposés pour un succès actuel. Ils se débattaient vainement contre ces difllcullés, quand le bras de l'homme qu'ils voulaient atteindre avait brusquement retourné contre eux le glaive aiguisé contre lui. Les charges portées par l'accusation contre le général Moreau avaient été confirmées par la déposition de plusieurs des prévenus, le major Russillon, Lajollais, Rolland et quelques autres; mais surtout par Bouvet de l'Ilozier, d'autant plus digne de foi qu'il confirma et étendit ses déclarations après une tentative de suicide, rendue vaine par un secours étranger. J'ai adouci l'expression des faits imputés au général Moreau, mais dans les termes mêmes auxquels je les ai réduits, sa culpabilité était encore trop palpable. Il est évident que, s'il n'avait pas voulu, de sa personne, prendre part au coup qu'il s’agissait de porter, il s'était montré tout prêt d'abord à laisser faire, et ensuite à agir, dans le cas de la dfsparitJon du premier consul.

Il n’est pas douteux qu’un aveu du général Ho- ' reau , dans les premiers jours de son arrestation , n'eût suffi pour le faire mettre hors du procès, mais un aveu eût donné à jamais sur lui à Bonaparte un immense avantage, et cette démarche eût pu être une faute. Que Pichegru et Georges, qui n'étaient pas encore arrêtés, fussent parvenus à échapper l'un et l'autre, non-seulement Moreau n'aurait pu être convaincu des faits qui lui étaient imputés, mais il serait sorti triomphant, comme une grande victime arrachée par miracle aux fureurs de l'ambition et de la haine. Son premier rôle fut donc celui d'une dénégation absolue, mais il ne sut pas le soutenir longtemps. Si la faiblesse de son caractère, si son inconsistance politique et son peu d'aptitude à toute autre opération qu'à des opérations militaires avaient eu besoin d'être démontrées, c’est lui qui va se charger de les mettre dans le plus grand jour. L’aveu qu'il n’a pas fait avec franchise à l'instant où on voulait lui en tenir compte, il le fait d’une manière incomplète, dans le moment le plus inopportun, quand il ne peut que nuire à lui-même, à ses coaccusés et surtout à Pichegru, dont il est dans sa destinée d’être deux fois le dénonciateur; il le fait dans une lettre qu'il adresse au premier consul , le 8 mars, dix jours après l’arrestation de Pichegru.

Cette lettre du général Moreau était confidentielle. C'était au premier consul seul sans doute qu'il avait entendu donner l'explication de sa conduite. Celui-ci manqua-t-il, comme homme, de générosité, en la renvoyant au tribunal, pour ser-

vir de pièce au procès? Il avait, comme chef du gouvernement, des devoirs à remplir. Écrite quinze jours plus tôt, cette lettre eût pu produire un effet different; mais si tardive et si maladroite, quel égard méritait- elle? La lutte était engagée. Le premier consul avait à convaincre une opinion qui lui résistait. Qui pouvait le servir mieux dans ce dessein que Moreau faisant desdemi-aveux, laissant comprendre plus qu'il ne disait, et disant trop encore pour son honneur? Si cette conduite ne détruisait pas le désir qu'on avait de voir Moreau à l’abri d'une condamnation sérieuse, elle affaiblissait l'intérêt qu’on lui avait porté, en montrant son esprit dupe de l'intrigue et sa gloire souillée dans un contact indigne de lui. Par un contraste tout à son désavantage , les deux chefs de la conspiration, Pichegru et Georges, s'honoraient, dans leurs revers, par des procédés contraires, Pichegru par un démenti formel et un silence obstiné, Georges par une reconnaissance pleine et entière de projets qu’il avouait avec orgueil.

Dans celte lettre, qu'un ennemi n'aurait pas conçue autrement pour fournir des armes contre lui. Moreau commençait par faire l’historique de l’origine de scs liaisons avec Pichegru, des obligations qu'il lui avait eues à cette époque et de la fatale découverte de papiers faite en l'an V, sur laquelle, au moment où se préparaient les événements du 18 fructidor, il avait cru devoir consulter le directeur Uarthélemy. Il avouait, ce qu'il savait n’étre pas ignoré du gouvernement, qu’en l’an .XI un abbé David avait servi d’intermédiaire entre Pichegru et lui, mais il expliquait ces relations comme ayant eu pour unique objet de faire rayer Pichegru de la liste des émigrés. « Je n'en- » tendis plus, continuait-il, parler de Pichegru U que très-indirectement et par des personnes que n la guerre forçait à revenir en France. Dcpuiscettc » époque, jusqu'au moment où nous nous trouvons,

» pendant les deux dernières campagnes et pendant n la paix, il m’a été quelquefois fait des ouvertures 1 assez éloignées, pour me faire entrer en relation » avec les princes français. Je trouvai tout cela si » ridicule que je n'y fis pas même de réponse.

n Quant à la conspiration actuelle , je pois vous >• affirmer également que je tuis loin d'y avoir eu la » moindre part. Je vous avoue même que je suis cn- X core à concevoir comment une poignée d'hommes » épars peut espérer de changer la face de l'État, et H de remettre sur le trône une famille que les efforts » de toute l'Europe et de la guerre civile réunis » n’ont pu parvenir à y placer, et que surtout je X fusse assez déraisonnable, en y concourant, pour X perdre le fruit de tous mes travaux, qui devraient X m'attirer de sa part des reproches continuels.

INTERIEUR

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» Je vous le répète, général, quelque propoeition » qui m’ait été fttile, je l'ai repoussée par opinion U et regardée comme la plus insigne de toutes les » folies. » Ce passage , qui semble , non sans dessein peut-être, vague dans les termes, ii'est-il pas encore plus significatif que ce qui précède, surtout en l'interprétant par ce qui suit : u El quand on » m'a présenté, continue Moreau, les chances de » la descente en Angleterre comme favorables â » un changement de gouvernement, j'ai répondu » que le sénat était l'autorité à laquelle tous les H Français ne manqueraient pas de se réunir en » cas de troubles, et que je serais le premier à me M soumettre à ses ordres. » Il a donc été en effet question de l'hypothèse du renversement du premier consul, et c'est dans celte hypothèse que Moreau a, selon lui, exprimé l'intention de se rallier à l'autorité du sénat. Toute la différence, c'est que, d'après Moreau, cette hypothèse n'a été admise que comme résultat d'un échec dans l'expédition d'Angleterre , tandis que , selon les autres prévenus, celte hypothèse était celle du renversement, de la disparition du premier consul , par suite des efforts des conjurés. On sent qu'il y a ici un fait grave auquel le général Moreau cherche une explication innocente; mais l'explication, tirée d'un peu loin, est-elle bien satisfaisante?

U De pareilles ouvertures, ajoute -t -il encore, » faites à moi, particulier isolé, n'ayant voulu con- » server nulle relation , ni dans l'armée dont les » neuf dixièmes ont servi sous mes ordres, ni avec » aucune autorité constituée, ne pouvaient exiger » de ma part qu'un refus. Une délation répugnait » trop à mon caractère : presque toujours jugée » avec sévérité, elle devient odieuse et imprime » un sceau de réprobation sur celui qui s’en est n rendu coupable vie-à-vie des personnes à qui on » doit de la reconnaissance et arec qui on a eu n d’anciennes liaisons d’amitié : le devoir meme » peut quelquefois céder au, cri de l'opinion publi- » que ! » Ce dernier paragraphe est la reconnaissance la plus foroicllc des propositions qui lui ont été faites par Pichegru, désigné d’une manière trop sensible pour qu'on puisse s’y méprendre; cl le faible, le malavisé général Moreau ne s’aperçoit pas qu’il devient délateur une seconde fois, en s’excusant d’avoir été discret et réservé par crainte d'encourir ce reproche de délation.

Pichegru ennoblissait ses fers par plus de fermeté. Dans le peu de jours qu’il avait à passer à

' Julius CelsHSf tribuHus, in tinciis lasalam ealenatn et circumdaium in ditersum tendens, suam ipse cercicem perfrtÿil. Tacite.

Depuis dix ans, on a vu plusieurs exemples de suicides

Paris, il avait pu reconnaître, par le mauvais succès des démarches de Georges , que la cause qu’il servait n'était rien moins que populaire. Il se dispensa de convenir qu’il voulût rétablir la royauté des Bourbons. Il aima mieux paraître animé d'un sentiment personnel de haine contre le premier consul, qui, disait -il, u l'ayant probablement re- X gardé comme un obstacle à son ambition , avait » spécialement concouru aux événements de fruc- » tidor, en l’éloignant ainsi de la France... Fatigué » d’un éloignement prolongé de son pays, fatigué » des calomnies que les journaux français multi- » pliaient sur son compte, tantôt disant qu'il était » à la télé des armées étrangères, tantôt à la lélc » des conseils, il avait cru ne pouvoir mieux faire Il que de rentrer en France. Voilà tout ce qu’il avait » à dire. » Il y avait de l’adresse et même une certaine grandeur dans une réserve généreuse et fière, qui évitait de compromettre personne et qui s’interdisait des déclarations contraires à son propre honneur autant qu’elles auraient été inutiles à sa cause; mais la faiblesse de Moreau, de Lajollais et de plusieurs autres prévenus l’ayant suffisamment convaincu que rien ne pouvait le soustraire à une condamnation capitale, Pichegru délibéra s'il devait la devancer ou l’attendre. Ce fut le premier parti qu’il préféra. Les difficultés ne l’arrêtèrent pas. Le moyen extraordinaire auquel il fut obligé de recourir, à défaut de toute autre arme, n'effraya point son farouche courage. Une cravate et un morceau de bois, maniés par l’ingénieuse habileté d’une volonté ^ forte, terminèrent ses jours dans la nuit du 3 au 6 avril. Que les deux partis momentanément rapprochés, celui de la contre-révolution et celui du reste de républicains encore existants , aient imputés la mort de Pichegru au premier consul, l'accusation est naturelle, mais elle est une de celles dont la raison publique a dès longtemps fait justice. Voltaire a dit, à l'occasion du czar Pierre accusé d'avoir empoisonné son fils, qu’il avait condamné la veille ;

« Veut-on se noirw dans la postérité par le titre » d’empoisonneu* quand on peut si aisément ne » se donner que celui d’un juge sévère? » C’est sur- . tout dans la position du premier consul à l’égard < de Pichegru, que celle remarque était vraie. Les motifs imaginés pour faire supposer qu'il avait intérêt à empêcher Pichegru de paraître devant scs juges, sont insignifiants et ridicules. Un auteur do mémoires * qui s'étend beaucoup sur ces préten»

c.\écutéi par des moyens plus difficiles que celui qu’avait employé Pichefjro.

' M, Salgues,

CUAl'lTIŒ XXXVI,

dus motifs, Gnil par dire dans une note : « Des homn mes estimables, prisonniers aussi alors, nous ont M déclare avoir la conviction que Pichegru s’était » lui-mémc donné la mort. » Bizarre idée de consacrer dix pages de texte à établir un fait faux, et de donner seulement dans une note quelques lignes à la vérité! Pichegru a fini lui-méme scs jours; il a dû vouloir les finir. Ce n’est pas le supplice qu’il craint, c’est le supplice subi avec les compagnons de Georges , avec des honimes dont l’association fut pénible à sa vie, dont l’association lui est insupportable à sa mort.

Peut-être après la condamnation, le premier consul lui fera grâce; mais l’orgueil de Pichegru doit-il s’abaisser jusqu'à lui devoir ce bienfait? Et d’ailleurs quel prix peut avoir maintenant à ses yeux une vie chargée du double poids de crimes échoués et de la clémence > qui lui en aurait remis le châtiment? En jugeant ainsi Pichegru, je crois lui rendre justice. Pichegru n'avait porté dans la conjuration aucun genre de fanatisme; il y avait été poussé par la fatalité à laquelle il était désormais asservi. Accable du remords d'une première trahison envers la France république, il n’avait persévéré dans les mêmes voies que parce qu'il n’y avait pas pour lui d'autre issue. Moreau dit dans sa lettre que, sur le désir exprimé par Pichegru d’obtenir sa radiation, il l’avait engagé à 1a demander lui-méme au premier consul; mais « Pichc- » gru avait répondu qu'il ne voulait la demander » qu’avec la certitude de l’obtenir. » Ainsi Pichegru, en l’an .\I, aurait consenti à venir vivre sous les luis de celui contre lequel il conspire l'année suivante! Je suis loin de blâmer en lui un sentiment français qui lui fait regretter le sol de la patrie , gouverné même par un homme qu’il n’aime pas; mais que devient, d’après cette déclaration, l’héroïque dévouement de Pichegru à la famille des Bourbons ! Les rois se trompent quelquefois , et sous plus d’un rapport, en élevant des statues.

La position de Georges était différente de celle de Pichegru. Georges n'avait sqivi qu'un seul drapeau. C’est toujours une belle distinction qu’un invariable attachement à la même cause , et l’illustration de Georges eût été tout à fait honorable, si dans la guerre civile il n’avait souillé le courage par la barbarie; si dans la guerre étrangère il n'eùt échangé l’épée contre le poignard. Fidèle à son caractère comme défenseur des Bourbons, incapable, aussi bien que Pichegru, de trahir personne par des

' « Pichegru , dit le pritonnier de Sainlc-Hélène, vit > M situnliuu »aii« ressource. Son irac forte ne put cu- • visager l'infauiic du supplice. Il désespéra de ma clé- ” iiience ou la dédaigna. » Rien de plus raisonnable que

déclarations indiscrètes, il mit sa gloire à proclamer hautement son but, ne cherchant à se disculper que sur le mode dont il se proposait de faire usage pour y parvenir. A toutes les interrogations il opposa des réponses brèves et fermes. Questionné sur la date de son arrivée en France, il répondit : Cinq à six mois. — Sur le lieu où il était logé? Nulle part. — Sur son dessein en venant à Paris? D'attaquer le premier consul. — Sur ses moyens? 11 en avait peu, il comptait en réunir. — Sur la nature de ses moyens d'attaque? Des moyens i de vivo force. — N’était-ce pas avec ce poignard?

— Non ; avec des armes pareilles à celles de l’escorte et de la garde du premier consul. — Où espérait-ii trouver les renforts sur Ic.squels il comptait? — Dans la France entière. — Qui l’avait chargé de venir en France? — Il y était venu de concert avec les princes français, pour rétablir, la monarchie. On prince français y serait arrivé, s’il avait écrit qu'il avait des moyens suffisants pour parvenir à ce but. Il ne devait agir que lorsqu'un prince français serait à Paris, et il n’y en avait point encore. — Quelles personnes il avait fréquentées?

— Je ne les nommerai pas. Je ne veux pas augmenter le iion)bre des victimes. — Ce sang-froid, cette présence d’esprit de Georges ne rahandonnèrent pas un moment. Il repoussa de même par d'énergiques dénégations les pièces qui le présentaient comme ayant eu part, au moins par corrcs|>ondancc, à l’affaire du 5 nivôse.

Au milieu des compagnons de Georgesfiguraient quelques personnes faites, comme Pichegru, pour d’autres alliances, M.M. (Charles de Rivière, Jules et Armand de Polignac ; preuve nouvelle que , dans les discordes civiles, l’orgueil aristocratique ne dédaigne pas de se mettre sous les ordres de la bravoure ou de l'habileté plébéienne, qui consentent à servir ses vues. M. de Rivière , sur qui on avait saisi un portrait de Monsieur, avoua noblement son attachement pour la personne de ce prince. Les deux jeunes Polignac offrirent un tableau touchant d’amour fraternel, chacun des deux attestant l’innocence de son frère, réclamant pour soi la peine qui pouvait menacer l'autre.

Sans doute Moreau n'avait pas besoin d’exemples étrangers pour reprendre devant un tribunal la force d’âme et l’intrépidité qu’il avait montrées tant de fois dans les batailles. Avant que son défenseur prit la parole, il crut devoir lui-mémc retracer en peu de mots le tableau de la carrière

ce jugement. D’après ma conviction, Pichegru dédaigna la clémence du premier consul. J'ajouterai ' il dut la dédaigner.

• IMÉRIEÜR.

qu'il avait parcourue, d'après ce principe, m qu’une » vie entière est toujours le plus sûr tèmoi- » gnage contre ou pour l'accusé, n Ce discours était semé de traits propres à produire une vive impression , parce qu'ils étaient simples et vrais. •> Je devins guerrier, parce que j'étais citoyen. Je » portai ce caractère sous les drapeaux; je l'y ai

» toujours conservé La guerre, sous mes or-

'I dres, ne fut un fléau que sur le champ de ba- » taille. » Après avoir expliqué les diflicultés de sa position au 18 fructidor, il rappelait qu’à la suite de cette journée, le directoire, qui n’était pas pour lui disposé à l'indulgence, lui avait donné de l’emploi. U J'ose croire que la nation n'a point oublié X avec quel dévouement facile ou me vit combat- » tre en Italie dans des postes subordonnés; elle n'a » point oublié comincnl je fus reporté au commann dement en chef par les revers de nos armes , et » renommé général en quelque sorte par nos nial- <• heurs.... On me proposa de me mettre a la tête » d'une journée à peu prés semblable à celle du 18

» brumaire Je me croyais fait pour commaii-

Il der aux armées, et non pour commander à la rén publique.» l.ciSbruniaircarriva. Moreau étaità Paris, il s'était joint au général Itonapartc, il avait concouru à l’élcvcr à ce haut degré de puissance que les circonstances rendaient nécessaire, u I.orsn que, quelque temps après, il m'offrit le coinman- » dement en chef de l’armée du Rhin, je l'acceptai Il de lui avec autant de dévouenienl que des mains •I de la république ellc-niémc. Jamais mes succès » militaires no furent plus rapides, plus nombreux, » plus décisifs... Quel moment pour conspirer...! n Un ambitieux , un conspirateur aurait-il laissé » échapper l'occasion à la tête d'une armée de cent » mille hommes tant de fois triomphante? Je ne Il songeai qu'à licencier l’année et à rentrer dans Il la vie civile. » Je m’arrête ici à regret ; mais cette partie du discours de Blorcau me parait au moins bien déplacée. Lorsque le premier consul lui avait donné plus de cent vingt mille hommes pour combattre en Allemagne, tandis qu'il ne s'en était réservé à lui-méme que soixante mille pour combattre en Italie, Moreau peut-il se faire un mérite de n'avoir pas songé alors à trahir sa confiance et à allumer la guerre civile? car enliii le vainqueur de .Marengo avait aussi sa gloire, il avait aussi scs armées triomphantes; et, s’il était facile de conspirer, Moreau pouvait-il donc penser qu'il eût été bien facile de faire réussir une telle conspiralion?L'nc prudence éclairée cùtdù supprimer ce passage, plus nuisible qu'utile à sa défense, àloreau était bien mieux dans la vérité lorsqu'il ajoutait que, s'il avait voulu suivre des plans de conspiration , il aurait dissimulé scs sentiments cl

: sollicité tous les emplois qui l'auraient replacé au milieu des forces de la nation, w Je savais bien I » peut-être, coiitinuait-il, que Monck ne s’était pas I » éloigné des armées, lorsqu’il avait voulu conspi- I » rer, et que Cassius et Brutus s'étaient rapprochés I n du cœur de César pour le percer. » Moreau fl- I nissait en protestant de son innocence à la face des hommes et du ciel, fluoiquc ces protestations ne pussent pas porter dans les âmes une conviction , à laquelle se refusait l'évidence, l’ensemble de ce I discours avait ranimé l’intérêt public au plus haut I point en faveur d’un homme dont la vie offrait ' tant de brillantes pages, et cet intérêt fut fortifié ; encore parle plaidoyer de M. Bonnet, son défen- . scur. La cause était belle, et l’avocat ne fut pas au- I dessous de sa cause. Un seul point était difficile à 1 justifier, c’était les entrevues de Bloreau avec Pichegru , et le silence sur les projets des conjurés , silence qui devenait une sorte de complicité, en laissant un libre cours à l’exécution du crime. Ce silence pouvait être répréhensible; mais notre code moderne ne renfermait aucune loi qui le punit. Pour trouver une telle loi il eût fallu remonter à Louis XI, et, pour en trouver l’application, remonter au jugement de l’infortuné de Thou, et ces jugements que prononçait Laubardemont , et que Richelieu avait dictés. L'histoire, dont le plus heureux ministère est d'honorer toutes les vertus, ne peut pas négliger de rendre hommage à la noble indépendance du barreau français, toujours la ^ même dans des circonstances si diverses. Elle se ! fait un devoir d’applaudir à l'éloquence courageuse I des Bonnet, des Billecoq et des Guichard, en 1804,

; comme elle applaudira un jour à celle des Dupin. I des Mérilhou, des Barthe et des Berville.

Lesdébats du procès avaient duré douze jours. Le 10 juin fut prononcé le jugement; le tribunal était resté en délibération pendant vingt-quatre heures.

Ouaraiitc-cinq prévenus étaient placés sous la main de la justice. Georges Cadoudal , Armand- I François-Héraclius de Polignac, Charles de Rivière et dix-sept aulrcs^'urcnt condamnés à mort. Pen- ! dant la prononciation de l’arrêt, il régnait dans I l’auditoire une profonde anxiété, chacun des spcc- ! tateurs craignant d’entendre retentir un nom qui, i presque seul , intéressait toutes les âmes. On fut I comme soulagé d’un poids immense, en écoutant le reste du jugement, ainsi conçu : » et attendu » que Jean-Victor Moreau, Jules-Armand de Poli- ! n gnac, l.éridant, Rolland et Ilitzai sont coupables n d’avoir pris part à la conspiration, mais qu’il » résulte de l’instruption et des débats des cirçon- » stances qui les excusent, la cour réduit la peine » qu'ils ont encourue a deux années d’emprison- » nenient. Elle acquitte les autres accusés. L’é-

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