‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 149 sur 298 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

POLITIQUE EXTÉRIEURE

Tr«(K]uillit(‘imcrieure de la France. — Siluaiion de Li France i rétfsrdde U Rotsie. — NiHe de M. tTOubril, du li mai. — Noie remise h Ratisbonne par te minUire de Kiiisie. — Noie de M. de Talleyrand, du 14 mai. — Obser- Tâlinus sur une assertion de M. Schirll. — Ordre à Peuvoyé de France de quitter P^tersbourg. — Démarchés du minisièrc Français ronire MM. d'4olraiguet el de Vernègoea. — Appui donné par t’Auiriche A la noie de la Russie à Ratisbonoe. — Contradiction dans la conduite de l'.Aiilrirhe. — Note de l'électeur de Bade i Raüsbonne. — Noie de M. d’Oubril , du 3! juillet. — Maladresse du cabinet de Pélersbourg. — Demandes impérieuses de la Russie. — Réponse de la France aut dvniamies de la Russie. — Noie de M. d'Oubril, du 3K août. — Observations sur les griefs réciproques de la Russie el de la Frauee. — Retour du gouvcrnvmcui français sur lui>méiue, et cause de ce retour, — Départ des légations respectives de France et de Russie.

Autant l'agilalion avait été vive pendant le procès de la conspiration, autant fut profond te calme qui lui succéda. On s'était intéressé à Moreau dans les fers; Moreau, acceptant l'exil aux £tats»rnis, fut bientôt oublié. Les campagnes prucliaincsdeNapoiéon seront telles que Moreau absent n'obtiendra ni un regret, ni peut-être même un souvenir. Le pot* gnard des conspirations, émoussé par la mort de Georges, ne fut plus manié par des mains redoutables. Dégage de toute crainte intérieure, de toute ombre de concurrence, le pouvoir du nouvel empereur semblait alTermi, comme si déjà il avait eu la sanction des siècles; pouvoir monstrueux aux yeux des républicains, el qui toutefois n’était pas plus grand que ne rexigeaient les circonstances. Peut-être ses improbaleurs de bonne foi auraientils excusé rainbilioii du chef de l’Étal, s'ils avaient eu comme lui une entière connaissance de la si- | tuation de l'Europe. L'accord du sénat, du tribu- I nat et du corps législatif avec rempcrcur, accord ' qu'en France on reprochait à ces autorités comme un témoignage de faiblesse, était ce qui, au dehors, composait la force du gouvcrncmcnl, ce qui imprimait la terreur aux puissances ennemies ou dou- ^ teuses, la confiance aux États que leur intérêt ou la nécessite plaçaient sous la dépendance française. I Napoléon ne s'aveuglait point sur l'esprit des prin- I cipaux cabinets du continent. S’il se méprit sur la ' durée pruliablc de leur inaction, c'est que les fau- ‘ les qui sont produites par les passions ne peuvent

pas être soumises à l'exactitude rigoureuse du calcul. Suppose-t-on qu'en violant le territoire de Bade, en frappant le duc d’Enghicn . Bonaparte ait pu croire que ces événements ti’auraierit aucune suite et n'amèneraient aucune plainte? Non, sans doute. Ha prevu queces faits fourniraient occasion au développement de certaines dispositions ennemies; mais ces dispositions existaient, et peut-être sera-fc un avantage pour lui qu'elles éclatent plus tôt que plus lard.

Trois puissances sur le continent ontseules, avec la France, l’usage de leur libre arbitre, la Russie, l'Autriche et l.i l'russc; les autres Étals ohéisseitl à la nécessité. A l’égarti des trois grandes paissances, la situation du gouvernement français devait nécessairement devenir plus fâcheuse de jouren jour, attendu qu'il n'élait pas en son pouvoir de satisfaire à leurs prétentions bien ou mal fondées. Comment en elTet la France eùt-elle pu abandonner le nord de rAlIcmagnc cl les postes qu'elle occupait en Italie, sans renoncer à ses principaux moyens d'hostilité contre le commerce britannique, et sans perdre tous ses points d'appui pour l'attaque, comme toute matière de enmpensation pour faire un jour la paix avec avantage?

Celui de tous les cabinets du conlincnl avec lequel la France était le plus près d'une rupture ou du moins d'une roésinlelligeiice déclarée, était le cabinet de Pétersbourg. Depuis le rappel forcé de M . de Marküf, la froideur entre les deux puissances

POLITIQUE EXTÉRIEURE

n'avait fait que s'accroître. Déjà elles ne s'entendaient plus, même sur les intérêts qui ne les concernaient pas directement. La Russie, qui précédemment était intervenue avec la France seule dans les aiïaires de l'Allemagne, voulait maintenant associer l'Autriche à celte intervention, ou plutôt soumettre la décision de ces affaires au bon plaisir de l'Autriche. A l'occasion des conQits survenus entre l'ordre équestre et plusieurs princes souverains, conflits dont nous aurons ultérieurement à nous occuper, BI. d'Oubril, que le comte de Blarkof, à son départ, avait accrédité comme charge d'affaires de Russie , fil connaître > au ministère français que S. M. l'empereur Alexandre avait muni son ambassadeur à la cour de Vienne de pouvoirs pour conclure un arrangement déGnitif, et invita le premier consul A donner de semblables pouvoirs à l'ambassadeur français auprès de la même cour. Changer le siège de la négociation eût été en changer l'esprit et la tendance. Aussi , le gouvernement français, en se montrant disposé à unir ses efforts à ceux de l'empereur de Russie, pour rétablir le calme momentanément interrompu en Allemagne, n'avait-il pas adhéré à sa proposition. « La média- II tion des deux puissances, répondait-il ayant M déjà été exercée à Ratisbonne, et seulement à » Ratisbonne, comme centre du système germanin que, il parait convenable que ce soit encore dans » cette ville que les puissances médiatrices conti- » nuent à communiquer de concert les disposi- » lions qu'elles jugeront propres à terminer les » différends subsistants, et à en prévenir de nou- » veaux, n Bf . de Talleyrand annonçait au reste que le ministre de France à Pétersbourg, le général Hédouville, était chargé de faireà ce sujet des communications particulières à S. H. impériale. Ces affaires d'Allemagne, qui servaient de prétexte à la cour de Russie pour chercher à se dégager de ses liens avec la France, n'avaient en réalité pour elle qu'un intérêt secondaire. Sa politique avait un tout autre but. Au fond, elle voulait l'impossible. Elle avait, sans montrer une forte opposition, laissé occuper le Hanovre, laissé occuper le royaume de Naples, et maintenant elle voudrait que la France, pour loi plaire, évacuât le royaume de Naples et le Hanovre. Elle bâtit des arguments sur la neutralité germanique et sur les articles secrets de la convention du 11 octobre 1801 ; mais il aurait ûiHu faire prévaloir ces considérations avant ane'^S^** palion dont elle avait été avertie. Après l'a’A^r tolérée, il fallait én'pc^p^ son parti. C'ést d*élre pas d'accord aveu.sc4^^ina que de venir, un an après la consommatiott-tfes 'faits , réclamer con-

' Noie (tu 6 — 18 février 1804.

Ire ce qu'on n'a pas empêché l'année précédente.

Dans celte disposition du cabinet russe, l'enlèvcmcnl du duc d'Enghien exécuté sur le territoire germanique, et le jugement de ce prince, ne pouvaient manquer d’être saisis à Pétersbourg comme un sujet de contestations nouvelles, et c'est sur cet événement qu'on va s’appuyer pour donner à des représentations, modérées jusqu'alors , la forme de demandes précises cl même impérieuses. Deux modes de négociation sont adoptés à la fuis. On agit en même temps à Paris et à Ratisbonne. Nous allons aussi faire marcher ensemble les deux négociations; et comme leur résultat doit être de conduire, sinon à une guerre immédiate, du moins à une cessation de rapports politiques, que la guerre suivra l'année d'après, nous croyons devoir donner, en partie du moins, le texte des notes échangées de part et d'autre. Les faits accessoires qui se trouvent jetés au milieu des questions en litige, et les reproches que sc font les deux cabinets sont d'une telle nature, qu’il importe de conserver les termes mêmes dans lesquels ils ont été exprimés.

Le 30 avril — 12 mai, BI. d’Oubril remet à BI. de Talleyrand une note portant que « son auguste » maître a appris avec autant d'étonnement que de » douleur l’événement qui s'est passé à Ettenheim, I) les circonstances qui l'ont accompagné, et le ré- » sullat afnigcanl qui s'en est suivi... .Sa filajeslc » n’y trouve malheureusement qu’une violation, H pour le moins aussi gratuite qu’elle est manin festc, du droit des gens et d’un territoire neutre, » violation dont il est difficile de calculer les con- » séquences , et qui , si l’on venait à la regarder n comme permise, réduirait à rien la sûreté et l'inn dépendance des États souverains... » H. d'Oubril annonçait que S. Bl. impériale s’était trouvée dans l’obligation d'exprimer ses sentiments sur ce sujet à la Diète de Ratisbonne ; mais qu’elle avait voulu en même temps les exprimer aussi au gouvernement français, « étant persuadée que le pre- » mier consul s'empressera de prêter l'oreille aux n justes réclamations du corps germanique, cl sen- » tira l'urgence d’employer les moyens les plus » efficaces afin de tranquilliser tons les gouverne- » ments sur les craintes qu’il vient de leur donner, n et de faire cesser un ordre de choses trop alarn mant pour leur sécurité et leur indépendance à » venir. »

La démarche que la Russie annonçait devoir faire à Ratisbonne eut lieu en effet le 8 mai suivant. Des plaintes qui eussent été renfermées entre les deux cabinets eussent pu être accueillies en France avec

’ Noie de M. de Talleyrand, du 39 février 1804.

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