CHAPITRE XXXVII
beancoap de ménagement; mais on appel public contre la France, fait à la diète de l'empire, fait ainsi â toute l'Europe, avait un caractère dont, à Paris, on sentit vivement les conséquences. Un pareil éclat pouvait devenir une source de querelles ou au moins de désagréments inflnis pour le premier consul, et c'était déjà pour lui un premier et terrible chAlinient. Du moment qu'il n'était plus en son pouvoir d'éviter de scandaleuses discussions, il se crut obligé de les soutenir hautement et avec orgueil.
Le ministère français commença par témoigner son regret de voir que l'influence des ennemis de la France avait prévalu dans le cabinet de Petersbourg. « S. H. l'empereur d'Allemagne et S. M. le <1 roi de Prusse, qui sont les deux puissances le » plus éminemment intéressées au sort de l'em- » pire germanique, ont compris que l'urgence cl la n gravité des circonstances avaient suffisamment » autorisé le gouvernement français i faire saisir, » i deux lieues de scs frontières, des Français re- » belles qui conspiraient contre leur patrie, et qui, » par la nature de leurs complots, ainsi que par » l'horrible évidence qu'ils avaient acquise, s'én taient mis d'eux-mèiiies hors du droit des gens. » Les princes d'Allemagne ayant été satisfaits, » le gouvernement français ne pouvait qu'être surpris d'une intervention inattendue, dont il avait peine à comprendre les motifs.
Sur cette allégation du gouvernement français, relative a l'empereur d'Allemagne et au roi de Prusse, on a depuis voulu élever une sorte de démenti. Ce fait, dit M. Schœll a été solennellement contredit par les déclarations de ces deux puissances. Oui, mais de quelles déclarations cet écrivain entend-il parler ? 11 ajoute lui même qu’il s'agit de déclarations publiées en 1803 et 1806, c'est à dire lorsque l'Autriche cl la Prusse furent successivement en guerre avec la France. Ces publications tardives ne jusliflent ni l'une ni l'autre. Si elles exprimaient un fait vrai, il y avait eu lAchelé de la part des cours de Berlin et de Vienne à n'avoir pas relevé, dans le temps même, la fausseté de l’assertion du gouvernement français; niais elles n'auraicnl pas pu le faire, l'assertion française était exacte. La complaisance de la Prusse à Ralis* bonne, comme nous le verrons bienlét, sera sans réserve. 1/Aulriche ellc-mëme ne paraîtra un mo- •mcnl appuyer la démarche du cabinet de Pétersbourg que par pure déférence pour ce cabinet. En revenant sur celle affaire en 1803 et 1806, les deux puissances ne feront que rappeler gratuitement une conduite que l'on doit regarder
‘ Tome VII, p«ge Î72.
comme peu honorable puisqu'ils 1a désavouent.
U Si l'objet actuel de S. M. l'empereur de Russie, » continuait le ministre des relations extérieures » de France, pouvait être de former en Europe une » nouvelle coalition, et de recommencer la guerre,
M à quoi servent de vains prétextes, et pourquoi M ne pas agir ouvertement? Quelque profonde que » soit la douleur que ressentirait le premier consul » du renouvellement des hostilités, il ne connaît » sur la terre personne qui puisse intimider la » France, personne qu'il veuille laisser intervenir m dans les affaires intérieures du pays ; et comme » il ne se mêle point des partis ou des opinions n qui peuvent diviser la Russie, S. M. l'empereur • n'a aucun droit pour se ntélcr des partis et des » opinions qui peuvent diviser la France. » Ici se plaçaient des récriroinalioDS sur la protection accordée à des émigrés français ou à d'autres ennemis de la France, par les légations russes en divers pays, comme à H. d'Antraignes à Dresde, à H. de Vernègucs à Rome, et en France même à un Genevois. Ensuite le ministre franç-ais, revenant aux événements d’EUenbeim, dans le dessein d'en affaiblir la criminalité, présentait une supposition qui, comme raisonnement, n'était pas hors de place peut-être, mais qui avait le tort de s'adresser bien haut. « La plainte que la Russie élève aujourd'hui, n disait-il, conduit à demander si, lonqué l’ÂnqU- 9 terrt médita l'a$Mê$inat d« Paul /*% on «lil en 9 coHnaiuance qu§ lêt auteun du complot i» trou- 9 raient à une lieue dee ftontièreSt on n’eût pae m été empreeêi de le* /dire taieir.
» Le premier consul espèreque S. H. l'empereur, » dont l'excellent esprit et le noble caractère sont n si connus, s'apercevra têt ou lard qu'il y a des 9 hommes qui cherchent A allumer une guerre 9 favorable seulement au gouvernement anglais.
M Celte guerre n’aura jamais lieu de la volonté
du premier consul ; mais, qui que ce soit qui la n lut déclare, il la préférera i tout état de choses U qui tendrait a blesser, au délrimenlde la France, 9 l'égalité entre les grandes puissances; et comme n il ne s'arroge aucune suprématie, comme il ne » se mêle d’aucune des opinions dn cabinet russe, » il réclame à cet égard une parfaite réciprocité. «
11 est plus que probable que l'allusion faite i la mort de l’empereur Paul était une idée qui appartenait au premier consul, et dont son ministre n'avail pu se dispenser de faire usage. En effet, H. de Talieyrand, peu de jours après, en écrivant au général Hédouvillc, lui annonçait qu'on avait donné à H. d'Oubrii une réponse un peu tévére. Toutefois, au lieu d'attendre les marques du mécontentement du cabinet russe , le premier consul commençait par manifester le sien. H ordonnait au
POLITIQUE EXTÉRIEURE
général Hédourille de quitter Petersbourg dans quarante-huit heures et d’y laisser seulement son secrétaire d’ambassade comme charge d’alTaires. <i Sachez, lui disait-il, pour votre direction, que » le premier consul ne veut point la guerre; mais 71 il ne la craint avec personne, n
Dans ce même moment, la mésintelligence des deux cours éclatait partout à la fois. La Russie se refusait à la demande faite par le premier consul de laisser à Ratisbonne Je siège des négociations relatives aux querelles de l’ordre équestre avec quelques princes souverains. Sur les instances du premier consul, l’électeur de Saxe priait la Russie de rappeler de Dresde M. d'Antraigues, que la France accusait de complots contre elle. Le cabinet russe lui répondait que M. d’Antraigues n'était occupé que de questions d’instruction publique. A Rome, le gouvernement français avait demandé l’extradition de M. de Vernègues, et l'avait obtenue. Le ministre de Russie en avait montré son mécontentement , en quittant cette capitale. Au reste, en poursuivant les émigrés français qui, sous la protection de la Russie , agissaient contre les intérêts de la république, le premier consul ne voulait exercer sur eux aucune vengeance. A la vérité. M. de Vernègues fut amené jusqu’à Turin, où il fut mis en prison ; mais un ordre du premier consul, qui arriva trop tard, avait prescrit de /hvori$^ $on ètatiOH sur la route.
Cependant la note de M. de Talleyrand était parvenue à Pélersbourg. Le trait'qui venait d’être lancé était pénétrant, il ne pouvait que faire une vive et profonde blessure. L’attaque était personnelle, et toute personnalité devait être étrangère aux communications entre les cabinets; mais sans vouloir excuser en rien le premier coùsul, l’hostilité avait-elle été moins poignante dans le deuil ordonné à la cour de Russie pour la mort du duc d’Enghien , dans l’extention de cet ordre transmis également aux ambassadeurs; russes auprès des cours étrangères? Si, après tout, quelque souverain devait faire une grande démonstration de sensibilité sur la mort du duc d'Enghien, était-ce le monarque qui, complice incontestable du complot formé pour obtenir l’abdication de Paul complice ainsi , quoique complice involontaire , de ce qui avait amené son assassinat, n’était parvenu au trOne qu'en' passant sur le corps de son père? La rigueur d’une telle repartie de la part du premier consul n’était-ellc pas une faute? C’est une autre question. Du moment qu'un rapprochement intime était impossible, il pouvait n’ètre pas sans importance de connaître tout de suite jusqu’où la Russie voulait allet'. v
En même temps que le cabinet de Pélersbourg
avait fait remettre ses premières notes à Ratisbonne et à Paris, il avait pressé les cours de Vienne et de Berlin d’appuyer sa demande auprès de la Diète germanique. Ces démarches, sans effet à Berlin, eurent plus de succès à Vienne. L’Autriche prêta en effet son appui à la note russe , en cherchant , par une communication faite à la Diète le 24 mai, à provoquer sur cette affaire une dûnpsion qu'elle avait d’abord paru vouloir elle-roMlfV|ritcr.
Cette conduite du cabinet autrichien bitâssa d’autant plus le gouvernement français, qu’elle était contraire à des déclarations différentes, faites à Paris an nom de ce cabinet. Quinze jours avant que la note russe eût été remise à Ratisbonne, le comte Philippe de Cobenlzl avait, dans une audience particulière à Saint-Cloud , communiqué au premier consul une lettre portant que l’empereur d’Allemagne U savait apprécier ce que les circonstances » avaient rendu nécessaire. » Dans ses rapports avec le ministère français, ce même ambassadeur avait reconnu <> qu’il y avait des circonstances qui M obligeaient un gouvernement à prendre pour sa » sûreté des mesures que les autres gouvernements » devaient s’abstenir de juger. » La France s’étant plainte à Vienne de celte contradiction, le cabinet autrichien prétendit que le chef de l'empire ayant été interpellé par la Russie , n’avait pas pu continuer à se taire ; que, rompant à regret un silence qu’il aurait voulu garder, il ne l’avait fait que dans les termes d’une extrême modération; que du reste on se contenterait de telle déclaration qu’il plairait à la France de donner ; on n’en demandait une que par déférence pour la Russie. On désirait que l’empereur Napoléon fit dire de la manière la plus simple, par son chargé d’affaires à Ratisbonne, soit au commissaire impérial baron de Hugel , soit à la Diète, K que les événements > du 13 mars avaient » été déterminés par des motifs importants à la n sûreté de l’empire français, que S. M. ne pouvait n faire connatirc encore , à cause du secret dont n les circonstances lui faisaient la loi , et qu’elle >■ dévoilerait lorsqu’elle pourrait le faire sans in- N convénient. s* Du reste, tout en émettant cet avis, le cabinet autrichien témoignait qu’il n’emploierait aucune influence pour le faire adopter. Il ne pouvait pas entrer dans les vues du premier consul de descendre à aucun genre d’explication. Son désir devait être d’étouffer l'affaire et d’cmpécher qu’elle fût l’objet d’une décision quelconque. Une déclaration de l'électeur de Bade fut l’expédient que l’on choisit pour atteindre ce but.
Par cette pièce, datée du 2 juillet, S. A. électorale, en reconnaissant la pureté des intentions de
' Dcpcclic devienne, du 1(5 mai.