‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 151 sur 298 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

l’empereur de Russie, exprimait sa douleur qu’un cvcncmeiit, qui s’clait accidentellement passé dans ses États, pùt devenir le sujet de discussions fâcheuses et amener les suites les plus inquiétantes pour la tranquillité de rAllemagnc. u Cette cpnsin dération importante, disait le ministre de Bade, )i jointe à la confiance illimitée dans les sentiments » de bicnvpjU^cp dont le gouvernement français » et son at^^Ma^hef ont donné des preuves à tout » l'empire germanique pendant la dernière mé- II diation, et les éclaircissements fburnis, par une Il suite des mêmes sentiments , sur révéneraent » dont il s’agit, doivent faire ardemment désirer à n S. A. électorale que les ouvertures et proposi- » tions faites à ce sujet n’aieDt aucune suite ulté- II rieurc, aGn de calmer les très-vives inquiétudes Il que l’on avait sur la secousse qui aurait pu trou- » hier de nouveau le repos et le bonheur de l’AI- » lemagne et peut-être de toute l'Europe, m Aucun des membres de la Diète n’avait ordre de voter. Des déclarations du ministre de Prusse et des ministres impériaux, pour l’électorat de Bohême et l’archiduc d'Autriche, ayant donné une sorte d'adhesion I à celle de l’électeur de Bade, l’affaire fut indéGnimcnt ajournée et comme assoupie. A peine Gt-on quelque attention aux déclarations contraires des ministres de Uanovre et de Suède.

Ces résultats étaient encore ignorés du cabinet de Pétershourg, lorsqu'il expédiait à M. d'Oubril une note que ce chargé d’affaires remità M. daTalleyrand, le 21 juillet. Si le gouvernement français avait voulu connaître le fond de la pensée du cabinet russe, il n’avait pas manqué son but. Cette pensée se manifeste par l’exagération et le ton impérieux de ses demandes. M. d'Oubril commençait par déclarer qu’il avait encouru la désapprobation de sa cour, pour avoir accepté un écrit qui ne répondait pas à son office précédent ; u et qui » n'était pas de nature à être adressé à son auguste » matire... Si l'objet de la Russie était de former n une nouvelle coalition, elle n'aurait pas besoin » sans doute de chercher de vains prétextes, legou- <• vernement français depuis longtemps ayant fourni » des raisons trop valables pour rompre les liens de » bonne intelligence , que la modération seule do

» S. M. a préservés jusqu'à présent » Ici le

chargé d’affaires russe élevait une discussion sur le droit que prétendait avoir le gouvernement français, de poursuivre les émigrés hors des limites de son territoire, k A peine croira-t-on, ajoutait-il, » que pour soutenir un principe erroné, le cabinet n de Saint-Cloud ait pu s’écarter de ce que les » égards et les convenances requièrent, au point

» de choisir,* parmi les cxcmplea'à citer, celui qui » était le moins fait pour l’étrc, et de rappeler, n dans une pièce officielle, la mort-d'uu père à la » sensibilité de son auguste Gis, en entachant,' » contre toute vérité et croyance', d’une accusa7^ » tion atroce, un gouvernement que* celui de » France ne se fait pas scrupule de calomnier sans n cesse, parce qu’il se trouve en guerre avec lui. k Si le gouvernement français avait commis une faute en faisant, dans unn comamqication diplomatique, allusion à un fait dont l««Quvenir devait affliger rem|)ercur Alexandre, c'en était‘iuié bien plus grave, de la part du ministère russe, dèVep; pesantir sur une question que l’honneur et rmtérêl de ce prince ordonnaient de passer sous silence , ou qui du moins n’eùt dù être que très-lé^érement effleurée. On a peine à concevoir un, manque de ' tact aussi inexplicable ; mais, ce qui semble épcorc plus difficile à comprendre; c’est la maladresse I qui porte la Russie à prendre moins de soin de son I propre f honneur que de celui du gouvernement : anglais. I,orsquc la note française attribue à l’An- ; gicterre l’assassinat de l’empereur Paul, genre d'interprétation qu’elle a ducroire le moins offensant de tous pour l’empereur Alexandre et pour la Russie tout entière, la Russie reproche à la France de calomnier l’Angleterre, de l’entacher d’une accusation atroce. Ainsi, c'est la Russie qui a surtout à cœur de proclamer l'innocence de l’Angleterre; c'est la Russie qui réclame pour elle seule la pensée et l’exécution du meurtre de Paul I”. Il est difficile de pousser la générosité plus loin.

Après cette étrange repartie sur un objet qu'il eût fallu ne pas relever, le chargé d'affaires russe faisait connaître à quel prix la France pouvait conserver des rapports de bonne intelligence avec sa cour.

<1 Le soussigné, poursuivait-il, a l'ordre de dé- » clarcr qu'il ne saurait prolonger son séjour à » Paris qu'autant que les demandes suivantes se- » raient préalablement accordées.

ni” Qu'en conformité des articles 4 et K de la n convention secrète du 11 octobre 1801, le goiin vernement français donne ordre à ses troupes » d'évacuer le royaume de Naples , ce qui ayant » été exécuté , qu’il s’engage à respecter la neu- » tralité pendant les guerres présentes et à venir.

» 2<> Que, conformément à l’article 2 de la cnnn vention, le gouvernement français promette d’én lablir dès à présent un concert intime avec S. H.

» impériale pour régler les bases selon lesquelles H devront se terminer les affaires d’Italie.

» 5” Qu’il s'engage, conformément à l’article 6 » de la même convention et aux promesses tant de • fois répétées à la Russie, à indemniser sans délai

' l.r 6 juillei.

l'OLlTIQUE EXTÉRIEURE.

Soi

», le roi de Sardaigne des perles qu’ii a essayées ; » enfln,

» d** Qa’en yertu des obligations d’une tnédia- » lion el d’une garantie commune», le gouverne- » ment français promette de faire incessamment B évacuer de ses troupes tout le nord de l’Allema- » gne, et prenne l’engagement de respecter stric- B tement la neutralité du corps germanique. »

JU.. d’Oubril réclamait une réponse catégorique sur ces quatre demandes.

Lorsque le cabinet de Pétersbourg adressait de pareilles sommations au gouvernement Rançais, il n’ignorait pas quel accueil pourrait les attendre. En effet, relativement à celles des stipulations secrètes de 1801 , qui concernaient le royaume de Naples, des engagements pris, au moment de la conclusion des préliminaires de paix avec le gouvernement britannique, avaient pu être modifiés par le renouvellement de la guerre. D’ailleurs, quelque idée que ce cabinet se formât de sa puissance , il n’avait pas sans doute l’orgueil d’imaginer qu’une note remise par son chargé d’affaires allait deposter les armées françaises du Hanovre et du golfe de Tarente, où elles avaient d’ailleurs été envoyées avec l’assentiment, sinon formel, du moins tacite de l’empereur Alexandre. Les rédacteurs de cette note , soumis à l’influence de l’Angleterre, n’avaient eu d’autre intention que d’élever une barrière insuriuonlable entre l’empereur de Russie et Napoléon devenu^empereur des Français. Le but était atteint. M. d’Oubril avait demandé une réponse catégorique. Elle lui fut donnée le 27 juillet. Le ministère français lui déclara que, toutes les fois que la Russie remplirait les conditions du traité avec la France , la France serait prête à l’exécuter avec la même Gdélilé. Si le cabinet de Pétersbourg croit avoir quelque réclamation à faire, en vertu des articles 4, K el 6 de la convention du 11 octobre 1801, la France réclame l’exécution de l’article 5 du traité patent, par lequel il a été convenu entre les deux gouvernements de n’accorder aucune protection aux ennemis de l’autre État. Parmi les plaintes du ministère français, les plus vives concernaient M. de Markof, u véritable auteur de la désunion et du n refroidissement entre les deux puissances. Pen- » dant son séjour à Paris, cet ambassadeur s’est i> constamment étudié à encourager toutes les es- » pèces d’intrigues qui pouvaient exister contre » la tranquillité publique, et a même poussé la » déraison jusqu’à placer sous le droit des gens » des émigrés français et autres agents à la solde » de l’Angleterre » Après la citation de quel-

ques autres faits de même nature, le ministre français ajoutait : ■> Enfln le deuil que la cour de Rus- 1 BIf.XOV.

» sie vient de porter pour un homme que les B tribunaux de France ont condamné pour avoir » tramé contre la sûreté du gouvernement fran- » çais, est-il bien conforme à la lettre et à l’esprit » de cet article? » Le gouvernement français, à ce qu’il nous semble, commet ici la même faute que le cabinet de Pétersbourg. Quoique son grief contre la Russie puisse être fondé , c’est toujours pour lui un désavantage de reporter la pensée sur un souvenir que son intérêt serait de laisser dans un profond oubli. >

•I La France réclame l’exécution de l’article 9,

B portant que les deux parties conlraclanies ga- » rantissent l’indépendance des Sept-lles et qu’il » n’xaura plus dans ces (les de troupes étrangères,

» article évidemment violé parla Russie, puisqu’elle » a continué à y tenir des troupes, que depuis elle » les a renforcées avec ostentation, et qu’elle a » changé le gouvernement de ce pays sans aucun » concert.

n Enfln la France réclame l’exécution de l’arti- » de II, dont l’application évidente aurait été n qu’au lieu de se montrer si partiale pour l’An- » gicterre, et de devenir peut-être le premier auxin liaire de son ambition, la Russie se fût unie à la » France pour consolider la paix générale, pour » rétablir wn juste équilibre dans les différentes - » parties du monde, pour assurer la liberté des

• mers Le cabinet de Russie voudrait que la

» France s’astreignit à remplir les stipulations qui » sont à sa charge, sans lui assurer l’exécution de » celles qui sont à son avantage. Ce serait agir » comme un vainqueurlefaità l’égard d’un vaincu; n ce serait supposer que la France peut être jamais n intimidée par des menaces, on dans le cas de re- » connaître la supériorité de quelque puissance que

n ce fût L’empereur des Français veut la paix

» du continent; il a fait toutes les avances pour la n rétablir avec la Russie, il n’a rien épargné pour n la maintenir, mais avec l’aide de Dieu et de ses » armées, il n’est dans le cas de craindre pern sonne. »

Lorsque, dans leurs communications par écrit, deux grandes puissances sont, de part et d’autre, arrivées à un pareil langage , le moindre mal qui puisse en résulter est une cessation plus ou moins longue de tout rapport entre elles. La menace en avait été faite par le chargé d’affaires de Russie.

Sa réponse à M. de Talleyrand va la réaliser. Far une note , ou plutôt par un long mémoire en date du 16-28 août, M. d'üubril, en vertu d’ordres qu’il a eu le temps de recevoir de sa cour, reproduit tous les reproches qu’elle croit avoir le droit d’adresser à la France, et il termine cette énumération en disant que » l'empereur n’a reçu, sur tous

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