‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 152 sur 298 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

H CCS griefs, qu'une réponse qui denole l'intcnlion ' » (l’aigrir ()a\anlagc la Russie. »

louant aux récriniinalinnsdu gouvcrncinenl fran« çais, particulièreinenl sur l'article 9 de la conventiun secrète, conccrnanl la répuMique des Scpl-lles, M. d'Oubril prétend que, <> si des troupes russes » ont occupe une seconde fois cette république ,

I» c’est d'après le conscntcnicnt de la Porte Otto- » inanc, la demande des babitants, et à la suite » d’un concert préalable avec ta France,... L’cni- » pereur, •ajoute-t-il , n'attend que la nouvelle du Il départ de son chargé d'afTaircs de Paris, pour » faire intimer à la mission française de quitter Il la capitale..,. Sa Alajcstc se voit à regret obligée Il de suspendre scs relations avec un gouvernement » qui ne veut pas remplir ses engagements....

» L'empereur s'en tiendra à cette tnesure à la- » quelle la position respective de la Russie et de » la France lui permet de se borner, ces deux puis- )• sanccs pouvant se passer d’avoir des relations » entre elles... De même que c'est le gouvernement n français seul qui a amené cet état de choses de Il même c'est aussi de lui seul qu'il dépendra de » décider si la guerre s’ensuivra ou non...» H. d'Uubril conclut par la demande de ses passe-ports.

UneccMitrovcrsc plus prolongée ne pouvait guère avoir de résultat utile. Dès le lendemain, 120 août, le ministère français envoieà M. d'Oubril les passeports qu'il a demandés; mais en même temps on lui déclare qu’il ne devra franchir la frontière qu’au moment où l'on sera informé que le chargé d'affaires de France aura quitte les États de $. M. l'empereur de Russie.

Sans contredit, les plaintes du cabinet de Pélersbourg peuvent paraître justes sous plus d'un rapport; mais celles de la France ne sont pas non |ilus sans fondement. Où sont en effet les actes du cabinet russe pour l'exécution du plus grave de tous les articles secrets du 1 1 octobre 1801 ? Qu’at il fait pour rétablir l'équilibre dans les différentes parties du monde, pour assurer la liberté des mers?

Il devait agir, de concert avec la France, dans toutes les mesures de conciliation ou de vigueur, pour atteindre ce but. A la vérité, il est intervenu comme médiateur plus ou moins partial ; mais quelle mesure de vigueur a-t-il adoptée en faveur de la France ?

Relativement à l'article 9, concernant la république des Scpt-Ilcs, il est constant que des troupes russes, qui s’y trouvaient d'abord et qui en étaient parties, y avaient été remplacées par d’autres. Il est constant qu'au mépris de l’indépendance de cette république, placée sous la garantie commune des deux cabinets, ta Russie dominait souverainement dans CCS contrées. Cétait un commissaire

' russe, le comte de Mocénigo, qui, en 1805, avait présidé à l'établissement de leur constitution , et réglé tous les détails de leur organisation intérieure. En 1804. un autre ordre de choses y avait été introduit. Il se trouvait à la fois à Corfou , outre le commissaire russe, un général russe avec un corps de troupes, et un vice-amiral de la même nation avec une escadre assez considérable. Le commissaire, le général et le commandant de la marine formaient une commission impériale, qui avait envahi tous les pouvoirs militaires et civils. De ce poste avantageux, la Russie étendait son inOuencc sur les Grecs de l'Albanie et les Monténégrins, qui dès longtemps lui étaient attachés, et qui même, en cette circonstance, lui prêtèrent serment; mais la présence des troupes de Sa Majesté impériale, dans les Scpt-lles, avait été précédée de l'assentiment de la France! M. d'Oubril se trompe : il y avait eu, comme nous l'avons dit précédemment, tolérance du gouvernement français sur une chose faite, et non assentiment préalable. Hais admettons pour vraie l'assertion de ce chargé d'affaires; ch bien! le gouvernement français a donc dispensé la Russie de remplir quelques-unes des conditions à sa charge! Le gouvernement français a toléré, de la part de cette puissance, des empiétements, des usurpations de pouvoir! Mais s'il s'est montré ainsi tolérant sur des points qui offrent des moyens d'agrandissement et d'influence au cabinet de Pétersbourg, n’cst-ce pas évidemment sous la condition, exprimée ou tacite, de trouver à son tour et sur d'autres questions, dans ce cabinet, une juste réciprocité de condescendance? Le cabinet russe ne l'entendait pas ainsi.

La note en date du 9—21 juillet, par laquelle il adressait é la France d'impérieuses sommations, cl surtout celle d'évacuer immédiatement l’électorat d'Hanovre et le royaume de Naples, était au fond une véritable déclaration de guerre , car on comprenait à merveille qu'il n'était pas au pouvoir du gouvernement français, sans paraître trembler devant la Russie, de satisfaire à de pareilles demandes et à des demandes si superbement exprimées. Par celle du 16 — 28 août qui suspendait les relations entre les deux États, le meme cabinet ne faisait qu'ajourner le combat jusqu’à ce qu'il se crût en mesure de le commencer avec avantage. Peutêtre est-ce la fermeté, la dureté, ^i l'on veut, de la première réponse de la France à l'éclat fait par la Russie sur l'événement d’Ettenheim, qui a porté la cour de Russie à se décider d'une manière si hos- I tile dès le mois d'août 1804, mais il reste toujours . incertain si c'est un mal pour la France. Ces dispo- ' sitions ennemies que l'on cesse de dissimuler, ce ; n'est pas la note française qui les a fait éclore; elle

POLITIQUE EXTÉRIEURE

n'a fait que IcTcr le voile qui les couvrait. I^s choses sont restées ce qu'elles étaient; il n'y a qu'un masque de moins. • ^

Cependant le gouvernement français, tout en remettant des passe-ports à H. d'Oubril, ne regarde pas la question comme irrévocablement décidée. D'abord il cherche à gagner du temps ; c'est dans ce but qu'il a déclaré à M. d'Oubril qu'on le retiendra sur le territoire français jusqu'à ce que l'on ait reçu la nouvelle que la légation française sera sortie du territoire russe; et, dans l'intervalle, on va faire une nouvelle tentative à Pétersbourg, afin de s'assurer si le cabinet russe n'a pas, de son côté, quelque regret d'avoir précipité la rupture. Une lettre de M. de Talleyrand, en date du 18 fructidor (!$ septembre), adressée au chargé d'affaires de France en Russie, lui témoigne qu'on verrait avec plaisir cette puissance revenir à de meilleurs principes, et lui envoie une note qu'il doit présenter de manière à rouvrir à Pétersbourg la discussion fermée à Paris. Ce retour que fait sur lui-méme le gouvernement français est-il inspiré par la crainte d'avoir un nouvel ennemi de plus à combattre? Ce qui l'effraye, c'est un danger résultant de la situation nouvelle du général Bonaparte qui a cessé d'étre premier consul d'une république pour devenir empereur des Français. Jaloux d'affermir la dynastie dont il est le fondateur, Napoléon voit devant lui , comme un fantôme, menaçant , la dynastie ancienne. En créant une monarchie nouvelle, c'est lui-méme qui a multiplié les chances en faveur de l'ancienne monarchie, de l'ancienne maison royale. Pour un consul, pour un président, les Bourbons eussent été moins à craindre. Le sentiment d'une prévoyance inquiète a donc seul dicté sa nouvelle démarche. D'abord il cherche à se jusliflcr de toute provocation personnelle envers l'empereur de Russie, u On peut remarquer, dit Il la note remise par M. de Rayneval, que le gou- » vcriicinenl français u'a rien articulé qui ait porté » atteinte aux égards que se doivent de grandes n puissances, tandis qu'au contraire les plaintes » de la Russie ont trop souvent porté tur de tel* » ohjett, el été expriméee de telle ftiçon que la sù- » reté, la dignité et l'indépendance du gouverne- » ment français pouvaient s'en trouver offensées; r> mais enfin toutes ces discussions appartiennent » déjà au temps passé, et il n'est plus au pouvoir » de la Russie ni de la France d'empéchcr qu'elles » aient eu lieu. Il leur serait facile au contraire de n les mettre en oubli, car au milieu de toute cette » argumentation, le seul fait grave et qui reste, est n celui qui est relatif à l'exécution des traités subi> sistants, principalement en ce qui concerne l'in- » fluence respective des deux puissances pour la

» conservation de l'équilibre et de l'indépendance » des États circonvoisins. »

Sur ce point, la note française répète de nouveau qu'on est prêt à exécuter toutes les clauses des articles secrets à la charge de la France, pourvu que la Russie exécute pareillement celles qui la concernent. Après ce long préambule, arrive la question délicate, objet essentiel de la note. « L'inclination » particulière de l'empereur des Français , pour- » suit-on, l'a toujours porté et le portera encore à n une liaison de confiance, d'estime et d'amitié » avec S. H. l'empereur de Russie ; et l'idée qu'il » s'était faite de son caractère ne l’avait pas con- » duit à penser qu'après avoir traité avec lui, après » avoir reçu ses ambassadeurs, après avoir paru de » concert avec lui dans des négociations importan- » tes, après avoir même entretenu avec lui des rc- » lations particulières et intimes, S. M. l'empereur » de Russie aurait ensuite été portée à reconnaître n les prétentions, à tolérer les intrigues de la mai- » son de Bourbon. Lorsque Paul I” voulut mettre fin n à la guerre et renouveler les liaisons de la Russie n et de la France, la première démarche qu'il fit, n fut de retirer son intérêt à la maison de Bourbon, » et de cesser de reconnaître scs prétentions. C’est » aux intrigues de M. de Markof, à ses faux rap- » ports, à sa déloyale conduite, qu'on est forcé d'at- » tribuer le changement regrettable qui s’est manin festé dans les dispositions de la cour de Russie.

La note finit par assurer le cabinet russe , « qu'à n tonte époque S. H. l’empereur des Français sera >■ prèle à reprendre scs relations avec la Russie, et » à les voir ramenées jusqu'à la plus parfaite intel- » ligence. »

Le cabinet de Pétersbourg ne fut point touché par celte démonstration d'un repentir plus ou moins sincère. Il ne vit que le motif qui sans doute déterminait la conduite du gouvernement français, et ne fut pas fâché de sentir qu'il avait contre lui nnearme de plus. En général les grandes puissances du continent, malgré leurs hypocrites félicitations, n’avaicnl pas pu voir avec une véritable joie l'élévation du général Bonaparte à la dignité impériale. Devaient-elles en effet s'altendreà trouver plus traitable, comme empereur, l'homme dont elles trouvaient exagérées les prétentions comme premier consul ? Pour l'exactitude des faits , notre devoir est d’ajouter qu'en redoutant la partialité de la Russie pour la famille des Bourbons, il n'entre dans l'esprit du premier consul aucune idée de persécution contre cette famille. La lettre du ministre : des affaires étrangères a soin d'en faire la remarque I à M. de Rayneval. >< Qu’on leur donne un asile, » écrit ce ministre, qu’on leur accorde des secours » pécuniaires, il n'y a rien là dont le gouverne-

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