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CHAPITRE XXXVIII

POMTigUE EXTÉRIEURE.

Sujets divers de discussion entre la France et PAutriche. » Démarches de l’Autriche pour des échanges avec la Bavière. — Qoestion de la noblesse immédiate. — Mouvements de troupes autrichiennes. — Ménagements de la France pour l’Autriche. — Mandat conservatoire décerné par le conseil aulique. — Droits d’épave et d'incarnération. — Agitation de rAlleniagne méridionale, — Off're de médiation de la France et de ta Russie. — Conliniialiou des armeiiirnts de l'Autriche. — Lettre de M. de Tallcvrand, du U mars, sur les armcmcuti de l'Aulrirhe. — Déiuunstraiiuns bienveillantes de l'Autriche sur quelques objets. Rt fus de l'Aiitricbe sur le fait de ses armements. — Explications de rAuirichc. — Démonstrations amicales de ta France. — Conduite de l'Autriche A l'égard de la protestation du comte de Lille. — Négociation pour la reconnaissance de la dignité impériale en France. — Changement de position entre les deux parties. — L’Aulriebe rériamc la parité entre les deux maisona souveraines. — Fermeté de Napoléon à défendre les anciens droits de la France. — Proclamation de l’hérédité de la dignité impériale dans la maison d'Autriche, et reconnaissance de l'empereur des Français. — Reconnaissance du litre d'empereur d'Aiilriebe par l’induencc de la France. — Demande d'une augmentation de voles catholiques par la cour de Vienne. — ‘ Acquisitions de l’Autriche tolérées par la France. — Mauvais état des Hnaoccs de l'Auiricbe. — Disposition <k l’Autriche A l’égard de U France.

Deux sortes de points litigieux soûl en discussion entre la Fraucc et PAutricbc. La première espèce de ces débats est relative à ce qui regarde directement la France, comme la violation du territoire do Dadc et la reconnaissance de la dignité impériale dans la raniille de Napoléon; la seconde comprend les affaires d'Allemagne, qui sont ellesmêmes de diverse nature, mais dont la plus grave est celle qui se rapporte à la noblesse immédiate.

A l'égard de révéncnienl d'EUenheim « ta conduite de la cour de Vienne a été et sera au moins équivoque. Elle sera plus franebe sur rbérédité de la dignité impériale en France» parce que cette cour y verra pour elle -meme l'occasion d'un arrangement nouveau à son avantage.

L'affaire qu'il est le plus pressant de rapporter est celle qui concerne la noblesse immédiate, parce qu'elle est dcÿà l'occasion ou le prétexte actuel de mouvements de troupes et d'armements. A cette question, il s'en réunit plusieurs autres, parmi lesquelles ligure un prétendu recrufemen/

en Souabc, que veut exercer le chef de l'ciiipire d’Allemagne, tandis que les Étals secondaires vuu-

' On aaii que nnnwirrici on district de t’Inn, anléri«iireroenl appartcuam tout côtier A la Raviéir, était,

liraient s'en affranchir. Au milieu de ces difficultés, sont survenus des incidents qui ne tendent pas à en faciliter la solution; ce sont, par exemple, des propositions secrètes faites par des tiers à la cour de Munich pour la déterminer à céder au gouvernement autrichien la partie du district de l'Inn encore appartenant à la Bavière.

Par le cinquième des articles secrets de Campo- Formio, la république française avait promis d'employer ses bons offices pour que S. M, l’empereur d'Allemagne acquit la partie du cercle de Bavière, située entre rarcbcvèclic de Sallzbourg, la Salza, rinti et leTyrol. y compris la ville de Wasser burg, située aussi sur la rive droite de l’Inn. Le prompt renouvellement de la guerre n'avait pas alors laisse à la cour de Vienne le temps d'accom- {dir ce dessein, mais clic ne l'arait point perdu de vue. C'est de cette * portion de territoire qu'il est qucslion en ce moment. cour de Vienne a celte acquisition vivement à cœur, parce que ce serait pour elle une excellente frontière défensive, qui en même temps la rendrait maîtresse d'occuper la Bavière à volonté. Les agents de celte négociation

(laiu sa plus grande partie, rtalé à rAulriche par la paix de Tesehea en 177t>.

Cll.iPlTRR XXXVIII.

souterraine étaient le chargé d'affaires de la Suisse et un comte Fugger. Comme la cour de Munich effrayée, au lieu de se prêter aux désirs de l'Autriche, cherchera protection i Pélersbourg et surtout à Paris, ces propositions seront désavouées par le cabinet autrichien , ainsi que ses mouvements de troupes, mais personne ne sera dupe de ces désaveux.

On sait peu en France et on s'embarrasse peu de savoir ce que c'était que la noblesse immédiate. Cependant comme les débats qui la concernent prendront de la gravité ; comme, même en 18SÜ, on verra des membres de celte noblesse contrarier des rois qui voudront duntier des constitutions libérales à leurs peuples, il n'est pas inutile de ta bien connaître, et on la connaîtra complclcmeiit par une comparaison aussi simple qu'elle est juste cl vraie. Des membres de la noblesse immédiate ou de l'ordre équestre sont, pour le chef de l’empire germanique , ce que sont tes jésuites pour le Puiilire romain. Répartis dans les différents Etats germaniques, souverains dans le territoire qui forme pour chacun d'eux un Étal particulier, ils se regardent comme indépendants du prince dans l'arrondissement duquel leurs domaines sont situés, SC refusent à toute charge publique, et ne reconnaissent pour maître que l'empereur d’Allemagne. Depuis que le recès de l'empire, en 1805, a donné à rAUcmagiic une organisation nouvelle, les États de second ordre, devenus plus puissants, la Bavière, le Wnrlomberg, la Hesse électorale, le landgrave de Hesse-Darmstadt, cl plusieurs autres princes, ont cherché à ranger la noblesse immédiate dans la même classe que les autres nobles de leurs États; mais ces nobles, privilégiés dans le privilège même, ont invoqué la protection du chef de l'empire, et ne l'ont pas invoquée en vain. Leur cause en effet était la sienne.

A la fin de 1803, l’électeur de Bavière avait convoqué à Bamberg les membres de cette noblesse, possessioimés dans l'enceinte du territoire bavarois. afln de chercher avec eux des moyens de conciliation. Ceux-ci s’élaient rctuscs à son invitation, et l’empereur avait applaudi à leur refus. Peu de temps après, l'électeur avait fait entrer un petit détachement dans un village de l’abbaye d'Oberhausen, propriété impériale en Souabe, nouveau griefqui blessa encore vivement la cour de Vienne. Tous ces actes du gouvernement bavarois étaient coiirormes au système adopté par la Prusse dans les pays qui lui avaient été dévolus, mais il maoquail à l'électeur la force de la Prusse pour soutenir ou ses prétentions ou ses droits. On châtie dans le faible ce qu'on ne conteste pas à la puissance. D'autres procédés encore de la cour de Munich ,

des réformes, trop philosophiques aux yeux du cabinet autrichien, apportées dans les établissements du clergé bavarois, avaient élevé à Vienne une masse de ressentiments contre celle cour. On était si peu accoutumé â un tel essor d'indépendance, de la part d'un prince allemand, que l'élccleur parut être un esclave révolté, un sujet félon, digne d'étre mis au ban de l'empire. L'ordre fut donné â dix-huit bataillons autrichiens de marcher sur la frontière des États bavarois, et, dans le mémo moment, des troupes de l'armée du Tyrol se portaient dans la Souabe, en traversant des portions de territoire appartenant à la Bavière, sans les réquisitions préalables usitées en pareille circonstance. ^

Quoique le gouvernement français approuvât, en principe, la conduite de l'électeur de Bavière; quoiqu'il eût même promis à ce prince la dépouille de l'ordre équestre comme indemnité de l'évéché d'Aichsledl qui lui avait été retiré pour cire donné i l'électeur de Sallzbourg, l'intérêt dont il s'agissait cl la promesse même faite par la France n'étaient pas d'un poids égal au danger d'un choc dont il était impossible de {M’évoir tes suites. Aussi l'ambassadeur de France à Vienne et le ministre de France à Munich, sans attendre l’Ordre de leur gouvernement, s'accordèrent-ils pour recommanderà l'électeur de donner sans délai satisfaction à l’Autriche sur roccupalioii d'Oberhausen, dans la crainte qu'une étincelle, imprudemment remuée, n'embrasât le continent. L'électeur céda; c'était un parti dicte par la sagesse; mais l’Autriche ayant reconnu qu'il n'y avait point de disposition à une forte résistance, $e hâta de pousser plus loin ses avantages. Jamais en empire on ne vit d'exemple d'une rapidité pareille. Au lieu de s'adresser à la Diète de Ralisbonne, le directoire général de ta noblesse immédiate, conseillé par le cabinet de Vienne, porta scs plaintes au conseil aulique, sous prétexte que ce conseil était l'autorité constitutionnelle compétente, mais en réalité parce qu'il était exclusivement sous la dépendance de ce cabinet. Dès le même jour le conseil aulique décerne un mandai conserratoin. ayant pour objet la protection de la noblesse immédiate contre des ernpiclements ultérieurs, elsa réintégration dans l'état qui existait avant la prise de possession des indemnités. L’exécution de ce mandat est conRée à l'électeur archichancelier, aux électeurs de Saxe et de Bade, ainsi qu’i S. M. impériale, comme archiduc d'Autriche, avec la faculté pour ces princes d'agir ensemble ou iiparément, en sorte que l'Autriche pouvait remplir seule cette mission, si les

' Le 33 janvier IH04.

POLITIOIE EXTÉRIEURE.

autres princes venaient à s'y refuser. Contre tous les principes et les usages antérieurs , l'empereur l’accepte, et son acceptation est annoncée aussitôt.

A l'instant même, des lettres dékortaloires sont remises aux agents des princes inculpés, et si ces princes ne se hâtent d'obéir à ccs exhortations, ils peuvent sans aucun délai y être contraints par la force des armes. En cette circonstance la chancellerie d'empire, si célèbre par ses lenteurs, avait été j un phénomène d’activité. Le 30 janvier, tous ces actes étaient communiqués officiellement à Ratisbonne. L'Autriche se hâtait comme si elle eût craint que quelque intervention étrangère ne vint entraver sa marche. •

I.orsque la fortune lui sourit un moment, cette puissance n'csl pas de celles qui puissent s'arrêter. Tandis qu’elle se soulève contre des empiétements qu’elle prétend arbitraires, elle se crée à elle-même arbitrairement des droits nouveaux qu'elle sait rendre à l'instant utiles et productifs. A l'aide d'un droit d'épave imaginé par scs publicistes, elle met de tous côtés des séquestres, et s’approprie, comme tombées en déshérence et sans titulaire légitime , des propriétés éparses , fondations ecclesiastiques et autres, dépendantes de biens assignés à divers princes par le recès de 1803; système de conquête tout à fait irrégulier et violent, mais moins dangegereux encore pour l’objet en lui -même que par l’inconvénient de placer partout l’Autriche en contact comme propriétaire avec les États de second ordre. Plusieurs cantons suisses ayant de même quelques propriétés isolées en Souabe , l'Autriche leur applique la môme méthode. Seulement elle change le titre dont elle s’appuie ; et, au lieu d’un droit d'épave, c’est un droit d’incamération qu’elle fait valoir contre eux.

Ces procédés de l'Autriche et surtout le terrible contertatorium agitaient toute l'Allemagne. L’agitation s'accrut encore par un nouveau décret que lança le conseil aulique contre le landgrave de Hcsse-Oarmstadt, accusé d'avoir rompu la paix de l’empire. Après ces sentences inouïes du conseil aulique, dont l'existence depuis longtemps n’était guère qu’un vain num, on pouvait craindre de voir au premier jour le midi de rAllemagnc traversé et ravagé, dans tous les sens, par les troupes au- Iricbiennes, comme exécutrices constitutionnelles de ses décrets. Cet état de choses n’était pas moins inquiétant pour la France que pour l’Allemagne. Il importait d’ailleurs au gouvernement français de s’assurer si les armemeuts de cette puissance avaient uniquement les affaires germaniques pour objet, ou si, sous ce prétexte de débats intérieurs, on ne préparait pas un appui aux conspirations de l’Angleterre. La coïncidence pouvait être fortuite.

mais elle devait être suspecte. D’après le conseil du premier consul, qui crut devoir ce sacrifice au maintien de la paix, l’électeur de Bavière revint sur scs pas. Il se montra prêt à donner au cabinet autrichien la satisfaction qu’il désirait, et consentit à rétablir, à l’égard de l’ordre équestre, l’état de choses antérieur, sous la réserve de ses droits qu’il entendait défendre devant la Diète générale, ajoutant qu’il SC déterminait à cette démarche « par » égard pour les représentants du chef de l’empire, » les vœux du roi de Prusse et l’opinion de quelques » puissants amis. » L’Autriche reçut avec hauteur les soumissions de l'élcclcur de Bavière, rejeta les voies de négociation qu’il proposait, et parut décidée à user sans ménagement de l’ascendant qu’elle venait d’obtenir.

La Bavière, le Wurtemberg et les autres États intéressés avaient porté leurs réclamations â Pétcrslmurg en même temj)S qu’à Paris. L’empereur Alexandre les avait accueillies. Dans les derniers jours de février, on reçut à Vienne la nouvelle que ce prince était prêt à intervenir, concurremment avec la France, pour l’arrangement des débats relatifs à l'ordre équestre. L’accession du premier consul à cette offre de la Russie ne pouvait pas être douteuse. Elle fut notifiée le 10 mars à Ratisbonne; mais, comme on l'a vu dans le chapitre précédent, il n’y avait plus accord complet entre les cabihets de Paris et de Pélersbourg. C’était à Ratisbonne . où avait commencé la médiation des deux puissances, que la France voulait la continuer, tandis que la Russie voulait en transférer le siège a Vienne. Cependant déjà, par l’obéissance de l’électeur de Bavière au mandat du conseil aulique, l’état du paix aurait dû être rétabli; tout en Autriche aurait dù être rentré dans le calme le plus complet; mais il n’en était pas ainsi. Les remontrances du gouvernement français n’avaient eu aucun résultat. On continuait à faire des levées en Bohême et dans la Gallicie. A Vienne même, le recrutement s’opérait avec beaucoup d’activité, et tous ces apprêts menaçants avaient lieu encore aux premiers jours do mars , époque d'agitation de tout genre pour le premier consul. D'un côté, la conspiration de Georges, Pichegru et Moreau; de l’autre, les complots des Drake et des Spencer-Smith, qui pouvaient en faire supposer dont on n'était pas instruit, des rassemblements plus ou moins considérables sur les bords du Rhin, ne fùt-ce que celui des chefs principaux, et au-dessus de ces trames secrètes, de grands mouvements militaires effectués ou du moins commencés en Autriche; une telle réunion de faits suffisait assurément pour causer au premier consul les plus vives inquiétudes.

Dans son anxiété sur les vues réelles de la cour

CÜAnTûK XXXVIII.

Z'ôïi

de Vienne^ il fît écrire par HI. do Talleyraïul au comte Philippe de CubenUJ, ambassadeur de cetlc cour h pari<, anc Très- Terme, regardée à Vienne covflM jn^a^nt^par laquelle S. M. impériale 1 rap^r les troupes enroyées

en Souabe; I suspendre scs armements, et à rendre au gouvernement français la securité troublée par CCS alarmantes circonstances.

Au milieu des discussions relatives aux affaires germaniques et aux armements autrichiens, on avait été informe à Vienne de l'arrcslalion de Georges et de Pichegru , et ensuite de la mort du duc ■ d'Enghicn. Relativement à la conspiration de Georges, cette cour n'avail pas été, plus que les autres, avare de félicitations sur Tbeureuse découverte d'un complot» qui menaçait une vie aussi précieuse » pour l'Europe > que pour la France. » A l'égard de l’affaire d’Eltciiticim , le langage de l'ambassadeur autrichien à Paris n'avait eu rien d'iinprobatif. Si ensuite, pour no pas déplaire à la Russie, on avait élevé la voix à Ralisl>onnc, on l'avait fait sans aigreur et sans violence. Ün avait condamné sans ménagement la conduite de HM. DraLe et Spciicer-Smilh. C'était beaucoup. Lorsque l'ambassade française demanda que les émigrés qui pouvaient < se trouver dans les possessions autrichiennes , fussent éloignés à cinquante lieues des frontières de la France cl de la Suisse, celte demande fut accordée sans observations et même avec empressement. C'élail beaucoup encore. Celte reconnaissance du danger de leur voisinage pour le gouvernement français semblait être une jusliücatiun implicite des mesures qui avaient pu être prises contre eux.

Cepeiiduül on différait toujours de répondre à ^ la plus grave des demandes du premier consul, à celle qu’avait exprimé la lettre de 31. de Talleyraiid, en date du 9 mars. Vainement l'ambassade française à Vienne représentait que les préparatifs qui , suivant le cabinet autrichien , avaient été ordonnés par suite des affaires d’Allemagne, claienl hors de toute proportion avec le but qu'on leur supposait} que, dans le moineiil où le gouvernement français éprouvait, d'une manière si cruelle, i l'inreriiaie puissance des intrigues anglaises, il pouvait être porté à craindre que leur succès ne se bornât pas à corrompre quelques Français indignes de leur patrie; vaiiieinetil on demandait à être rassuré par le replacement des troupes autrichiennes dans leur première position, le ministère impérial éludait toute explication précise, se contentant de taxer d’iiijusUce les soupçons conçus sur ses sentiments pacifiques. 11 se plaignait de l'amertume

* Dépêche de Vienae, du 10 mars.

des reproches qui lui étaient adressés, promettait de jour en jour une réponse satisfaisante, et cette réponse, il ne la donnait pas. Lorsqu'il mil fin A sa réticence, ce fut seulement pour dire qu'on ue ferait plus de mouvenieuts nouveaux; que les troupes ne sortiraient PfiHl de leurs positions actuelles. Dans l'inlervalleÿ on poursuivait le recrutement, on formait des magasins dans la Stirîa et la Carinthie, à portée des armées d'Italie et du Tyrol, en envoyait des approvisionnernenls de guerre, des cai|^ns cl des caissons à Venise, on était dans une correspondance active avec la Russie, et tout porte à croire que, si on ne se détermina pas à prendre un ton menaçant, séesl que Pétersbourg était encore moins préparé que Vienne. Alors on voulut bien en venir aux explications, et on allégua, pour se disculper, les plus friyqki excuses. On était très-dispose â satisfaire aM^ésîn du premier consul. Le seul motif qui s’y opposât était « la crainte » de compromettre 3 la dignité impériale par un » mouvement rétrograde que la France semblerait » avoir ordonné. » Ces débats avaient duré près de deux mois. Le premier consul cessa d'insister, parce qu'il pût s'apercevoir que, s'il y avait eu une idée éventuelle d'agression, le cours des événements l'avait depuis fait abandonner.

Aux communications très -animées qui avaient eu lieu, le premieé consul avait mêlé aussi des protestations amicales. Il avait fait témoigner que la France trouverait bons et valables tous les avantages que l'Aulriche pourrait se procurer par la vote paisible des négocialions ; qu'il ne s'alarmerait que de ses mouvements et ne contesterait que les avantages acquis par celle voie. Ces démonstrations ne déplurent pas â Vienne. On y répondit par des procédés empreints aussi de bienveillance. Spencer Smith, qui s'élail retiré à quelques lieues de cette capitale, ayant désiré s'y rendre, la permission lui en fut refusée. H est vrai que l'ambassadeur Paget ne désirait pas beaucoup non plus la présence de ce collègue déconsidéré; on a honte du crime qui n'a pas réussi. M. Drake , qui avait cherché un asile à Sallzbourg, avait de même reçu ordre d'en partir. »

Le comte de Lille avait notifié à l'empereur la mort du duc d'Enghicn. Sa lettre, avait dit le ministère autrichien. était restée sans réponse, comme tout ce qui venait de la même source. Quelque temps après, ce prince adressa, sous la forme d'une lettre à l'empereur, sa protestation contre l'établissement de la dignité impériale dans la famille de Napoléon Honaparle. On dit encore que l'on n'y répondrait pas. ou que, si on y répondait, ce serait

* Dépêche de Vienne, du 15 avril.

pour déclarer qae S. M. impériale qui, dés le traité de Campo-Formio, avait reconou la république française , et qui mainlenaot reconnaissait Napoléon Bonaparte comme souverain héréditaire de la France/ ne pouvait pas admettre d'autres droits ! que les siens. Dans le moment où le cabinet autrichien tenait ce latgagc , il était effectivement engagé dans une discussion relative à la reconnaissance du titre d'empereur des Français, et préala- ; blemcnt il avait reconnu Napoléon comme souverain héréditaire.

Dans cette négociation, curieuse sous plus d’un rapport et dont on ne sera pas féché de connaître les traits principaux, le nouveau prince est loin de se présenter en suppliant qui demande une grâce. Par la réunion de la puissance de la nation française à la puissance de sa propre personne, il apparaît d’avance au niveau de tout, au-dessusde tout. Aussi, même avant les notiQcations oflicieiles, lorsqu'il fut question pour la première fuis, entre l’ambassade française et le ministère autrichien , du vœu émis en France pour conférer la dignité impériale à Napoléon, le premier mot de M. de CobentzI répondit à cette pensée générale : « C'est n assurément, dit-il, un collègue dont un ne peut » qu'être honoré. »

Après que les actes relatifs à l'hérédité eurent été consommés, et que la notification en eut été faite à la cour de Vienne, cette cour approuva sans difficulté la transformation de la république en monarchie héréditaire. Elle ne vit matière à réflexion que dans le choix du litre impérial. C'était un objet snr lequel on voulait s’entendre avec les autres cours >, et rien de plus conforme en effet aux anciens usages ; mais ces délais plaisaient peu à la France. » Pour que le chef du gouvernement ; » français soit empereur, disait l'ambassadeur de » ce gouvernement, la France n'a besoin ni de la Il reconnaissance ni de l'approbation des gouver- II nemenls étrangers. Une reconnaissance prompte Il donnera des droits à la bienveillance ; une recon- » naissance tardive sera une preuve de faiblesse et » de mauvaise volonté, n Le motif du cabinet autrichien pour temporiser s’était, dès le premier jour, laissé entrevoir. 11 ne tarda pas à se manifester ouvertement. En admettant le titre que vient . d'adopter la France, l’Autriche, qui marchait au ) moins de pair ^ avec les premières maisons de l’Europe, ne descendra-t-elle pas au second rang, lorsqu’une autre maison possédera un empire héréditaire, égal par le rang, supérieur par la puissance?

* 13 mai. I

* 10 mai.

’ 10 juin.

La pf6étiiiRcncc„ dont jouit en ce momoiit la maison d'Autriche, est accordée à remperour d'AlIciii.igne, mais la dignité (Tempereur <rAnemagiie peut sortir de cette mai.sou. Ou voudrait lui assurer l'égalité avec le monarque do France, mais il n'j- a |ws é"alilé entre un empereur héréditaire cl un empereur électif. Pour l’Iiypolliisc où le trône des Césars échapperait à l’Autriche, elle ne peut avoir la certitude de conserver .son r.ing , qu'en adoptant pour ses États héréditaires le titre pris par le souverain de la France. Deux ou trois conférences seulement avaient amené cette explication ; c'était beaucoup de chemin fait en peu de temps. •

Par la révélation de cette pensée secrète du cabinet autrichien, la position des parties est complètement changée. En ce qui concerne la France, la question est résolue. Déjà Napoléon est reconnu comme souverain héréditaire ; on ne réserve la reconnaissance du titre impérial, que comme la condition d’un arrangement que l'on désire. C’est du cAté de la France que sont maintenant les objections; c'est l’ambassade française qui a besoin de l'autorisation de son gouvernement, pour répondre au vœu qui lui est exprimé. A l'égard de l’empereur d’Allemagne et de sa prééminence , nulle opposition, mais relativement à l'égalité demandée pour la maison d'Antrichc , l’ambassadeur français, d’après ses. instructions actuelles « ne pent admettre que » le maintien des rapports ^ nsitès n entre les cours de Vienne et de Versailles. » Cette exigence du chef du gouvernement français n’a rien que d’honorable. Une ambition vulgaire , pressée d’étre satisfaite, se fût prêtée sans peine à des concessions peut-être plus étendues. Napoléon aime mieux sacrifier un intérêt personnel, retarder une reconnaissance qui le concerne lui et sa famille, que d’abandonner rien de ce qui a pu appartenir à l’ancienne monarchie.

Cependant l’ambassadeur de France a reçu des instructions nouvelles. Il déclare que si le chef de la maison d’Autriche prend le titre d’empereur héréditaire, le gouvernement français sera le premier à reconnaître ce titre. I.à naissent encore quelques difficultés d'une nature digne de rcmarqnc. L’Autriche veut des reconnaissances réciproques et simultanées * ; elle veut que pour faire reconnaître son titre impérial, le gouvernement français s’engage à la seconder de son influence ; elle veut qu'un exprime formellement u /a parf/édea » deux mataoita ^ louverainee, n Bizarre effet de la

4 38 juillet.

' 4 août.

POLITIQUE EXT^lÉURE.

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