‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 155 sur 298 · MM · texte numérisé non relu

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force qu* gouverne le monde ! C'est l’empereur d'Allemagne, celui dont l'aveu était nécessaire pour faire des rois, qui, pour prendre un titre nouveau, réclame l’appui de Pitinuencc française! C’est la maison d'Autriche qui demande à la maison Bonaparte la parité, et c’est celle-ci qui la refuse ! mais, il faut le répéter, en cette circonstance l'orgueil est de la raison. Le chef du guuvernemcnlfrançais ne prétend rien au delà des droits des aaeiens rois de France, mais il ne veut rien de moins. Quant à la simultanéité des reconnaissances, la priorité de la réelamalion faite par l'empereur des Français exige pour sa reconnaissance la priorité. D'ailleurs de telles clauses feraient de cette alTairo un mar- ; ché, un trafic qui ne convient ni à la dignité des i deux puissances, ni à la noblesse du titre qu’elles ! se donnent. De part et d'autre on désirait en finir; on essaya de se mettre d'accord sur la teneur de | la déclaration qui devait être signée par les deux parties.

Le cabinet autrichien aurait voulu stipuler que l'on se conformerait à ce qui s’était pratiqué à ' l’égard de .Marie-Thérèse, reine de Hongrie. L’am- j bassadeur français s'obstinait à conserver tous les i droits et toutes les prérogatives des rois de France, | l'objet de la contestation étant toujours pour l'Au- | triche d'arriver » à la parité de$ maisons régnan- \ >■ tes, » tandis que le gouvernement français u ne , I) voulait pas aller jusqne-là L » Enfin on tomba d'accord sur la rédaction suivante : « L’empereur , U des Français ne prétend rien au delà de ce qui » a été constamment observé vis-à-vis les souve- ; n rains de la France avant la dernière guerre, soit H à l'égard de l'empereur d'Allemagne, soit à l'én gard de l'auguste chef de la maison d’Autriche,

» pour le cas où les deux dignités ne seraient point » réunies dans la môme personne, confirmant sur n ces points l'article du traité dcCampo-Forniio,

» sans prétendre rien ajouter aux engagements que . » cet article impose au gouverneincnl de France. » { Le mot constamment, inséré dans cette rédaction, fut longtemps combattu par H. de Cobentzl, qui aurait voulu pouvoir s'appuyer sur telle ou telle époque, comme celle, par exemple, de Marie-Thérèse, pour fonder un droit sur un fait isolé, tandis que, par la rédaction à laquelle il fut forcé de souscrire, le droit ne pouvait résulter que d'un usage constant.

Cette négociation, habilement conduite par l’ambassadeur de France, M. de Champagny, offre une , idée frappante de l'infériorité de position où l'Autriche se trouvait à l’égard du gouvernement français, de la hauteur à laquelle Napoléon avait per-

■ 8 août.

sonnellement monté, et de sa fidélité à remplir un grand devoir, celui de ne pas abandonner, non pas senlement un droit, mais une simple prétention de l’ancienne France, quoique l'accomplissement de ce devoir contrariât son amour-propre et son intérêt , qui voulaient une reconnaissance prompte de sa nonvcllc dignité. Près de trois mois s'étaient écoulés dans ces discussions ; elles avaient commencé au milieu de mai , et ne se terminèrent que dans les premiers jours du mois d'août.

Le 10 de ce même mois François II , dans un grand conseil d'État et de conférence, auquel assistaient tous les ministres et chefs de département, ainsi que les archiducs et les grands dignitaires, se proclam» empereur d'Autriche , et annonça qu'il reconnaissait Napoléon comme empereur des Français. L'empire d'Autriche comprenait tous les Etats qui composaient la monarchie autrichienne, chacune de ses parties conservant d'ailleurs le titre qui lui était affecté. Le motif de celte détermination était la nécessité de veiller au maintien de l’égalité de titre et de dignité héréditaires qui convenaient aux souverains de l'Autriche, tant à cause de l’ancien lustre de leur maison , que sous le rapport de l'étendue et de la population de leurs Étals. U Pour affermir cette parfaite égalité de rang, por- » lait la patente impériale , nous nous sommes » déterminés et croyons être autorisés , d'après Il l’exemple qui nous a été donné dans le siècle prén cèdent par la cour impériale de Russie , et celui » qui nous est donné maintenant par le nouveau n souverain de la France , à déférer également à la » maison d'Autriche , par rapport à ses Étals indé- » pendants, le litre et la dignité d'empereur héré- » ditairc. » La litulatnre du nouvel empereur fut purgée d'anciens titres , provenant de possessions dont l'Autriche ne jouissait plus, comme celui de duc de Bourgogne et autres. On ne pouvait pas renoncer à celui de duc de Lorraine, qui était le nom de la maison régnante ; mais aucune prétention n’y était attachée.

Cette cumulation de deux couronnes impériales, fait nouveau dans l'histoire, qui en France parut tout naturel , ne fut pas jugée partout avec la même indifférence. Les plus faibles Étals de l'empire germanique , qui , dans leur soumission à l'empereur d'Allemagne , regardaient l’archiduc d'Autriche presque comme un égal, ne voyaient pas sans chagrin un membre de leur corps s’en détacher pour prendre rang bien au-dessus d'eux. En Prusse surtout ce changement était peu agréable. Cependant la France , d'après scs engage-

* La proclamation impériale ne fut cependant datée que du 11.

POLITIQUE EXTÉniECRE.

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ineiits, favorisant la reconnaissance de ce nouveau litre, la cour de Berlin ne fit pas longtemps attendre la sienne. Dès le 17 septembre, elle fut annoncée à Ratisbonne par le ministre prussien accrédité près la Diète de l'empire. La Russie opposa pendant quelque temps aux instances de la cour de Vienne un refus affeclé, qu’elle motivait sur le { concert présumé de cette mesure avec la France dans le but de faciliter la reconnaissance du titre d’empereur des Français. C’était par des démarches hostiles contre la France que le cabinet autrichien devait acheter la cessation de ce refus. Elle continuait à presser ce cabinet de réveiller à Ratisbonne l’alTaire de Bade, tandis que de son cété la France le pressait, non-seulement de tenir cette affaire assoupie, comme elle l’était déjà, mais de la terminer d’une manière irrévocable. Chacune des deux puissances mettait un prix à la complaisance du chef de l'empire germanique. Le chef de l’empire recueillit l'un et l'autre.

La répartition des indemnités, établie par le recès de 1803, ayant fait passer dans les mains de princes protestants, des possessions auxquelles des votes catholiques étaient précédemment attachés, ce qui avait détruit, au préjudice de rinfluence autrichienne, l’ancien équilibre des voles à la Diète, il était dans l’ordre que le gouvernement français, avant de prêter son appui à l’augmentation de votes désirée par la cour de Vienne, eût la certitude qu'elle ne se servirait pas contre loi du crédit qu'il consentirait à lui rendre.

Ce fut dans ces discussions que se passèrent pour l’Autriche les derniers mois de 1804 qui d'ailleurs ne furent pas improductifs pour elle, l'rofitant de la tolérance du gouvernement français, elle déterminait de petits princes à lui céder, pour de modiques sommes, des postes utiles dont le plus important fut Lindau , sur le lac de Constance. Ainsi le maintien de la bonne harmonie avec l'Autriche n’avait été rien moins que gratuit de la part du gouvernement français. Ce gouvernement l’avait payé par divers actes de condescendance , en se contentant d’allégations évasives pour des mouvements militaires qui avaient un but hostile contre lui , en conseillant à l’électeur de Bavière de se soumettre au mandat du conseil aulique, en permettant les séquestres et les envahissements exercés en vertu des droits d’incamération et d’épave, en autorisant par son silence des acquisitions faites à titre d’achat on d’échange; enfin en ne mettant point d'obstacles à l'augmentation des votes catholiques. i

Malgré ces concessions du gouvernement français, malgré l’humeur apparente de la Russie envers l’Autriche, il y avait, entre ces deux dernières

puissances et l’Angleterre, qui était leur centre commun, un point de ralliement indestructible, leur haine, leur jalousie innée contre la France république ou empire, passions toujours actives dans ces cabinets comme dans leurs ambassadeurs respectifs, et qui, à dater du premier jour de la paix, i n’avaient jamais cessé d’entretenir les semences d’une ubiivellc guerre.

Pcut'»êlrc le gouvernement français, pour la conservation du repos du continent, mettait -il plus de confiance dans le mauvais état des finances autrichiennes que dans les dispositions du cabinet. Il était difficile en effet que la détresse allât plus loin. Étrangère à toute idée de crédit public, au moment même où elle se disposait à faire de nouveaux emprunts, l’Autriche refusait le payement de sa dette, surtout à l’étranger, ce qui excitait les plaintes des anciens prêteurs et faisait baisser ses fonds sur toutes les places de l'Europe, particulièrement en Hollande et à Francfort. A défaut d'emprunts qu’elle ne pouvait plus obtenir qu’au taux le plus onéreux, elle n’avait d’autre ressource qu’une nouvelle émission de papier-monnaie et l’accroissement des impAts. Une patente impériale établit pour 1805 diverses sortes de taxes extraordinaires, une taxe sur les biens et une contribution personnelle. Dans des pays où l'intérêt des peuples aurait eu quelque poids sur la détermination des gouvernements, la prolongation de la paix eût été regardée comme un besoin indispensable. Là où les populations ne sont que des instruments d’ambition et de puissance, do telles considérations n’arretent point les cabinets.

La situation de l’Autriche à l’égard de la France peut se peindre en deux mois. Cette puissance, qui n’a jamais renoncé entièrement à aucune des cessions qu’elle a faites, veut la guerre depuis le traité de Lunéville , comme elle l'a voulue après le traité de Campo-Formio. Son unique pensée est de SC préparer à une guerre éventuelle; et déjà, si on ne considère que la force numérique, son armée est redevenue très-redoutable. Elle n’a pas moins de trois cent quatre-vingt mille hommes sous les armes. Malgré ce qui manque au matériel de cette armée, malgré le mauvais état de ses finances, assurée de l’alliance de l’Angleterre, presque assurée de l’alliance de la Russie, elle fera la guerre dès qu’elle croira le moment favorable pour la faire, même avant d’en avoir tout à fait rassemblé les moyens. Le gouvernement français espérait avoir le temps d’entreprendre l’expédition d’Anglei terre avant d’avoir à combattre d'autres ennemis.

C'était une erreur, A la fin de 1804, il comptait,

' par années, la durée prolntfolc de la paix continentale; il ne fallait plus la compter que par des mois.

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