CHAPITRE III
gyplG, pour ne s’en dessaisir jamais. Cette fois, en eflet, la possession est entière et sans réserve. Plus rrennemis pour l’armée frane.iisc sur ce territoire reconquis. Mourad-Bcy est un allié Qtlèie, ou même un sujet dévoué. Kléber lui a conllé la haute Égypte pour la gouverner comme tributaire et au nom de la république. Ces deux vaillants guerriers s'claicnl entendus sans se voir; ils s’estimèrent plus encore après s’étre vus. Ile iongtemps aucune puissance ne sera en état de tenter une entreprise que Kléber doive redouter, aujourd'hui qu'il est résolu ■ à mettre dorénavant * toutes ses I» operations en rapport avec i'inlérét du gouver- » ncnienl français. »
Des écrivains, qui croient honorer Kléber en le présentant comme cnnomi de Bonaparte, alToctcnt de dire qu'il prit surtout la résolution de garder l'Égypte, U en haine de l'homme qui avait usurpé • la souveraineté en France. » Pour obscurcir la gloire de celui qu'ils accusent, ils rapetissent le caractère de celui qu'ils louent. On a dit encore, avec aussi peu d'exactitude, que u les talents de » Kléber avaient excité la jalousie de Bonaparte. » Quels sont donc entre eux les points de cumparaîsun cl de concurrence? quelles balaillcs Kléber avait-il gagnées alors, pour les placer à côté des «leux campagnes d'Italie, et de la campagne même d'Égypte? Kléber n'a jamais commandé en chef. Plusieurs fois le commandement supérieur lui a été offert» ei chaque fois il l'a refusé : singularité inexplicable d'un orgueil qui dédaigne de coni> inander et qui ne veut pas se plier à obéir. Employé au second rang, par son propre choix , il sc vengeait de cette volontaire iiifcriorilé par des epigrammes contre celui qui occupait le premier rang, suit Beurnonville, soit Jourdan, soit Moreau lui-niémc. En Égypte aussi il avait essayé de soutenir son caractère de frondeur; mais là les sarcasmes avaient peu de succès contre un homme qui ne tes craignait pas. Désarmé du trait de la plaisanterie, tantôt il caressait une haute supc* riorité, lanltVt il affectait les formes chagrines du
mécontentement. Si, plus tard;, U dénonça Bonaparte au directoire 'CxécDtir, U avait auparavant, dans une lettre d'une francbjsc hardie, dénoncé, pour ainsi dire, le directoire au général Bonaparte; confidence politique d'un homme prévoyant, qui, devinant dans le général Bonaparte l’heureux chef de parti, lui confie * son avenir. De son côté, le général en chef, appréciant Kléber, se servait de lui sans le craindre, et lui pardonnait ses travers en faveur de ses belles qualités. Il ne craignait pas de s'abaisser en faisant les avances. Quelques reproches, adressés à kiéher sur son administration à Alexandrie, ayant blessé son àme irascible au point qu'il demandait à quitter l'armée, « sur le >• sol de l'Égyple, lui écrivit Bonaparte, les nuages ■ passent en six heures ; s’ils étaient de mon côté, n ils seraient dissipes eu trois. » Ainsi sc conduit j Bonaparte envers l'homme ^ dont on suppose qu'il redoute la rivalité, l.e jaloux Bonaparte prodigue l'élugc à Kléber dans le compte qu’il rend des exploits de l'armée. Kii parlant, il le choisit pour son successeur : consul, il lui donne les plus hauts léniuignages d'estime; et, si nous devions en croire les faux amis de Kléber, ce général n'aurait obéi qu'à un sentiment d'animosité individuelle en prenant la délcrnunalion de s'établir en Égypte d'une manière stable, délerminalion d'ailleurs si conlôrme à rinlcrét de la France! Non, de plus nobles pensées ont enflamme son âme, depuis qu’une grande circonstance a fait taire en lui les mesquines passions de l'aiuour-proprc et de l'envie, pour n’y laisser que celles d’une généreuse fierté. Kléber a compris enfin la grandeur de sa mission. Il a senti qu'elle n'csl pas au-dessus de ses moyens, et il sc consacre tout entier à la remplir noblement.
En parlant de sa lettre au directoire, de celte lettre où il peignait l'armée comme découragée et sans moyens de défense, la prolongation de l'occupation de l'Égypte comme insensée, cl la conservation définitive <lc ce pays conmic impossible, j'ai dit que cette lettre de Kléber serait briliam-
* Expressions tie l'ingénietir Martin. Tome II. p. OU. : n rie; bon mancru^Tier, quoique élevé en Autriche; mats
* Lettre du 19 juillet Î71K>. Sur le bruit d’un luouve- ' • indolent, orgtteilleux jusqu'à rexeès. satirique, fronrnent à Paris, Klélwr demAOtle au ;;énéral Bonaparte ce •> dciir, parce que c'est un métier commode, et que sa qui en est. « J'ai résolu, mon générai, lui dit-il, de vous ! • paresse et sa vanité y trouvent leur compte. C'est un
• suirre pariotii. Je vous suivrai égaleuieni en France. | • homme qui, à In guerre, tout en ninisant, en plaisan-
• Je n’obéirai pas h d'autres qu’à vous. • ; » tant, en Urbnnt de verserdu ridicule sur les gens aux-
* ün jour Masscnn ayant demandé quel homme c'était * • quels il a afeire, se laisse pousser Jusqu'au bout du que ce général Kléber dont on parlait si diversement , | • fossé. II est vrai que là son amour-propre vient à son le premier consul lui répondit : « Figurex-vous un j • secours, il rappelle sou talent, et bit quelquefois de f homme d’une haute stature, d'une figure imposante, | • fort brllrs choses, comme on vous l'a dit. « Les per-
• le plus bel homme de guerre que vous ayez jamais vu ; j sonnes qui ont connu Kléber ont trouvé ce portrait d'une i> de l’esprit, de finstruction, du coup d'sii ; ayant rom- ‘ prfaiie ressemblance.
n inenré comme vous par la bonne école, parl’infaole-
ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE
ment réfutée par Kléber lui-méme. Pouvail-il en efîct se donner un plus glorieux démenti? Ne di* rait-on pas que jusqu'alors il s'élail mal connu, qu'il avait ignoré la vraie mesure de sa propre hauteur? U fallait que Bonaparte, l'Aiiglclerrc cl la Porte Ottomane se réunissent pour lui révéler toute l'étendue, toute la puissance de son génie. Qu'il vive, et l'Égyplc est un établissement français, d'où ne le chasseronl ni les débarquements de l'Angleterre, ni toutes les forces de l'empire ottoman.
A l'exemple de son prédécesseur, le général Kléber mit tous scs soitis à se créer, dans le pays même, des ressources et des forces nouvelles. On sait que le général Bonaparte avait ajoute à sa cavalerie un régiment de dromadaires qui avait rendu les plus grands services à l’armée, en contribuant surtout à la délivrer des incursions des Arabes. Il avait également formé une légion d'étrangers, dont il avait donné le conimaiidcmcnt à un Grec, Nicolo Papas Oglou ; et cette légion, portée à quinze cents hommes, avait combattu à côté de nos troupes avec beaucoup de dévouement et de courage. A ces créations, Kléber en ajouta quelques autres qui ne furent pas moins utiles. Telle fol la levée d'une légion de cophtes qui, en leur qualité de chrétiens, devaient désirer raffermissement de la puissance française en Égypte; tel fut encore le recrutement de quelques demi-brigades, à l’aide d’esclaves noirs qu’il fit acheter aux caravanes qui les amenaient d'Ethiopie. Ces noirs, fîcrs d’étre traités en hommes libres, payèrent plus tard, par leur fidélité, le prix de leur aiïranchissement. Un parc de cinq cents chameaux fut établi aCn de procurer promptement, au besoin, des moyens de transport.
Non moins attentif à s’assurer l'aflcction du pays qu’à renforcer l'armée, Kléber perfectionnait l’administration, et par sa droiture, par sa justice, faisait aimer aux habitants un joug dont ils sentaient d'ailleurs qu’il leur était impossible de s'affranchir.
L'Europe cependant avait appris la bataille d'Héliopolis et scs résultats. La violation la plus odieuse de tous les droits des nations n'avait produit pour le gouvernement anglais que des fruits amers et sanglants. Ce n’est pas que la destruction d'une armée ottomane de près de quatre-vingt mille hom-
' I.curo de M. Moricr au général Kléber, en date du 2 juin.
’ Après la révolte du Caire, en 17118. les scheicks étant venus implorer la clémence du général Bonaparte, celuici traita surtotit avec licaticoiip de distinction un petit vieillard d'entre eux. le sclieick Sadn. Il le baisa sur la joue et lui fit mille caresses. Quand ils se furent retirés,
mes lui causât de bien vifs regrets, fjecoup sensible pour ce gouvernement était la consolidation de la puissance française en Égypte, par l'elTet tnéme d’une perfidie dont il n’avail moissonné que la honte. Cette même convention d'El-Arisch, foulée aux pieds par ses ordres, il la réclame, il In redemande, il fait déclarer ^ à l'armée française que rien ne s’oppose à son exécution. On dirait qu'il lui pèse d'annoncer son repentir, car il choisit pour cette première notiÛcalion le plus obscur et le moins recommandable de scs agetils. Ce personnage, M. Morier, que l'ambassadeur britannique a Constantinople, lord Elgin, avait placé auprès du grand vizir pour suivre les opérations de l'armée ottomane, ayant eu, dans sa fuite, la maladresse d’oublier à Damiette un portefeuille qui fut porté au général Kléber, on avait vu, par scs propres papiers, que sa mission avait eu pour objet principal une ruse de guerre d'une telle nature, que le commodore Sidney-Smith avait refusé d’en seconder l'exécution. On juge avec quel sentiment fut accueilli par les Français un tel message, transmis d’ailleurs par l'intermédiaire d'un tel homme.
D’après la nouvelle direction des idées du général Kléber, tout prenait un cours satisfaisant et prospère, lorsque le poignard d’un Ravaillac musulman vint ravir ce vaillant chef à l'armée et la possession de l'Égypte à la France. La fatale nouvelle retentit aussiUH dans le Caire et répandit dans toutes les âmes une profonde consternation. La douleur du soldat était terrible cl menaçante. Au plus vif désespoir se joignait une sombre inquiétude cl une ardente soif de vengeance. De son cété, la population aflligéc de la perte d’un maître devenu un bienfaiteur, craignait de voir tomber sur elle le châtiment d'un crime dont elle était innocente. La fureur, l'cITroi se manifestaient de toutes parts. Enfin au bout de quelques heures, le coupable fut saisi, cl tout prouva que le meurtrier, nommé Souleyman El-Alépy, envoyé de Gazah au Caire, n'était qu’un fanatique subalterne, enivré de promesses temporelles et célestes, dont l'enthousiasme, exalté par les fîrmans provocateurs du gouvernement turc, avait prétendu punir, dans le général Kléber rennemi du prophète et le vainqueur du grand vizir.
Par une incroyable fatalité, Desaix et Kléber
il dit A Kléber : Savez-vous quel est celui à qui j’ai montré tant de préférences? Non, répondit Kléber. — C’est l’auteur de la révolte. — Sacredieu, je l’aurais fait fusiller. — Lorsqu'en 1800, Kléber, ayaui repris le Caire à force armée, exigea, pour punir cette ville, une coiitribuliuii extraordinaire de douze millions de francs, ce même sclieick refusa de payer la somme à laquelle il