‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 163 sur 298 · POLITIQUE MIXTE D'ORDRE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

POLITIQUE MIXTE D'ORDRE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR

Simultanéité de* divenes opérations de l’empereur. — Désir de Napoléon d’étre sacré par le pape. — lnvit,-itioii transmise au saint-pére par la voie de son lépat en France. —'Consistoire ei conditions mises au voyage du saint-père. — Objections nourelles de la cour de Rome. — Système interprétatiF è l'usage de la cour de Rome. — Prétention du pape à placer la couronne sur la tête de Napoléon. — Proclamation de l'intégralité de la république italienne. — Lettre de l’empereur au pape. — Réponse du pape. — Réclamations de la cour de Rome. — Suppression des jésuites et autres congrégations non autorisées. — Cété honorable du caractère de Napoléon. — Convention avec la république ligurienne. — Résumé de la position de la France à l'égard des cabinets étraugers.

Comme, pour donner une idée exacte des travaux sans nombre auxquels se livre le chef d’un grand empire, l'historien est obligé de suivre séparément chacune de ses opérations, le tableau qu'il présente perd nécessairement en grandeur ce qu’il gagne en clarté, ou plutôt ce n'est plus un tableau unique, c’est une suite de tableaux détachés dont il Faut que l'imagination du lecteur rétablisse l'ensemble par le souvenir de leur simultanéité. Cet inconvénient n'est nulle part aussi diflicile à éviter qu'à l'égard d'un homme qui a fait marcher de pair le plus de projets et d’entreprises, qui a embrassé le plus d'objets à la fois et dans les proportions les plus étendues; d'un homme, dont l'esprit vif et précis passe sans cfTort d’une question à une autre, tout entier à la question présente, oubliant celle qui l’a précédée, comme si elle n'existait pas, et, après de nombreuses divagations sur diverses matières, reprenant au même point le sujet qu'il avait quitté, comme si, dans l’intervalle, il ne s’y était interposé aucune idée étrangère. Toutes les négociations que nous venons d’exposer successivement, les mesures d'ordre constitutionnel ou législatif dont nous avons

■ On disait à Gusiave-Wasa que son couronnement ciait une cérémonie absolument nécessaire pour consarrer sa royauté et même pour faire perdre à ses envieux

vu l'application , les préparatifs militaires et maritimes que nous avons déjà indiqués ou que tious indiquerons bientôt, toute cette masse de desseins en exécution, de faits commencés ou accomplis, est de la même date, appartient aux mêmes mois, aux mêmes jours, et peut-être la même heure a promené, sur ces desseins, ces questions et ces faits, la pensée rapide de Napoléon.

Aux négociations diverses déjà rapportées , une autre se joignait encore, qui, probablement à scs yeux, n'était pas l’une des moins importantes alors, une négociation avec la cour de Rome. Napoléon venait d'être élevé à l'empire. Un assentiment, tel que n'en vit jamais aucun fondateur de dynastie, environnait le berceau de la sienne; jamais prince nouveau ne s'assit sur un pavois orné de tant de lauriers; jamais d'autre consécration ne fut moins nécessaire. Sa politique plus exigeante en réclame cependantune ' de plus, la considération religieuse. Il connaît ce qui frappe l’imagination des peuples, ce qui agit sur les esprits, même à leur insu, même malgré eux ; mais, s'il admet l’intervention de l'Église dans son couronnement, il ne peut admettre, pour agent de cette intervention, que le chef même

ei à ses ennemis secrels l'espérance qu’il pût jamais arriver aucun changement dans sa fortune.

VravoT.

aiAPITIlE XLI*

(le régtis«. Le ministère du niètropolilain de Rheiins peut suflire à des héritiers qui se sucré* dont dans une ramille établie; il faut, selon lui. à une race nouvelle, un sceau extraordinaire apposé par les mains qui communiquent de plus près avec le ciel. Au moment tnéinc où Napoléon va être proclamé empereur, des communications confidentielles ont été ouvertesavcc le sainl-siége pour engager le souverain pontife à ce grand acte de condescendance.

Les premières paroles en ont été portées au cardinal (!aprara , légat du saint -siège à Paris; et, soit inadvertance du ministère français, suit calcul de sa part pour rendre la négociation plus facile, sauf à itiodifier ensuite ses premières propositions, soit inexactitude du cardinal-légat à rendre les expressions mêmes de ta deinande française, le saint-père avait été originairement invité à se ren- (Irccn France pour sacrer et coMronner rempercur Napoléon. Avant de prendre un parti à Hume sur cette iiivilatiuii, on sc hâta d'en saisir les termes les plus favorables aux prétentions romaines, et d\v attacher l'idée que Sa Sainteté exécuterait le sacre cl le couronnement.

Cependant, sur une demande si grave, le saintpère ne pouvait pas sc décider seul. Un consistoire fut aussitôt assemblé. Sur vingt cardinaux * alors présents à Rome, dont sc composa le conseil, cinq votes furent négatifs. Le refus de cinq cardinaux fut péremptoire, absolu et invincible. Quinze votes furent anirmatifs, mais avec des Gonüitions. ]*our fournir au saint père un motif valable de s'éloigner de la capitale du monde chrétien, l'empereur Napoléon , indépendamment du désir ü’èlrc sacré et couromié par le souverain ponlifc. devait exprimer le VŒU que Sa Sainteté pût, par clie-méme et sur les lieux, traiter les affaires qui intéressaient le bien de la religion dans l'empire français. 11 assurait Sa Sainteté qu'elle serait écoutée avec faveur lorsqu'elle prouverait irrèsistihlcmenl qu'il y a quelques articles des lois organiques qui outre-passent les libertés de l’Église gallicane. Les articles suivants avaient pour objet l'entière observance des honneurs dus au pontificat, la faculté pour le saint-père de recevoir avec le même empressement tous les evéques français de quelque bord qu’itê fussent, c'est-à-dire, ceux qui avaient rejeté comme ceux qui avaient accepté la constitution civile du clergé, décrétée par l'assemblée ronsliluanlc, enfin le désir du pape de remettre son départ de Rome, a la rinfrescata, au commencement de l'automne.

Ces conditions qui d'ailleurs n'avaient rien d'inadmissible, sauf quelque modification légère dans

‘ Leiircde Rome, <lu 10 juin.

I la rédaction, suffiraient seules pour démontrer que la cour de Rome est toujours fidèle à son même esprit, et que les plus grands changements survenus dans le reste du monde, n’en apportent aucun ’ à scs prétentions cl à scs doctrines ; mais ces difficultés ne furent pas les seules que l’un eut à vaincre. Lorsquecespremièresrésolutions furentaduptées dans le conseil des cardinaux, on ne connaissait pas encore à Rome le texte du serment que l’empereur devait prêter. La lecture de ce serment fil une profonde impression sur le saint-père; il crut y voir des promesses injurieuses à fa piété d'un monarque catholique, désespérantes pour l'Église et contraires à scs maximes. Nouveau consistoire, nouvel examen. Deux propositions furent jugées malsonnantes, savoir : rengagcriicnt pris par l'empereur de respecter et faire respecter « les n lois du concordat; » de respecter et faire respecter n la liberté des cultes, h La question parut être tout entière remise en problème. On allégua des raisons négligées d'abord. On parla de la faible santé du saint-père, des affaires importantes qui rendaient nécessaires sa présence à Rome. On rappelait que le voyage de Pie VI à Vienne n'avait pas eu un résultat favorable aux intérêts de la religion. 11 était à craindre que la preuve extraordinaire de déférence qui serait donnée par Sa Sainteté à l’empereur Napoléon, ne causât du mécontentement à plusieurs autres puissances. Ailleurs la demande du gouvernement français était d'une nature toute nouvelle. Les exemples des papes Zacharie et Étienne ne pouvaient même pas être invoqués. Zacharie n'était pas venu en France pour sacrer Pépin, qui déjà avait été sacré par saint Roniface, archevêque de Mayence. Ce n'était point non plus pour sacrer ce même prince que le pape Étienne 111, successeur de Zacharie, s'etait rendu à sa cour, mais pour implorer son appui contre Aslolphe, roi des lA>mbards. Seulement Pépin profita de la circonstance pour se faire de nouveau sacrer et couronner par lui. Le couronnement de S. M. l'empereur serait donc te premier * en ce genre.

Il était visible que toutes ces objections n'élaienl élevées que pour donner plus de prix à la complaisance du saint-père. Après avoir montré la difficulté, on se prêta aux moyens de la faire disparaître. Sur les deux propositions du serment impérial dont on était blessé, on ne voulait que des explications que l'on tiendrait aisément pour satisfaisantes. Il devrait être entendu que U promesse de respecter et faire respecter les lois du concordai portail uniquement sur le concordat proprement dit, et non sur la loi organique qui en avait accom-

* Dépêche du dhjuio.

POLITIQIE MIXTE D'ORDRE mTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR.

pogné la publication. Relativement à la liberté dêt | CMlUê, le serment devait ne lier l'empereur qu'à { la tolérance civile, distinction assez difliciie à comprendre, puisqu'on reconnaissait que, par son serment, l'empereur était tenu à proléger le libre exercice de tous les cultes autorisés dans l'État.

Quoi qu'il en pût être de ces subtilités romaines dont le débat remplit les mois de juillet et d’aoüt,

H restait toujours un point sur lequel on avait (le la peine à se mettre d’accord. C'était, comme je t'ai dit, ou une faute du ministère français ou une amorce offerte au saint -siège, que d'avoir, dans les premières insinuations, parlé du sacre et du couronnement de l'empereur par Sa Sainteté. Ix>rs* qu’on avait vu à Paris que la cour de Rome avait pris à la lettre le mot de couronnement, on avait fait entendre au cardinal-légal que le pape sacrerait l’empereur, mais sans lui mettre la couronne sur la tète, k Rome on demandait à l'ambassadeur de France, le cardinal Fesefa, de concilier cetlc dernière déclaration avec la première. Celui-ci se i contenta de répondre qu'en France on entendait que Sa Sainteté ne ferait point le couronnement civil. Celte cxplicaiion ne satisfaisait point losainlsiége. On parut croire ou on affecta de croire qu'il y avait deux sortes de couronnements projetés, et, parlant de cette hypothèse, le ministère pontifical témoignait que « le saint-père étant invité à se w rendre à Paris pbur placer de m mat'n ^ la cou- » ronne impériale sur la tête auguste de Sa Malt Jesté, il ne croyait convenable d'aucune manière « que cette cérémonie pût être exécutée par une •• autre main pendant le séjour de Sa Sainteté à N Paria, quel que fdt le litre de la personne qui en

serait chargée. * — Assurément on comprenait très-bien quelle était l'intention de l'empereur sur ce point; on élevait des obstacles, pour avoir à faire des concessions de plos.

I.a cour de Roora n'avait pas osé faire, du voyage de Sa Sainteté en France, une question d'ordre tout à fait temporel. Ménager la catholicité tout entière, mettre en sôrelé la eonscience du pape, telles avaient été les allégations sur lesquelles avait roulé le débat officiel; mais on s'élail réservé à introduire plus tard dans la discussion certaines demandes qui eussent pu contribuer beaucoup à rocUrc la conscience du saint -père en sdrelé. I>a

' L>cltre du cardioal Gooulvi, du 30 août.

* « Trois provinces pour uo voyage à Paris, dit l'au-

* leur des Quùtrv Concordatê, certes, ce n'étaient point

• des pas perdus. • Célaient donc des pas perdus, car, noo-seulemeot Napoléon D’avait point promis ces trois provioees, mais la cour de Rome ne 1rs avait pas demandées. Céuiil un bruit publie ; ce bruit était faux.

1 BIGVOV,

prévoyance du premier consul ne fut pas en défaut, et on ne dissimula pas le déplaisir qu'on éprouva en voyant ces demandes ^ rendues à peu près impossibles par un article du Moniteur sur le maintien de rintégralilc de la république italienne. Sans articuler alors aucune prétentiun nominative, on revenait souvent avec chagrin sur CCI article du Moniteur, qui semblait avoir eu pour objet u de ne pas même laisser d'espoir à Sa n Sainteté, n

Au milieu de ces pourparlers, la question principale était résolue de fait. Il fut convenu que l'empereur écrirait au saint -père, et l'on convint même, sinon des termes, du moins du sens dans lequel sa lettre serait conçue. L'empereur écrivit cette lettre de Mayence le 13 septembre, et Ia fil porter au pape par un de ses aides de camp, le général Caffarelli v Très -Saint -Père, disait-il, n l'heureux effet qu'éprouvent la morale et te ca- <• ractère de mon peuple par le rétablissement de » la religion chrétienne , me porte à prier Votre » Sainteté de me donner une nouvelle prouve de » rintérél qu'elle prend à ma destinée et à celle » de cette grande nation, dans une des circonstan-

* ces les plos importantes qu'offrent les annales

■ du monde. Je la prie de venir donner, au plus

■ éminent degré, le caractère de la religion à la » cérémonie dm $acre et du couronnement du pre- » mier empereur des Français. Celte cérémonie

! ■ acquerra un nouveau lustre, lorsqu'elle sera faite X par Votre Sainteté elle -même; elle attirera sur » nous et sur nos peuples les bénédictions de Dieu.

* dont les décrets règlent à sa volonté le sort dcL » empires et des familles. Votre Sainteté connaît a les sentiments affectueux que je lui porte depuis

■ longtemps... » Ainsi, pour donner une sorte de satisfaction à la cour de Rome, Napoléon avait fait entrer, dans son invitation , les mots de sacre cl de couronnement, mais ils y étaient placés do manière à ne pouvoir former, pour le saint-père, un titre à vouloir s’arroger l'apposition delà couronne.

La réponse du saint-père annonça son prochain départ pour la France. Il donnait au premier empereur des Français celtegrandc preuve d’affection, par reconnaisunce pour le passé , par espérance pour l’avenir. Elle était le prix des services que Bonaparte, général ou consul, avait rendus à la re-

* M. de Bourrienoe dit , tome VI, page 904, que le tê^ur de l'empereur è Mayeoce fut marqué par sa première inilative de négoeiation avec te $ainl-»iége, et que ce fut le général Caffarelli qu'il chargea de eetie DégociaiioD. On voit à quoi te réduUit la mÎMiuti de ce général.

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