CHAPITRE XLt
ligion ; le prix anticipé que, dans une position plus élevée, Bonaparte empereur lui rendrait encore. Ainsi le déclara le saint -père dans une allocution qu’il adressa aux cardinaux, avant de quitter la capitale du catholicisme pour se rendre dans la capitale de l'Europe. Les exemples de ses prédécesseurs faisaient plus que justiOer sa conduite, et, en réalité, dans la circonstance nouvelle, la justification n'était nullement nécessaire. Quand Etienne III versait l’huile sainte sur le front de Pépin, le prince légitime était encore prisonnier de l'usurpateur qui le remplaçait. La chute des Bourhoiis n’était point l’ouvrage de Bonaparte; entre eux et lui , avait coulé un torrent fougueux qui avait séparé les Bourbons de la France. Il n’avait trouvé qu’un trône vacant, que la place vacante d’un trône. Ce trône qu’il n’a pas renversé et qu'il relève, il ne serait pas en son pouvoir de le relever pour tout autre que pour lui - même. Le chef de l’Église a pu le reconnaître sans manquer à aucun devoir; il a dû le reconnaître dans l’intérét de l'Église, comme dans l’intérêt de la France.
Ce que la cour de Rome n’avait osé demander, comme condition du voyage du saint -père à Paris, elle jugea qu’elle pouvait plus décemment, le voyage une fois consommé , le réclamer comme récompense. Un long mémoire fut remis au gouvernement français , dans lequel étaient exposées toutes les perles que cette cour avait faites depuis le milieu du sièele dernier. C’était de l’empereur des Français qu’elle aimait à en attendre la réparation. L’empereur ne voulut pas bercer le saintsiège d’espérances qui seraient trompées. Apres avoir témoigné au saint- père combien il serait heureux de contribuer à augmenter les avantages de son existence temporelle, il lui avouait franchement l’impossibilité où il était de satisfaire à une demande qui n’eùt pu s’aceomplir qu’aux dépens de la France, ou de la république italienne.
« La France, répondait > Napoléon, a bien ebère- » ment acheté la puissance dont elle jouit. Il n'est » pas en notre pouvoir de rien retrancher à un » empire qui est le prix de dix années de guerres Il sanglantes... Il nous est moins (>ermis encore de » diminuer le territoire d’un État étranger qui, en n nous conGant le soin de le gouverner, nous a im- » posé le devoir de le protéger , et ne nous a pas » donné le droit de diminuer le territoire qu’il posn sédait, quand noos nous sommes chargés de ses n destinées. L’empereur est persuadé que le saint- * père, en lui présentant scs réclamations, n'a été n excité par aucun motif d’intérêt; son âme pure « n'est remplie que de saints désirs et de senti-
■ Février 180i».
» ments élevés au-dessus de toute considération » humaine... » Peut-être la cour de Rome se repentit-elle de sa facilité dans la négociation du couronnement; mais on doit reconnaître que, si elle se trouva dupe, elle fut dupe de scs propres illusions. L'empereur n’avait rien fait pour la surprendre; il ne lui avait donné aucune promesse, ni laissé entrevoir aucun avantage territorial ; il était ainsi à l’abri de tout reproche fondé de sa part. Il avait au contraire manifesté d’une manière éclatante qu’il n’entendait pas acheter le consentement du saint-père par l’ombre même d’un sacriGce.
Quoique le rétablissement du culte catholique en France ne datât encore que de deux années , déjà l'esprit ultramontain cherchait à s’y introduire par la formation de sociétés essentiellement dépendantes du saint -siège. Sans s’inquiéter du ressentiment que pourrait en éprouver la cour de Rome dans un moment où il lui demandait une marque de bienveillance, Napoléon jugea qu’il fallait étouiïcr, à sa naissance, un germe capble de produire bientôt des divisions dans l’intérieur. Un décret du 22 juin ordonna la dissolution immédiate a de l’agrégation ou association connue sous > les noms de Pères de la Foi et d’adorateurs de » Jésus, ou Paccanaristes, établicù Vélay,à Amiens <• et dans quelques autres villes de l’empire. Il or- » donnait également la dissolution de toutes au- » très agrégations ou associatîons formées sous n prétexte de religion, et non autorisées. » Le mal que de pareilles associations feront un jour à la France, n’attestera que trop la justesse de la prévoyance de Napoléon.
Il eût été facile à l’eropcrcur d’épargner à la cour de Rome cette cause anticipée de mécontentement contre lui , en tolérant ces congrégations quelques mois de plus. Une hypocrisie, même de peu de mois, sur une telle question, lui répugne. Son décret du 22 juin, au milieu de sa négociation avec le saint-siège, est encore un de ces traits qui constatent que , pour lui , l’intérêt de la France passait avant tout autre, relatif, soit à sa personne, soit à sa famille. Cette année seule en a offert plusieurs exemples que j’ai indiqués, mais qu’il est de la justice de réunir.
Napoléon traite d’une alliance avec la Prusse. C’est dans le mois de mars, c’est dans le temps des conspirations et de scs dangers, qu’il tient le plus fermement aux conditions sur lesquelles, dans l’intérêt national, il désire que cette alliance repose.
Proclamé empereur des Français, il doit mettre un haut prix à la promptitude de la reconnaissance 2 de son titre nouveau par l’empereur d'AlIc-
' Il faut SC souvenir ici d'une distinciion impor-