CHAPITRE XLII
IMÉRIECR.
Jajiigiiraiiuu dtr la Li^gion (i'honnfur. ~ Dialrîbtition ÜM aigles de la Lé|;ioa {Thonneur A Parmée (fAngleierre.
— Combat devant Boulogne. — Voyage dans les départements de la rive ganche du Rbin. — .Séjour A Wayenee,
— Origine de la ronfiWlêration du Rhin. Projets maritimes de Napoléon. — Mort de l’amiral la Touehe- Tréville. — Lettre de Napoléon h la Tuucbr-Trévüle un mois avant sa mort. — Effets des voyages de l’empereur. — Prix décennaux. — |{lablissement de douze écoles de droit. — Rétablissement du ministère de la police. — Actes divers d’administration. — - Introduction de ta vaccine. — Arrivée dtt pape à Fontainebleau.
Rorensemeni des votes. — Formule du serment. — Mode du couronnement. — Admiration du peuple, mais •ans enifaoiisiasme. — <juesiion politique du sacre. — ' Déclaration de Calmar. — Tableau de la cour impériale.
— Activité infatigable de Napoléon. — Surveillance de Napoléon sur le. ministère du trésor. — Retour au système des conlributioas indirectes. — Budget de 1804. — Revenus cl emprunts de PAngleierrc. — Déclaration importante du roi d’Angleterre. — Fonds demandés par M. Pilt pour dépenses secrètes. — Ouverture de la session dtt corps législatif. — Exposé de la siliiaiinn de la Franee. — Buste de Napoléon placé dans la salle du corps législatif.
Napoléon connaît tons les efforts qae fait contre lui le gouvernement anglais. Il n’est pas en son pouvoir d’cmpécher, en certaines cours, le succès des manœuvres de ce gouvcrneioont. Tout ce que ta prudence lui conseille, c’est, relalivemcnt à la guerre, de presser le complément de scs vastes pré|>araUTs, pour prévenir, par l'invasion de la Grande-Bretagne, la nouvelle coalition qu'elle s'occupe à former; de tenir son armée de terre dans un tel état d'ordre et de discipline qu'elle puisse, au premier signal, ou sc cunlicr aux vents, pour voguer vers les cAlcs britanniques , ou se retourner vers Ic.s puissances qui oseront la dcHcr encore sur le continent ; c’est, relativement i l’intérieur, de donner à tous ses actes un caractère d'utilité propre à satisfaire l’opinion publique, et, pour connaître tous les besoins, de parcourir luimême les diverses parties du territoire français ; c'est enfln d'ajouler à son autorité toutes les sanctions qui peuvent la légitimer aux yeux des peuples. Le premier de ces objets sera rempli par sa visite sur les c6lcs et dans les camps ; le second , par un séjour momentané dans les départements de la rive gauche du Rbin, par la cérémonie de son couronnement, par la sagesse et l'esprit na-
tional de ses actes de gouvernement et d'administration.
L’une des journées le plus justement chères à la France était l'anniversaire du 1 4 juillet, non parce que celle journée avait accidentellement préparé la chute de la monarchie, genre de mérite qui avait cessé d’en être un depuis l’clabiissement de l'empire , mais parce qu'elle était la ligne de démarcation entre l'ancien cl le nouveau régime. La grande difliculté des révolutions est de prévenir la confusion dans les idées populaires. Déjà Bonaparte, premier consul , en conservant à la célébration du 14 juillet une direction toujours patriotique, avait cherché à la dégager de tout souvenir de destruction et de renversement. Il l’avait sanctifléc par des honneurs publics rendus à la mémoire do Desaix et de Kléber, cl par la translation des cendres de Turenne à l’IlOtel des Invalides. Cette année , il lui donne encore une grande et belle destination : l'inauguration de la Légion d’honneur. « Tout ce w qu’a établi le 1 4 juillet, dit dans cette cérémonie » le grand chancelier de la Légion , est inébranla- » ble, rien de ce qu'il a détruit ne peut reparal- ■ Ire. M Ces dernières paroles ne scronl-cllcs pas démenties bientél par divers actes du gouverne-
INTÉRIEUR
ment impérial? Oui, sous quelques rapports, mais beaucoup plus dans les formes que dans la réa' lité des choses. Nous ajournons à un autre temps cette question, dont rezamen serait ici préroa* turé.
Après cette grande solennité dans la capitale, Napoléon ne larde pas à aller la renouveler sur un théétre moins éclatant de richesse, mais encore plus éclatant de gloire. Les troupes des camps de Boulogne et de Montreuil sont réunies an nombre de qnalre>ringt mille hommes. Au milieu d'elles s'élève un tertre, entouré de trophées. Li se place Napoléon. Tous les guerriers, que déjà recommandent de grands services, sont appelés tour à tour; tous reçoivent de sa main le prix de l'héroïsme; et. pour marier ensemble les vertus anciennes avec les vertus du nouveau siècle, c'est dans les casques de Dnguesclin et de Bayard que sont placées les étoiles d'honneur dont Napoléon décore la poitrine des braves.
Le jour de sa fêle, le 13 août, est celui qu'il a choisi pour celte dispensation de récompenses. C'est sa première apparition à l'armée comme empereur; mais empereur ou premier consul, rarmcc ne voit en lui que le capitaine qui l'a conduite et doit la conduire encore à la victoire. D'une extrémité de la France à l’autre, ce jour est célébré avec l'enthousiasme de la reconnaissance; mais dans déni villes surtout il est marqué par une consécration importante; à Cherbourg , par celle de sa digue arrivée é une hauteur qui promet de braver désormais toutes les fureurs de l’Océan ; i Anvers, par celle de son arsenal maritime, où sept chantiers déjà prêts, des magasins, des casernes, trois vaisseaux et une frégate presque achevés, deux corvettes lancées à l'eau ce jour même, sont le résultat d'une seule année de travaux. Ainsi, des soins pareils avaient été donnés à la création nouvelle du premier consul cl à la création plus ancienne de Louis XVI.
Les mêmes jours, qui sont des fêtes pour Napoléon, sont des jours d'effroi pour l'Angleterre. Sa présence i Boulogne est connue sur les côtes britanniques, et la terreur y circule avec cette nouvelle. L'heure de la crise semble près de sonner. C'est dans ce moment que le ministère anglais
' La Tctlle du jour où Napoléon devait quitirr rariDëe pour se rendre dans les dépanemeots du Rhin.
Mathieu Dumas, tome XI, pages 4?i, 4Ô el 47.
* M. de Bourrienoedil, tome VI, page 329, que Tompereur d'Allemagne envoya son adhésion A la reeonnaistaoce de Napoléon comme empereur, pendant que celui-ci était A Aix-la-Chapelle, et il ajoute que cette détermination de François II fut sans doute le réaultat j
donne des instructions pour riiypollicse d'un débarquement accompli. C'est dans ce moment que, pour contrarier les mouvements des Français, fut tentée l'une de ces attaques > inutiles dont j'ai fait mention ailleurs. Napoléon, dans un canot avec l'amiral Briiix, pour diriger de plus près l'action de la flottille, enflammerait encore les courages, si leur propre ardeur ne leur sufllsait pas. On se battait i demi-portée de canon. De petits bâtiments françaiss'approcbenld'unefrégateanglaise comme pour la menacer de l'abordage. Un cutter anglais est coulé bas; une corvette obligée de se faire remorquer; et le commandant ennemi, voyant que scs pertes sont sans résultat, prend le large après deux heures d'un combat acharné, laissant la flul- (illc franç.iise doublement fière d'un succès par lequel elle a salué Napoléon empereur.
De Boulogne, Napoléon a parcouru la côte et visité aussi le camp d’Ostcndc. Partout même ardeur et même impatience. Pour charmer leur repos, les soldats ont transformé les camps en jardins, passant de la manieuvre à ces nobles délassements et de ces délassements à la manœuvre. Les ports sont remplis des bâtiments nécessaires pour iraiisporlcr cent mille hommes. Les hommes sont lâ et demandent le signal; mais, quel que soit aussi l'empressement de Napoléon, il n'aura pas la crimiRcilc imprudence de livrer tous ces braves au hasard d'un horrible échec. L'expédition ne peut être raisonnablement tentée qu'avec des préparatifs d'un autre ordre , préparatifs immenses dont l'ennemi ne soupçonne pas l'étendue et qui se font à la fois dans tous les ports de France, d'Espagne et de Ilollandc. Ce moment peut n'étre pas Irès-éloigné, mais il faut l'attendre, et, dans l'intervalle, que de chances â craindre ! Aujourd’hui encore Napoléon n'a voulu qu'inquiéter l'Angleterre, el son objet a été rempli.
Après avoir traversé la Belgique pour y reconnaître l’eflct des ordres qu'il avait donnés l’année précédente, l'empereur parcourut les quatre départements de la rive gauche du Rhin. 11 séjourna quelque temps à Aix-la-Chapelle, où les hommages qu’on lui rendit ne furent pas tous sans quelque préjudice pour Charlemagne. Ce fut là que l'ambassadeur d'Autriebe ^ vint présenter au nou-
cifft informatioDS qu'il reçut tur le aêjour de Napoléon A Mayence. Il y a là pliu d'une înadvertanee, puitque Napoléon ne ae rendit A Mayence qu’aprèa i'éire arreté quelques jours à Aix-la-Cbapellc. Ainsi Peffet est présenté comme antérieur A la cause qu'on lui assigne. Quant aux faits en cus-mêmes, nous avons précédemment fait conoailrc quand et corament avait été décidée la reeoonaiMance de la dignité impériale de France par