I.C 9 juillet
CtlAMTRE XLII.
cuuraii. Il n'étail pts une pensée utile qu'il n’cn> courageât, pas un projet d'amélioration qu’il n'accueillit; et souvent, au premier coup d’œil jeté sur les lieux, il en indiquait auquel les habitants euxmémes ne pensaient pas. Entre autres bicnraits produits par sa course politique sur la rive gauche du Rhin, il avait autorisé l'établissement i Cologne et à Mayence d'cnlrcptHs réels de marchandises et denrées étrangères, prohibées ou non prohibées, en prenant d’ailleurs les moyens de surveillance nécessaires pour prévenir les inconvénients de cette mesure.
Les grandes pensées et les objets de détail trouvaient place dans son esprit sans se conTondre et sans se nuire. Tous marchaient ensemble sans avoir besoin de transition. Dans le même moment où il distribuait, i Aix-la-Chapelle, quelques pensions à d’anciens ouvriers dans des manufactures d'aiguilles, ü rendait > le décret par lequel il instituait des prix décennaux, neuf prix de dix mille francs, et Ircixe de cinq mille. Ces prix étaient un encouragement oflTert à toutes les connaissancesqui nourrissent ut enrichissent les Etals, â loua les arts qui les embellissent, sciences physiques et mathématiques, histoire, arts et manufactures, agriculture et industrie, ouvrages dramatiques, peinture, sculpture et musique. Son désir dans cette détermination était, ti que non seulement la France con- M serval la supériorité qu'elle avait acquise dans » les sciences cl dans les arts, mais encore que le » siècle qui commençait l'emportât sur ceux qui ' w l’avaient précédé. i> Si Napoléon est un despote, son despotisme du moins a un caractère particulier. Le despote vulgaire ne tend qu'à rapetisser les hommes, qu’à éteindre les lumières de leur intelligence, qu'i plonger le genre humain dans l'abrutissement. Napoléon au contraire ne songe qu'à élever l’homme au plus haut sentiment de sa dignité, qu'à donner à ses facultés intellectuelles le développement te plusétendu, qu'à placer la France au-dessus de tous les autres peuples. C'est de l'orgueil, mais quel orgueil bien entendu pour sa nation et pour lui! Il ennoblit sa nation pour s'ennoblir lui-mcme^ficr d’étre le premier personnage de la première nation de l'univers. Est-il élonnanlquc les peuples soient enclins à laisser s'accroître le pouvoir d'un prince dont le despotisme à un semblable but?
Depuis que l’adoption du Code civil a fait sortir la France de la confusion où l'avait jetée une foule de décrets conlradicloircs sur les mêmes matières, il était indispensable d'ouvrir des écoles à la jeu-
nesse pour l'cludc des lois. Douxe écoles de droit furent organisées dans les villes suivantes * : à Paris, Turin, Dijon, Grenoble, Aix, Toulouse, Poitiers , Rennes , Caen , Strasbourg , Cobients et Bruxelles. L'ancienne monarchie aussi avait en ses écoles de droit, mais ce que Napoléon rétablit, il le perfectionne. Les hommes de mon âge savent qu'avant la révolution les écoles de droit, réduites à une existence nominale, n'ofrraicot que des formalités à remplir et des grades à payer. Aujourd'hui CCS écoles sont réelles et forment une jeunesse laborieuse qui porte ensuite au barreau une connaissance préliminaire des luis et les principes d'une solide instruction.
Il est, dans les sociétés modernes, une instîto- Iton nécessaire sous beaucoup de rapports, mais qui, s'égarant dans son objet, devient trop souvent la cause des désordres qu'elle devrait prévenir. Cette institution est ce que nous nommons la police. Dans les monarchies absolues, quoiquesouvenl cachée sous des noms obscurs, elle est le principal ressort du gouvernement. Elle l’est de môme cbex les peuples en révolution; mais chex ceux-ci sans déguisement et à découvert. l..a révolution française, accoutumée à la franchise, avait eu d'abord ses comités des recherches. Sous le directoire, ce comité SC changea en un ministère de la police générale qui fut laissé en héritage au consulat. A peine la conclosioQ de la paix d'Amiens avait fait naître pour la France l'espoir de jours plus tranquilles, que le premier cunsul, par un mouvement digne d'éloges, s'était bâté de supprimer ce ministère, dans ta persuasion que la tranquillité intérieure serait sufllsamment garantie par la police administrative cl judiciaire. Après le renouvellement de la guerre, après la conspiration de Georges et de Pichegru , après les complots des agents anglais Drakc, Spencer-Smith et Taylor, il en jugea autrement; il pensa que le système d’une guerre déloyale et secrète, adopté et avoué par le gouvernement anglais, exigeait un redoublement de surveillance et rendait indispensable , pour l’exercer, le rétablissement* d'un ministère spécial. En (le telles circonstances, celle opinion n'avait-elle pas une favorable excuse? Pour apprécier celte mesure, il ne faut pas perdre ces circonstances de vue. On court risque d'élrc injuste, quand on sépare les actes d’un gouvernement des nécessités qui les ont produits.
Dans le cours de cette même année, l'empereur rendit plusieurs autres decrets, dont les uns avaient un but d’utilité géncTalcinent reconnue, dont les
' Le 1 1 septembre.
* Décret tlu âj septembre.
* Décret du 10 juillet.
INTÉRIEUR
autres ont été l'objet d'an bllme plus OQ moins fondé. Tels furent, entre autres :
Un décret sur les sépultures * dont les dispositions sont encore observées aujourd'hui ;
Un règlement * sur les préséances et honneurs civils et militaires, règlement nécessaire dans un grand État, surtout pour les rapports des diverses autorités entre elles. On reconnut avec satisfaction, dans ce règlement, le soin qu'avait pris Napoléon, monarque guerrier, de relever convenablement la dignité des fonctions civiles ;
Une nouvelle organisation de l'école * polytechnique qui en soumit les élèves au régime et à la discipline militaires. Assurément nous n'approuvons pas l'introduction du régime militaire dans les collèges ou tous antres établissements ouverts à la totalité de la population française; mais peutêtre la question n’est -elle pas la même pour une école qui doit partiruiièrcment fournir des sujets aux armes de l'artillerie et du génie. Peut-être, pour un État comme la France, qui a besoin d'une grande armée, n'est-ii pas déplacé que, dans une école où, à cause du prix élevé de la pension, sont uniquement admis des enfants des classes riches, les jeunes gens prennent des habitudes qui leur donnent quelque goût pour la carrière des armes;
Enfin une nouvelle organisation du corps * des ingénieurs des ponts et chaussées. Cette institution, qui certainement a rendu de grands services, est depuis quelques années en butte i de rives accusations. Ces reproches peuvent ne pas être sans motif, car nous verrons Napoléon lui-méme, malgré l'impulsion énergique qu’il saura lui imprimer, se plaindre sans cesse des lenteurs de sa marche et des entraves qu'il rencontrera de sa part dans l’exécution des plus importants travaux. Dans le temps où il s'occupait à perfecltonner l'organisation de ce corps , si recommandable d'ailleurs par son instruction et ses lumières, son intention n'en était pas moins digne d'éloges.
Ce fut aussi dans celte année 1801 que la vaccine, dont la découverte excitait beaucoup de discussions parmi les savants , fut introduite en France par le duc de la Rochefoucauld-Ltancourt, l'un de ces hommes trop rares, qui s'étaient consolés de n'élre plus de grands seigneurs i la cour des rois,
en devenant les meilleurs citoyens de l'État. 11 était dans l'esprit de Napoléon d'encourager toutes les innovations utiles; il accueillit le bienfait avec reconnaissance et honora le bienfaiteur. Mais qui pourrait le prévoir? un temps viendra où ce respectable ami de rhumanité sera destitué du droit de secourir scs semblables. Nous laissons aux historiens qui viendront après nous à venger la vertu outragée et i flétrir le nom de ses Uches persécuteurs.
I.a cérémonie du couronnement avait été fixée au 3 décembre. Le pape arriva le 38 novembre à Fontainebleau. L'empereur, sorti à cheval comme pour aller A la chasse , se rendit à la rencontre de Sa Sainteté. Tous deux mirent pied à terre en même temps et s’embrassèrent. Us montèrent ensuite dans la même voiture, l'empereur y montant le premier, afin de placer le pape i sa droite^. Depuis le moment où le saint-père avait touché le territoire français, ce ri'avait pas été pour lui une faible récompense de sa détermination, de voir un grand peuple, livré, quelques années auparavant, à tontes les folies d'une impiété syslcinatique, accourir sur son passage avec un saint respect et courber sa tète sous la main dont il implorait les paternelles bénédictions. Rien o'avait été négligé par l'empereur pour honorer la marche du saintpère, mais les honneurs qui durent plaire le plus à i’illuslre vieillard furent ceux que lui rendit l'empressement spontané des fidèles. Feut-élrc, dans aucun autre temps, la religion en France n'avait eu un culte plus pur. Le fanatisme anlicbréüen était ' usé comme tous les autres. Les indiflérenls ne troublaient point la foi plus vive de leurs frères. Les hommes religieux pratiquaient les rites de leur culte sans hypocrisie. L'Église te contentait d'élre dans l'État et ne prétendait point le dominer. Otte situation des esprits convenait parfaitement au caraclère doux et conciliant du saint-père. Les membres des religions reformées et même les ministres de ces religions, s'ils ne voyaient pas dans le pontife romain le régulateur de leurs croyances partleulières , aimaient et vénéraient en lui des vertus*^ qui le rendaient digne d'étre le père* commun de toutes les croyances chrétiennes. Les sentiments que le saint-pèrè avait vus éclater sur sa route
’ 19 juin.
* Décret du 13 juillet.
* Décret du 16 juillri.
* Décret du 95 août.
* S'il était exact, comme H. de Bourrieane le rapporte fur parole, lone VI, pages 993 et 994, que l'empereur eut imaginé je ne aais quel moyeu de comédie pour piYodre la droite sur le pape, il aurait eu soin de faire
constater par le .lfoiul»Hr la priae de poaseasion do ce droit de préséance auquel on auure qu'il mettait tant de prix. Lorsque c'est su contraire le A/omleurqui dit que Napoléon fil placer le saint-père à sa droite, PintentioD que l’on auppose à l'empereur se trouve complètement démentie, cl par conséquent aussi l’bistorieiie rapportée par M. de Bourrienne.