CHAPITRE XLII
règne (lu directoire. Devenu empereur, Napoléon crut devoir reproduire les pompes de Louis XIV. A l'exemple de Colbert, il voulait que le luxe du palais contribuât à la prospérité des fabriques et des manufactures. C’était un impdt mis sur la vanité française et étrangère, un moyen d'indemnité pour le commerce, un encouragement pour l'industrie. Divers écrivains, s'érigeant en arbitres souverains du bon ton et du bon goftt, se sont évertués à peindre la prétendue gaucherie des hommes nouveaux , rassemblés autour de l’empereur. D’abord cette cour était essentiellement militaire, et où a-t-on vu qu'un ollicier français ait jamais mal porté l'uniforme, surtout quand cet uniforme connaît si bien le feu de l’ennemi? A la vérité |ieut-(Mre ne trouvait-on pas aux Tuileries ces conversations badines, cet enjouement, ces fines plaisanteries qui avaient pu former autrefois le principal mérite des courtisans de Versailles; mais cependant les sujets de conversation ne manquaient pas non plus à des guerriers qui avaient parcouru, en vainqueurs, l’Italie, l’Egypte cl rAllcmagnc, à des savants, à des membres illustres de toutes nos académies, à des magistrats qui récemment avaient discuté le code civil , et qui continuaient à compléter la législation française ; car tels étaient les éléments dont se composaient les cercles de Napoléon, et il semble que chacun d'eux avait d'assez bonnes lettres de noblesse. Il était naturel que quelques habitués de l'œil-dc-bœuf, descendus, par la force des événements, à des rôles subalternes, cherchassent à se venger, par des épigrammes, de la supériorité réelle qu'avaient conquise sur eux ces enfants adoptifs de la fortune et de la gloire. C'était surtout à l’égard des femmes que s’excrçail la malignité : mille caricatures furent mises en circulation; mille traits furent inventés, tant()t insipides, tantôt spirituels; mais, à peu d'exceptions près, toutes ces femmes étaient jeunes, bien élevées, et la jeunesse seule a toujours degrands avantages. D'ailleurs où, plus qu'à Paris, la mode a-t-elle le secret d’égaliser tous les rangs? Je connaissais déjà des cours étrangères; j'avais vécu particulièrement , plusieurs années, à celle de Berlin, que la belle reine de Prusse rendait alors la plus agréable du continent; clj'avoue que je n’ai jamais rien vu de si beau , de si élégant que la nouvelle cour impériale. Les réunions des Tuileries, les assemblées, les bals donnés par les grands dignitaires et par les ministres avaient l'heureux effet, et c’était là le but principal de l'empereur, de rassembler les contraires, de mêler tous les partis, de confondre toutes les nuances. Rien de plus curieux que le contraste des anciens souvenirs et des illustrations nouvelles. Ainsi que la royauté,
la grâce ne meurt point en France. Le dépôt en était resté surtout à l'impératrice Joséphine, destinée en quelque sorte à servir de médiatrice entre le siècle passé et le siècle présent. Son affabilité, sa douceur, qui n’excluaient pas la dignité, la plaçaient, au milieu des prétentions diverses, comme le refuge commun de toutes; les sentiments, qui se seraient heurtés ailleurs , s'apprivoisaient et se taisaient devant elle. Un homme d’esprit a caractérisé l’union de Napoléon et de Joséphine, en disant que c'était l'alliance entre le besoin de commander et le besoin de plaire. Au reste, l’empereur ne paraissait pas à toutes ces fêtes, quoiqu’il y fut souvent attendu. Il leur préférait des réunions moins tumultueuses, composées seulement de quarante à cinquante personnes. Celles-ci avaient lieu deux fois la semaine; et, parmi les détracteurs de la nouvelle cour, il n’y en avait aucun qui u’elU été fier d’y être invité.
Au milieu des plaisirs qui, produisant une grande activité dans la capitale, y faisaient jusqu'à un certain point oublier les maux de la guerre. Napoléon s'occupait à la fuis et de la guerre extérieure et des intérêts domestiques de la France. Il passait dix à douze heures par jour, soit dans des conseils particuliers d'administration, soit au conseil d'État. Tandis que les journaux publiaient, en style homérique, le dénombrement de cette multitude de petits vaisseaux, presque renouvelés des Grecs, qui, de l’embouchure de chaque fleuve, devaient se rendre dans des rades principales, il renforçait l'armée de terre, augmentait le matériel de son artillerie, examinait le plan des places fortes, cl ordonnait les travaux qui devaient en compléter la défense. Il réglait ou surveillait lui-même les marchés pour la fabrication des armes, l'habillement des troupes, l'approvisionnement des magasins militaires; il demandait compte des moindres détails aux ministres, souvent même à leurs premiers commis, lorsque les ministres n'éclaircissaient pas tous scs doutes , suit pour leur faire sentir sa supériorité, soit pour attacher plus directement à sa personne les espérances de leurs coopéraleurs. Seul infatigable, il renvoyait scs ministres fatigués du travail qu'ils avaient fait avec lui, et souvent, à leur retour, ils trouvaient encore chez eux des lettres impériales qui exigeaient d'immédiates réponses.
L'un des ministres avec lequel l'empereur entretenait la correspondance la plus active, était celui du trésor public. Non-seulement il préparait avec lui la répartition des fonds pour les divers ministères et, dans les ministères , leur distribution entre les diverses parties du service, mais sans cesse il était aux aguets pour empêcher que les fonds ne
INTÉfUEUIl.
minqoassent sur aucun des points de l’empire où on pouvait en avoir besoin. Toujours en pareil cas détail averti le premier. C’était lui qui apprenait à son ministre que, dans telle place de guerre, dans telle ville de l’intérieur, dans tel port de mer, les fonds n'avaient pas été faits à jour fixe pour des travaux, des fournilures, des payements de solde à une division, â un régiment.
Quoique , depuis le IA brumaire , on eût beaucoup fait pour rétablir l’ordre dans les finances, il y avait dans le système adopté un vice capital qui tenait le gouvernement dans des embarras perpétuels et qui finira par amener, en 1809, une crise dont les effets sc feront sentir d’une manière Irèsfâcheusc è l’intérieur et jusque dans la politique extérieure du gouvernement. Comme les dépenses du trésor étaient payables en douxe mois, tandis qu’il en fallait près de dix-huit pour le recouvrement de la totalité des recettes, le gonvernement était dans la nécessité constante de se ménager , par des voies toujours onéreuses, l’avance d'une somme de cent vingt à cent trente roillionsetquclqoefois plus, pour faire face au service courant. Cette avance lui était faite par une compagnie de banquiers auxquels il remettait en échange des obligations pour pareille somme sur les receveurs généraux des départements. Dès 180i, la conduite de ces banquiers causa de justes inquiétudes à l’empereur. Pendant qu'il faisait la visite des eûtes, il apprit qo’i la bourse de Paris il avait été vendu, à un taux désavantageux, par les banquiers du trésor, des obligations qu’il croyait ne leur avoir pas encore été délivrées, u Les nouvelles qui me « sont parvenues de la bourse, écrivit-il > sur-le- " champ à H. de Marbois, m’ont vivement affecté. » Je ne comprends pas comment ces obligations <• ont été tirées du portefeuille sans mon autori- U saüon. Je comprends encore moins comment les N personnes auxquelles on les a remises en dépôt » ont pu les vendre sur la place , ce qui dans un » seul moment porte un coup funeste à notre cré- » dit; surtout ces obligations étant de l’an XIV. » J’attends de vous des éclaircissements sur ces n faits qut ON/ troublé la joU qu9 j'éprouto au mi-
• lieu des campe et dee fiottUlee. » Dans plusieurs antres lettres, il manifesta encore son mécontentement sur la manière dont ces banquiers procédaient. « Peuvent-ils nous faire perdre, s’ils font
• banqueroute? I» demanda-t-il plusieurs fois à son ministre. Nous nous abstenons de donner ici , sur les rapports du gouvernement avec les banquiers qui lui faisaient des avances , des explications qui trouveront mieux leur place dans le compte que
' Leur* datée {TOaieiide, le 15 noût.
! nous auronsà rendre de la crise financière de 1809. j Nous n’en avons fait mention aujourd'hui que pour indiquer à combien de détails l’empereur , était obligé de descendre pour aller au-üevanl de la fraude, qui assiégeait de toutes parts ses finances ; fraude que son ministre du trésor , V. de Marbois, en raison même de son intégrité et de sa : droiture, pouvait difficilement soupçonner dans ' toule son étendue, et par conséquent encore moins prévenir.
Occupé à pourvoir aux dépenses avec son ministre du trésor, l'empereur avait i créer les recettes avec son ministre des finances. Lesdépenses s’étant accrues par les efforts prodigieux faits pour la marine, en même temps que l'armée de terre était maintenue sur le pied le plus redoutable, il fallait augmenter les recettes dans une suffisante proportion. Depuis plusieurs années, le gouvernement sentait le besoin de revenir k un mode d’impôt désastreux, il est vrai, quand on en abuse, mais qui, habilement ménagé, est l’un des plus productifs et des moins sensibles, aux contributions indirectes. En l'an VI {1799) le directoire avait fait, dans cette intention , un essai qui avait eu peu de succès. Un droit sur le tabac fabriqué, et dont la perception fut confiée à la régie de l’enregistrement, avait à peine produit une recette de deux millions. C’était la seule contribution de cetlo nature qui eût été perçue depuis la révolution. Le désir d’alléger le poids de la contribution foncière, la nécessité de compléter le système des finances et d’asseoir le service sur des fondements solides, déterminèrent le premier consul ^ à créer une administration dee droite réunie. On ne se dissimu- I lait pas les inconvénients attachés aux droits sur les consommations, le grand nombre d’agents que leur perception exige , la gêne et les embarras qui en résultent pour le commerce et même pour les producteurs; mais, d’un autre côté, il était imposj sible que les propriétaires pussent fournir seuls le . montant total des revenus indispensables au service j public. Le recours è la inétiiode des contributions j indirectes était donc la seule ressource qui fûtè la j disposition du gouvernement. II y voyait une mine f nouvelle i exploiter, et une mine féconde. Aes pro- { duils, qui seront à peine de quatre millions, la ! première année , prendront un rapide accroisse- ! ment. Elles auront dépassé cent millions, trois ou quatre ans après. Dès 1801, où cette régie ne perçut que 3,897,359 francs, une réduction de 10,800,000 francs fut opérée, k titre de compensation, sur la contribution foncière.
Lo revenu générai de cette année, supérieur de
’ ht 25 février 180 t.
CIIAPITHE XLII.
(lix'huil millioni i celui de 1805, présente on U>* tel do cinq cent quatre>viDgt-huit millions, ainsi composé :
Contributions directes 515,749,901 fr.
Régie de l'enrcgistreoient, etc. 198,581,340
Douanes 41,485,031
Régie des droits réunis, (première année.) 3,897,355
Postes 10,471,096
Loterie. 16,038,500
Régie des salines 3,330.000
ToUl général. . . , 588,0i6,2U3fr.
Si, chaque année, le budget français recevait une augmentation graduelle, celui de rAiiglelcrre s'accroissait encore dans une proportion beaucoup plus considérable.
En 1804, 1c produit des impôts doona
49,335.978 liv. sL; 1,333,399,450 fr.
l^cmprunt , 11,500,000 M3^0M00
ToUl. . 63,855,978 liv, si.; 1,593,899, 430fr;
Ce qui constitue pour l'Angleterre une dépense toujours de près de dcui tiers plus forte que celle de la France.
Pour amener la nation britannique 4 supporter un semblable fardeau, le ministère lui offrait sans cesse l’espérance de voir bientôt d'autres États descendre aussi dans l'arène contre le gouvernement français. «Je nourris l'espoir encourageant, disait » le roi au parlement ^ que les avantages qui ré- H solteront de nos efforts et de nos succès ne se ■ borneront pas à nous, mais que leur eiempleet » leurs conséquences concourront à rétablir en Eun rope un système qui puisse 1a faire sortir de H l'état précaire où elle se trouve, et 6nir paréle- •• ver une puissante barrière contre les projets *• d'agrandissement et d'ambition sans bornes qui H menacent toutes les nations du continent euron péen dont l'indépendance n'a pas encore été vio* » lée. M Ainsi, dès le milieo de 1804, le gouveroemenl anglais avait trouvé ou prétendait avoir trouvé, chez quelques puissances continentales, du penchant i une coalition nouvelle, et, par une déclaration publique qui serait une indiscrétion si elle n'élaü un calcul, il en faisait d'avance retentir la menace.
Ces paroles du roi recevaient un caractère plus grave encore d'un acte analogue du ministère, la demande, faite au ptrknieiit qui l'avait accordée, d'une somme do deux millions cinq cent mille livres sterling, environ Soixante millions de francs, pour dépenses secrètes extraordinaires. Un article
‘ IHu-aurs pour )« prorogaiirtn, k* 5l juillM.
do Monüêur fut consacré à examiner quel pouvait être le but de cette demande et de ce rote. Le ministère anglais avait-il voulu se servir du bill du parlement, comme les marchands, d'une enseigne, pour annoncer aux puissances continentales qu'il avait en réserve des fonds i la disposition de celles qui voudraient lui vendre le sang de leurs sujets? L'auteur de l'arljclc, qui était, selon toute apparence, Napoléon lui-même, supposait à cct argent une autre destination , celle de couvrir certaines dépenses des volontaires que l'on n'avait pas voulu faire connaltreauparlement.Cettedernière explication était la véritable pensée de l'empereur, et l'on n'en peut pas douter, car il l'avait exprimée quelques jours auparavant dans une lettre particulière à l'un de ses ministres : n Fcut-élre, écrivaiMl ^ à
* H. Barbé de Marbois, M. Pitt a-t-il en vue par lA » de faire voir aux puissances qu'il a de quoi les » payer... » Ensuite il ajoute : « En rcQcchissant » sur celte démarche, je suis plutôt porté à penser » que cet argent est destiné à subvenir aux dépen- X ses des volontaires...* D'après ce langage, l'empereur ne supposait pas, au milieu de 1804, qu’aucune paissance du continent, pas même la Russie, fiit assez avancée dans un projet de guerre pour qu'il pût déji être question de subsides. Cependant s'il ne parait pas admettre cette dernière hypothèse, il ne la négligera pas. Plus tard, il affectera d'avoir été surpris. En réalité, il se sera tenu prêt à tous les événements.
I.es derniers jours du mois de décembre furent marqués par l'ouverture du corps législatif, la première qui se fU avec l'appareil de la dignité impériale. Le retour des sessions législatives était devenu en France, comme en Angleterre, une époque sur laquelle les nationaux et les étrangers attachaient leurs regards, pour découvrir dans les paroles du chef de l'Étal ou dans celles qui étaient prononcées en son nom, quelques indices des vues et des chances futures. « Prince, magistrats, soln dais, citoyens, dit Napoléon, nous n'avons tout » dans notre carrière qu'un seul but, l'intérêt do n la patrie... La faiblesse du pouvoir est la plus M affreuse calamité des peuples... Soldat, ou pre- » mier consul, je n'ai eu qu'une pensée; empereur, » je o'eo ai point d'autre, les prospérités de la >• France... Je ne veux pas accroître le territoire
de la France , mais en maintenir l'intégrité. Je a n'ai point l'ambilion d'exercer en Europe une
* plus grande influence , mais je ne veux pas déa choir de celle que j'ai acquise. Aucun Etal ne a sera incorporé dans l'empire, mais je ne sacri-
* fierai point mes droits, les liens qui m'unissent
* Ldire du 91 juillet. L'ariiele du Momiitttr mi du 30.
[im]
INTÉRIEUR
K ans Étau que j'ai créés!... » Ces dernières déclarations étaient'ellea mensongères et de manTaise foi, comme on le prétendra un jour? La réunion prochaine de la Ligurie à la France ne sera-t-elle pas un démenti donné à la promesse de n'incorporer dans l'empire français aucun Étal étranger? La prudence conseille de suspendre tout jugement à cet égard. Par le récit des faits, et surtout par l'ordre précis de leurs dates , on sera bientôt en état de prononcer si Napoléon ne pouvait pas être sincère dans le langage qu'il tenait le 97 décembre 1804, et cependant ne faire qu'un acte politiquement excusable, dans le mois de juin 1803, en réunissant â la France la république de Gènes. On aura facilement remarqué que, dans la volonté exprimée par Napoléon de ne pas déchoir de l'influence qu'il a acquise , U y a incompatibilité avec les sommationa, impérieuses dans un sens contraire , ont été adressées par le cabinet de
Pétersbourg. Ih guerre est li , le cabinet russe et encore plus l'Angleterre n'entendant pas laisser Napoléon au point où il est placé , et Napoléon n'entendant pas en descendre.
L'exposé de la situation de la république , présenté le 31 décembre an corps législatif par le ministre de l'intérieur, H. de Charopagny, renfermait, i l'égard de la politique extérieure, quelques énonciations qui ne laissaient pas de répandre du Jour sur le véritable état des rapports de la France avec les autres gouvernements.
Un article relatif à la république italienne indiquait l'intention déjà prise d'y opérer une transformation analogue à celle qu'avait subie le gouvernement français.
Des observations sévères sur la Ilollande faisaient > de même pressentir quelques changements dans l'organisation intérieure de ce pays. Il n'y avait pas là invasion nouvelle; c'était l'exercice continué d'un ascendant reconnu , dont l'Angleterre elle-même n'avait fait un grief qu'au moment où il lui en fallait de vrais ou de faux pour recommencer la guerre.
Quant aux grandes puissances , si on ne révélait pas, avec une rigoureuse exactitude, l'étal de leurs dispositions , on ne le dissimulait pas non plus entièrement. « L'empereur d'Autriche, disait le mi- * nistre de l'intérieur, consacre à la restauration n de ses finances , à la prospérité de ses provinces, n ao,|)rogrès de leur commerce , le repos que lui X conseillent la loyauté de son caractère et l'inté- X rél de ses sujets, x A la rigueur, ce jugement sur rAutriebe pouvait être vrai. Il n'existait encore aucune preuve du contraire.
w Le roi de Prusse , dans toutes les occasions , n s'est montré l'ami de la France. » L'assertion était exacte.
•< Le Danemark suit les conseils d'une politique X toujours sage , modérée et judicieuse. » L'éloge était mérilé.
Après le Danemark , on attendait quelques roots sur la Suède. Napoléon, déjà instruit des nouveaux arrangements de Gustave IV avec l'Angleterre, se vengeait cruellement de ce prince présomptueux. II ne le nommait pas.
« L'esprit de Catherine la Grande veillera sur * les conseils d'Alexandre I*'. Il se souviendra que n l'amitié de la France est pour loi un contre- " poids nécessaire dans la balance de l'Ëurope. x En n'exprimant à l'égard du cabinet de Pclersbourg qu'une espérance qui pouvait être trompée, Napoléon faisait suffisamment connaître sa propre incertitude sur les déterminations prochaines de ce cabinet.
H La Turquie est vacillante dans sa politique; X elle suit par crainte un système que son intérêt X désavoue. »
Il me semble que cette peinture de l'Europe était aussi fidèle qu'elle pouvait l'élre de la part du chef du gouvernement français. Je n'ai jamais pu m'expliquer le reproche fait à Napoléon , même par des hommes de mérite, d’avoir trompé la France, en lui désignant, jusqu'aux derniers jours de la paix , les dispositions hostiles des puissances étrangères. Jamais en politique Ü ne faut rendre la résipiKenec impossible. Tant que les résolutions prises n'ont pas été proclamées , on peut reculer sans honte. Dès qu'un État a été signalé comme ennemi, il est obligé de le devenir. Le seul devoir d'un gouvernement en pareille circonstance, au lieu de publier tout ce qu'il sait, est de tâcher de n’étre pas dupe ; c'est de ne pas rester sans défense contre des mouvements sur lesquels il ne peut se méprendre , quoique son propre intérêt lui prescrive d'en taire l’existence. En ce sens, Napoléon n’était point en défaut. Dés le milieu de 1801 , il avait pressenti ce qui le menaçait pour 1803 ; mais tout en apercevant la grandeur du péril, il était loin de s'en effrayer. Dans une circulaire adressée aux agenis français auprès des cours étrangères , en date du 16 août, M. de Talleyrand disait par son ordre : »< S’il arrivait que la Russie X se portât jusqu'à vouloir se joindre an cabinet X anglais, et si, unissant scs intrigues à celles de X i’AitgIcliTrc , elle parvenait enfin à vaincre les X nages disposiliufis et les pacifiques dûlcrmiua- X tiens de la cour de Vienne, et à l'eotralner avec.
X elle dans une guerre contre le Fnncc, la Russie.
X dis je, dans ces hypothèses, ne jouerait à côiè X de l'une ou de l'autre puissance qu'un rôle se- » comlaire; elle verrait , comme dans les campa- » gnes de l'an VI , comme en Hollande, en Suisse,