‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 174 sur 298 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

w leiuenl en réalilé ; quHl devait être li^ire au roi > de Suède de pourvoir, comme il l'entendait , d n la défense de scs propres Étals, et que le prétexte ' <1 de maintenir la neutralité chex les peuples voi- » sins ne pourrait pas rendre impunie l'occupation <• dont les armées prussiennes menaçaient la Po- » niéranie suédoise, attendu que les stipulations • de garantie réciproques, existant entre la Russie y> et la Suède, appelleraient aussi les armées russes » à la défense de cette province. » Celte fermeté et même cette dureté de langage fil sentir au roi de Prusse combien il lui serait malaisé de se ménager entre la Russie et la France , sans blesser l'on ou l'autre de ces gouvernements , et peut-être sans les blesser tous deux. Moins timide, en reconnaissant qu'il n'avait que le choix d'un ennemi, il se serait du moins hâté de faire ce choix. Il ne le fit pas, ce qui était le pire de tous les partis.

I>a saison, peu favorable à la navigation de la Baltique, assurant encore la durée d'une inaction de quelques mois, Sa Majesté prussienne se llatta de pouvoir, dans cet intervalle, ramener l'empereur de Russie à des sentiments plus doux; et, dans celte espérance, il riivoya auprès de ce prince son aide de camp le général de Z.iStrow.

Cependant la mission de M. de Wintingerode â Berlin ne se bornait pas aux rêclainalions qui conrcruaient le conflit de la Prusse et de la Suède. Cet ollickr employait à la fois les caresses et la fiiL'iiace pour faire entrer le gouvernement prus- ^ sien dans la ligue qui se formait alors contre la ^ France. Sea démarches, quoique appuyées par la faveur dtia rclAécidc la jeune cour, furetilrepousséet par le cabinet qui, malgré le penchant du RÛiiistre principal, le baron de llardcitborg , pour le système anglais, restait toujours persuadé, cl avec raUon, qu'il ne {n>uvait pas y avoir d’avantage pour la Prusse à voir la prc|>ondcraiice de la Russie et de l'Autriche s'élever sur les ruines de la puissance française. Le marquis de Lucchesini , ministre du roi en France, et M. Lombard, secrétaire intime dc.ee monarque, pretendeut l’un et l'autre que les plans concertés entre les cours de Pétersbourg et de Londres furent pendant plusieurs mois uu myqêro pAur le cabinet prussien. (Quoique tous deux se proposent évidciiimciil la justilicalion de ce cabinet, on peut ajouter foi a leur assertioii,.éar ils ne sc dissimulent pas que le secret gardé avec la cour de Berlin n'était rien moins qu’lionorable pour elle. Les alliés, plaçant la Prusse sur le même pied que la Bavière, se promettaient ou do l'enlever par renlralnemcnl, ou de l'obliger par la peurà s'associer au mouvcinciilgénéral, dans le moment où son concours deviendrait nécessaire.

Le roi de Suède, qui, dans les années précéden-

tc>, s'élail livré à d'insolentes bravades d*abord envers la Russie, ensuite envers la France et même envers l'Autriche , ne crut pas devoir, en-tBOS, épargner davantage le roi^e Prusse. Indigné d’un échange de grands cordons qui avait eu lieu entre 5. M. prussienne et l'empCTeur des Français, Gustave IV renvoya au roi le cordon de l'Aigle noirç. Frédéric-Guillaume ne s'aperçut pas de cette insulte, mais un sujet prussien sc chargea de la vengeance de son maure. Le général, comte de Schmeb- Uu, décoré de l'ordre suédois des Séraphins , en renvoya la décoration au roi de Suède.

La Russie, qui s'èuil hélée de faire connaître à Berlin son alliance avec Gustave IV, semblait prendre plaisir à fixer l'attention sur tes négociations qu'elle dirigeait contre la France. II cOt été impossible en effet de n'étre pas conduit à quelque soupçon en voyant qu'outre scs ambassadeurs ordinaires, elle avait en même temps des agents extraordinaires auprès des grandes puissances, comme M. de Nowosilsof à Londres, le prince de Galiixin à Vienne, et le général Winzingerode à. Berlin. Tandis que l'un de ces agents préparait les traités avec l'Angleterre, que l'aalre disposait l'Autriche à y accéder, que le troisième embarrassait la Prusse par la vigueur menaçante de ses déclarations, l'empereur Napoléon qui, s’il no pouvait tout savoir , était autorisé à prévoir que , quelques mois plus têt ou plus tard , il aurait un choc violent à soutenir, ne songeait, dans les jours de calme qui lui étaient laissés , d'une part qu'à presser les préparatifs de sa grande expédition mariiimc, de l'autre qu'à réunir dans sa main, d'une manière absolue, la libre disposition de toutes les forces des États ücpcndaiils de la France.

Le gouvernement hollandais, tel que l’avaient constitué les organisations précédentes , répondait mal encore aux intérêts de la France. C’est une faute cuminuncà tous les gouvernements faibles de ne savoir jamais adoucir le poids de la nécessité par la franchise de leur soumission. Maîtresse de tout en Hollande, la France y rencontrait sans cesse des cüiilrariclés gratuites qui la iiicUaicnt dans le cas d'aggraver le joug imposé par elle à ce pays. Il parut à Napoléon que l'ambassadeur de la république balavc à Paris, M. Schimmcipcnninck, jugeait sainement la situation de celle république , situation qui ne pouvait s’améliorer qu'aulant que la France, secondée de bonne grâce par le gouvernement hollandais, serait conduite à le ménager par intérêt pour elle -même. Un nouveau système de gouvernement fut donc préparé de concert avec cet ambassadeur. Ce nouvel essai d'organisation ne devant, comme ceux qui l'avaient précédé, avoir qu'une courte existence, nous nous bornerons à

POUTIQUE EXTERIEURE.

dire que le but de la rérorinc était la concentration du pouvoir. Pour populariser cette concentration, on laconva’it d'un nom longtemps cher aux Hollandais, celui d’un grand pensionnaire. l.e nouveau pensionnaire fut M . Schimmcipenninck, homme en elTct digne de cet honneur par ses qualités person-, nclles, distingué par une grande étendue de connaissances politiques et littéraires, citoyen généreux, dévoué à son pays et croyant le bien servir en l'unissant de bonne foi aux destinées de la France. On lui a reproché d'avoir été entraîné, séduit, subjugué par Mapoléon. Le fait peut être vrai, liais le principe de conduite adopté par le grand pensionnaire était le seul convenable aux vrais intérêts de la Hollande. Halhêurcuscment il ne fut jamais appliqué dans toute sa plénitude, et il ne le sera même pas quand Napoléon aura donné à la Hollande un de ses frères pour roi. La nouvelle constitution , sanctionnée le mars par le corps législatif, fut soumise à l’acceptation du peuple. Les Hollandais acceptèrent celle-ci , comme ils avaient accepté les précédentes, dans l'espoir qu'une mutation ne pourrait être sans quelque avantage, mais flattés cette fois d’une dénomination qui leur rappelait les belles années de leur histoire. Le grand pensionnaire > prêta serment et entra en fonction le 50 avril.

Tandis que la Hollande recevait une organisation nouvelle, un changement plus grand encore s'opérait dans le midi de l’Europe. Les mêmes personnes qui ont blâmé l'établissement d’un trône impérial en France, persuadées, comme elles le sont, que le bonheur des peuples est attaché au nom de république, doivent blâmer la fondation d’un trône royal à Milan. C’est encore pour beaucoup de personnes une jouissance magique que la puissance des noms. Les pays qui composent la république italienne, s’ils ne sont pas plus libres, ne seront pas plus esclaves sous Napoléon roi que sous Napoléon président. Dominés, comme la France, par l’influence des événements extérieurs, ils auront, sous un titre comme sous l’autre, la même part à de nombreux bienfaits, la même part à de grands sacrifices; mais Napoléon, comme président, régnant en effet sur l’Italie, avait -il besoin d’une qualification nouvelle, et

n’est-ce pas un sentiment de vanité qui lui a fait <lésirer une couronne royale? Assurément, pour l’ambition, Une couronne de plus h’esl point à dédaigner; et, comme il ne coii vient pas à Napoléon qu’il y ait nulle part un genre d’éclat, une réunion de titres qui n’existeraient pas en France, il est possible que, jaloux de ne le céder en rien à la maisou d’Autriche , il ait voulu, pour cette seule raison , joindre le nom de roi à celui d’empereur. Toutefois est-il donc certain qu’il h’ait , en cette occasion , obéi qu’à un sentiment d’amour-propre et d’orgueil? En maintenant une république à Milan , il peut arriver que la présidence échappe à Napoléon , ou du moins que , Napoléon venant à mourir, elle échappe à son successeur. Le titre de roi héréditaire, en mettant le trône dans sa famille, doit assurer pour plus longtemps en Italie la puissance française. Pour avoir été troippé par des événements ultérieurs, ce projet, à l’époque où il fut conçu, n’en était pas moins raisonnable et naturel.

Cependant, avant d’effectuer les changements qu’il avait médités pour l’Italie, l’empereur Napoléon avait cru devoir, par une communication préalable faite à l’Autriche, aller au-devant des difficultés qu’il pouvait craindre de la part de cette puissance. Il avait écrit directcmcol à l’empereur François II pour le prévenir de oes changements sans en déterminer la oatare, qoMqa’eu s’exprimant de manière à être compris. A^cette lettre il n’avait été fait qu’une réponse évesive. L’empereur d'Allemagne chargeait son ambassadeur à Paris de s’informer en quoi consisteraient les changements dont il s’agissait, et provisoirement il rappelait que, par le traité de Lunéville, l’Autriche était garante de l’indépendance de la république italienne. QH répondait à cette objection que , le cabinet autrichien n’ayant mis aucune opposition à ce que le premier consul devint président de celle république, on avait peine à concevoir qu’il entendit blâmer l'exercice qu’elle ferait de son indépendance pour se donner une nouvelle forme de gouvernement.

Cette discussion n’était pas la seule qui, dès le mois de janvier, occupât les deux puissances. Instruit des négociations de rAiHrichc et de la Russie avec l’Angleterre , négociations évidemment diri-

' Voici un fait qui prouve combien lec ambitioni claicut alor* éveillccs dans toutes Ica cours de l'AlIcmaf'uc, et avec quelle fr.iuebisc elles s’adressaient à la puissance franeaisc. Lorsqu’on apprit â Casscl que la république batave venait de recevoir un chef sous le nom de grand pensionnaire, rélceteiir de Hesse, accoutumé â considérer peu tout ce qui n'était pas militaire, me témoigna son étonnement de voir que l'cmperciir Napoléon côt donné un arocal pour successeur au

prince d’Orange. Ce mol n’était qu’une xutroduction à une confidence. Peu de jours après, Son mipjilre principal tue fit entendre que l’électeur eût élf un choix bien mieux assorti pour la Ilollande, ce prince ayant tout a la fois des capitaux pour ranimer son commerce, et une bonne armée pour la défendre. « Du moins, me n disait-il, un chef comme l'électeur ne serait pas pour > elle un mari sans dut. «

Page 1