‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 175 sur 298 · CHAPITRE XUV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUV

gées contre lui, Napoléon avait les yeux ouverts sur tous les mouvements des armées autrichiennés; il avait interpellé Pambassadeur Philippe de Cobenizl sur le rassemblement de troupes que Ton déguisait sous le nom banal de cordon aanitaire t contre la contagion du côté de ITlalie, et sur un camp qui devait être formé dans le Frioul sous le commandement du général Mark. Dans le même moment, son nouvel ambassadeur à Vienne, M. Alexandre de la Rochefoucauld, débutait par y demander, sur ces mêmes objets, des explications claires et précises. Le temps de la franchise n'était pas arrivé pour l'Autriche. Elle commença par des dénégations sur toute pensée hostile, et donna des assurances tranquillisantes dont l'empereur Napoléon se montra salisfail. Il s'empressa de faire annoncer par le Moniteur que tous les bruits, ayant pour objet d'exciter les défiances entee les deux empereurs, étaient faux et mensongers ; que tous deux étaient parfaitement * d'accord ^ pour » laisser l'Europe jouir du repos de la paix et pour » consacrer leurs soins A l'amélioration de leurs * finances, à la prospérité de l'agriculture et du « commerce. » lie son côté la cour de Vienne témoigna beaucoup de satisfaction de la croyance donnée k ses paroles. Ce jeu d'hypocrisie dura près de deux mois, chaque cabinet poursuivant ses desseins, sans que l'on fût dupe de part ni d'autre.

Tout était préparé en France pour la transformation de la république italienne en royaume d'Italie. Le vice -président, Mclii, trop éclairé pour n'avoir pas reconnu que cette métamorphose était inévitable, s'était empresse d'y concourir. Hélait arrivé k Paris avec des députations de tous les grands corps de la république, ce qui formait une sorte de représentation nationale réunie auprès de son president. Ce fut k cette représentation, à cette coneuUa que le gouvernement français soumit l'cxamcn de U question relative k une modification de l'ordre de choses existant. Le résultat de cet examen ne pouvait pas être douteux. 11 fut communiqué à Napoléon, dans une audience solennelle, le 17 mars. La raison souflVe à voir condamner, comme insulfisante en 1824, une constitution qui avait été proclamée trois ans auparavant comme définitive. Cependant, s'il est une vérité démontrée, c'est que, comme la durée d’un gouvernement républicain avec un chef électif était impossible pour la France, une républiqueen Lombardie n'eût pu avoir de même qu'une existence incertaine et précaire. I«c principe d’une monarchie étant adopté pour la république italienne, le monar-

' On craignaii, diuit-oa, la fièvre jaune du céié de l'Espagne et de Livourne, la peate du c6té de Rnguse.

n que, disait le vice-président Melsi, était désigné n par tous les sentiments de la reconnaissance, de » Pamoor et de la confiance. Sire, dans un pays i> que vous avex conquis, reconquis, créé , orga- » nisé, gouverné jusqu'ici; dans un pays où tout I» rappelle vos exploits, tout atteste votre génie, H tout respire vos bienfaits, Ton ne pouvait for- » mer qu'un seul vœu... Vou»^ voulûtes que la ré- I» publique italienne exislât.et elle a existé. Veuillez » que la monarchie italienne soit heureuse, et elle I» le sera. » Le vœu exprimé au nom de la consulte était que le gouvernement de la république italienne fût monarchique héréditaire; que Napoléon l«'rûldéclaré roi d'Italie; que la couronne d'Italie ne pût dire réunie k celle de la France que sur la tête de Napoléon, k l'exclusion de tous ses successeurs; que les deux couronnes restassent indivisibles, tant que les armées françaises occuperaient le royaume de Naples, les troupes russes Corfou, et les troupes britanniques l'ile de Malte. Cette dernière partie du vœu de la consulte était une notification faite i l'Europe des conditions auxquelles pouvaient être séparées les deux couronnes.

Hans sa réponse au vice-président Melzt, Napoléon rappela l'origine des républiques cispadane et transpadane, la formation de la république cisalpine, la douleur qu'il avait ressentie en apprenant, sur les rives du Nil, la destruction de son ouvrage, et son retour à Milan, lorsqu'on le croyait encore aux bords de la mer Rouge, u Notre pre- > mière volonté , encore tout couvert du sang et H de la poussière des batailles, fut, dit-il, la réorn ganisaiion de U partie italienne.... Vous crûtes !• alors nécessaire k vos intérêts que nous fussions » le chef de votre gouvernement ; et aujourd'hui, M persistant dans la même pensée, vous voulet N que nous soyons le premier de vos rois. La sépa- X ration des couronnes de France et d'Italie, qui X peut être nécessaire pour assurer rindépendance X de vos descendants, serait, dans ce moment, fun neste k votre existence et à votre tranquillité. Je » 1a garderai cette couronne, mais seulement tout H le temps que vos intérêts l'exigeront , et je veri> rai avec plaisir arriver le moment où je pourrai X la placer sur une plus jeune tête, qui, animée de X mon esprit, continue mon ouvrage.... » Quelques années auparavant, la substitution d'un royaume d’Italie à une république italienne eût été un bienfait aux yeux des monarques européens, parce qu'ils eussent vu dans ce changement un préservatif contre la contagion des idées républicaines. Délivrés maintenant de ces inquiétudes. Us n'aperçoivent plus dans le retour aux principes

* Momdeur do 2 février.

l’OI-ITIQUE EXTÉRIEURE.

monarchiques que raccroissemenl de la puissance française. Napoléon le prévoit ; il juge utile d'aller au-devant des objections. Dans ce but, au lieu de communiquer au sénat , par un simple message , son acceptation de la couronne d'Italie, il se rend t au sein de ce corps réuni en séance soicnticlle, entend devant lui un rapport de son ministère des relations extérieures sur cet objet , et ajoute luimême quelques explications à celles de son ministre.

La haine, qui a pris plaisir i blâmer tout ce qui s'est fait sous le régime impérial, n'a voulu voir qu'une adulation méprisable dans les louanges données â Napoléon. La justice, en examinant de sang-froid les rapports ou discours de plusieurs ministres impériaux, trouve souvent, dans ces louanges plus ou moins délicates, de sages conseils qui n'avatcnl guère alors d’autres moyens de SC produire. « La matveiltaoce, disait en cette oc- M casion H. de Talleyrand, calomnie par de vains » présages. Elle calomnie par de vaines comparai- » sons N'a-t-elie pas cherché à répandre l'a-

* larme en rappelant ta gloire, le nom et la desti- » née d'Alexandre et de Charlemagne? Frivoles et U trompeuses analogies! Charlemagne n'a eu ni >• successeurs ni voisins. Son empire ne lui a pas

• survécu; il fut partagé et il devait l'être

M Alexandre, en reculant sans cesse les limites de I» scs conquêtes, ne fit que se préparer des func- » railles sanglantes. La grande, l’héroïque pensée » de succession n'entra jamais dans leur esprit,

I» Charlemagne, Alexandre léguèrent leur empire » à l'anarchie... n Ces faits, ces exemples fameux, cités même pour prouver que l'application en était injuste, ne renfermaient-ils pas un avis utile, une salutaire leçon ?

L'objet du diKOurs que prononça l’empereur en celte circonstance était, comme celui du rapport de H. de Talleyrand, d'établir que la force cl la ' puissance de l’empire français avaient été, dans ses i transactions diplomatiques, surpassées par sa mo- ! üération. Il énumérait tous les pays que la France I aurait pu garder et dont cependant elle s’était des- j saisie. La Hollande, les trois quarts de rAllcmagnc, I la Suisse, l'Italie tout entière, avaient été conquises. La France n'avait retenu que ce qui était indispensable pour la maintenir au rang où elle avait toujours été placée. « Le partage de la Pologne , n les provinces soustraites à la Turquie, la con- » quête des Indes et de presque toutes les colonies » avaient rompu, à notre détriment, l'équilibre » général. Tout ce que nous avons jugé inutile n pour le rétablir, nous l'avons rendu » A l’é-

' Le 18 mars.

gard de la république batave particulièrement, Napoléon disait : « Sa réunion à notre empire eût » été le complément de notre système commercial, » puisque les plus grandes rivières de la moitié a de notre territoire débouchent en Hollande. Cem pendant la Hollande est indépendante. » Celte vive appréciation des avantages que produirait la réunion de la Hollande à la France annonce assci que, si on veut la prévenir, il ne faut pas mettre le gouvernement français dans le cas de pouvoir l'opérer impunément.

Après avoir do même fait sentir les considérations qui auraient pu porter la France à retenir la république italienne et la Suisse, l'empereur ajoutait : » Nous avons accepté et noos placerons sur n notre tète cette couronne de fer dcsancieos Lom- » bards, pour la retremper, pour la raffermir, et n pour qu’elle ne soit point brisée au milieu des n tempêtes qui la menaceront, tant que la Mcdilern ranée ne sera point rentrée dans son étal habi- » tucl.» Dans ce langage de Napoléon et de son ministre, tout n’clait ni absolument vrai ni absolument faux. Le monde politique avait été véritablement bouleversé parles usurpations russes sur la Turquie et par le partage de la Pologne, comme par les conquêtes de l'Angleterre dans les colonies et dans les Indes. La France avait droit à des compensations. Ces compensations lui avaient été ofTcrlcs par les attaques même dirigées contre son existence. Jamais il n’en fut de plus justement acquises. Avait-elle été aussi modérée qu'elle le prétendait dans la part qu'elle s'était faite? Non, sans doute; mais, i sa place, l'Angleterre, l'Autricbe, U Kussic rcusscnt-elles clé davantage?

Fidèle à la marche qu'il avait adoptée à l'égard de l'Autriche, Napoléon, à peine proclamé roi d'Italie, se bâta d'en informer l’empereur François 11 par une lettre qui fut remise à ce prince Ie2i mars. 11 ne chargea point son ambassadeur de demander la reconnaissance de ce nouveau titre. Seulement U. de la Bochefoucauld devait prévenir le ministre autrichien, que cette reconnaissance serait incessamment demandée, tia réponse de l'empereur François se fit un peu aUendre, X. de Cobentxl la proiiictlait de jour en jour pour le lendemain. Elle ne fut expédiée que te IG avril. On espérait, dit le vice-chancelier à l'ambassadeur de France, qu’elle ne serait pas désagréable à l'empereur Napoléon, et il faisait toutefois entendre qu'elle renfermait quelguei obsercationê. Apparemment les observations ne présentaient point de difliculté grave, car l'empereur affecta de se montrer satisfait de celte lettre; mais avant de l’avoir reçue, H faisait articuler à Vienne divers griefs sur lesquels il demandait de prompts éclaircissements.

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