‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 177 sur 298 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

INTÉIUII'R ET EXTÉBIECB.

Dépârt (1« Napoléon pour Nilto. — Grande revxie sur le cbarop de bataille de Marengo. — Hommages vrais dr l'université de Pavie. Occupations de l’empereur à Milan. — • Couronnement de Napoléon et fondation de l’ordre de la couronne de Per. — Nomination d'Eugène Beauhsruais comme vice>roi. — Paroles dures de Napoléon à un envoyé du mi de Naples. — Statut tendant à simplifier l'organisation existante. — Session du corps législatif. — Maintien de la nationalité italienne. — Explications données par la France relativciiient au royaume d’Italie. — Motifs de la réunion de Gènes h la France. — Demande faite par Gènes de sa réunion à la France. — Transformation de la république de Lucques en principauté héréditaire. — Notiftcatlon faite Ji l'envoyé auiricbien à Gènes. — Déclaration faite au même envoyé par Napoléon. — Explicaiiona sur la réunion de Gènes. — Influence des prédictions sur les événements. ~ Organisation adminiatratÎTc des duchés de Parme et de Plaisance.

La cérémonie du sacre de Napoléon élail flxécaa 96 mai. Dans sa route pour l'Italie, il parcourut divers départements, s'inrorma partout des besoins de chaque pays, ordonna d'importants travaux et de nombreuses améliorations. La France renferme peu de contrées où Napoléon n’ait imprimé un souvenir. Si les nations paraissent ingrates, leur reconnaissance n’est qu'cndurmic. I«a ville de Lyon n’oubliera jamais tout ce qu'il a fait pour elle. A Turin, des créations utiles, des encouragements flatteurs, des démonstrations bienveillantes, faisaient oublier aux habitants que leur ville avait été la capitale d’un royaume. I>a rencontre de l'empereur dans cette ville avec le pape, qui retournait i Rome, ses fréquentes et longues conférences avec Sa Sainteté, raiïcction réciproque qui paraissait les unir tous deux , ii'exerçaicnt pas une médiocre influence sur des esprits italiens.

Revenu si près de terrains fameux par scs victoires, un légitime amour-propre et une pensée politique tout ensemble, le portèrent à désirer de revoir le champ de Marengo. Sa visite à ec sol classique de la guerre ne pouvait être qu'une fête militaire. Une grande partie de l'armée y fut réunie pour s'y enivrer, avec son chef, de l'orgueil de son ancienne gloire, pour puiser une ardeur nouvelle dans la commémoration du passe, et pour faire voir i l'Europe que là se trouvaient encore le même général et la même armée. Napoléon parcourut tous les rangs , et ensuite il alla se placer,

auprès de rîmpcratrice, sur un trône, d’où il assista à un simulacre de bataille. Ces jeux guerriers étaient diriges par un des hommes que ce même terrain avait vu combattre avec le plus d’intrépidité, le maréchal Tonnes. Les soldats étaient fiers de leurs chefs comme les chefs de leurs soldats. Chacun d’eux défilait avec un air triomphant devant celui auquel ils devaient tant de lauriers, et qui leur devait ses couronnes. Moi aussi, sc disait chaque soldat, j’ai contribué à le faire empereur, et ils aimaient en lui leur guide et leur ouvrage. Pour terminer dignement celte journée. Napoléon distribua des récompenses aux braves qui no les avaient pas reçues encore, et il posa la première pierre d’une colonne consacrée à la mémoire de ceux qui, sur ce même sol, avaient bien mérité de la patrie.

Chaque pas que faisait fempereur dans la Lombardie était marqué par des boimnages d'admiration et de reconnaissance. Ceux de ruaiversilé de Pavie ne furent pas les moins Qatleurs, car iis étaient vrais. «< Deux fois, lui dit le recteur de l'u- » niversitc, votre bras releva les deslius de Tltalie; X deux fois vous tendîtes une main généreuse aux

» muses fugitives Apprenez au monde que le

» bonheur des nations dépend de l'hcurcuse aln liance du génie qui donne la victoire et du génie n qui préside aux sciences et aux arts. • Ces louanges étaient avouées par le bon goût. Tous les orateurs dont Napoléon eut k subir les harangue* ne

CnAPlTRE XLV.

furent pas aussi heureusement inspirés. Sa courte appat-ition à Pavie n’y fut pas sans utilité. H visita tous les établissements, s'entretint sur l’état de l'instruction avec les professeurs les plus distin* gués, et rendit à l’université le célèbre Voila ainsi que plusieurs autres hommes de mérite, éloignés mal à propos de ce théâtre de leur gloire.

Pour tout autre prince que Napoléon, le temps de son séjour à Milan eût été une époque consacrée tout entière aux jouissances de l’amour-propre et de l'orgueil. A Milan, comme à Paris, chaque journée avait pour lui scs longues heures de travail. Ni la politique ne nuisait à l’administration intérieure, ni l’administration intérieure à la guerre et â la marine. Sorti de son cabinet pour prendre part aux fêtes du moment, il rentrait dans son cabinet pour se délasser, par d’importantes correspondances, des fatigues d'une oiseuse et pourtant nécessaire représentation.

Indépendamment de tous les princes d’Italie qui envoyèrent à l’empereur des ambassades extraordinaires, une foule de souverains, l’Espagne, le Portugal, la Prusse et tous les princes d'Allemagne, hors l’Autriche, avaient ordonne à leurs ambassadeurs à Paris de se rendre à Milan à la suite de Napoléon. Le marquis de Luccbesini, qui donne l’énumération nominative de ces envoyés, oublie de se nommer lui-méme et de dire qu’il vint y apporter, au nom de S. M. prussienne, les cordons de l’Aigle noire et de l’Aigle rouge. Dans la première revue de scs troupes, l'cmpcrcur affecta de séparer de ces ordres, pour manifester sa bonne intelligence avec Frédéric-Guillaume, tant aux yeux de l'Italie qu'à ceux des autres gouvernements étrangers.

I.c trésor de Monza s’ouvrit, après quatorze siècles, pour rendre le précieux dépôt de cette fameuse couronne de fer qu’il gardait à Napoléon. A l'exception du saint -père, que remplaçait à Milan le cardinal Caprara, ce fut la meme magnificence, le même éclat qu'à Paris, et peut-être même les pompes italiennes surpassèrent -elles tout ce qu'avait vu la France. A Milan, comme à Paris, Napoléon prit la couronne sur l’autel, et la posa sur sa tète. Dans cette dernière circonstance, il ajouta, en se couronnant lui-méme, ces paroles d’une ancienneté locale : » Dieu me la donne » gare à qui la touche; <• paroles qui deviendront la devise d’un ordre nouveau sous le nom d’ordre de la Couronne de Fer.

Une pensée heureuse guida Napoléon dans le choix qu’il Ht d’Eugène Beauharnais pour le représenter en Italie comme vice-roi. Ce choix était

‘ Dio me U diede, puai » chi la locca.

I d’ailleurs politique pour la France comme pour ! l’Italie. En France, on aimait cette prédilection pour le fils de Joséphine. En Italie, on préférait ce jeune guerrier, déjà connu par des actions d’éclat, aux frères de Bonaparte, qui, à l’exception de Louis, n’avaient pas suivi la carrière des armes. On s’était d’ailleurs, et avec raison, en Italie comme en France, formé, sur le caractère du prince Eugène, une opinion honorable qu’il ne démentit pas.

Parmi les puissances qui avaient envoyé desambassades extraordinaires pour féliciter l’empereur Napoléon sur son avènement au trône d’Italie, celle qui reçut l’accueil le moins flatteur fut la députation de Naples. Dans ce meme moment Napoléon venait d’intercepter une correspondance de la reine Caroline, qui né laissait aucun doute sur les intelligences de cette princesse avec les ennemis du gouvernement français. Son ressentiment encore dans toute sa vivacité laissa échapper à ce sujet des paroles dures qui ne devaient pas se faire entendre en une telle circonstance. La courtoisie de langage est toujours d’obligation envers les femmes, surtout envers une reine; mais si, sous ce rapport, l’cmpcrcur Napoléon est loin d'ôtre irréprochable, on ne doit pas perdre de vue que sa patience a souvent été mise à de rudes épreuves. A l’exception du petit nombre de souverains qui étaient franchement entrés dans le système français, tous les autres, dans leurs correspondances entre eux, se vengeaient, par des outrages secrets contre leur mattre commun, des hommages publics qu’ils étaient forcés de lui rendre. Ces outrages, qu’ils croyaient enveloppés dans l’ombre, ont rarement été un mystère pour lui. Us se faisaient jour de plus d'une manière, et, je le puis dire comme témoin des faits, j’ai souvent admiré une inexplicable confiance qui ne se doutait pas que la poste en Allemagne et ailleurs pouvait être sujette à de terribles indiscrétions. On se ferait dillicilemcnl une idée de tout ce qui a passé en ce genre sous les yeux de Napoléon. Si parfois il a exercé de sévères vengeances, plus souvent encore il s'est montré indulgent , faisant la part des situations , des préventions et des habitudes, il a même , en plus d’une occasion, été, comme politique, généreux pour des princes et des princesses , contre lesquels il avait, comme homme, de justes motifs d’irritation personnelle.

La présence de Napoléon , toujours féconde en améliorations, quel que fût le lieu qu’il visitât, devait accélérer, pour scs peuples d’Italie, le bienfait de leur association aux destinées de la France. Le statut constitutionnel qui introduisit quelques modifications dans l’administration existante, eut surtout pour objet île la simplifier. Napoléon eut

Page 1