CHAPITRE IV
IMÉRIEIIR.
Principe* généraux de conduite du premier consul. — Posittun respective de l'Anglcierrc et de Ia France. — financier de PADgletcrrc. — Situaiiuo financière de la France. — Obligations souscrites par les receveurs généraux. — Fondation d'une caisse d'amortissement. — Ouverture de la banque de France. • Direction du trésor. ~ Réduction des journaux politiqurs à un nombre déterminé. — Lois exerpUonnelies en Angleterre. — Pacification de rintérieur. — Première lettre de l..ouis XVI II au premier consul. — Deuxième lettre de Louis XVIII au premier consul. — Réponse du premier consul. — Causes qui s'opposaient au rciablisscuicni des Bourbons. — losiallaiion du gouvernement au ebiteau des Tuilerie*. — Organisation des préfectures et sous-préfectures, — > Réorg.misation de l'ordre judiciaire. — • Clôture de la liste des émigrés. — Radiation des luonibres de l'assemblée constituante inscrits sur la liste des émigrés. — Pension accordée h la veuve de Railly. — Adoucissement de diverses mesures de rigueur. — Développements donnés à Técolc polylerbniqae. — Division du Prj'tanée français en quatre collèges. — Rapproeheiucnt des etpriu. — Reforme dans les rij<rurs, opérée par rinRuence du premier consul. ~ Recompense des services rendus A la patrie. — Honneurs rendus à la mémoire de Washington. — Statues des grands hommes placées aux Tuileries. — Création du corps des inspecteurs aux revues. ^ Plan de campagne pour le général Moreau.
C’éuU, dit-on, une maxime du général Bonaparte que l'âme d'un homme d'Éut doit être dans sa télé. Si par là il faut entendre que les alTcctions (le i’hoiiirnc doivent cire sultordomiées à la raison du magistrat ou du prince, rien de plus vrai, rien de plus salutaire pour les peuples que cct axiome. L'histoire offre partout des rois dont clic vante la sensibilité personnelle; mais cette sensibilité, locale, pour ainsi dire, cl partielle, ne soulage que l'infortune placée sous ses yeux ou que des malheurs privilégiés. La véritable humanité, dans un prince habile, suit une autre méthode. Tous ses actes ont un but général, et lors même qu'ils portent sur des individualités, ils tendent encore à l'inlérél des masses. C'est ainsi surtout que procède le premier consul. Les grands principes d'ordre, d'économie et de Justice générale vont former, du moins pour un temps, la base de sa politique intérieure, en ce sens que sa droite raison lui a fait reconnaître l'application de ces principes, comme une source de force pour les gouvernements et d'avantages pour les peuples.
Parifler rintérieur de la république, troublé encore, dans un grand nombre de départements, par la guerre civile, infesté dans tous par un odieux brigandage; réorganiser ou plutôt créer les finan*
CCS, c'est-à-dire rendre à la France ce que depuis longtemps elle n'a plus, des recettes effectives et du crédit; détruire l'anarchie en fondant un système d'administration qui garantisse et accélère l'exécution des ordres du gouvernement; assurer à la magistrature, par un meilleur classement des tribunaux et par une composition plus sévère du corps des juges, la dignité et la force nécessaires pour faire respecter les lois; compléter les anciennes armées, pourvoir à la levée, à l'armement et à la solde de corps nouveaux : telle est la Uebe que doit remplir le premier cousul.
Pour tout gouvernement, quel qu'il soit, et plus encore pour un gouvernement naissant, la plus grande calamité, parce qu'elle forme obstacle à tout, est la pénurie du trésor public. Jamais, sous ce rapport, nul autre gouvernement ne fut dans une si fâcheuse position. Là se trouve aux yeux de l'Europe, et particulièrement aux yeux de M. Pitt, la plaie incurable de la France. C'est par là, selon ce ministre, qu'elle doit périr. Plus d’une fois ses calculs ont déjà été trompés. Le moment semble enfin venu pour leur accomplissement.
Si jamais le dédain et l'injure furent excusables envers le chef d'an gouvernement étranger, la déplorable situation de la Franche et l'énergie des me-
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sures préparées contre elle, par les puissances al> liées, auraient jusiiné la présomption et la violence de langage du ministère anglais, l'ar suite des échecs qu’a essuyés la marine française dans la dernière année, toutes les mers seront soumises sans réserve à la domination de ce gouvernement. A la vérité, l’expédit ion anglo-russe en Hullaiides'est terminée par une capitulation honteuse; mais, si pour lu Russie l’échec a été sans compensation, l’.Angleterre a trouvé une large indemnité de scs pertes dansrenlèvcmcnt de la flotte hatave qui s'est livrée à elle, en croyant se remettre seulement au prince d'Orange. Les progrès des Russes et des Autrichiens ont été arretés en Suisse par la bataille de Zurich ; mais, en Italie, Gènes seule résiste encore, et le midi de la France semble ouvert à une invasion prochaine. Une flotte nombreuse sous les ordres de l'amiral Keith, portant un corps considérable de troupes, est prête à seconder cette opération. M. Fitt, il est vrai encore, avait laissé entrevoir qu’il ne comptait plus très-fermement sur la coopération de l’empereur de Russie; mais il avait annoncé en même temps que des mesures scraicnlconccrtécspouropposerà la France des forces supérieures à celles qu’elle pourrait Jamais porter sur scs frontières. En elTct, tandis que les quatre armées de la France, celle de Hollande, celle du Nord, celle de Suisse et celle d'Italie, forment à peine un total de cent quatre-vingt mille hommes, l’Autriche en a cent vingt mille sur le Danube et cent quarante mille en Italie. Les finances de la cour de Vienne, déjà épuisées par les efforts des précédentes campagnes, ne sulFiraient pas seules pour de tels armements. L'Angleterre continue à su|>pléer à ce qui lui manque. Dès le mois de février, , M. Pitt a demandé au parlement un fonds de deux millions cinq cent mille livres sterling, pour être employés en payement de subsides. Persuadé que toutes les questions politiques doivent se résoudre par les finances, que l'Europe appartiendra au gouvernement qui pourra fournir le dernier écu pour mettre sur pied le dernier homme, ce ministre pousse à son plus vaste développement l’édilicc de crédit qu’il a concouru à établir, mais dont la surcharge finira par écraser les fondements.
Au commencement de la guerre (en 1793) le produit annuel de l'impOt en Angleterre était de
17,674,393 liv. sterl., 441 ,839,873 fr., et cette première année, l’Angleterre n'avait emprunté que 4,300,000 liv. sterl., 112,300,000 fr.
En 1799, le produit des impôts montait à
23,607,943 liv. sterl., 390,198,623 fr., et l'emprunt était de
18,300,000 liv. sterl., 462,300,000 fr.
Le total des emprunts faits par le gouvernement
anglais de 1793 à 1799 inclusivement, s'élevait à 138,237,736 liv. sterl., 3,933,943,400 fr.
Ainsi, indépendamment de l'augmcnlation progressive des impôts, l’Angleterre, en sept années, a grossi sa dette de près de quatre milliards. La mine du crédit était réputée inépuisable. Les emprunts passés, par leur multiplicité même, fournissaient des facilités de plus pour les cmjirunts nouveaux, et le gouvernement était autorisé .à croire qu’il aurait triomphé de la France longtemps avant que l’abus du crédit en rendit l’usage impossible. Il ncsc trompera pas dans cette espérance, quoique l’époque du triomphe doive être beaucoup plus éloignée qu’il ne le suppose ; mais il aurait pu se demander dès lors si les résultats qui pourront être obtenus, ne seront pas trop chèrement achetés.
Pour l’année qui commence, M. Pitt évalue les besoins .i
39.300.000 liv. sterl.; et comme, malgré la continuation de \'income-tai, ou taxe du revenu, établie l’année précédente, il ne trouverait pas, dans les impôts, la totalité de celte somme, il proposera un emprunt de