‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 181 sur 298 · CHAPITRE XLVT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVT

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rcur de Russie élèvera les furces qu'il doit em* ployer au nombre de cent quatre-vingt mille. On a soin de régler le subside anglais d’après la même proportion.

Le deuxième > semble dicté par un sentiment de pudeur, et 1a pudeur n'est encore que de la politique. Aux yeux même de rempereur de Russie, U cause de l'Aiigleterre, dont U se fait le champion, est si peu la cause du continent, que ce prince demande à pouvoir, pendant quelque temps, dini~ muler l'alUancej et le roi de la Grande-Bretagne permet que son allie le renie. On convient que les armées russes, qui auront à traverser le territoire de la Prusse et de l'Autriche, pour être conduites dans le voisinage des frontières de la France, devront déclarer n que ce mouvement n’est lié en n aucune manière arec quelque conrenlion eiit- H tante atec Sa Majesté britannique , mais que les » puissances du continent exigent de la France M raccomplissemcnldc scs engngeiiionls immédiats N avec elles, n Une (elle stipulation indique jusqu'à quel point se respectent entre elles les deux puissances contractantes. Souvent, dans les transactions diplomatiques, on a stipulé le silence; il est nouveau de stipuler le mensonge.

Au caractère d’immoralilo qui distingue cet article, se joint une empreinte de présomption fort extraordinaire. On admet, d'une part, comme une mesure qui ne doit point rencontrer d'obstacle, le passage des troupes russes sur le territoire de la Prusse comme sur celui do l’Aulricho, cl, d'autre pari, le paisible etablissement de ces troupes sur la frontière française. Abstraction faite de l'orgueil qui alors faisait croire que la Prusse n'oserait pas s'opposer à un passage semblable, conmient pouvait-on scpcrsuaderquc l'empereur Napoléon, si peu accoutume à se laisser prévenir, attendrait patiemment que l'armée russe vint sans obstacle s'établir sur le Rhin pour négocier avec lui ou plutôt pour lui imposer la loi? Nous blâmerons bientôt l'empereur Na|K)}con de la sèvérilc de son langage à l'égard de rcssaiiii de têtes légères cl étourdies qui, suivant lui, dominent rempereur Alexandre; mais, d'après les actes de la diplomatie rus^e, est-il possible de penser qu'il y eUt quelque sang-froid, quelque maturité dans ses conseils?

J’ai peut-être poussé ces détails un peu loin. Cependant sans ces dclails les faits eussent pu difllcilemcnt être appréciés avec justesse. Dès à présent, avant de quitter Pétersbourg pour nous rendre à Vienne, nous savonsce que nous devons penser du cabinet autrichien. Déjà il nous est démontré que la réunion de Gênes, dont on fera tant de bruit,

’ Kn daic <hi 13—34 juitki.

n'a eu aucune influence sur des engagements qui , constatés le 11 avril comme ayant eu une existence antérieure, avaient précédé, de plusieurs mois, l'émission iiiéinc du vœu de cette réunion . En effet, les plans de campagne contre la France se discutent déjà entre l'Autriche et la Russie, non-seulement avant que la réunion ait eu lieu, mais même avant qu'il y ait à cet égard aucune certitude; avant que le bruit de sa probabilité ait pu parvenir à Vienne et bien moins encore à Pétersbourg. La demande de la réunion ne sera présentée à l'empcrcur Napoléon que dans les premiers jours de juin, et c'est dans ces mêmes premiers jours de juin qu'arrive à Vienne l'aide de camp de l'empereur Alexandre, chargé de régler avec le cabinet autrichien les dispositions de la campagne. Cet aide de camp, le général Winxingerode, le même que nous avons vu ambassadeur malencontreux en Prusse , va être dédommagé , par ses succès à Vienne, de son échec à Berlin. Les généraux nommés pour conférer avec lui sont le quarlier-maltrc général Mack et le prince Schwarzcnl>erg. Le protocole de leurs conférences sera signé le 16 juillet.

Tandis que le cabinet militaire de l'Autriche sc livre avec la Russie aux combinaisons d’une guerre prochaine, son cabinet politique devient par degrés d'une froideur remarquable envers le gouvernement français. Le comte de r.obcntzl reste quelque temps sans dire un mol de ITtalic. L'ambassadeur français observe le même silence. Ce dernier annonce, le 10 juin, que le camp d'Alexandrie est dissous; que celui de Brescia le sera sous quinie jours. C'est au moment où leslroupes françaises sc séparent que les troupes autrichiennes vont se concentrer. Il n'en reste plus que de faibles détachements en Gallicic et en Bohême. Elles se portent presque toutes ou du côté de l'Iialie ou dans la direction de l'Inn.

Quoique même, avant le traité du 11 avril, l'Aotriebe fut d’accord avec la Russie dans le principe d'une action commune contre la France, de longues négociations curent encore lieuenire les deux cabinets tant sur le traité même que sur les articles séparés et additionnels. Lcsdcclarations échangées le 9 août entre les ambassadeurs des trois puissances, le prince Czartorîski pour la Russie, le comte de Stadion pour l'Autriche, et AI. I«ewisson-Gower |>our l'Angleterre, ont rcvél^une |)ar- (ic de CCS négociations. Le 7 juillet. Je vicc-cbancelicrCobcnUl avait adressé à l'ambassadeur russe à Vienne, comte Rasumo^sLi, une déclaration préalable renfermant diverses observations. Il avait, le SI du même mois, fait remettre au cabinet russe un méniuirc qui ajoutait à ces premières observa-

rol.lTlQl'IC KXTEUIiailF.

lions des propositions et des demandes nouvelles; enfin , le 0 août , l’adhésion de l'Autriche avait été accompagnée encore de quelques restrictions. L’Autriche avait de son côté posé des hases particulières pour le rétablissement de la paix , et l’empereur de Russie s’était engagé ‘ envers elle à ne traiter de la paix que sur ces bases.

La cour de Vienne s’était plainte aussi de l’insuITlsancc des subsides consentis par l’Angleterre. Klle voulait, pour 1805, trois millions de livres sterling, et jusqu’à la concurrence de quatre millions i>our chacune des années suivantes. C’était encore l’empereur Alexandre qui promettait ses bons otiiccs pour faire obtenir la somme entière de subsides demandée par le cabinet autrichien. A ce prix , l'Autriche réunirait une force qui ne pourrait être moindre de trois cent vingt mille hommes. Moyennant cette augmcnlalion de troupes , l’ambassadeur anglais se chargeait de faire payer, dans le plus court délai , à cette puissance , sur la base de ce nombre de trois cent vingt mille hommes , la valeur de cinq mois de subsides à litre de première mise en campagne.

Lorsque le sang des nations est devenu l’objet d’un marché de la part des grandes puissances comme l’Autriche et la Russie, est-il étonnant que le roi de Suède cherche aussi , dans un pareil trafic, un supplément à la pénurie de scs ünanccs? En conspirant contre la puissance française, la seule qui défende encore les droits de la navigation neutre, droits les plus importants de tous pour la nation suédoise, Gustave s’estime heureux de n’avoir du moins que des hommes à sacrilicr. Entre les traités- conclus par la Russie et l’Autriche et ceux que conclut le cabinet de Stockholm , il existe toutefois une différence. C’est par centaines de mille hommes que se règlent les subsides donnes à la Russie et à l’Autriche; c’est par millo hommes seulement , c’est par tète d’homme que SC règlent les subsides accordés au roi de Suède.

Pour mettre S. M. suédoise en état d’ajouter quatre mille hommes de plus aux quatre mille hommes qui forment la garnison de Stralsund, l'Angleterre s’engage ^ à payer, pour chaque mille hommes, une somme mensuelle de dix-huit cents livres sterling; ce qui forme un total de sept mille deux cents livres sterling pour chaque mois. Plus tard, Gustave IV devant fournir un corps de douze milhï hommes pour seconder les troupes russes qui débarqueront en Poméranie, S. .M. britannique lui payera ^ un subside annuel de douze livres dix schellings pour chaque homme, indépendam-

■ Ucclaration du prince Cz.'irioriski.

' Traite siguc h livlaingbourg, le 51 août.

ment d'une somme équivalente à cinq mois de subsides que recevra S. M. suédoise à titre de première mise en campagne. L’Angleterre avait promis en outre de payer une somme de cinquante mille livres sterling pour mettre Stralsund dans un bon état de défense. Ces divers cngagcmciits de rAiigletcrrc et de la Suède étaient placés sous la garantie de l’empereur Alexandre. C'est au nom et sous l'invocation de la très-sainte Trinité que se rédigent toutes ces transactions.

Il ne faut pas oublier que, dans ses traités avec les puissances stipendiées par elle, l’Angleterre s’est , par un article spécial *, réservé le droit d'avoir des agents auprès des commandants en chef, agents chargés de vérifier si elle est bien servie par les puissances qu’elle paye , et si elle ne paye que le nombre d'hommes employés pour sa cause. (Qu’est devenue la fierté de souverains qui se soumettent à un contrôle si humiliant! Nous laissons à la conscience du genre humain le soin de décider si ce sont des guerres justes , nécessaires , nationales, que des guerres auxquelles les monarques ne se déterminent qu’autant qu'un État étranger achète , homme par homme , chacun de leurs ré- > giments , et vient , sur le champ de bataille, compter les morts avant de solder scs comptes.

Si jamais il entra dans l'esprit d’un cabinet une idée hors de toute raison et de toute vraisemblance, c’est l'étrange supposition admise, au moins en apparence , par le cabinet de l’étersbourg , de la possibilité que Napoléon , sur la simple menace de la colère des alliés, coiisciitit à des sacrifices que la guerre la plus malheureuse eût pu diflicilemcnl lui arracher. Avait-on réellement en vue à i’élcrsbourg d’entamer avec la France une négociation sérieuse, ou bien la démonstration de ce désir n’était-ellc qu’un jeu pour gagner du temps, jusqu’à ce que toutes les armes fussent prèles pour le combat? ('.cite dernière conjecture doit paraître la plus probable , lorsqu’un se rappelle que , sans parler des conventions secrètes , les moindres exigences avouées par la coalition étaient l’évacuation du nord de l'Allemagne, de la Hollande et de l'Italie tout entière, sans en excepter l'ile d’Elbe. A ce sujet, le marquis de Lucchesini fait la réflexion trèsjudicieuse que, si de telles propositions avaient été en elTct portées ufliciellcment à la connaissance de l’empereur Napoléon , la guerre aurait éclaté trois mois plus tôt. l’our lui présenter ces modestes demandes, le cabinet de Pétersbourg choisit le principal négociateur du traité du 1 1 avril, M. de Nowosilsof. (Quoique sa mission n'ait pas été achevée ,

* Trailé signé à Besk.vsroy, le 5 octobre.

t Article 5 du traite du 1 1 avril.

CIIAHTRK XLVl.

[iwr.]

elle foriuc un incident qui u'csl pas resté sans linporlaticc et elle réclame quelques explications. \

J.a cour de Berlin était l'intermédiaire naturel par lequel dût être transmise au gouvernement français la proposition de renvoi d'un agent russe à Paris. Il était d'un vif intérêt pour cette cour i d'empêcher un choc entre les deux puissances. I Pressée entre l'une et l'autre, elle avait à sedefen- ' dre contre leur» sollicitations ci, d'un côté au moins ' contre des menaces. Lorsque précédemment il avait ' été question d’une alliance entre la France cl la | Prusse , les trois cabinets de Londres, de Vienne cl de Pêlersbourg avaient agi en même temp pour tlélouriicr la Prusse de cette alliance. Le gouverne- I ment prussien avait cédé. Bientôt on était devenu plus exigeant ; on ne voulait plus même lui pernicl- ; trede rester neutre, et la mission de l'aide de camp de l'empereur Alexandre, le général Winzingerode, I avait ou pour objet de rcntraiiier comme partie ac> lire dans 1a coalition. Pour se défetidrc contre ces instances, le roi.de son côté, avait envoyé à Pélersbourg son aide de camp, le général comte de Zastrow. Tout lcdêsir de ce prince était de faire admettre par la Russie, comme il était admis par ta I-'nncr, son système de neutralité dont il entendait ne point se départir; mais celle neutralité de la Prusse avait peu de faveur â la cour de Russie. Les cnTorts de H. deZaslmw ne purent lui faire obtenir à cet egard aucune parole rassurante, .^lalgré la promesse faite ' par le roi « de ne pas entrer dans des liaisons plus : » étroites avec la France,» l’cmpcrciir Alexandre rtc dissimulait point que, dans riiypollièsc où les négociations pour la p.iix n’auraient pas une issue satisfaisante, son intention était «> de pousser la n Prusse à toute extrémité. » Telle était la position ' de la Prusse à l'égard de la Russie, lorsque l'empereur Alexandre, en conséquence dcscsconven* | lions avec l'Angleterre, annonça au roi son intention d'envoyer à Paris un de ses chambellans. j

Le roi s'empressa de transmettre, par une Ici- j Ire confidentielle , a l'empereur Napoléon , la pro- ; position du monarque russe, et en même temps le baron d'Hardciibcrg en faisait aussi connaître l'objet au ministère français. C'était en réponse aux ouvertures de S. H. l'empereur et roi à S. Al. | britannique, pour le rétablissement de la paix, que l'empereur de Russie » voulait lui proposer *

» avec franchise ses propres idées et sa manière » d’envisager cet ouvrage salutaire. S. M. iinpé- j » riale, disait le ministre prussien, a fait choix , » pour cet effet de M. de Nownsilsuf..... Les «r* i

' l.«llre (lu 2H avril i M. dr TaUeyrand.

• ■ i\e é fitUi to coHfnuiinrro , * dit le marquii de | l.uceheaini.

» coitHances ne permsUant pas de le retêlir en- X core d’un caraclêre public, ü paraüra pour le m présent comme wn simple particulier, muni de M tous les poupoirs dont il pourrait acoirbesoinpar » la suite... » Nous citons ces passages de la lettre du bxiron d'ilardenberg , parce que c'est de là, scion toute apparence, que AI. de Nowosilsof fera sortir une interprétation offensante pour l’empereur Napoléon, à moins toutefois qu'il n'existit une injure réelle dans les communications faites de Pélersbourg à la Prusse, et que le gouvernement prussien, jaloux deréconciiier les deux em|)creurs, SC fut abstenu de rien faire arriver à Paris qui pût blesser le gouvernement français. Celle supposition nous semble d'autant plus rondéc que te roi usa aussi d'une certaine discrétion en rendant à la Ru.ssic les ré|M>nses de la France.

L'empereur Napoléon ne montrait point d'étoigncmcnl à renouer une négociation avec la Russie,^ mais il ne partageait pas les es|>craiiccs de 8. M. prussienne. Il ne le cachait pas au roi, et il lui exprimait franchenicut ses doutes sur les sentiments du cabinet russe, dont il prétendait êtro mieux infonné * que la cour de Berlin. I#e roi ne fit connaître à Pétrrsbourg que le résultat des lettres de P.iris , savoir qu'on y recevrait volontiers la persotme qu'y enverrait rempcrcur Alexandre. M. de Talleyrand manifestait au baron d'ilarden* berg les mêmes soupçons , les mêmes craintes que Napoléon au roi. Il lui disait que tout ce qu'on apprenait en France du langage cl «les dispusitions des ministres anglais devait tenir l'empereur dans la plus juste défiance. « L'empereur Alexandre , » ajoutait-il est entraîné malgré lui. Il n'a pas » reconnu que le pian du cabinet anglais, en lui » offrant le rôle de médiateur, est de lier les inté~ » rèls de l'Angleterre à ceux de la Russie, etd'a- » mener celle ci à pretnlre un jour les armes pour » le soutien d'une cause qui serait devenue la » sienne. » Rien de plus juste que celte remarque. Seulement le mal prévu comme possible par le gouvernement françaisélait déjà consommé. L'association d’inlércli avait eu son accompiisscinciit. R. de Talleyrand dtH;iarail que, « si la Russie ou toute » autre puissance voulait inlervciiir et peser égalen ment sur la France et eur l'Angleterre, l’cnipe- » reur ne le trouverait pas mauvais, et qu'il ferait » avec plaisir des sacrifices , si fAngleterre en fai- » sait d’équiralents. » Cette déclaration, le premier consul l'avait déjà faite de la manière la plus largeau mumcnl de la rupture de la paix d'Amiens lorsqu'il croyait à plus de sincérité dans la médiation de l'empereur Alexandre. Ainsi, quoi qu'on

* Letire datée de Milan, le 4 juin.

rOLlTIQl E KXTÉUIEURK.

puisse dire de son ambition, toujours il s’csl mon- , tre disposé à une diminution de puissance, à des réductions de territoire, bien entendu que l'Angleterre se prêterait à une réduction proportionnelle ; inaisjamais l'Angleterre n'avait consenti à cette ré- I ciprocité qu'il lui avait oITcrte. Oserait-on soutenir que, dans cette dernière conjoncture, il y ait ; eu aucune bonne fui de la part de cette puissance et de celle des prétendus médiateurs, lorsque les : trois cabinetsétaient d'avance engages à unir leurs ciïurtspour replacer la France dans ses anciennes limites? Qui pourrait dire que l'Angleterre ait eu, un seul jour, l'idée de se dessaisir, non pas de tout ce qu'elle avait acquis, mais de la moitié, du quart de ce qu’elle avait acquis depuis Comme on avait, à Paris, une opinion peu favorable de la mission de M. de Nowosilsor, on avait soin de faire connaître •• qu'au moindre mot de menace, d'iii- » suite et de traites hypothétiques, il ne serait plus n écouté. » Du reste, quant à Ig^questioade la paix, on laissait entrevoir que la conservation- de Malte par l’Angleterre ne formerait ^a»^n obstacle invincible. Si précédemment^ le message du roi d’Angleterre, on s'était refusé à toute Iransac- • tion sur ce sujet, c’était parce qu’on ne voulait pas reconnaître au gouvernement anglais le droit de rompre les traités par une simple déclaration de sa volonté et de son caprice. Cette concession de la France semblait devoir être d’un bon augure pour la négociation, mais la négociation ne commencera pas; la fortune aussi devait contrarier une mission qui, par cllc-mémc, avait déjà si peu de chances heureuses. L’envoyé russe ne déjiassa pas Berlin.

Le 25 juin, M. de Nowosilsof était arrivé dans cette capitale. Il n'y avait trouvé ni le roi, ni le baron d'IIardenbcrg , qui tous deux alors étaient en Franconie. Le 9 juillet seulement, M. d'Hardenberg fut de retour; mais, dans riiitcrvallc, l'état des choses avait changé. Trois courriers étaient successivement arrives à M. de Nowosilsof. Le premier lui avait apporté l'ordre de suspendre son voyage. Peut-être avait-on, après coup, fait à Pétersbourg la réflexion si vraie, exprimée par le marquis de Lucchesini, que la nature même de celte mission pourrait avoir de graves inconvénients pour les alliés, puisqu’ils allaient menacer beaucoup trop tôt, avant d'étre en état d’agir. Par le second courrier, le cabinet russe prescrivait à son agent de revenir sur scs pas. Il lui envoyait, par le troisième, une note pour être remise au ministère prussien. Le motif ou le prétexte du dernier ordre était la nouvelle parvenue à Pétersbourg de la réunion de Gènes à l'empire français. Si la cour de Russie jugeait que cet événement dût ren-

dre désormais la négociation impossible , rien de plus naturel que du rappeler son négociateur; mais, dans les vapeurs d'orgueil dont cette cour était enveloppée depuis quelques mois, une mesure si simple ne lui suilisait pas. Elle voulut faire de ce rappel une espèce de bravade sans objet. En remettant nu ministère prussien les passe-ports français qui lui avaient été expédiés pour se rendre à Paris, M. de Nowosilsof y joignit la note qu'il venait de recevoir de son gouvernement. « Les rapports » existants entre la Russie et la France, portait Il cette note, eussent pu opposer des obstacles in- II surmontables à une négociation de paix par un » ministre russe, mais S. M. impériale ne balança Il point à passer sur tous les sujets qu'elle avait de M mécontentement personnel, sur les formalités Il usitées. Elle profita du rintervcntioii du S. BI. n prussienne, et, en faisant demander des passcn ports pour son plénipotentiaire, elle se borna à Il déclarer qu’elle ne les accepterait que sous la n double condition que son plénipotentiaire traite- Il rail directement arec le chef du gourernement Il français sans reconnaître le nouccau litre qu'il n s’était donné, et que Bonaparte assurerait posi- I» tirement qu’il était encore animé du même désir n do paix générale qu'il avait paru routoir manin fester dans sa lettre à S. M, britannique. » Est-il vrai, est-il faux que lu cabinet de Pétersbourg ait mis de telles conditions, et surtout la ptemière, à l'envoi d’un agent à Paris? Si elles avaient été articulées dans les communications faites par la Russie a la Prusse, il parait que la prudence prussienne s’était gardée de les transmettre en France. Quel est maintenant l'objet de la note de .M. de Nowosilsof, note qu’il s'empresse de faire circuler dans le corps diplomatique et insérer dans une gazette du Nord? C’est évidemment de faire gloire d'un acte de hauteur auquel, suivant l'assertion russe, l'empereur Napoléon se serait soumis. Est-ce là un rOlc digne d'une grande puissance?

Le baron d'IIardenbcrg ayant adressé au ministre de France la note de M. de Nowosilsof, BI. de Laforét la lui renvoya ‘ en lui témoignant que , quels que fussent scs devoirs ministériels, il ne pouvait faire parvenir à son gouvernemeut une pièce « dont plusieurs expressions étaient au moins » inconvenantes, et qui n'aurait pas du être déjà n répandue avec affectation, à l'insu sans doute du I» cabinet de Berlin. » En vain le ministère prussien engagea M. de Nowosilsof à modifier ce qui pouvait blesser le gouvernemeut français. Cet agent n’en avait pas le pouvoir. Le texte même de la note lui avait été envoyé de Pétersbourg.

' Noie do 13 jiiillci.

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