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luur il n'cprouvAl pas un seul inslanl de retard. Il était attendu au Ferrol par les amiraux Gourdun et Grandcllana; sur les côtes de Kranec, par le contre-amiral Lallemand; à Krest, par Ga.nlheaume; à Roulngne, par Napoléon. Malgré l'humeur que celui-ci a ressentie de l'entrée de Villeneuve au Ferroi, il se garde d’ahord de la montrer tout entière, même à son ministre de la marine, u Dites A Ville- » neuve, écrivait-il à ce ministre, que j’espèrequ’il » aura continué sa mission, et qu'il serait trop dés- » honorant pour les escadres impériales qu'une » échaulTouréc de trois heures et un engagement » avec quatorze vaisseaux fissent manquer de si » grands projets. » Pour la supposition do l'exactitude de Villeneuve à suivre ses ordres, informé que, le 10 août , cet amiral était prêt à partir du Ferrol avec trente vaisseaux , et prévoyant la possibilité d'un combat auprès de Brest, il faisait, par le télégraphe, avertir Ganthoaume de se tenir prêt pour prendre part à cette aiïairc. Gantheaume en cITet fit des mouvements bien entendus qui amenèrent un engagement partiel de son escadre avec la croisière anglaise et qui curent l'avantage de retenir cette croisière devanllui, en soricquesi Villeneuve était arrivé, l'amiral Cornwallisse serait trouvé en présence de près de soixante vaisseaux, ce qui l'aurait mis dans l’impossibilité de soutenir le combat. Dès lors la Manche eût été au pouvoir des Français.
ün conçoit sans peine quelle était, dans cet intervalle, l'anxiété de Napoléon. Son inquiétude s'exhalait à chaque instant dans ses lettres au ministre Dccrès. << Témoignez mon mécontentement » à l'amiral Villeneuve, écrivait-il le 15 août, de n ce qu'il perd un temps si important...» u Ne serait l-il donc pas possible, disait-il encore dans une i> lettre du 1 i, de trouverdans la marine un homme » entreprenant qui voie de sang-froid et comme il •• faut voir, soit dans le combat, suit dans les dif- » férentes combinaisons des escadres? » Alors survint la nouvelle, plus inconcevable encore, que Villeneuve, appelé par tant de vn>ux, par tant d'ordres, à Brest et dans la Manche, était allé se jeter dans Cadix. Un cri de joie en retentit à Londres. Un cri de douleur sortit de l'êmc de Napoléon. Il ne pouvait pas croire que la timidité , que l'incapacité pussent aller si loin. Dans son emportement , il y voyait de la trahison ; il ordonna une enquête et énonça sept chefs d’accusation sur la plupart desquels la conduite de cet amiral était en effet sans excuse. On dirait que , relativement i la marine , une fatalité malheureuse s'acharnait sur la France. Deux marins avaient eu à un haut degré la confiance de Napoléon , parce qu'à la connaissance de la mer ils joignaient de la résolution cl de l’audace, c’étaient Bruix et la Touchc-Tre-
ville. Tous deux étaient morts l’année précédente, romine si la mort, complice des Anglais, eût voulu les servir encore autrement que dans les batailles. I.a fatalité l’emportait ; Napoléon dut se soumettre. Il écrivit, le ü août , au ministre Dccrès : « Je » vous prie de m’envoyer demain un mémoire sur » cette question : si l'amiral Villeneuve reste à » Cadix , que faut-il faire? <> Toutefois la dou-
leur d'avoir perdu , sans espoir de retour, l'occasion la plus favorable, le poursuivit pendant quelque temps. Le 31 août , revenant sur les circonstances qui auraient secondé la réussite de son plan, si ses intentions eussent été exactement remplies, il SC livrait avec amertume à des regrets trop fondés : « L’csca<lre de Nelson , écrivait-il encore, » est avec Caldcr, mais Nelson et son vaisseau- » amiral n’y sont pas. Quel cbance a manquée là » Villeneuve ! Il pouvait, en arrivant sur Brest par » le large, jouer aux barres avec Caldcr et venir » tomber sur Cornwallis; ou bien, avec scs trente » vaisseaux , battre les vingt vaisseaux anglais et
» acquérir une prépondérance décidée » Ces
tristes réOexions l’agitaient d'autant plus vivement qu'il voyait approcher l'heure où il allait être obligé de s'arracher de ces côtes sur lesquelles il avait rassemblé de si immenses moyens , rendus inutiles par la faute d'un seul homme. Quoique jusqu'au dernier moment il voulût conserver l'cspérancc, il n’était pas resté en défaut pour l'hypothèse contraire. Scs regards , attachés sur la mer, fêlaient en même temps sur Vienne, l'nr une lettre en date du 25 août, le maréchal Bcrthier mandait au général Marmont qui commandait le camp d'Ulrecht;
<1 Si les escadres combinées arrivent dans la Man- » clic , l'empereur fait de suite l'expédition de » l’Angleterre. « Mais en même temps il prévenait ce général de se tenir prêt à l'exécution d’ordres qu'il pourrait recevoir bientôt pour une direction toute dilTércntc.
D’après l'imminence de la guerre sur le continent , on mettra peut-être en doute qu’à la fin du mois d'août l'entreprise méditée contre la Grande- Bretagne fût encore possible. Un examen attentif de l'état des choses conduit à l'affirmative. Les deux expéditions n'étaient nullement inconciliables, outre qu'il était à prévoir que l'execution de l’une ne laisserait point de place à l’autre. Si Villeneuve eût paru, le 21 août, à Brest, comme il y était attendu, sessoixantevaisseaux pouvaient êtrcquclques jours après devant Boulogne. Deux mille bâtiments sont disposés et ont reçu cent mille hommes. Les escadres anglaises sont loin ; elles sont disséminées sur les mers, et quelle escadre isolée oserait attaquer l'immensité des forces réunies de Napoléon? L'expédition est partie ou part; les lu-
AFFAIRES MARITIMES
nettes anglaises distinguent le nombre de nos vaisseaux. Les conditions que l’empereur proposait hier à l’Angleterre, il les propose encore aujourd'hui, ou bien le debarquement s'exécute. Croit-on que le cabinet de Londres , dont les terreurs ont été si vives à l’aspect d’un péril éloigné, va sacrifier à quelque parcelle de territoire de plus ou de moins l’existence de l’Angleterre tout entière? (^)ue si ce cabinet se montre intraitable et ose affronter de tels hasards, qui pourrait empêcher Napoléon, non de conquérir l’Angleterre, ce qui n’est pas son but, mais de faire sur le sol anglais une courte et meurtrière apparition, de frapper un coup d’éclat, de porter la destruction dans les chantiers et les arsenaux, de marcher sur Londres, de bouleverser sa banque et son crédit public, peut-être, selon les circonstances, de mettre aux prises les radicaux et l’aristocratie, de dicter enfin la paix au gouvernement britannique ou d'anéantir du moins la plus grande partie de scs moyens de guerre?
Après ces ravages, qui auraient eu la rapidité comme la violence de la foudre, il eût reporté son armée sur les côtes françaises et se fût trouvé en mesure d’aller au-devant désarmées continentales, qui ne pouvaient pas faire de grands progrès avant la fin de septembre; mais alors cette nécessité même ne SC fût-elle pas évanouie? La promesse des subsides anglais avait seule mis en mouvement la Russie et l’Autriche ; l’esprit belliqueux de ces puissances et surtout de cette dernière se serait éteint avec la possibilité de l’cxécutioti de cette promesse; et d'ailleurs, délivré des hostilités de l’Angleterre, dans le cas où le continent se serait agité même sans subsides, ne restait-il pas à Napoléon des forces assez considérables, sinon pour aller sur-lechamp porter la guerre au sein des États ennemis, du moins pour leur opposer provisoirement sur le Rhin une barrière invincible? « Les femmes de » Strasbourg, disait-il à cette occasion , auraient :> sufli à la défense de la frontière, n