CHAPITRE XI-VIII
froiilicro jusqu'au Lcch. L’élcclcur avait rionc tout à craindre de l'Autriche, tout à espérer de la France. Sa position toutefois était embarrassante. La puissance qui devait le protéger était loin; celle qui avait intérêt & l'attaquer touchait à sa frontière. Ne devait -il pas éviter tout ce qui pouvait fournir à celle-ci un prétexte de plainte? A Munich d'ailleurs, comme dans toutes les cours d'Allemagne, il existait une haute aristocratie, dont Vienne était toujours la véritable capitale, et qui eût, sans regret, sacrilié les intérêts du gouvernement bavarois à ceux de l'Autriche. Aux yeux de cette aristocratie, très-clairvoyante sur ses intérêts particuliers, l'alliance de l'Autriche eût garanti le maintien des abus du moyen âge. Celle de la France était un acheminement .à des innovations destructives de tous les anciens privilèges. Les membres de ce corps, très-remuant et très-discipliné, rappelaient avec alTectation le triste sort de (iharles VU ; ils remplissaient de leurs intrigues les salons, l'intérieur du château, et ils eussent subjugué l'électeur même sans la fermeté de son principal ministre, M. de Montgelas. Les conditions du traité d'alliance avaient été débattues à loisir entre ce ministre et l'envoyé français, M. Otto; mais, au dernier moment, l'électeur hésita beaucoup à donner sa signature. Ce fut le secrétaire de la légation française, M. Rogne de Faye *, très -bien vu de ce prince, qui, à la suite d’une conversation animée, emporta son consenleiiient délinitif. Le traité fut conclu en ciïet le 2i août, mais il subit ensuite une nouvelle rédaction qui ne fut signée qu'à Wurtzbourg le 25 septembre.
La stipulation la plus importante pour la Bavière, était celle que renfermait l'article 7, ainsi conçu : « En cas de succès, l’empereur .Napoléon i> promet de ne point réclamer de territoire au X delà du Rhin, et promet au contraire d'employer » toute son iiiQucnce à l'elTet d'étendre et d'arron- » dir convenablement le territoire bavarois. » Lorsque Napoléon offrait toute sécurité aux Etats germaniques, en déclarant qu'il ne voulait rien s’approprier au delà du Rhin ; lorsqu'il assurait à la Bavière la conservation de son étal présent, et lui offrait de plus l'espoir d’acquisitions nouvelles, comment l'électeur aurait -il pu, négligeant ces avantages, chercher sa propre ruine dans les rangs d'une puissance portée par son intérêt direct à l'affaiblir cl à le dépouiller? C'est une abjuration volontaire de toute bonne foi, que de transformer en attentat contre ta loyauté teutonique le refus fait
par l'éleetcur de se livrer à la discrétion de la cour de Vienne. Un tel jugement est surtout intolérable t|ans la bouche d’un ancien ministre de Prusse, du ministre d'un gouvernement qui toujours a tendu, par son exemple et scs conseils, à rompre les liens de dépendance par lesquels les États allemands étaient autrefois attachés au chef de l’empire.
Quoique le cabinet bavarois suivit, de l'oeil, les préparatifs de l'Autriche, le danger ne lui avait point paru aussi prochain qu'il l’était en réalité. On éprouva donc à Munich une assez vive surprise, lorsque le prince de Schwarzenberg vint, le 6 septembre, demander à l’électeur de réunir scs troupes à l’armée autrichienne. L'Autriche , en cette circonstance, manqua d'habileté. On ne doit faire de telles sommations qu’après avoir rendu le refus impossible. Toute la |ioliliquc de l'électeur dût être de gagner du temps, et il lui en fallait peu. Le délai d’un jour pouvait être décisif. Sa ressource fut l'arme des faibles, la dissimulation. Après de vives réclamations pour le maintien de sa neutralité, il répondit au prince de Schwarzenberg par une sorte de promesse de se conformer aux vues du cabinet autrichien, si rcmpercur François II ne consentait pas à lui permettre de rester neutre. Il suppliait S. M. impériale de le considérer comme tel, du moins jusqu'au retour du prince électoral, qui était alors en France. Une lettre de l'électeur, renfermant celle promesse et cette prière, fut portée, le 8 novembre, à l'empereur François, par un général, très-considéré en Autriche, le comte Nogarola; mais, dans la nuit du 8 au 9, l'élcclcur partit en hâte, avec sa famille, pour Wurtzbourg, et l'armée bavaroise se relira en Franconic.
Le 9, les Autrichiens avaietit passé l'Inn. Il était trop lard. Ainsi le cabinet de Vienne, si peu scrupuleux d'ailleurs, pour avoir négocié au lieu d'agir, avait laissé à la France un allié qu'il aurait, avec plus d'audace ou d’adresse, forcé de marcher sous les drapeaux de la coalition. Tel était déjà l'étal des choses en Allemagne, lorsque, le 12 septembre, l’ambassadeur autrichien à Paris remettait au gouvcrnemctil français la réponse catégorique qui lui avait été demandée.
Quoique celte réponse fût un véritable manifeste, on y parlait cependant encore du désir qu'avaient les deux cours impériales d'Autriche et de Russie de traiter avec la France pour la conservation de la paix du continent, « aux termes les plus modérés, » compatibles avec le repos cl la sûreté générale. » Pour mettre la France en état d'apprécier la modé-
* Il a depuis été nomme plusieurs fois membre de la ’ Imbratlare la Icallà teiuonica. (M.-irqiiis de Lucchambre des députés, et y n toujours siégé parmi les | rhesini.) plus /.étés défenseurs des libertés publiques. !
lOI.morE EXTEniEl'RE.
^ration de leurs vues, ces Jeux coun ajoutaient que
Eraiide-Brclagiic leur avait fait cuniialtre «des ^ sentiments parfaitement analogues aux leurs, et « des dis|H)sitions également modérées pour le ré- 1» iablisseinent de la paix avec la France.» A la note du cabinet autrichien était jointe une déclaration * de l'ambassadeur de Russie à Vienne, ex- {M’imaut la disposition de son souverain à reprendre la négociation qui avait du s'ouvrir avec M. de Nuwusilsof; mais, en même temps, dans le but de cuiiibincr, avec des négociations de paix, un arme* ment puissant de médiation et d'observation, annonçant la volonté « de faire avancer deux armées ■« de cinquante mille lioinmcs chacune à travers la » (îalUctc vers le Danube. »
Le gouvernement français, qui venait d'étre informé que les troupes autrichiennes avaient passé rinn, déclara, le même jour 1i septembre, à l’ambassadeur Philippe de CobentzI, que, dans aucun cas, S. U. ne souffrirait que l'Autriche s'étendit en Allemagne; qu'elle mit à execution le projet de porter ses frontières jusqu'au Lech, et de reléguer l'électeur sur la rive gauche de cette rivière. Cette notification était accompagnée d'un court mémoire ayant pour objet de faire ressortir tout ce qu'il y avait d'absurde dans une prétciiliuii au rôle de médiateur de la part de cabinets qui s« présentaient eux-mêmes comme parties principales. E'intcntion deccs cabinets était, disaient-ils, d'obliger à la paix la France et l'Angleterre; la France demandait sur quelles bases Us entendaient que la paix dut être établie : était-ce sur celles des traités de l.uriéville et d’Amiens? Mais récemment l’Angleterre avait rejeté celte dernière base, (domine le rête de médiateur exigeait une impassible justice et une iinparlialilé parfaite, sans doute, si l'Angleterre refusait de reconnaître le principe de la médiation, les deux cours avaient pris des mesures pour l'y contraindre, comme on en avait pris pour contraindre la France; sans doute elles avaient des flottes prêtes, des croisières toutes disposées, enfin tous les inuyens iridispeiisableincnt nécessaires au but qu'elles voulaient atteindre.
Je laisse ici de c6lé et le manifeste autrichien et la réfutation française. I.cs détails que nous venons de donner, joints é la conclusion du traité du 11 avril, et aux articlcssccrclsqui prouvaient 1a participation de l’Autriche, dès celte époque, aux vues de l'Angleterre et de la Russie, ont mis dans tout son jour les véritables causes de la guerre nouvelle. Les situations sont connues, les iiilciiUons sont jugées.
Tandis que lecabinelautrichicn availcru abuser
' En date du 10— St aoâi-
la France par la fausse démouslralion d'une médiation qu’U ne voulait pas en clTet , et qui d'ailleurs élaii impossible; tandis que le gouvernement français, en proclamant sa défiance à l'égard de la Russie, avait affecté de croirc'à la sincérité de l'Autrirbc, l'empereur Napoléon, du jour où il avait jugé que l'expédition d'Angleterre ne pouvait plus avoir lieu, avait donné des ordres pour l'exécution du plan de ntarebes simultanées, tracé par lui dans l'hypolhêsc d'une campagne continentale, et dicté à M. Daru au moment où il avait appris rentrée de l'amiral Villeneuve au Ferrol. Un corps peu considérable est demeuré sur les côtes; tous les autres sont en luuuvemcnl. Les sept torrents, suivant une expression de rcnipcreur, sont partis des camps de Zoist, d’Osicnde, de Calais, d'Ambleteusc, de Boulogne et de Montreuil, pour aller se réunir sur le Danube. Bientôt rennemi les apercevra dans son voisinage, lorsqu'il les croyait encore en face de l'Angleterre; mais indé|>endammeiit de la belle armée dont il dispose, une juste prévoyance commande à Napoléon de pourvoir au moyeu de réparer ses pertes , et de former une réserve, tant pour la tranquillité de rinléricur, que pour la défense des points qui pourraient être menacés par le gouvernement anglais.
Le 23 septembre, l'empereur se rend au sénat; un rapport est failen sa présence par le ministre des relations extérieures, sur la conduite réciproque de l'Anglelerre et de la France depuis la paix de Lunéville. Toutes les pièces de la négucialioii sont communiquées. Napoléon annonce qu'il va partir pour prendre le cominandcment de l'armée; les Autrichiens ont passé l'inn, Munich est envahi, l'électeur de Bavière est chassé de sa capitale, toutes les es|)érances <lu maintien de la |>aix sont évanouies. Le peuple français volera, dit-il, sous les drapeaux de son empereur et de son armée, qui bicnlùt après auront dépasse les frontières. « Ma- » gislrats. soldats, citoyens, tous veutenl maintenir » la patrie hors de l'influence de l'Angleterre, qui, K si clic prévalait, ne nous accorderait qu'une paix n environnée d'ignominie et de honte, cl dont les M principales conditions seraient l'incendie de nos n flottes, le comblement de nos ports et l'aiiéan- N lissement de notre industriel Toutes les promes- » ses que j'ai faites au peuple français, je les ai Il tenues; le peuple français n'a pris avec moi au- » cuii engagement qu’il n'ait surpassé. Dans cette M circonstance si importante pour sa gloirê et la » mienne, il continuera de mériter le nom de grand » peuple, dont je le saluai au milieu des champs » de bataille. Français, votre empereur fera son M devoir; mes soldats feront le leur; vous ferez le » vôtre. » Ce langage, applique à des hommes et à
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