‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 188 sur 298 · CHAPITRE XLVHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVHI

lies temps vulgaires, peut paraître empreint de présomption et d'orgueil. Ainsi le jugeront des esprits médiocres, qui n'auront que des médiocrités devant enx;maisla hauteur de ces paroles n'élaitpas alors en disproportion avec celle de l'homme qui les prononçait, et des cœurs auxquels elles étaient adressées. Les sentiments de Napoléon rencontraient dans toutes les âmes une généreuse sympathie, et chaque Français était lier de la grandeur du cherauqucl il avait à oheir.

Deux mesures furent proposées au sénat, la levée de quatre-vingt mille conscrits sur la conscrip- ! tion de 1806, et la réorganisation de la garde na- | tionalc. Il est trop vrai que le pouvoir de Napoléon | tendait de lui-inémc à s'accrottre; mais il est vrai aussi que scs empiétements , qui riniroiit par être excessifs, avaient eu presque tous une origine fortuite dans les nécessités du temps. La levée de la conscription était, de droit, dans les attrihulions du corps législatif; mais à l'époque où le corps législatif avait été réuni pour la dernière fuis, la guerre n’avait pas dû être prévue. Des dispositions faites en raison d'une telle prévoyance eussent été pour l'Europe un sujet d'alarme, et peut-être ellesmêmes une cause de guerre. Le vote supplétif du sénat eût donc été excusahlc, considéré comme une exception justiliée par les circonstances. Le tort de celte autorité fut de compromettre l’avenir, en établissant, comme principe, la distinction d'un état ordinaire, dans lequel le gouvernement ne doit s'adresser qu'au pouvoir commun, et d'un étal extraordinaire, qui l'autorise <à porter ses demandes au corps supérieur, dont le pouvoir n’a de limites que celles de la conservation. t,)uoiqu'il y ait dans ces maximes un fond incontestable de vérité, il est toujours dangereux de les produire, cl surtout de les appliquer, parce que, dès qu’elles ont été mises en action , il n'est pas de gouvernement qui n'en abuse.

Il en était de même de la proposition faite pour la réorganisation de la garde nationale. Cette institution , qui rappelait de si beaux souvenirs, était tombée en désuétude, mais elle existait toujours. L'empereur en avait appelé les députés à son couronnement; il leur avait distribué des drapeaux au Champ-dc Mars. C'était une sage pensée de conGer aux citoyens armés la sûreté de l'intérieur et la défense des côtes. Peut-être était-ce une nécessité de donner au gouvernement la faculté de modiGer, par des règlements, son organisation pour celle circonstance spéciale; mais, dans cette modiücation , va disparaître le droit qu'avaient eu jusqu'a-

■ Ce» hrtiils renouvelés en septembre avaient été sèmes dès le mois de juillet.

lors les gardes nationales de nommer elles-mêmes leurs officiers; et ce droit, qui va leur être ravi à l’occasion de la guerre, ne leur sera pas rendu après le rétablissement de la paix.

Napoléon avait , le 23 septembre , appris à la France la nouvelle lutte qu'elle allait soutenir contre la Russie et l’Autriche. Il était, le 26, à Strasbourg, d'où il conlinuailà faire mouvoir son armée, de tnanière à envelopper un ennemi imprudent, qui ne s'attendait pas à rencontrer si tôt l’armée française et son redoutable chef.

Comme, avant tout combat entre les parties belligérantes, la marche seule de notre armée va produire un incident qui aura beaucoup d'influence sur la politique de la cour de Berlin, il nous parait convenable de rapporter, dès à présent, la suite de la négociation que nous avons vue récemment en pleine activité entre la Prusse et la France. Le funeste incident dont nous voulons parler, le passage du corps d'armée commandé par le maréchal Bernadotte , au travers de la province prussienne d'Anspnch, formant l'un des épisodes de cette négociation, se trouvera ainsi connu et apprécié d'avance, en sorte que nous serons dispensés, lorsque le fait s'accomplira, d’interrompre le récit des événements auxquels il sera lié.

Depuis le milieu du mois d’août jusqu'au 1*' septembre, une résolution forte, dès longtemps dési- I rée par le ministère prussien et eiiGn adoptée par > le roi, promcllait à Napoléon un traité d'alUancc ,

' en apparence infaillible, dont le Hanovre allait être I le prix, l.'empercur n'a pas perdu de temps. Son aide de camp, le général Duroc, est arrivé à Berlin , chargé d'une lettre pour le roi et muni de I pleins pouvoirs qui lui associent , pour la négocia- ! lion et la signature du traité, le ministre en rési- : dcnce près la cour de Prusse, M. de Laforêl; mais,

I dans la dernière quinzaine du mois qui vient de finir, la situation de Berlin ii'a pas été stationnaire. Les légations d'Angleterre, d'Autriche et de Russie ont tourmenté l'opinion de clameurs sans nombre contre la France. Tous les bruits, successivement inventés contre Napoléon, ont été reproduits à la fois. L’Europe va être envahie, si l’Europe ne l’écrase à l'instant. Il va donner la Hollande au prince Murat, les Étals du pape à un autre de ses parents. Le roi de Naples expulsé fera place à un de scs frères. Un autre de ses frères ira s’asseoir sur le trône même d'Espagne. Puis il en viendra à fonder uu système fédératif* dont sa famille formera le principal lien. Tels étaient les projets attribués à Napoléon, dans l’été de 180!5, par les Russes * cl les

’ Ces liniils êlnicnt répandu» quelquefois sans mal-vcillanre, uniquement parce que rien ne paraissait iiii-

POLITIQUE EXTÉRIEURE

Anglais. Ces projets, qui s'exécuteront ou seront tentés en partie dans les années suivantes , existaient-ils alors dans la pensée de Napoléon? Nous ne le croyons pas. En 1804, il a oiTert à la Prusse de s’engager avec elle à maintenir l’état existant en Italie; il lui propose, en ce moment même, le maintien de l’état actuel. Si plus tard il justifie par les faits ce qui avait été originairement une invention de ses ennemis, c’est que la guerre, dont ils sont les promoteurs, lui en aura donné le pouvoir. En lui prêtant les desseins les plus démesurés, ceux-ci semblent le délier de les accomplir. En général , il est assez difUcilc d’expliquer si les grandes mutations politiques, annoncées ainsi d’avance, ont été prévues parce qu’elles devaient arriver, ou si souvent elles n’arrivent point parce qu’elles ont été prévues. Dans celte circonstance particulière, tout l’odieux de suppositions malveillantes a clé exploité au préjudice de Napoléon. Lorsque, par suite du soulèvement formé contre i lui , il deviendra maître de donner de la réalité à CCS suppositions, pourquoi ne le ferait-il pas? Pourquoi , après en avoir éprouvé les funestes effets, n’en rccucillerail-il pas le fruit?

A ces bruits de projets gigantesques imputés à Napoléon se mêlent ceux des immenses efforts faits par la Russie pour réprimer et châtier l'ambition française. Indépendamment des armées qu'elle va jeter sur rAllemagnc , celle puissance envoie au nord et au midi des expéditions considérables. Déjà on parle d'un débarquement des troupes russes effectué à Stralsund. La nouvelle est prématurée, mais le baron d'ilardenberg ne s’en hâte pas moins d'aller conférer avec le duc de Brunswick sur les mesures à prendre dans celle hypothèse,

« le cas pouvant incessamment arriver. »

M. d’Hardenberg, absent de Berlin pendant quelques jours, y revient dans la nuit du S au 3 septembre. Dès ce même jour 3, le général Duroc est reçu par le roi cl lui remet la lettre de l’empereur. On jugera du langage qu’il tint au roi par les instructions que Napoléon lui avait données. Voici quelques passages de ces instructions : u Vous di- I) rez > au roi que la Bavière est menacée ; que plus n de vingt-cinq régiments autrichiens sont dans le » Tyrol, quand je n’ai personne en Suisse; que je n n’ai pas un instant à perdre; qu’il est necessaire n que, pendant qu’on négociera le traité, la Rrussc » fasse un mouvement sur la Bohême ou au moins » une verte déclaration à l’Autriche. Mon inten-

poMÎble pour l'cnipcreiir. Danscctic inêinc année 1805, le landgr-ive Cliarle» de liesse, qui élait au service du Danemark, étant venu faire une visite à l'électeur son frère, me disait un jour : • Que de clioses rempereur a

» tion n’est pas de laisser l'Autriche et la Russie » SC combiner avec l’Angleterre... Le traité pourra n être divisé en deux, patent et secret. Je ne veux n point qu’il soit question de Naples; cela ne re- I) garde point la Prusse. Je garantirai l'itilégrité de n la Hollande et l’exécution de l’acte de médiation » de la Suisse. Quant à la situation de la Prusse , Il je n'cnlends point qu’elle se mette en guerre avec » l’Autriche... Je désire qu'elle parle vigoureusca ment à cette puissance, qu’elle l’inquiète par des » mouvements en Silésie; mais je ne prends point » un vif intérêt à ce qu’elle se déclare contre elle, n Tout cela ne peut se traiter qu’à Paris. Il faut n que le roi y envoie un officier qui ait toute sa » confiance.... Vous ajouterez que j’aurais laissé n l’Autriche tranquille, mais je ne puis pas la lais- II ser continuer ses préparatifs cl me faire passer » l’hiver dans les inquiétudes d’une guerre immi-

n nenle J’ai encore trois mois, je ferai une

n guerre d’automne , a moins que les Autrichiens » ne rentrent dans leurs garnisons de paix, y^xanl n ainai dispersé tes rassemblements de l’Àuiriche, n avant le mois de janvier, nous verrons ce que » fera la Russie. Alors nous serons deux contre n elle. Dans tous les cas, je puis me charger de » l'Autriche cl offrir à la Prusse une armée de » quatre-vingt mille hommes, équipée de tout... » Combien de pareilles instructions paraîtront un jour extraordinaires! Napoléon seul a pu les dicter. Il est dans l’erreur sur quelques points; il ne suppose pas à l’Autriche une volonté aussi prochaine d'attaque; à la Russie, autant de promptitude dans sa marche, et cependant il sera prêt pour toutes les chances, il accomplira toutes ses prédictions.

Le général Duroc ayant parlé au roi dans le sens des instructions de l'empereur, le roi répondit qu’il allait s’occuper sérieusement de ces graves objets. Il convenait que <> la réunion de la » France eide la Prusse opposerait au reste du con- » linent une masse de force imposante capable de n maintenir la tranquillité. » L’aveu était important. Quand la Prusse a reconnu qu’il dépend d’elle d’empéchcr la guerre, de rendre ainsi un grand service à la France, et qu’elle ne le lui rend pas. Napoléon aura-t-il lieu d’être content de celte puissance? L’idée que le général Duroc emporta de sa conversation avec le roi fut que ce prince sentait tout le prix de l’acquisition du Hanovre, mais qu’il craignait extrêmement les incursions de la Russie.

n encore à faire! II doit devenir maître de tout le Sud. > Il y régnera, et Rome redeviendra ou la capitale d'un « empire d'Italie ou une ville française. «

' lustruciiuu du 3i août.

Page 1