‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 189 sur 298 · CHAPITRE XLVJIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVJIl

iaimôdiatemcul après raudictice du roi , les plciiipotenliaircs français eurcnl avec le baron d'Hardenbcrg une conférence qui dura sept heures. Le projet de Iraité, apporté parle général l)uroc, ci composé de quatorze articles, fut communiqué au ministre prussien. Le fond en parut satisfaisant. On apercevait de part et d'autre qu'il serait I facile de s'entendre sur quelques modifications; mais, de rciisembic des raisonnements de H.d'llar- i denlKTg, il S(»riit, pour les plênlpotenliaircs français, une vérité sensible : c'était que le roi, qui avait franchement voulu l'alliance dans l'cspuir d'cmpécher la guerre, s’effrayait à l'idée d’étre engagé dans la guerre par le fait de l'alliance. Cependant on discutait les articles du traité. Le ministère prussien voulait des garanties plus explicites de rindépendanee de la Suisse et de la Hollande. Les pléniputenliaires français ne »*y refusèrent pas. Le projet de Napoléon portait ta garantie de l'intégrité de ces républiques. On y ajouta celle de leur êourerainelé. Quoique les instructions de renipercur tendissent à écarter la question du royaume de Naples, le général OuriK et M. de Laforét se prêtèrent à établir, par un article spécial, que, pour riiypotiièsc où ie roi des Dcux-Siciies, venant à prendre part à la guerre, mettrait la France dans le cas de s’emparer du royaume de Naples, Na|H>léon s'engageait à ne point le réunir à l’empire français. Il était aussi convenu que u si,

M par suite de la guerre, les parties contractantes » faisaient des conquêtes en Allemagne, ia Franve » fi'en conêcrrerail rien i>our ton compte. <• Bientèi les concessions furent poussées plus loin. L'empereur Napiiléon conseillait à faire la déclaration suivante : « S. M. dérl,ire que l’einpirc français et t» le royaume d'Italie ne seront accrus par l'ineor- » poratiOH d'aucun /'tal... Elle s'engage à évacuer » Tarcnte et les autres points du royaume de Na- !• pies occupés par scs troupes, aussitôt que les Russes auront évacué Corfou, et les Anglais,

M Malte. » Assurément, lorsqu'au niomenl de commencer la guerre Napoléon est prêt à se lier par de tels engagements, il est absurde de prétendre que cette guerre, qu'il n'a pu prévenir, ait été entreprise par lui dans des vues d'ajabitûm et d'agrandissement. Si cette ambilion esréuiuluile à se développer, c'csl qu'on l'aura forcée de comhaUre, de vaincre, et qu'en&uile elle aura dû profiter de sa vicloirc.

s Plus la France parait devoir être facile sur les conditions qui peuvent convenir au roi , moins le cabinet priissieii met de cbalcur dans la négociation. Déjà tl laisse entrevoir une foric prcdiiccliori pour le maintien d'un système do neutralité. Le baron d’Hardenbcrg sc rejette sur les dangers d'une

guerre immédiate que le roi serait dans le cas de faire contre sa volonté et scs intérêts. L’armée prussienne n'est pas prête à entrer en campagne. Le traité ne pourrait pas rester secret, cl une prompte rupture serait désastreuse. I.e roi voulait la paix par l’allia lice. Aujourd'hui il ne sc déciderait à l'ailiancc qu'aulanl qu'il y serait forcé par les provocations de 1a Russie, ce qui toutefois pourrait arriver d'un moment à l'autre. Il y avait ainsi encore une chance pour l'altiance française, maisee ri'élail plus qu'une chance. On était déjà réduit à ce point di*s le 7 seplembre.

(le changrment opéré dans les dispositions du cabinet prussien était la suite de la marche rapide des événements, précipilaliun dont ce cabinet était d'autant plus frappé qu'il avait élé jusque-Jà dans une complète ignorance des liaisons anléricurcs formées entre les cours de Londres, de Pélers- Inmrg et de Vienne. D'autre part, en voyant arriver le général Duroc à Berliii, les agents de ces trois cours s'élaiciil agités pour enipècber tout engagement de la Prusse avec la France. Les hommes timides s'altacliaicnt à faire prévaloir au moins un système de neutralité. Des cuimnunicalions de la Russie appelaient la Prusse à intervenir dans la prétendue ncgucialion qu'on voulait renouer avec ic gouvernement français. Le comte d'Hâugv^ tx allait être envoyé à Vienne afin de prendre part à celte négociation au nom du roi, et dans le même temps l'Autriche venait d'crivoyerà Berlin le comte de .Meerfeldt. Tout ce mouvement n'avait l>our la Prusse d’autre effet que de prolonger ses irrésolutions.

Tandis que rctlc puissance se persuade qu'elle pourra négocier de toutes paris sans être forcée d’agir, l'empereur Napoléon, qui sent le prix du temps, recommande à ses plénipotentiaires, pour le cas où le iraité aurait été conclu, de représenter au cabinet prussien ledangerdc tout ajournement. M Que l'empereur sc porlant sur Plnn, disait > ic n ministère français, fasse essuyer quelque échec Y à l'armée autrichienne, il arrivera de deux cho- 9 ses l’une : ou il attirera sur lui les Russes, cc I* qui dégagera la l*russe; ou il forcera l'Autriche n i^endro des sentiments plus modérés. Alors, acn'quUitioit du Honovre |Kmr le roi, extension de a lerrUoire pour la Bavière, tels seront les résultats ■ d'une guerre d'automne. Eu dilTcranl, au con- * traire, on aura une grande guerre au mois de » mai. La Prusse sera aux prises avec la Russie, et n la France avec l'Autriche. » (ks réflexions étaient Irès scrisées; mais, lorsqu'elles parvenaient à Berlin, il n'y avait plus lieu à en faire usage.

• 10 Kpicinbre.

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l'OLlTIQUE EXTÉRIKURE.

L'cUt des choses était change ; U question de l'alliance, abandonnée; une nouvelle question avait été mise en avant par M. d'Uardenberg, celle d'un traité de neutralité, par lequel l'empereur Napoléon remettrait à la Prusse l'électorat d'Hanovre en dépét, sans lui en garantir l'acquisition. L'arrière-pensée do ministère prussien était qu'une fois l'électorat dans ses mains, il pourrait en obtenir la cession en échange de scs provinces franconiennes. L'argumentation de M. d’Hardenberg , en faveur de cct arrangement, renfermait * une sorte de menace éventuelle contre la France. Une armée anglo-russe entrant dans le Hanovre, une armée russe pressant les frontières prussiennes en Pologne, le roi pourrait être entraîné à un parti contraire à scs désirs. Que l'élcctorat soit au contraire évacué par les Français , et le roi va s'engager, par une convention formelle , à maintenir, contre tous les événements, la tranquillité du nord de l'Allemagne. Ces raisonnements ii'ctaient pas nouveaux. Pourquoi, répondaient les plénipotentiaires français, l'empereur se dessaisirait-il de sa conquête, lorsque cet abandon ne devient pas le ciment d'un système grand et durable entre la France et la Prusse? Si le roi regarde la guerre comme inévitable, guerre pour guerre, qu'il examine et qu'il choisisse le parti dont les succès devront lui offrir l'accroissement de sa paissance et l'humiliation de ses rivaux.

La grande liberté d'action donnée aux plénipotentiaires français, ne leur laissait aucun doute que, trois semaines plus tôt, l'alliance n'eùt été signée par le roi aux conditions consenties par l'empereur. I.c roi alors aurait cru tout faire pour la paix, et, une fois engagé, il ne lui eût plus été possible de revenir en arrière. Le baron d'Hardenberg, qui avait mis beaucoup de franchise dans toute la négociation, regrettait lui-même l'occasion manquée. Il convenait que Frédéric II, à la place de son petit-neveu, eût été promptement décidé sur une question d'un intérêt permanent pour la monarchie. C'était l'extrême délicatesse du roi qui lui avait fait craindre si longtemps de se porter au rôle d'agresseur. Les entretiens de ce minisire avec la légation française ne roulaient plus que sur des combinaisons de neutralité, lorsqu'un premier incident vint faire sentir au roi la difScultc du maintien d'un tel système.

Dans le traité du II avril cl dans les autres stipulations convenues entre la Russie et l'Angleterre, le passage des troupes russes à travers le territoire prussien availéié considéré comme ne devant point rencontrer d'obstacle. Soit que , pour faciliter ce

passage, les alliés eussent mis leur espoir dans la puissance du parti qu'ils avaient à la cour de Prusse ; soit que, comptant sur la faiblesse de cette cour, ils se fussent flattes de lui forcer la main, le ministre de Russie, accrédité en celte résidence, au moment où une année russe arrivait sur la frontière, fit connaître ^ au ministère du roi que, tel jour, celle armée se présenterait pour traver- I scr le territoire prussien, et aller se réunir à l'Au- I triche contre les Français. Une lettre de Tempej reur au roi exprimait la même demande, d'une I manière qui semblait ne pas admettre la possibi- I lité d'un refus. C'était moins la sollicitation d'un I consentement que la déclaration d'un fait prêt à i s'accomplir. En finissant, l'empereur proposait j au roi une entrevue sur leurs frontières respec- ■ lives.

L'orgueil prussien fut profondément blessé. On . s'indigna d'être tombe à un tel point de dccoiisidé- I ration que la Russie eût pu croire n'avoir l>csoin ! que de la signification de sa volonté pour faire dis- I paraître toute résistance. Le roi répondit sur-lc- I champ que « ni par la Silésie , ni par les Prusses I n méridionale cl orientale, ni par aucune partie de I » TAIIcmagne septentrionale, il ne permettra qu'un » seul détachement do lrou|>e$ étrangères dépasse » les frontières dont il a indiqué la neutralité. >•

! Quanta Tcnlrcvue proposée par l'empereur Alcxan- I dre, le roi témoignait qu'il s'empresserait de s'y rendre, si l'empereur Alexandre avait pour objet de prévenir la guerre et de replacer dans une attitude de neutralité les États qui semblaient prêts à croiser leurs armes.

La nouvelle proposition du cabinet prussien , pour un traité de neutralité avec la France moyennant la remise du Hanovre , ayant été transmise au gouvernement français, l’empereur Napoléon y avait aceédé, et avait envoyé à ses plénipotentiaires un projet, composé d'un petit nombre d’articles, sur lequel il pensait qu'on serait bicniôl d'accord. L'article 2 portail : « Le roi n'acquiert aucun droit

i* par le dépôt, et la France ne perd aucun de ceux que la conquête lui a donnés. » La prétention de ^ la France élait juste. Ce n'était qu'un dépôt que la Prusse «iemaiidail ; c'élail un dépôt qui lui était uilcrl. Par un autre article, il était stipulé que, comme l'évacuation du Hanovre ôtait à la Franco un moyen puissant de défendre la république batave, le roi s’engageait à garantir cette république de toute invasion de l’Angleterre et de scs alliés. Le projet français n’était au reste qu’un texte de I discussion, fourni par l'empereur pour répondre au dernier vœu du cabinet prussien ; mais lorsque la

' 12 «eptcmhrr.

’ 21 seplcmbre.

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