CHAPITRE XLVin
[ISOS]
communication en est donnée à ce cabinet, celui ci a fait un pas rétrograde de plus ; il parle encore de neutralité, mais d'une neutralité oisive, qui ne lui impose plus l’obligation de maintenir la tranquillité du nord de rAllcmagne. H voudrait la neutralité qui suivit la paix de Râle; demande inadmissible, puisque c'était exiger l’abandon gratuit du Hanovre en faveur du roi d’Angleterre.
La cour de Berlin avait encore une fois pris une nouvelle face. Le parli ennemi de la France avait obtenu plus d’ascendant. Ce parti s’appuyait plus ouvertement du nom et du crédit de la reine. La correspondance du marquis de Lucchesini entretenait sa cour des embarras Gnanciers de Napoléon, et de la crise où se trouvait la banque de France. Dans le même moment, on triomphait d’avoir, par une seule démonstration, fait reculer l’année russe qui avait voulu traverser les provinces prussiennes, et l’empereur Alexandre, par l’envoi du prince Dolgoruki, avec de nouvelles lettres pleines de cajoleries , téchait de faire oublier au roi l’injure de la sommation impérieuse exprimée par une de scs lettres précédentes. Remarquons de plus que la campagne entre la France et l’Autriche n’a été remplie, jusqu’à présent, que par des marches qui, pour la France, doivent amener bientôt d’éclatants succès, mais qui n’ont rien produit encore, et qu’en considérant les forces imposantes rassemblées contre Napoléon, il est permis de douter de l’avenir. C’est dans ce moment qu’on apprend à Berlin le passage d’un corps d’armée français au travers du territoire d’Anspach.
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour l’aniour-propre prussien, tout fier encore d’avoir forcé l’armée russe à changer de direction. Aussi l’orgueil de l’armée se soulcva-t il avec une violence incroyable. L’agitation était extrême dans tous les rangs, dans tous les grades. Les vieux généraux parlaient comme les jeunes lieutenants. Ainsi cette neutralité, qu’on avait fait respecter par la Russie, était foulée aux pieds par la France! A ce cri de l’honneur qui se croit outragé, se joignent les excitations des partisans de la guerre, qui déguisent leur joie sous une colère feinte. Il n’était plus possible, s’écriaient-ils, de soutenir de pareils affronts. I>a dignité du roi demandait une prompte réparation, et c’était l’épée à la main qu’il devait se faire justice. L’irritation du roi avait été, par clle-inérae, portée au plus haut point. Dans son premier transport, il avait voulu éloigner de Berlin les plénipotentiaires français; il ordonna du moins à son ministre de suspendre tout rapport avec eux. Trompé dans toutes scs mesures pour le maintien de la paix, le roi s’en aRligcait d’autant plus qu’il se reprochait de n’avoir pas suivi une première pensée,
I qui eût prévenu l’embarras où il se trouvait jeté I en ce moment. Si nous en croyons M. Lombard, secrétaire intime de ce prince, le roi, se souvenant des nombreuses atteintes portées, dans les guerres précédentes, à la neutralité des margraviats d’Anspach et de Bayrcuth, avait exprimé l’intention d’aller au-devant d’un péril semblable, en déclarant I que le passage y serait accordé également à toutes ; les .puissances belligérantes, sous la seule condi- I tion de ménager le pays, cl d’acquitter leurs dé- I penses. Rien de plus raisonnable que cette idée. Séparés du corps de la monarchie prussienne et enclavés dans un territoire destiné à être le théâtre ! de la guerre, il était inévitable que, selon le cours I des événements, l’une ou l’autre des parties belligérantes serait conduite, par la nature de ses opé- ! rations, à mépriser le vain obstacle d’une ncu- I tralité mal placée, dont la violation pourrait ou empêcher une défaite, nu assurer une victoire. Un orgueil mal entendu avait repoussé cette juste prévoyance du roi. On avait prétendu que le mot Prusse, inscrit sur la frontière des margraviats,
' suGirait pour en écarter toute insulte. Quoique plus sage que scs conseils, le roi avait renoncé à ' son propre avis; il était cruellement puni de sa modestie.
I Unecirconstance particulière contribua encore à
' grossir, au préjudice de la France, le tort du pas- I sage de scs troupes sur le territoire d’Anspach. la: baron d’Hardenbcrg ayant, pendant plusieurs an- ! nées, présidé à l’administration des deux principau- I tés prussiennes de Franconic, avait conservé pour i ce pays une affection louable, si elle n’avait pas été I poussée jusqu’à la faiblesse. Il semblait à ce minis- ! tre que le peu de respect montré par la France ! pour ces enclaves , qu’elle avait trouvées sur son chemin, était une attaque dirigée contre sa propre personne, et contre l’existence de la monarchie.
Si la violation du territoire d’Anspach devait pro- I duirc à Berlin de semblables effets. Napoléon n'eslil pas inexcusable d’avoir hasardé une telle démarche? A-t-il méprisé la Prusse au point de croire qu’elle y serait insensible, ou bien a-t-il méprisé son ressentiment, quel qu’il pùt être? Plusieurs considérations peuvent, sinon absoudre, du moins atténuer ce tort, jugé si sévèrement à Berlin. Lorsque, dans les premiers jours de septembre. Napoléon avait tracé au maréchal Bernadotte la route de son corps d'armée par le territoire d’Anspach, tout l’autorisait à croire que le traité d’alliance ,
I provoqué cette fois par la Prusse, serait infailliblement conclu, puisqu’il était dans l’intention du gouvernement français de consentir aux modifications qui seraient désirées par le cabinet prussien. Au premier avis que la Prusse ne voulait plus un
POLITIQUE EXTERIEURE
traité d’alliance , mais un traité de neutralité , pouvait-il, sans inconvénient, changer l'ordre de marche donné à un de scs corps d'arniéc? Il ne le pensa pas; et d’ailleurs, dans ce dernier système, il avait encore une autre excuse toute prête. Ici nous allons laisser parler le ministère français qui, ayant prevu les objectionsdu gouvernement prussien, cherchait d’avance à les réfuter, u Le traité de neutralité, » négocié en ce moment, disait-on n’est au fond Il que le renouvellement de celui qui fut fait pour H la dernière guerre... Or, par la convention du n août 1 796, il fut expressément établi que les puis- » sanccs belligérantes pourraient traverser les pos- II sessions de S. M. prussienne, non comprises dans » la ligne de neutralité, et notamment tes princi- » paulés en Franconie, avec cette réserve qu’elles H ne pourraient y établir le théâtre de la guerre, ni » y prendre des positions retranchées... S. M. im- II périale a dù croire qu'elle pouvait agir comme » elle l’a fait, sans contrarier les vues du cabinet » de Berlin... Do plus, les troupes bavaroises, pour Il exécuter leur retraite, ayant traversé les posscsn sions prussiennes en Franconie, un corps d’Au- II trichiens, qui s’est montré sur la Rcdnilz, en » ayant usé de même, il était impossible de pen- » scr que le passage par ces possessions, oucerl » pour tout le monde, dût seulement être fermé » aux troupes françaises. » Le ministère français disait à scs plénipotentiaires que si, ces explications données, on faisait entendre des plaintes, ils devaient répondreen hommes pcrsuadésqucces plaintes ne sauraient être sérieuses. Les diverses allégations de la France ne manquaient pas de quelque apparence de justesse, et, en des temps ordinaires, elles eussent pu être admises; mais scs plénipotentiaires furent obligés de prendre au sérieux le mécontentement de la Prusse. Il ne leur fut pas même permis de donner directement leurs explications; ils furent réduits à les faire passer par le ministre d'une tierce puissance, par le ministre de Bavière.
La position du roi était très-compliquée. Toutes les passions patriotiques et toutes les hypocrisies se réunissaient pour le pousser à un parti extrême, en rappelant qu’il avait promis de se déclarer contre le premier qui violerait la neutralité de son territoire. Un de ses aides de camp, qu’il avait envoyé auprès de l'empereur Alexandre, rapportait de ce prince les lettres les plus cordiales, les paroles les plus caressantes. Dans le meme moment, vingt mille Suédois et Russes, réunis dans l’ile de Bu-
■ !.« 5 octobre.
’ Le 14 octobre.
gen, allaient entrer dans le Hanovre. D'après les engagements du roi avec la France, c’était encore pour lui un devoir de fermer à ces troupes l’accès de l'électorat. Ici du moins la violation du territoire d'.Anspach eut son côté utile. Elle fournissait à la Prusse un prétexte naturel pour s’affranchir de cette obligation. Le baron d’IIardenberg fit, à cet égard, connattre - l’intention du roi à la légation française. A près avoir combattu les arguments par lesquels on avait voulu justifier la conduite de l'empereur, ce ministre ajoutait : « Le roi se borne à » penser que S. M. impériale a eu des raisons d'en- » visager les engagements positifs qui ont existé » entre elle et la Prusse comme n’ayant plus de » prix à ses yeux, et lui-même, par conséquent, à » la veille de tout sacrifier peut-être au respect de » ses promesses, il se considère aujourd'hui comme » libre de tout engagement antérieur au moment » présent. » Sur cette déclaration, les plénipotentiaires français ayant demandé si le roi entendait être dégagé, avec la France, de tous les liens préexistants, tels que le traité de Bâle, par exemple, il leur fut répondu qu’il ne s'agissait que des facilités accordées à la France pour le Hanovre, et des promesses faites de ne laisser passer, sur le territoire prussien, aucunes troupes des puissances en guerre.
L'électorat d’Hanovre se trouvait dans une situation étrange. A tout événement, le cabinet prussien se bâta d'y envoyer des troupes pour y devancer les Russes, se flattant, disait-il ^ au général Dtiroc, que les troupes françaises se retireraient avant l’arrivée de celles de S. M. prussienne. Telle n'était pas l’intention de l'empereur Napoléon qui, tout en appelant le corps d’armée de Bernadotle an centre de rAllcmagnc, prétendait bien, par la seule occupation de la place de Hamein, conserver son droit de conquête sur l'électorat. D'un autre côté, s’avançaient les Anglais, qui se proposaient de reprendre ce pays au nom de leur souverain. Quel est celui des prétendants qui en conservera la possession ? Ce n’est pas dans le Hanovre même que cette question sera décidée. Nous verrons bientôt l'empereur Napoléon la résoudre à Vienne. Nous reviendrons plus tard sur le mouvement qui va s’opérer dans les résolutions du cabinet de Berlin. Pour le moment, toutes les questions politiques, dont la connaissance préalable pouvait nous être nécessaire, ayant été suffisamment approfondies, il ne nous reste plus qu’à nous occuper des événements militaires.
’ Le 19 octobre.
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CEIAPITRE XLIX.