‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 196 sur 298 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

révalualion des pensions cl les services inililaircs.

Il ordonna de prendre possession de tous les domaines de la maison d'Autriche en Souabc, cl frappa sur ces pays une contribution extraordinaire, dont le produit devait appartenir à l'armée.

«Soldats, disait-il dans sa proclamation, en

H quinze jours nousavons fait une campagne

» Celte armée, qui, avec autant d’oslcnlalion que » d'imprudence, était venue se placer sur nos fron- » tières, est anéantie; mais qu'importe à l'Angle- » terre? Son but est rempli. Nous ne sommes plus

» a Boulogne De cent mille hommes qui com-

» posaient cette armée, soixante mille sont prisont« niers. Deux cents pièces de canon, quatre-vingt- » dix drapeaux , tous les généraux sont en notre n pouvoir. Il ne s'est pas échappé de cette année » quinze mille hommes. Soldats ! je vous avais an- > noncé une grande bataille; mais, grâce aux niau- » vaiscs combinaisons de l'ennemi, j'ai pu obtenir

» les mêmes succès, sans courir aucune chance

» Mais nous ne nous arrêterons pas là. Vous êtes » impalientsdc commencer une seconde campagne, n Cette armée russe, que l'or de l’Angleterre a <> transportée des extrémités de l’univers, nous Il allons lui faire éprouver le même sort. A ce < Il combat est attaché plus spécialement l'honneur Il de l'infanterie ; c’est là que va se décider, pour Il la seconde fois , celle question , qui l’a déjà été » en Suisse et en Hollande : Si l’infanterie française » est la première ou la seconde de l’Europe. I! n’y n a point là de généraux contre lesquels il puisse y Il avoir de la gloire à acquérir. Tout mon soin sera Il ^'obtenir U victoire avec le moins possible d’effu-

II sion de sang. Mes soldats sont mes enfants! n

Les derniers passages de celle proclamation présentent réunis divers traits remarquables du caractère de l’empereur, adresse à cnnammer l’ardeur de l’armée, présomption orgueilleuse, quoique fondée et politique, à l'égard des généraux russes, vérité dans l’expression de son alTection pour le soldat. Déjà la cavalerie a fait des merveilles : maintenant c’est l’infanterie française qui ne doit pas souffrir qu’il y en ait aucune autre qui ose marcherson égale. Si son dédain pour les généraux russes semble condamnable, la démonstration n’en est pas moins bien calculée pour les troupes, puisque c’est leur faire entendre que tout ce qui reste j à faire n’appartiendra qu’à elles.

Quant à rafTeclion de l’empereur pour le soldat, c’était un sentiment vrai et sincère. Dira-l-on que, dans le soldat, il n’aimait qu’un instrument utile à sa grandeur cl à sa gloire? Quel est le prince guerrier sur lequel on ne puisse porter le même jugement? Mais jamais nul autre n’a prouvé son

afTeclion pour ses compagnons d’armes par des soins plus vastes et à la fois plus minutieux comme plus persévérants. Jamais major général , jamais intendant général , quel que fût le zèle des hommes qui le secondaient sous ces titres, n’a été plus attentif à prévenir tous les genres de besoins, à indiquer, à presser, à surveiller les mesures nécessaires, afin d’y pourvoir.

Sous le rapport moral, quel soin de chaque jour à flatter l’amour-propre militaire! Tout pour lui devient moyen d’encouragement. Le 22 octobre, un bataillon de la garde impériale entre à Augsbourg. Les quatre-vingts grenadiers qui marchent en tête, portent chacun un drapeau ennemi.

A l’égard de scs alliés, sa conduite est la même. Quoiqu’ils soient, jusqu’à présent, à peu près étrangers à scs opérations, en leur offrant déjà une part dans les avantages obtenus, il les anime à le seconder avec énergie, par l’espoir d’une part plus grande dans ceux qu’il va bientôt obtenir. Il donne aux Bavarois vingt mille fusils autrichiens, à l’élcclcur de Wurtemberg six pièces de canon.

Envers la France même, scs procédés renferment toujours un témoignage de reconnaissance ou une excitation, et souvent ces deux pensées ensemble. Il avait donné à la ville de Paris les drapeaux pris à Werlingen, par la considération que c’était le gouverneur de celte ville qui, à Wertingen, commandait les troupes françaises. C’est au sénat que furent donnés tous les autres. « Je vous envoie, écrivait-il Il à ce corps, les drapeaux conquis depuis le combat

Il de Werlingen C’est un hommage que moi et

» mon armée faisons aux sages de l'empire; c’est un Il présent que les enfants font à leurs pères.... » Le but de CCS démonstrations était, à la vérité, de porter la France à de nouveaux efforts, à de'uoqvcllcs preuves <le dévouement. Ce langage était dicté par la politique, mais quand la politique des rois fonde sa force sur des devoirs si glorieusement remplis, on doit peu s’étonnerque les pcupicss’abandonncnt à leur discrétion, et ne mettent plus de bornes à leurs sacriflccs.

La guerre en Allemagne se composant de deux campagnes très distinctes, nous allons saisir l’instant on nuit la première, pour jeter un coup d’œil sur ce qui sc passait aux armées d’Italie. C'était en Italie qu’avait été rassemblées les forces les plus considérables de l’Autriche; mais la promptitude de l'apparition des Français sur le territoire germanique ayant devancé toutes les suppositions du cabinet autrichien, à peine l’archiduc Charles était-il rendu à son année, qu’on lui ordonnait d'en détacher de nombreux bataillons pour les reporter en Allemagne. Incertain sur l’issue de la lutte déj.à

GUERRE

engagée anprès d'DIni , Tarchidac avait proposé à Masséna une trêve jusqu’au 18 octobre ; celte proposition convenait d’autant mieux au général français, qu’il n’avait sur l’Adige que quarante-cinq à cinquante mille hommes, et que ce délai suffirait, sinon à l'arrivée, du moins au rapprochement du corps que le général Gouvion Sainl-Cyr ramenait de Naples, en conséquence de la convention de neutralité, conclue le 21 septembre avec S. M. sicilienne. Les forces de Masséna étaient distribuées en six divisions d'infanterie, commandées par les généraux Duhesme, Gardane, Verdier, l’arlouiicaux et Serras; et en trois divisions de cavalerie que commandaient les généraux Pully, Mcrtnel cl Espagne. Celte distribution était l'ouvrage de Masséna, quoique conforme en partie à des indications de l'empereur. Napoléon, sur ce point, n’avait donné que des instructions indirectes qui laissaient au maréchal une pleine latitude d’action. « Si je comn mandais en Italie, écrivait-il au ministre de la » guerre, je ferais» telles et telles dispositions. Ce fait prouve , comme mille autres , les égards que montrait l'empereur pour ceux de ses lieutenants qui avaient des droits à sa conGance.

A l’expiration de la trêve, le 18 octobre, à quatre heures du matin, Masséna, qui avait tout disposé pour passer l'Adige à Vérone, fit attaquer le pont du vieux château. Au milieu du pont, un mur récemment élevé barrait le passage : un pétard qu’allèrent y attacher d'audacieux canonniers fil disparaître cet obstacle. Celui-là vaincu, un autre se présente; deux coupures ont été faites au pont; elles sont réparées en un instant par les soins du générai Chasscloup, et déjà les voltigeurs français sont sur la rive gauche de l’Adige. Les Aulrichiena Jp^;fnchés sur celte rive s’y défendent vigoupof^j^aent, mais la division Gardane a suivi les voltigeurs. Après elle est arrivée la division Dubesme; et, malgré les nombreux renforts qu’envoie sur ce point l’archiduc Charles de son quartier général de San-Martino, les Autrichiens, dépostés de toutes leurs positions, ont été poursuivis jusque sur les hauteurs où ils se sont retirés. Les retranchements autrichiens sont détruits; une tête de pont, établie aussilùl, sert de point d’appui aux Français. Celte journée leur livre quinxe cents prisonniers; les Autrichiens cti outre avaient laissé onie à douze cents morts ou blessés sur le terrain. L’armée française ne comptait que deux cents morts et quatre cents blessés.

En conséquence de l’ordre qui lui proscrivait de subordonner scs mouvements à ceux de l’armée d'Allemagne, le maréchal Masséna suspendit son mouvement dès qu'il fut maître du passage de l’Adige. Il ne le recommença que le 29 octobre.

Tandis que la division Serras passait le fleuve à sa gauche, et que la division Verdier manœuvrait à sa droite, celles de Duhesme et de Gardane tournaient le château de San-Felicc, forçaient les Autrichiens à évacuer Véronette, et les poussaient jusqu'au delà de San-Michelc, dont le chemin était jonché de cadavres autrichiens. Dans celle retraite de l'ennemi, les Français firent deux mille prisonniers, et parvinrent au village de Vago : là leur course semblait devoir être arrêtée ; elle ne le fut pas.

L’archiduc Charles occupait à Caldicro une position formidable. Sa droite se prolongeait jusqu’au village de San-Pielro, sa gauche presque jusqu'à l’Adige. Derrière lui, il avait vers Villa- Nova une réserve de vingt-quatre bataillons do grenadiers et de cinq régiments de cavalerie. Cet appareil menaçant n’arréta point l'ardeur de l'armée française. Dès le lendemain 30 octobre, Masséna attaquait l'ennemi sur toute la ligne; la division militaire qui formait la gauche , commença le combat ; celle de Gardane était au centre; celle de Duhesme à la droite; dans toutes l’ardeur était la même. Le village de Caldicro fut emporté : alors s’avança la réserve de l'archiduc Charles contre laquelle Masséna déploya aussilêt la sienne. La cavalerie française mil en désordre celle do l’ennemi, et, dans ces entrefaites, le général Parlouneaux se précipitant avec son infanterie sur l'infanterie autrichienne, la baluniielle décida le sort de la journée. Les Autrichiens, poursuivis jusqu’au pied des redoutes qu'ils avaient élevées au delà de Caldicro , laissèrent entre les maius des Français trois mille cinq cents prisonniers cttrcule pièces de canon; l’archiduc Charles proposa une trêve pour enterrer les morts.

La division du géuéral Serras, que Masséna avait portée à une certaine distance sur sa gauche, était étrangère à ces glorieux combats; mais le mouvement exécuté par celte division avait coupé , du corps du général Rosenberg, une colonne de cinq mille hommes, qui se trouva aussi dans l’impossibilité de remonter les vallées de l'Adige pour joindre l'archiduc Charles. Après une sommation, à laquelle se refusa d'abord le général Hillcr, commandant de cette colonne, cl quelques mouvements de la division Parlouncaux, qui rendirent pour ce général la résistance impossible, une capitulation livra aux Français ce corps de cinq mille hommes avec tous ses bagages. Parcelle transaction, comme par celles d'Allemagne, les officiers étaient renvoyés sur parole.

Ce fâcheux événement, joint aux nouvelles plus désastreuses encore que l’archi<luc avait reçues de j l’armée du général .Mack, détcrniiuèrcnl ce priucu

à la retraite. Dans la jialt du 1" au â novembre, il se retira par Montebcllo sur Vicence. Le 2, on lui lit six cents prisonniers. Massêiia établissait, le 3, son quartier général à Moiilebello. Pour retarder la marche des Français, l’archiduc Charles avait, à la hâte. Tait fortiher Yirerice, et laissé quelques bataillons dans cette ville, ün en força les portes, et ou y entra le 4 au matin. Mille blessés avaient été abandonnés a la générosité du vainqueur. On fît dans le même jour huit à neuf cents prisonniers.

Le 5, les Français sc portèrent sur la Brciita, et, d'une rive à l'autre, il s'engagea une canonnade qui dura jusqu'à la nuit. Tandis que, le 6, un réparait le pont coupé par les Autrichiens, plusieurs régiments de cavalerie, avec des voltigeurs* en croupe, passaient cette rivière à gué, et parvenaient à Citadella assez vite pour y surprendre les derniers postes de l'cniieini. La droite de l'armée française arrivait sur Padoue; la gauche sur Rassano. ^

Peu d'olistarles s'opposèrent au passage <lc la Piave. Il semblait que les Autrichiens réservaient toute leur vigueur pour empcrlicr celui du Tagliaincnto; leurs dispositions annonçaient le projet d'une vigoureuse défense. Six régiments de cavalerie, quatre d'infanterie et trente pièces de canon bordaient la rive gauche du ilcuve. Du côté des Français, une batterie de dix -huit pièces seulement, mais servie par des artilleurs habiles, causa un sensible dommage à l'ennemi; les divisions françaises étaient réunies à San-Vito et à Valvasone; Masséna se proposait, en passant le fleuve sur ces deux points, le 14 novembre, de tourner et couper les Autrichiens. Son projet fut pressenti par l'archiduc Charles, qui continua sa retraite sur la route de Palma-Nova. Le Tagliamento fut franchi, sans que l'armée rencontrât d’ennemi à combattre. A partir de ce moment, il n’y eut plus d'engagement sérieux entre le général Masséna et l'archiduc. Les Français sc portèrent sur l'isoiizo, s’emparèrent de Goricc, de Gradiska et de Trieste, poussant devant eux des avant-gardes qui recueillaient les détachements égarés ou paresseux de l’ennemi.

Dans le même moment, en arrière de l'armée et sur 1a route qu’elle avait parcourue, sc passait une aflairc importante à laquelle prirent part et le général Masséna qui, de sa personne, était revenu à la hâte de l'isonzo sur la Piave, et le général Gouvion Saint-Cyr, récemment arrivé à Venise avec le corps qu’il ramenait du royaume de Naples. Une

culonofl aatriebienne de sept mille iieramesd’infanteriaiBt de douze cento ichevaux, commandée par françiis prince de Rafian; cou)>ée par

suite des mouvements de l’armée française d’Allemagne, était des^duedes montagnes du Tyrol dans l'intention dîFtravcrscr la ligne de rarmée française d'Italie pour rejeindrc l'archiduc Cliar- Ics. Après avoir enlevé à,Ra^ano cent cinquante Français qui en formaicul la garnison, le prince de Rohan était arrivé à Castel -Franco Içt^ qo^ vembre. Informe qu'un corps français roa^^it contre lui, il résolut de Iq prévenir et l’attaqua, le 23 octobre ,' 4fee. une grande iiQpt^c^ié. Le. corps français était Commandé par un bÿifiueaussh^-^ prudent que brave, le g^éaBl Reyuie^. i

fut reçue avec vigueur; ren'düv.élée plusieurs fois, elle rencontra chaque fois une résistance plus vive, cl l'assaillant allait être poursuivi à son tour, lorsqu'un régiment polonais, envoyé par le général Gouvion Sainl-Cyr pour tourner le corps ennemi déjà ébranlé, jeta tout à fait le désordre dans ses rangs et compléta sa déroule. Les Autrichiens, suivis par les Français jusque dans Caslel-Franco, demandèrent à capituler. Six mille prisonniers, mille chevaux, six drapeaux, douze pièces de canon et d'immenses bagages furent le fruit de cette journée. Cinq mille Français seulement avaient pris part au combat, mais le prince de Rohan avait jugé avec raison que , par la position de notre sa perle était devenue inévitable. Danscetle|i(k|IWk< les Polonais étaient encore associés à çaise. Le colonel Grabinski, les chefs de batfOkiO* Rialowiski cl KIopiski furent nommés par le général en chef avec les plus grands éloges. Cependant les avant-gardes de Masséna, dirigées sur Villacli et Clagcnfurth, s’y trouvant en contact 'a]t0e le corps du maréchal .Ney, l’armée d'Italie était devenue le 8« corps de la grande armée.

Pour n'avoir plus à quitter l'empereur Napoléon lorsqu’une fois nous l'aurons rejoint, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les événements qui sc passaient en arrière de l’armée principale avec laquelle il s'avançait dans l'archiduché d'Autriche cl vers la .Moravie. Deux corps français manœuvraient derrière lui pour chasser les Autrichiens du Voralberg cl du Tyrol.

Le maréchal Augcrcau qui, des côtes de Brest, n'avait pu arriver sur le Rhin qu'après le brillant début de la campagne, était chargé de se rendre maître du Voralberg.

Le soin d’envahir le Tyrol avait été confié ,

' L’institution des volligniirs avait été essayée par les Romains au siège de Capouc : Ex omnibut Irgionibux tiocH tumt jureneSf maxime rigore ac lerital» corporum

rcloceM... «01 hngulot ta eguos suo$ accipiraiti aunefererunt et rebi posi »o»o et desi/irr perniciler ubi tigaunt dutum met. Tirz-Liva.

GÜÏHRE.

le S9 octobnÿ, au maréchal Ney, à qui l’empereur n'avait hissé, pour celte mission importante, que deux divisions]. L’opération n'en fut ni moins prompte ni moins cooipléte.

Parti de LancfthcrgleSS, le maréchal Ney, après quatre jours de marche, avail'eiüevé le poste forliOé de Leutesch. Pour Traiichir le pas de Scharnitz, il avait à s'emparer du fort de ce nom que défendait une garnison de deux mille hommes. La position était redoutable; il fallait escalader des rochers à pic cl triompher de la nature avant de pouvoir combattre rennemi. Le 69* régiment, l’un de ceux qui s’étaient le plus distingués à Elchingen, fut chargé de cette opération. l.a diOiculté ne l’intimida pas. Chaque soldat met son havre-sac sur sa tète et s’en forme un bouclier contre les balles ou plutôt contre les pierres que la garnison autrichienne fait pleuvoir sur eux. Leurs bnVonnettes, qu’ils enfoncent dans les crevasses du rocher, leur servent à en vaincre les escarpements. Bientôt ils arrivent sur le plateau où le fort est situé, ils SC réunissent sous le feu des remparts, et en un instant ils se sont élancés dans l’enceinte, où ils ne trouvent qu'une centaine de chasseurs tyroliens. La garnison avait évacué le fort et se relirait sur Inspruck. Celte chanCc était prévue; une colonne française avait été envoyée sur celle roule pour k fermer à l’ennemi. Celui-ci voulut forcer le passage, et il était presque au moment de rét^jîlPj^prsque le même régiment qui avait pris Iq ft^Ti^rivant sur les pas des Autrichiens, les pla^ entre deux feux , ce qui les contraignit de mettre bas les atmes. Cette affaire , qui avait lieu le 5 novembre, livra aux Français dix-huit cents hommes et quinze pièces de canon. Les Autrichiens abadBannèrent Inspruck , où le maréchal h'cy entra le 7. Il y trouva seize mille fusils, un grand approvisionnement de poudre et une artillerie considérable. Le même jour, les Français occupèrent la ville de Hall. En quittant cette ville, l’archiduc Jean y avait laissé un colonel charge de recommander à la générosité française douze cents malades qui étaient dans les hôpitaux d'inspruck.

Une scène militaire d’un vif intérêt vient ici réclamer un souvenir. Dans la campagne précédente, le 70* régiment avait perdu deux drapeaux par un de ces hasards qui ne peuvent ternir l’honneur d’un corps. Tout à coup l’arsenal d’inspruck offre aux regards d’un officier ces mêmes drapeaux dont la perle avait été si vivement sentie. Le bruit s’en répand aussitôt; tous les soldats accourent émus d’une douce joie; tous, ils contemplent, ils tou-

chent avec (tansport ces enseignes précieuses , comme un exilé embrasse au retour ses autels domestiques. Pour un régiment français, ses dieux lares sont ses drapeaux. Le maréchal Ney s’associe au bonheur de ces braves, il les fait mettre sous les armes et leur rend avec solennité le trésor qu’un accident seul leur a fait perdre, que leur vaillance a reconquis. Çelte cérémoniu est une vraie fête de famille; les vieux, les nouveaux soldats jurent, avec des larmes d’attendrissement; de périr tous plutôt que de souffrir qu’un seul de ces drapeaux leur soit enlevé une seconde fuis. La journée d’Elcbingen répond qu'ils tiendront Icur^ serment. ^

Vingt-quatre heures de repos ont suffi au maréchal Ney cl à scs troupes. Le 9 novembre, il ' marche à la poursuite des Autrichiens, fait des prisonniers, se rend maître de Botzen, et de là se dirigeant par Brixen et I.icnz sur 'Willacb et Clagcnfurtli, il opère, comme nous venons de le dire, la jonction de la grande armée avec l’armée d’Italie.

Les résultats derexpédition du maréchal Ney ne SC bornèrent pas à la prise de possession du Tyrol. D’une part, c’est devant lui que s’csl échappée la colonne du prince de Bohan*, qui, tombée dans la ligne de rarniéc d'Italie, a capitulé à Castcl-Franco; de l’autre, en interdisant au corps autrichien qui occupait le Vuralberg sa retraite sur le Tyrol, il a contribué à mettre eu corps dans la nécessité de poser les armes. ’’

Le maréchal Augcrcau, après avoir forcé les Autrichiens d’abandonner Lindau cl Bregenz, les pressait dans la position qu’ils avaient prise è-Feldkirck. Le général Jellachich, qui commandait le corps autrichien , sollicita une capitulation. Augcrcau y consentit, cl les stipulations en furent arretées le 14 novembre. Les chevaux, les armes, huit drapeaux, une artillerie nombreuse, des magasins et des munitions considérables furent remis aux Français, mais le corps autrichien ii’était prisonnier que sur parole. Il se retira en Bohême. Celte capitulation était la seule qui n’cùt pas porté pour condition absolue l’cnvui des soldats en France. L’empereur n’approuva pas celte concession, prétendant que les Autrichiens renvoyés sur parole ne se faisaient nul scrupule de violer de semblables engagements; mais elle n’en eut pas moins son exécution L

' Nous verrons un jour les souverains alliés agir au- Ireiueni en violant la capitulation de Dresde.

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