‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 198 sur 298 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

les deux brandies se réunissent et forment le chemin qui conduit à Slein. I.e 10 novembre, la division Gazan s'élait placée à la gauche du petit village de Loiben. Le 11 , attaquée avec beaucoup de vigueur, elle opposa une admirable résistance à l'ennemi, le prit en flanc et en queue, l'écrasa dans le village, lit un grand nombre de prisonniers, enleva six drapeaux et cinq canons. Malgré l’éclat de cette affaire dans laquelle fut tué le quartier-mattre général Smith, la position de la division Gazan n'en était pas moins désespérée. Le général en chef de rarméc russe avait fait liler, par les hauteurs boisées qui couronnent Diernstein , une colonne de douze mille hommes pour couper le corps français, le prendre tout entier ou l'anéantir. Mortier et Gazan expédient au général Dupont plusieurs ordonnances afin d'accélérer son mouvement. Ils SC mettent eux-mémes en marche pour aller audevant de lui, mais peu s'en faut qu'ils ne tombent au pouvoir des Russes. Ici n'oublions pas qu’en sortant de Diernstein par la seule porte qui existe du côté de Stein et de K rems , il se présente deux routes ou plutôt deux branches d'une même route conduisant au même point. La colonne russe, qui a tourné la division Gazan , marche contre clic par ces deux routes à la fois, quatre mille hommes par la roule la plus voisine du Danube, et huit mille hommes par la roule supérieure. Encore un instant d'hésitation de la part du maréchal Mortier, et la division Gazan va être accablée sous le nombre. En ce moment un oflicicr supérieur, le major Ilcnriod, ouvre un conseil salutaire ; il représente que la roule supérieure, par laquelle s'avance la plus grande partie de la colonne russe, est très-étroite et bordée de chaque côté par un mur de quatre à cinq pieds de hauteur; qu’une masse énorme d'hommes est engagée dans ce passage; qu’en se jetant sur celte masse on la refoulera sur cllc-méme, en sorte que, les deux extrémités pressant le centre, il en résultera un grand désordre pour l’ennemi et un succès assuré pour les Français. L'idée est saisie par le maréchal Mortier. L’attaque s'exécute aussitôt en divisant par sections les corps qu'on y emploie. Une première section , après avoir fait sa décharge à bout portant sur la colonne russe et s'èlrc précipitée sur elle à la baïonnette, franchit le mur à droite cl à gauche pour aller se reformer en arrière, tandis qu'une seconde, une troisième section , que d’autres remplacent successivement, ne laissent pas le moindre relâche à l'ennemi. Au bout de trois quarts d'heure d'un horrible massacre , la confusion est telle parmi les Russes que les troupes du centre, écrasées à la fois et par ravanl-gardc qui recule avec effort , et par l'arrière-garde qui les pousse devant clic, n'ont

d'autre moyen que d'esraladcr les murs à droite et à gauche et de se sauver à la débandade. L’obscurité de la nuit, favorable aux Français, laissant ignorer à l'ennemi la vraie cause de sa défaite, ne lui permet pas de se rallier. Le corps russe mis en déroute communique sa terreur à l'autre corps, et les fuyards ne s’arrêtent qu’après s'èire mis en sûreté derrière la rivière de Krems. La division française, en exterminant ou en chassant tout ce qui se trouvait devant elle , était arrivée à Diernstein, lorsque tout à coup le major Ilcnriod entend une fusillade. Il s’avance , et une grêle de balles vient accueillir la télé de sa colonne. « Allons, centième, s'écria- H t-il, ce sont encore les Russes, point de quar- » lier. » A ce cri français, un cri français répond aussitôt : « Nous sommes du corps de Dupont ; » soyez les bien-venus, nous vous croyions tous » prisonniers. » On conçoit avec quel transport sc revirent les deux divisions dont l'une venait de courir de si grands hasards cl n'y avait échappe que par un miracle. Ce brillant succès avait été chèrement acheté. La division Gazan avait perdu douze cents boiunics tués, blessés ou pris; la perte des Russes était au moins de cinq mille , parmi lesquels treize cents prisonniers. Le plus important résultat de cette glorieuse journée fut d'avoir affaibli dans les Russes la conCancc qu'ils avaient en eux-méines et que Kutusof avait pris grand soin d’entretenir. Le maréchal Mortier avait cru n'avoir affaire qu’à une arrière-garde, tandis qu'il avait devant lui l'armée russe tout entière. L’empereur ne manqua pas de témoigner sa satisfaction à ce maréchal et de donner de justes éloges à la belle conduite de la division Gazan.

Le danger que ce corps avait couru pourrait être regardé comme une suite d'imprévoyance de la part de Napoléon. Il n’en était pas ainsi. C'était l’effet de l'inexécution de scs ordres. Aussi le prince de Ncufchàtcl adressa-t-il quelques reproches au prince Murat et au maréchal Soull. Ils étaient fondés à l'égard de Murat. En ce qui concernait Soult, ils ne l'étaient pas. Le prince de Ncufchàtcl disait au premier : « La volonté de l’empereur * n’élail » pas qu'on sc précipitât sur Vienne comme des I) enfants.... l’ar celte négligence à suivre les or- » dres de l’empereur, il s’ensuit que le maréchal » Mortier est exposé à porter seul tout l'effort des n Russes. U Celle lettre était datée du jour meme où le maréchal Mortier était dans le plus grand péril.

Pour le maréchal Soult, la justification était facile ; il n'avait fait que sc conformer à un ordre du prince Biurat. Aussi l'cmpcrcur, attentif à ména-

' Lcitrc datée de Moeik, le 30 brumaire (1 1 novembre).

GlEaRË.

gor un amour-propre légiliinc, se hâla-l-il de faire écrire à ce maréchal que » s'il n’avail pas ap- » prouvé le mouvement ordonné par le prince H Murat, cela ne voulait pas dire qu'il hlàmàl le H marcchal Soull de l'avoir exécuté. »

Il parait que le général Rutusof avait eu d'a> bord le projet de se fortifier à Kreiiis , d'attendre là ses renforts et de se maintenir sur le Danube. Pour cette hjpothèsc, l'empereur Napoléon accé> léra la marche de plusieurs corps d'armée par Vienne pour déborder le général russe par sa droite, tandis que Bernadotle le déborderait à sa gauche. Ce calcul fut trompé par la retraite de Kutusof. Le 15 au malin, Murat traversa Vienne, sans s'arrêter, afin de se rendre ma lire du pont du Danube. Il y réussit, après quelques pourparlers avec les généraux autrichiens et malgré les efforts des artificiers qui avaient voulu y mellrc le feu. L'occupation de ce pont était de la plus haute importance. Napoléon faisait écrire â Murat le IS : « L'ennemi cou- H pera probablement le pont de Vienne. Si cepenn danl il y avait moyen de l'avoir en entier, il faut 1» lâcher de s'en emparer. Cette considération seule » peut forcer l'empereur i entrer dans Vienne. » On peut juger parcelle dernière réflexion si l'empereur mettait, alors du moins, autant d'importance qu'on l'a supposé, à entrer personnellement dans la capitale de l'ennemi. Dans une lettre à Murat eût-il pris la peine de dissimuler?

Si un grand intérêt ne l'eût pas appelé à V tenue, il eût pu, d'après les mêmes principes de conduite qu'à Léoben et à Toienlino, éviter d'offrir aux hahilanls de la capitale de l'Autriche, le vainqueur de leur souverain. C'eût été de l'orgueil encore peut-être , mais cet orgueil u'eûl pas été mal entendu. Au reste quoique, par la prise du pont de Vienne, cette capitale soit devenue le centre de l'armée, l'empereur des Français n’afTccte point do s'y montrer; il établit son quartier général au château de Schœnbrunn. Quelques jours auparavant il avait reçu avec bienveillance une députation à la télé de laquelle était le prince de Sinzendorf, et avait donné à cette députation les assurances les plus tranquillisantes. De son côté, François 11, en se retirant, avait iui-meme fait recommander aux habitants de se maintenir en repos et de faire un bon accueil aux troupes im|>ériales françaises, véritable moyen de les disposer à observer une exacte discipline et d'alléger pour eux le poids de la guerre.

L'entrée des Français dans celle ville ennemie eut lieu avecle même ordre que dans une ville française. La garde bourgeoise était sous les armes. La population, avide de voir les guerriers qui avaient opéré tant de prodiges, les contemplait avec plus

d'admiration que d'inquiélude. Cette disposition naturelle des habitantselail forlinéc par une circonstance particulière. Il était parvenu à Vienne d'affreux détails sur les violences et les cruautés que l’armée de Kutusof avait exercées sur son passage; en sorte que l'on redoutait moins l'arrivée des Français ennemis que celle des Russes alliés. Les ordres de Napoléon prescrivaient le plus grand respect pour les propriétés et pour les personnes. L'exécution de ces ordres fut assurée par une rigide surveillance.

On s'est plu souvent à considérer l'empereur Napoléon comme un acteur toujours en scène qui ne cherche que des cITcls de théâtre. Est-il humain, généreux? Sa générosité, son humanité ne sont que des vertus d'ostentation et de parade; mais lors même que ses actes, s'ils sont louables, seraient produits par un calcul d'intérêt ou par un principe d'amour-propre, doit-il, par celle raison, en perdre le mérite? et pourquoi blâmcrail-on en lui ce que riiisloirc approuve dans (nus scs héros >? Au reste, et déjà nous en avons eu plus d'une preuve, une foule de traits, épars dans sa correspondance, attestent que souvent il faisait le bien pour luimème, soit par un sentiment de bonté naturelle, soit par une puissance de raison éclairée qui lui faisait comprendre que ce qui était juste et bon devait presque toujours être utile. A son arrivée à Schœnbrunn, l’empereur se hâta d'organiser le gouvernement et radminislralion de l'Autriche. Il nomma gouverneur de Vienne le général Clarke, et intendant général, le conseiller d’État Daru. L'estime universelle dont ce dernier est demeuré investi après les longues épreuves de tant de mutations politiques, dispense de justifier un tel choix. Quant au général Clarke, sur lequel des fautes édataulos, causées par un travers d'esprit particulier, ont fait depuis porter un jugement sévère, ce général était lui-meme, avec scs qualités et ses défauts, l'un des hommes le plus propres au gouvernement d'un pays conquis. Des instructions dictées par l'empereur lui traçaient les devoirs qu'il avait à remplir, instructions dontjamaisalors on n'eùlpu prévoir la future publicité. Après lui avoir enjoint de donner un soin particulier à la surveillance des théâtres, des journaux et de la religion , de s'étudier à conriattre les chefs des gardes bourgeoises cl à se les concilier, l'empereur ajouLvit ces remarquables paroles : U Vous devez commencer par faire la police des n mauvais sujets et traînards français , avant de » faire celle des malveillants du pays. » Peut-on

' Fuii fntm Sripio, non roriê tantum rirtutihus mtm- Mù, nH arit ^ «of w« quadam oS ^'urrnld oitfntatiionom

rarum compontu$. Titk-Livr.

CUAPITRE L.

iGO

se plaindre qu'il s'attache à préserver les Français (le la malveillance des Autrichiens, lorsqu’il corn' mcnce par préserver les Autrichiens de la nialvcillanre des Français?

Celte classe de soldats, ou paresseuse ou trop prompte à se décourager, que l'on a désignés par le nom de traînards, nous fournit une occasion de considérer avec quel tact Napoléon prm'cdedansie choix des châtiments. Un ordredu jour, d’une date ultérieure niais que nous citons ici i cause de ridoiitité de son objet, prescrivait les mesures suivantes: « Les chefs des corps auront soin de faire N un état des traln.'irds qui, sans cause légitime, n sont restés en arrière. Us recommanderont aux 'i soldats de leur en faire honte, car dans une armée n française la plus forte punition c'est la honte... * Si Tuiides lefliT.s de la puissance de Napoléon a etc dans son talent a imprimer aux hommes une grande impulsion, c'est que, pour les conduire, il avait auparavant étudié leur génie. Pour le soldat français, une punition corporelle, autre que la détention, ne pourrait que dégrader son caractère. Une peine morale le corrige sans l’avilir et l'anime à reconquérir sa dignité perdue.

Si Nafioicon suivait de tels principes envers les simples soldats, est-il vrai, comme un l'cri a souvent accusé, qu'il mil de la dureté dans le commandement avec les chefs militaires et même avec les maréchaux? Des milliers de Icllres attestent le contraire. A l'é(>oquc où nous sommes arrivés de la campagne de 1805, Napoléon était fort mécontent que Bcrnadolte, en dépit des ordres qu'il avait reçus, nVüt pas encore fait passer le Danube à un seul homme. Comment lui cxprimc-t-il le mécontentement qu'il en éprouve? «Vos soldats, lui fait-il » écrire, seront sans doute fâchés de n'avoir point » toute la part qu'ils devraient avoir à la gloire de » cette rampagiiê. it réprimande, méritée, comme elle l'était en cette occasion, peut-elle se revêtir d'une forme plus douce et moins ofTcnsaiilc pour celui à qui elle s'adresse? Assurément, trompé par de fausses préventions , Napoléon a été plus d'une fois injuste envers des militaires estimables, mais peut-être serait-il vrai de dire que jamais monarque ^ guerrier ne commit sous

' Briinn, le 3 frimaire.

* Dans un séjour que j'ai Fail, eu 1800, à Rlieinsberg, chez le vieux prince Henri de Prusse, j’ai entendu dix fois ce prince se dérbainer contre la partialité révoltante de son frère. Il acputail Frédéric 11 d'avoir volontairement négligé et ensuite passé sous silence dans ses écnls, des braves auxquels était due en graitde partie la gloire de ses plus belles campagnes, pour en faire boo- Dfur À des hommes sans mérite et sans capacité. C’était pour réparer les erreurs ou les préventions (raiernelles.

ce rapport un nioitis grand nombre d'iigusticcs.

L'occupation de Vienne, si importante par son cfTcl moral, si utile par la facilite des communications quVIIc livrait à l'armée, incitait en outre au pouvoir d(^s Français d'immenses magasins de tout genre dont la rapidité de nos succès n'avait pas permis l'cvacuation. Ce grand dépèl de la monarchie autrichienne renfermait deux mille pièces d'artillerie, parmi lesquelles cinq cents pièces de I siège, cent mille fusils, six cent mille quintaux de poudre, six cent mille boulets et cent soixante mille bombes. L'empereur qui, après la prise d’Ulm, avait fait présent de vingt mille fusils à l’élcclcur de Bavière, lui en lit encore donner quinze mille de ceux qui avaient élépris à Vienne. Il eut soin en outre de faire restituer à la cour de Munich les drapeaux et les canons que l'Autriche avait, en 1710, enlevés aux Bavarois, quand ils faisaient cause commune avec la France.

Puisque nous assistons dans Vienne i l'clablissemciil d'un ordre adminislralif provisoire, il n'est pas inutile de considérer la pensée qui domine celle création. Sans contredit, le but de i'empercur des Français est d'enlever beaucoup aux pays conquis, mais il ne veut pas que les ressources de CCS pays se dissipent en un pillage sans résultat; il I veut que tous les produits soient régulièretnenl ' perçus et entrent dans une caisse générale ; il veut

Ique les recettes, faites sur un territoire ennemi , pourvoient aux besoins de l'armée, à la déchargedu trésor français, formé par les impôts de l’intérieur de la France.

! Un seul exemple prouvera quelle sévérité de ' principes règne dans celte administration. AJ’arrivcc des Français dans celte capitale de PAutriche, le scellé avait été mis sur toutes les caisses du gouvernement. Nommé gouverneur de Vienne^ le général Clarke, irréprochable d'ailleurs sous le rapport de l'intégrité, demande à l’intendant général de lui faire délivrer, par les caisses autrichiennes, une somme de cent mille florins en papier, pour les frais de son établissement. L'intendant général lui répond qu'il ne peut pas lui faire payer un écu, particulièrement sur ces caisses, sans un ordre préalable de l'empereur, u Les agents

qtip le prince Henri avait fait élever dans ica Jardina de Rbeinabcrg une pyramide aur laquelle étaient ioscriia les noms de tuiia lea bommea qui avaient, dans les giierrt*a de Frédéric II, bien mérité de leur paya, et notamment lea noma de ceux que Frédéric avait oubliéa. Dana le petit nombre de militaires qui uni pu ac plaindre de Napoléon, combien a’en troiiTe-t-il dont la plainte fut fondée ou auxquels il n'ait pas rendu plus tard une justice éclatante qui lui ait bit pardonner ses premiers torts?

GUERRE

» da pays, lui ccmait H. Daru, après avoir fait X des paycmcnls dont ils ne suivraient pas l’emploi, n seraient tentés dé supposer que cet emploi ne » serait pas aussi aulhenlique qu’il le sera de von tre part et de la mienne. Je crois donc qu’il iin- | » porte à la réputation honorable que nous vou- » Ions laisser, que les fonds qui nous seront accor- >1 des soient pris, non dans les caisses du pays,

» mais dans celle de l’armée, que les fonds du pays n alimentent, et que ces payements s’effectuent rén gulièrement, d’après les ordres de Sa Majesté! n Je place ici cette citation, parce qu’elle constate le caractère de ce qu’on a nomme les exactions de la France à l’étranger. Le mode suivant lequel l'autorité française procède en 1805, sera exactement le même, mais avec une application beaucoup plus étendue, dans les campagnes de 1806, 1800, 181 â et 1815. L'intendance générale et l’administration des pays conquis seront, pour l’empire français, ce qu’était la questure, dans son action au dehors, pour la république romaine. Les plus grands citoyens n’étaient pas les questeurs les moins exigeants, témoin Caton, dans sa mission en Chypre.

Si la victoire des Français est chèrement payée par les vaincus, ce n’est point en barbares cependant que SC conduisent les vainqueurs. A Vienne, I Napoléon désire connaître tous les établissements consacrés aux arts , aux sciences , à l’instruction publique. « L’intention de S. M., écrit l'intcn- » danl général au commissaire autriebien, M. de « Wrbna, est de savoir ce qui pourrait être fait <• d’utile pour les sciences, les arts, et d’agréable n pour ceux qui les cultivent. <> Des ordres furent en effet donnés pour des payements en faveur d’académies et de divers instituts d’instruction publique ou de bienfaisance.

Malgré notre impatience de suivre les événements militaires, on nous pardonnera , je pense, CCS digressions et quelques autres encore, sur des circonstances accessoires de la guerre, mais nécessaires pour en compléter le tableau. Les bulletins même de la grande armée , tant accusés de mensonge, cl qui cependant, soumis à un exact parallèle seraient, relativement, beaucoup plus véridiques que les relations correspondantes des gouvernements étrangers; ces bulletins, souvent si pittoresques, dictés par Napoléon, dans la chaleur non encore calmée d’une action récente, réclament ici des observations indispensables sur des sorties plus qu’indiscrètes, dont quelques-unes semblaient dirigées contre les plus augustes personnages. « La » guerre, disait le Si” bulletin, en date du 10 no- » vembre, a été entreprise contre l’avis de tous les X princes de la famille impériale ; mais Collorédo,

» mené par sa femme qui , Française , porte à sa n patrie la haine la plus envenimée ; CobentzI, ac- » coutumé à trembler au seul nom d’un Russe, cl » chez qui d’ailleurs il est possible que les agents I » de l’Angleterre aient trouvé moyen de s’intro- » duire; et eniitree misérable Mack, qui avait déjà » joué un si grand rôle pour le renouvellement de » la seconde coalition : voilà les influences qui ont n été plus fortes que celles de tous les hommes n sages et de tous les membres de la famille impén riale. » <> Tout le continent, portail un autre n bulletin, le 24*, doit s’affliger de ce que l'cmpen rcur d’Allemagne , qui veut le bien, qui voit » mieux que ses ministres, et qui, sous beaucoup » de rapports, serait un grand prince, ail une telle n détiancc de lui -même, et vive constamment n isolé.... Cet isolement, dont on accuse l’impéra- » tricc, est la cause de la haine que la nation a !i conçue contre celte princesse.... Il n’y a qu’une X voix à Vienne comme à Paris, les malheurs du » continent sont le funeste ouvrage des Anglais! » Ce que Napoléon proclamait dans scs bulletins sur l’état intérieur de la cour d’Autriche, il l’entendait chaque jour à Vienne de la bouche des hommes les plus recommandables. Les faits allégués étaient généralement vrais, ou alors réputés tels ; mais le I chef d’une armée victorieuse, Iccbef d’un grand État devait-il se rendre, devant l’Europe, l’écho de vérités fitcheuses qui devaient affliger François II dans ce qui lui était le plus cher, dans l’impcratrice elle-même? Non, sans doute, ce droit de l’insulte, si familier aux héros d’Homère , blesse toutes les convenances de notre époque. Odieux même entre des personnes privées, comment ne serait- il pas révoltant entre des souverains? Napoléon a-t-il pu s’y méprendre, lui qui sait si bien employer les paroles les plus séduisantes, lorsqu’il veut éblouir l’esprit ou enlever la confiance? Est-ce, de sa part, emportement ou calcul? La deVnière de ces suppositions n’est pas la plus invraiscmblalilc, parce qu’elle s’appuie sur un motif apparent d’utilité. C’est un grand avantage pour Napoléon , de concentrer dans quelques personnes seulement la résolution de la guerre qui lui a été faite par l’Autriche. Dans ce système, il peut dire, cl il le répète souvent en effet, qu’il n’y a nul esprit d’hostilité entre la nation autrichienne cl la nation française; que les habitants de Vienne montrent autant d’amitié pour nos soldats, qu’ils montrent d’irritation contre les Russes; qu'enfin les Anglais, comme cause de tous les maux , sont l’objet de la haine universelle. Ce n’est pas pour la France seule que ses bulletins sont destinés; ils s’adressent à toute l'Europe, et surtout à l'Autriche elle -même. Napoléon n’ignore pas qu’un moyen de répandre,

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