CHAPITRE IV
ambassades féminines > étaient envoyées de Londres à la Malmaison, et le succès eût été certain si l'union de l’esprit et des gréces eût suffi pour réussir dans des négociations d’une telle nature; mais la question n'était pas de celles que l'ambition ou la politique puisse abandonner à l'inQuence des femmes.
L’honneur de la résoudre eût appartenu é un négociateur d’une autre portée, si la solution cùl été possible alors dans un sens favorable à la maison de Bourbon. Ce négociateur, c’était le frère de Louis X\T, l'homme que l'ordre de la naissance appelait au (r6nc depuis la mort malheureuse du fils du dernier roi. Oc n'est pas une circonslancc ordinaire que la corres|>ondancc d’un monarque en exil, avec l’homme qui, sous un autre litre, gouverne les Étals des rois ses aïeux. Une telle correspondance demande à être textuellement recueillie. La première lettre de Louis XVIII, dal^e de Millau , le 20 février, avait été adressée par ce prince au consul le Brun, par qui elle fut remise au premier consul.
«Quelle que soit leur conduite apparente, des H hommes tels que vous, monsieur, n’inspirent ja- <• mais d'inquiétude. Vous avez accepte une place » éminente, cl je vous en sais gré. Mieux que per^ » sonne, vous savez ce qu'il faut de force et de puis- 4 sauce pour faire le bonheur d'une grande nation. n Sauvez la France de ses propres fureurs, vous K aurez rempli le premier vœu de mon cœur. Rcn- H dez-itti son roi, et les générations futures béiii- » ront votre mémoire. Vous serez toujours trop M nécessaire i l’Etat pour que je puisse acquitter, jk par des places importantes, la dette de mon aieul U cl la mienne. Signé Lotis. «
I«a réception d'une telle lettre dut sans doute faire naître plus d’un genre de réOexion dans l’esprit du premier consul. En flattant son orgueil, elle ne pouvait manquer d’éveiller en lui de certaines inquiétudes. Du reste, malgré l’exagération de scs idées à une époque précédente, il conservait du respect pour les situations anterieures, et il n’aurait pas voulu faire une réponse oITcnsaiilc; il s'abstint de répondre. Son silence n'était point une injure. Le roi affecta de ii’y voir que de l’indécision ; cl peu de mois apres ^ il renouvela ses instances.
U Depuis longtemps, général, vous devez savoir » que mon estime vous est acquise. Si vous dou- » liez que je fusse susceptible de reconnaissance, » marquez votre place, fixez le sort de vos amis. » Quant à mes principes, je suis Français : clé-
* Madame la duchesse de Guicho.
* Quoique cette seconde lettre soit de plusieurs mois
» ment par caractère, je le serais encore par rain son.
>• Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione, n d’Arcole, le conquérant de l'Italie et de l'Égypte,
» ne peut pas préférer à la gloire une vainc célén hrité. Cependant vous perdez un temps précieux.
» Nous pouvons assurer la gloire de la France. Je )• dis noui, parce que j'ai besoin de Bonaparte pour » cela et qu’il ne le pourrait sans moi.
n Général, l’Europe vous observe, la gloire vous » attend, et je suis impatient de rendre la paix à n mon peuple, n
Les événements que nous allons bientôt raconter avaient affermi la puissance du premier consul, lorsque cette seconde lettre lui parvint. Il pensa que sa position l'autorisait à faire au roi la réponse suivante ;
•I J’ai reçu, monsieur, votre lettre. Je vous re- H mercie des choses honnêtes que vous m’y dites.
n Vous ne devez pas souh.iiler votre retour en » France : il vous faudrait marcher sur cciil mille n cadavres.
n Sacriflez votre intérêt au repos et au bonn heur de la France : l’histoire vous en tiendra n compte.
it Je ne suis pas insensible aux malheurs de vo- T* Ire famille, cl j’apprendrai avec plaisir que vous H êtes environné de tout ce qui peut contribuer à » la tranquillité de votre retraite. »
Le fait seul de cette correspondance a quelque chose de neuf et d'héroïque. Un prince détrôné redemande le trône à celui qui l'y remplace! il le lui redemande non par des manifestes, mais par des lettres confidentielles, conçues dans les termes de l’admiration et de reslimc! L'hommage est bcau.Pcut-ctre la confîanccdc I^uisXVlll n'élaitcllc pas absolument déplacée. Si , à l'époque dont il s’agit, le premier consul eût vu en France des dispositions (elles que le retour des Bourbons lui eût paru pouvoir concilier le maintien de la grandeur A-ançaisc et la félicite du peuple, qui oserait dire qu'il y cùl un genre d'illustration dont il eût pu n’étre pas jaloux? Toutes les gloires avaient droit de le (enter. Un jour il prouvera qu’il a surtout en horreur la guerre civile, et que, pour l'éviter, il n'est au-dessous d’aucun sacrifice : mais Louis XVill jugeait mal la direction que la révolution avait imprimée à l'esprit français. Le premier consul ne le trompait pas en lui représentant les difficultés de l'entreprise. Assurément le rôle de Monck convenait peu au général Bonaparte. Pour uu homme de son caractère, tel que l’avaient
posiéritore U première, nous la plaçons ici pour réunir loui l’ensemble de cetie cori-cspomiiinep.
INTÉRIEUR
fait la nature et quatre années de victoires, il n'y avait guère de place possible à côté d’un roi qui lui aurait dù son royaume : mais, à supposer qu'il ne se fût pas senti la force de se réserver le Irène pour l'occuper plus tard, il n'eût pas été en son pouvoir de le relever alors pour l'ancienne dynastie, sans blesser le peuple cl l'armée.
Depuis le commencement de la révolution , la grande majorité des Français se trouvait compromise avec la famille royale pour des causes diverses : les uns pour des discours, d'autres pour des actes; ceux-ci pour des intérêts de vanité, ceux-là pour des intérêts matériels cl solides. L'armée surtout ne connaissait, ne voulait connaître que la république; c'était pour la république qu'elle avait { si longtemps combattu, qu'elle avait supporté tant de fatigues et de souffrances. Chaque soldat en particulier, comme l'armée en masse, appartenait à la république et n'appartenait qu'à elle. Le nom de la république été, l'armée n’existait plus, et la France restait ouverte aux invasions étrangères. Avant que l'armée puisse redevenir l'armée d’une famille, il faut qu’elle s’accoutume, pendant quatorze ans, à être l'armée d'un homme. D’ailleurs l'Angleterre n'avail-clle pas pris soin cllc-mémc d'exciter, d'envenimer les préventions et les haines contre les Bourbons, en proclamant qu’avec l’ancienne dynastie, c'était lesancicnnes limites qu’elle voulait rendre à la France?
Jusqu’au 18 brumaire, le château des Tuileries était demeuré inhabité et désert. Les comités de la convention, ces tyranniques pouvoirs, si redoutables pour l’étranger comme pour la France, dédaignaient l’éclat d’un séjour qui, dans leur langage, avait été le siège <lc la tyrannie. C’était du fond d’un bureau obscur qu'ils se plaisaient à répandre la terreur sur la France et sur l'Europe. En des jours moins affreux, le directoire, sentant la nécessité de quelque représentation, avait osé tout au plus s’établir au I.uxembourg. Penlarchic sans illustration individuelle ni collective, peut-être un choix plusand)ilicux eût appelé sur elle le ridicule. C'est par le vainqueur de l'Italie ctde l'Egypte qu'a cessé le veuvage des demeures royales. Le cortège de gloire, dont il se présente entouré, leur offre un hôte qui ne les déshonore pas. Ces palais toujours vides demandaient un maître. Ce maître est venu. La solennité avec laquelle il y installe son gouvernement annonce assez qu’il n'y porte pas l'intention de les rendre jamais, voluntaircment du moins, à leurs anciens possesseurs.
Outre que la pacification de l’intérieur permettait d’envoyer au dehors des forces, éloignées trop longtemps de l'ennemi étranger, le premier consul, en faisant connaître à la nation française qu'il
n'avait pu obtenir la paix, avait dit >■ qu’il fallait, » pour la commander, de l’argent, du fer, et des >1 soldats. » Les soldats, l’argent, le fer paraisscnl à sa voix. La France, qui semblait épuisée, s'étonne de nouveau de l'immensité de ses ressources, que ne dissipe plus une autorité maladroite et prodigue. L'ordre s'est rétabli tant dans l'administration civile que dans l'administration militaire.
Autant l'opinion publique avait réclamé autrefois l'affaiblissement du pouvoir, parce qu'elle le croyait hostile, autant elle se prêtait à le renforcer depuis qu'elle le voyait tutélaire et réparateur. Les administrations centrales de département, telles que les avait établies la constitution de l'an III, étaient des instruments d'exécution qui n'offraient pas au gouvernement de suflisantes garanties, quoiqu'il eût auprès d'elles un commissaire chargé de surveiller l’application des lois. La responsabilité s’évanouissait dans une administration collective; et le renouvellement annuel de l’un des cinq membres dont se composait l’administration centrale, donnait à sa marche une instabilité contraire à l’intérêt public comme aux intérêts particuliers. L'anarchie fut chassée de l'administration par l’organisation des préfectures cl des sous-préfectures, organisation qui, avec d’incontestables avantages, devait entraîner aussi de très-graves inconvénients. La même loi consacra la division existante du territoire européen de la république en quatre vingtdix-huit départements; mais, au lieu de cinq cent vingt-trois districts, elle n’élablit que trois cent quatre-vingt-dix-huit arrondissements communaux. Auprès du préfet, chargé spécialement d’administrer, étaient placés deux conseils, un conseil de préfecture et un conseil général. Le conseil général, composé de vingt nu vingt-quatre membres, selon l’étendue territoriale du département, devait présider à la répartition des charges publiques entre les arrondissements communaux; statuer sur les demandes en réductions faites par les conseils d’arrondissement, les villes, bourgs et villes; déterminer le nombre de centimes additionnels nécessaires pour les dépenses départementales ; entendre le compte annuel qui en serait rendu par les préfets, et exprimer au ministre de l'intérieur son opinion sur l’état et les besoins du département. Le conseil de préfecture, composé de cinq membres, était chargé de prononcer sur les demandes des particuliers en réduction de contributions directes, et sur une foule de contestations dont le détail ici serait superQu. Cette distribution ne manquait pas de sagesse; et quoique les objections faites contre la part trop étendue d’autorité accordée aux préfets, pussent être justes cl
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